18° #415012

La notion de sacrifice

Auteur:

Y∴ A∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

La notion de sacrifice, nous l’avons acquise depuis notre entrée en F M. Et le préambule à la prestation du 1er serment de Maçonne, juste après le dernier voyage, nous a en quelque sorte préparées à ce sacrifice du Chev. R + C ; déjà, la V M s’adresse à la Récipiendaire en ces termes :

« Mesdames, l’Ordre Maç dans lequel vous demandez à être admises, pourra peut-être un jour exiger que vous versiez jusqu’à la dernière goutte de votre sang pour sa défense et pour celle de vos S S et de vos F F ? »

Sans hésitation aucune, chacune a répondu : OUI, sans avoir réellement conscience de la NOTION exacte du Sacrifice maçonnique qui nous est demandé. C’est de la même façon que nous acceptons allègrement de laisser nos métaux à la porte du Temple, alors même qu’il n’en est pratiquement rien dans la réalité ; nous sommes prêtes à nous arracher le cœur si nous devons manquer à notre engagement ; ou encore d’ouvrir nos entrailles pour que l’Idéal maç soit sauf, etc… Nous devons déjà nous demander quel sens nous donnons à tous les engagements sacrificiels qui sont les nôtres, pour comprendre ce que représente exactement LE SACRIFICE pour nous aujourd’hui que nous sommes Chev R + C.

SACRIFICE est étymologiquement tiré de « Sacer » qui veut dire sacré en latin ; ce qui fait du sacrifice l’action de se séparer d’un bien propre, précieux, auquel l’on est plus qu’attaché, donnant ainsi au bien dont on se sépare un caractère sacré ; sacré par rapport à celui qui l’offre.

Le sacrifice s’accomplit sur tous les plans : tant matériel, physique, que moral, spirituel, et même au-delà. Et un sacrifice librement consenti apporte forcément à son auteur une récompense : le plaisir, la satisfaction, la joie d’avoir accompli une œuvre utile, d’avoir apporté un soulagement, de la joie, du bonheur à autrui, ou même à soi-même.

Le Sacrifice dans la Tradition Africaine

Dans la pure Tradition Africaine à forte tendance animiste, le Sacrifice a un caractère très religieux, il est même sacré ; c’est l’un des rites les plus indispensables et les plus permanents dans la vie au quotidien de l’Africain ; c’est une question de foi, d’espérance : foi en la pratique, espérance en une vie toujours meilleure tant au plan matériel que spirituel.

De manière générale, l’Africain est prêt à tous les sacrifices, par exemple, pour recevoir un étranger chez lui : en plus du manger et du boire, il peut aller jusqu’à lui céder sa chambre, son lit, sans rien attendre en retour que le plaisir, la joie d’accomplir un devoir sacré qui est d’offrir l’hospitalité à un être humain.

Au plan religieux, le Sacrifice a d’abord valeur de prière et est lié à l’idée d’échange : Quand on offre un sacrifice à une divinité, c’est pour s’attirer ses bénédictions, ses largesses ; le sacrifice se définit comme un déplacement de forces mystiques de la Divinité sollicitée, pour lui assurer aide et protection… Le sacrifice a aussi valeur de devoir de reconnaissance envers la divinité sollicitée : pour l’Africain, le sang de l’animal immolé, et/ou sa chair ou le repas qu’il a servi à préparer, restaure à la divinité les forces utilisées, les énergies qu’elle perd quand elle accorde son aide spirituelle, mystique.

A ce titre, le Sacrifice est foi, espérance, puisqu’il apporte force, santé, opulence, il régénère, il revigore.

Quand on offense une divinité comme Hêbiesso le dieu du Tonnerre, et de la Foudre, ou Egoun le dieu du Fer, du Feu et des Créateur, qui sont des vaudous justiciers, ceux-ci s’octroient eux-mêmes leurs sacrifices en arrachant la vie aux fautifs : Hêbiesso tonne et crache la foudre, Egoun cause des accidents mortels. les sacrifiés ne sont pas enterrés, mais doivent pourrir exposés à tout vent, sur des grabats élevés pour cela.

Le sacrifice a, ici, valeur de punition.

Dans certains de nos couvents Vaudou, le Sacrifice suprême est volontairement accepté par les adeptes. Ils sont tenus de se donner la mort par absorption volontaire d’un poison lorsqu’ils commettent certaines fautes, surtout le parjure, la trahison. Le fautif doit d’abord se présenter devant le Grand Prêtre (ou Grande Prêtresse) pour confesser sa faute et rappeler lui-même la sentence qui le frappe ; après quoi le Prêtre lui donne l’écueil contenant le poison qu’il boit.

Ici, le Sacrifice pousse à la pratique de la Vertu et au respect des engagements pris.

Le Sacrifice dans la Tradition Maçonnique

En F – Maçonnerie où tout est symbole, le sacrifice est un acte à haute portée symbolique qui fait par exemple que :

se couper la gorge : c’est être en possession de soi-même et s’attacher à juger tout avec impartialité ;

s’arracher le cœur, s’éviscérer : c’est affirmer que la justice, la droiture, la rectitude, l’équité sont désormais les seuls guides de sa conduite.

Le sacrifice maçonnique est donc celui qui conduit à ne faire que le Bien non pas le Mal, à bien penser – bien dire et bien faire, bref à réaliser tant le parfait équilibre entre la Matière et l’Esprit, que l’avènement de la Vérité, de la Justice, de l’Egalité et de la Fraternité dans l’Humanité.

Pour cela, l’Initiée use non seulement d’outils, mais aussi et surtout de principes et de vertus.

Ainsi au 18ème Degré où elle doit combattre l’orgueil, l’égoïsme et l’ambition pour faire régner à la place le dévouement et la charité, l’Initiée dispose, pour s’encourager, se guider et se soutenir dans ce cheminement, d’une épée, mais s’appuie surtout sur trois vertus essentielles dites théologales qui sont : la Foi, l’Espérance et la Charité ; et le sacrifice qui est exigé d’elle est l’offrande volontaire de son Etre en toute science et conscience, tel le Pélican frappant son corps avec son bec pour nourrir ses petits de son sang, ou encore comme le Phénix, emblème de la pensée universelle qui se consume elle-même et renaît de ses cendres pour l’éternité de la Vie. C’est le Grand Œuvre qui fait éclore la Rose Mystique et « celui qui veut y travailler doit visiter son âme, pénétrer au plus profond de son être et y effectuer un labeur caché, mystérieux » : sans cesse se corriger, se rectifier, se brûler, se calciner pour obtenir la sublime transmutation de la pierre brute en parfaite pierre.

C’est la raison du mot sacré du Chev. R + C INRI : Igne Natura Renovatur Integra, ie c’est par le feu que la nature entière se renouvelle. Feu principe purificateur, qui régénère, ravive et revigore ! Feu, symbole d’amour, qui réchauffe les cœurs et les fait brûler d’amour qui est offrande tel le Pélican, (amour) qui est sacrifice comme le Phénix !

La notion du Sacrifice consiste donc pour le Chev R + C à accepter la mort qui va le régénérer dans l’Univers dont il est partie intégrante ; c’est une ultime invitation au voyage dans les profondeurs de son intimité où il doit se renouveler, se régénérer et renaître pour le mieux-être de l’Humanité entière.

Pour y parvenir, mes SS Chev R + C, attelons-nous donc à adopter l’attitude du PLUS HUMBLE DE TOUS qui, seule, nous permet de nous regarder franchement et nous voir telles que nous sommes en réalité (et non comme nous croyons être), et sonder sans relâche les profondeurs de notre être, procéder aux rectifications, aux corrections nécessaires pour enfin découvrir le Trésor mystérieux profondément enfoui en chacune, et en faire profiter l’Humanité entière.

J’ai dit, mes SS Chev R +C

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