Les épîtres catholiques
E∴ R∴
A la Gloire
du Grand Architecte de L’univers
Suprême conseil pour la France
Ordo ab chao
Deus Meumque jus
Au nom et sous la juridiction du suprême conseil pour la
France
Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
Du 33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien
accepté
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il me semble important de commencer par un point de terminologie et aussi de rappeler le contexte historique qui enveloppe la période où ces différentes épîtres furent écrites. Ces lettres sont considérées comme catholiques car elles s’adressent à toutes les églises dispersées et pas à une seule en particulier comme ont pu l’être celles de Paul. C’est en ce sens qu’on les qualifie de catholiques, au sens de générales, universelles. La plupart des auteurs les datent des années 60 à la fin du 1er siècle après J C.
Un mot sur le contexte à présent… Les premiers chrétiens ne se distinguent pas des autres juifs ; ils prient au Temple de Jérusalem, ville dans laquelle ils ont décidé de rester pour prêcher la bonne nouvelle ; ils font leurs dévotions comme tout le monde. L’apôtre Pierre, assisté de Jacques, est leur chef. L’Eglise de Jérusalem prend forme.
Dans les années 60, une série d’événements met en danger le christianisme naissant : en 62, Jacques meurt. En 64, Néron déclenche à Rome des persécutions contre les chrétiens : Pierre et Paul y trouvent la mort. En 70, c’est le drame, tant pour les Juifs que pour la foi nouvelle : la révolte juive contre l’occupant romain, commencée en 66, aboutit à la chute de Jérusalem et à la destruction du Temple par les armées de Titus. L’Eglise de Jérusalem perd toute importance, et c’est un point capital à retenir pour saisir toute l’importance de ces correspondances, les chrétiens n’ont plus de centre de référence, et par voie de conséquence, la dispersion menace.
Du fait de cet éclatement et de la persécution, différents besoins se font sentir. Ici, la vie chrétienne était née au sein d’une grande ignorance, il fallait instruire et éclairer les âmes. Là, il fallait combattre, pour dissiper de fausses notions. Partout, les disciples étaient soumis à de terribles épreuves, dont beaucoup ne se seraient jamais relevés sans les paroles de consolation et d’encouragement qu’ils attendaient des témoins de Jésus-Christ. Ceux-ci, ne pouvant répondre à tous ces appels par leur présence personnelle, eurent recours à la correspondance. Leurs lettres furent lues dans les assemblées, copiées et propagées d’Eglise en Eglise. Telle est l’origine du témoignage apostolique dans les épîtres.
Un point de méthode maintenant ; Les épîtres catholiques sont au nombre de 7 : une écrite par Jacques dont on ne peut dire s’il s’agit de l’apôtre, frère de Jésus ou d’un parent très proche ; deux écrites par l’apôtre Pierre ; trois écrites par l’apôtre Jean et enfin une écrite par Jude, le frère de Jacques donc frère cadet de Jésus. Chacun des versets de chacune de ces épîtres pourrait se prêter à de nombreux et intéressants développements. Je laisse aux exégètes des textes sacrés le soin de saisir toute la richesse de ces écrits tant ils peuvent être sujet à différents niveaux de lecture et d’interprétation. Il n’en reste pas moins vrai que je me trouve confronté à une difficulté majeure : comment échapper à l’éparpillement apparent des idées, comment rendre compte de cet ensemble, comment garder une cohérence dans mon travail, alors même que les différents versets ainsi que les différents chapitres, s’enchaînent parfois avec une logique que le lecteur ne saisit pas toujours ?
Je fais donc un choix : celui d’en parler de façon globale et de les lire à travers le prisme de notre Rite ; j’ai ainsi dégagé quatre idées-force que l’on retrouve dans toutes les épîtres :
La première est celle de l’épreuve et de la souffrance.
Les chrétiens de l’époque furent soumis à de nombreuses et terribles persécutions forcément incomprises parce qu’injustes et qui menaçaient donc la propagation de la Bonne nouvelle. Toutes les épîtres vont s’attacher à montrer le double caractère, nécessaire et rédempteur des souffrances endurées. Je cite Jacques :
« Heureux homme, celui qui supporte l’épreuve ! Sa valeur une fois reconnue, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment » (1). (Fin de citation)
Cette notion d’épreuve voire même de sacrifice est omniprésente au REAA. Les épreuves sont acceptées telles quelles, d’abord parce qu’elles sont purificatrices en contribuant à notre perfectionnement. Ensuite, parce que le maçon de Rite Ecossais, accomplit son devoir, quoi qu’il lui en coûte, parce que c’est son devoir.
La Foi ensuite me paraît une autre constante de ces différentes épîtres
Il fallait raffermir la foi des premiers chrétiens qui n’avaient pas connu le Christ. Les apôtres, premiers témoins de la vie de Jésus, s’en faisaient ainsi les porte-parole.
La foi du chrétien et la foi du chevalier Rose+Croix sont de nature identique. Elle est sous-tendue par une croyance absolue, indéfectible en un au-delà qui les dépasse ; pour le chrétien ce sera la croyance en la résurrection des corps, pour le Chevalier Rose+Croix la croyance en un plan d’œuvre auquel il contribue et qui doit aboutir à l’édification du Saint Empire.
Cette foi leur permet, pour l’un comme pour l’autre, de surmonter toutes les épreuves, de les accueillir comme nécessaires et génératrices de bien et de progrès. Grâce à une fermeté inébranlable, les faiblesses et les imperfections s’amenuisent petit à petit laissant place à des vertus de plus en plus fortes qui ne font à leur tour que rendre cette foi encore plus vigoureuse.
L’Amour constitue la troisième idée-force
Toutes les épîtres et le christianisme d’une manière plus générale placent l’amour du prochain au centre de leur enseignement. Jean va encore plus loin en associant Amour, Vie et mort ; je le cite : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort ». (2) (Fin de citation)
Pour le Chevalier Rose+Croix, la foi dans la profonde unité de tout ce qui l’entoure, devrait donner source à un amour profond au point de lui faire considérer l’Autre comme un Frère. La réciproque est tout autant vraie, l’Amour de toute chose conduit à la Foi dans l’Unité !
Enfin la dernière idée-force : La promesse d’une Vie éternelle pour les justes qui auront mis en œuvre la parole des apôtres et celle d’un Jugement terrible qui atteindra tous ceux qui auront écouté et suivi les faux docteurs de la Loi
Certains adeptes de la religion catholique peuvent prendre ces versets au pied de la lettre ; D’autres, tout comme le Franc Maçon que je suis, préfèrent s’attacher à leur esprit.
Le F M, comme tout bon chrétien pratiquant se devrait de le faire, essaie lui aussi de fuir le vice et de pratiquer la vertu sans attendre une quelconque récompense. Tous deux obéissent à un certain nombre de règles et s’imposent de nombreux devoirs. L’un cherche à marcher dans les pas de Celui en qui il voit le fils de Dieu, tandis que l’autre taille sa pierre à la recherche d’une pépite intérieure ; à l’écoute d’un Génie qui lui parle de temps en temps. N’est-ce pas là, la même démarche, la même Espérance ? Assurément, oui ! Je doute que le Vrai chrétien s’attache essentiellement à la promesse d’une vie éternelle ou à la crainte du purgatoire ou de l’enfer. Pour le Vrai chrétien, pour le Vrai religieux, pour le Vrai F M, seul doit compter le besoin de se rapprocher de la Source de Lumière. Là réside leur Espérance !
Par ailleurs, qu’en est-il de ce jugement dernier ? On peut là encore prendre les versets au pied de la lettre, s’attacher au dogme et croire dur comme fer à la réalité d’un tel jugement. C’est le droit de tout un chacun.
L’initié quant à lui, y voit la résultante d’un état : L’état de celui qui reste sur l’horizontale, au niveau de la terre et de tout ce qui est matériel, sans aucune recherche de verticalité, de spiritualité ; l’état de celui qui se trouve séparé du Tout, du Cosmos ; qui ne parvient pas à s’inclure dans cet Ensemble qui le dépasse et dont il n’a même pas conscience ; l’état de celui qui n’a pas eu la chance ou la capacité de saisir cette formidable intuition du sacré qui nous ouvre la porte de l’Espérance. Je cite le rituel du 18ème degré : « Ainsi l’initié ne fonde pas son Espérance sur l’attente d’une aide ou d’une récompense, mais sur le besoin de dépassement qu’il ressent en lui-même ».
Pour finir, permettez-moi une entorse au plan prévu et à la synthèse que je vous proposai tout à l’heure en portant une attention particulière à la première épître de Jean ; Jean, qui entretient des rapports si particuliers avec notre Rite : attention qui portera donc sur le caractère sacré que Jean attribue à tous les enfants de Dieu.
Dès le 1er degré, le rituel nous dit : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » ; se pose alors la question : Mais qu’est-ce qui peut être divin en ce bas monde ? Un verset de l’épître de Jean semble apporter une réponse. Je cite : « Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. Quiconque a cette espérance en lui se purifie, comme lui-même est pur ». (3) (Fin de citation)
Ce verset, lu par un Franc-Maçon pratiquant le REAA, revêt un caractère extraordinaire puisqu’il résume exactement le sens de notre marche vers la Lumière. Que dit-il concrètement ? Nous sommes des enfants de Dieu. Nous devrions l’avoir compris depuis notre entrée en Loge de Perfection. Le lévite du 4ème degré garde l’accès au Saint des Saints mais il possède une clé ; le Génie, parfois, parle en nous depuis le 12ème degré ; et nous sommes descendus chercher un trésor au centre de l’endroit le plus sacré de la terre au 13ème degré.
Que dit-il encore ? Il dit que cela se manifestera un jour prochain et que nous serons alors semblable à Dieu. Jean ouvre la porte à la spiritualisation des individus, à l’émergence de l’ordre après le chaos, au passage des ténèbres à la lumière.
Conclusion
Nos règlements stipulent que toute discussion ou controverse religieuse est strictement interdite et je viens vous présenter un travail sur les épîtres catholiques, à la suite de nombreux Chevaliers ayant planché sur l’Ancien et le Nouveau Testament. L’incohérence et le paradoxe ne sont qu’apparents. Nous savons tous que l’ésotérique et l’exotérique ne sont que les deux facettes de la même réalité. Je peux être un pratiquant religieux assidu et un authentique franc-maçon. L’un n’exclue pas l’autre. Au contraire, l’un peut compléter l’autre. La seule différence, de taille il est vrai, se rencontre dans la méthode utilisée. Dans un cas, on va me demander de croire à un système figé et pré-établi, dans l’autre cas, c’est moi qui vais construire mon propre système. Mais la FOI sera toujours présente dans un cas comme dans l’autre. Le religieux possède la foi de celui qui croit en ce Dieu qui lui promet un monde meilleur dans l’au-delà de sa vie terrestre. Le Franc-maçon possède la foi de celui qui croit en ce Grand Architecte qui ne lui promet rien mais qui lui demande de participer à la construction d’un monde meilleur.
T I F, T S A et vous tous Chevaliers Rose+Croix, j’ai dit.
Notes :
(1) Jacques 1 : 12
(2) 1 Jean Chap3 v14
(3) 1 Jean Chap3 v2-3