L’Esprit de la Réforme
Non communiqué
LEsprit de la Réforme

PREAMBULE
Sur le thème de la Réforme, qui ne m’a pas été proposé par hasard, je vais essayer en ma qualité de Franc-Maçon de REAA initié à la GLFet de culture protestante, à partir des faits historiques, de vous proposer un ensemble d’observations sur les éléments fondateurs de ce mouvement, et le faire en relation avec l’émergence contemporaine d’un humanisme dont nous vivons à ce 18° degré une version éminemment spirituelle.
RAPPELS HISTORIQUES : Pourquoi la Réforme, plus justement, la Réformation ?
1.L’EPOQUE.
L’époque moderne succède au Moyen-Age à la suite de deux révolutions : la première est intellectuelle avec l’arrivée de l’humanisme et de la Renaissance installantl’Homme au centre. La seconde est religieuse et aura un impact considérable.
Historiquement, la Réforme est le nom donné à la remise en cause de l’Eglise catholique par de nombreux théologiens tels que : Théodore de BEZE, Martin BUCER, Jean CALVIN, Guillaume FAREL, John KNOX, Martin LUTHER et Ulrich ZWINGLI.
Elle avait été préparée par d’autres théologiens comme Jan HUS et John WYCLIF.
La tradition veut qu’elle ait commencé avec l’affichage par Martin Luther de 95 thèses contre les travers de l’Église, sur la porte de l’église du château de Wittenberg, le 31 octobre 1517.
Mais c’est une nouvelle compréhension de l’Évangile qui en définit le contenu : (attention à chaque mot) : « un salut donné gratuitement à cause de Jésus-Christ, connaissable par la seule Bible mise à la disposition de tous sans intermédiaires humains. »
Se juxtaposant à la Réforme, réagissant aux mêmes interrogations, aux mêmes constatations, mais bien sûr avec d’autres réponses, la Contre-Réforme (ou Réforme catholique) fut initiée par le concile de Trente.
2. LES CAUSES
L’Église s’était octroyée le monopole de la réponse religieuse, défavorisant l’individu au profit de l’institution. Pour simplifier, disons que les causes de la Réforme sont de quatre ordres : politiques, économiques, culturelles et théologiques.
A/Causes politiques
La collation des bénéfices ecclésiastiques
En France, par exemple, par un accord entre le pape et le souverain, Louis XI se fait reconnaître le droit de désignation aux plus hautes dignités cléricales (1472).
Afin de soustraire l’Église de France au pouvoir du pape, les souverains enrichissaient des serviteurs dévoués par la collation des bénéfices. Il se crée ainsi une étrange assemblée de prélats courtisans qui servent le roi dans ses armées et son conseil, encaissant les revenus des biens qui leur sont confiés tandis que la charge est déléguée à un autre qui se paie sur le fidèle.
Conflits d’intérêts ou « trafic d’influences »
Les monarques de cette époque en avaient assez de l’intervention de l’Église dans leurs affaires et souscrivaient plutôt à l’idée de la soumettre à leur supériorité et ainsi assurer leur plein pouvoir sur les citoyens. De son côté, l’Église trouvait son pouvoir insuffisant et cherchait de nouvelles sources de revenus.
B/ Causes économiques
L’invention de l’imprimerie et sa conséquence, la diffusion de la Connaissance
C/ Causes culturelles et théologiques
Le monde Chrétien est malade. Il est décimé par la peste noire, obsédé par la mort, crevant de guerres et de famines, menacé par l’Empire Ottoman, l’histoire n’avait plus aucun sens et le Jugement Dernier semblait proche. Le Jugement dernier est un événement qui, selon la Bible et le Coran, verra la résurrection des morts et leur jugement par Dieu : « Car le jugement sera conforme à la justice, Et tous ceux dont le cœur est droit l’approuveront. » Ps. 94:15
Les gens reprennent leurs superstitions, re-développent leur peur des êtres surnaturels, comme les sorciers, les loups, le diable, etc. L’Église en rajoute en faisant ressortir le thème de l’apocalypse. C’est bon pour les affiliations et de fait, tous allaient se repentir à l’Église pour pouvoir accéder au paradis
Contre quoi « protestaient » les fidèles du 16° siècle ?
·la débauche des ministres du culte : certains prêtres et moines qui vivaient publiquement en concubinage, s’emplissaient les poches avec l’argent des fidèles qui devaient débourser pour à peu près tout : baptêmes, mariages, funérailles, actes des registres d’état civil, les aumônes, les indulgences..
Le comportement de certains papes qui tenaient plus du prince temporel ou du chef de guerre que du guide spirituel. Un pape, Alexandre VI (né Rodrigo Borgia), avait maîtresses et enfants, se comportait en chef de guerre et jouissait des richesses de ses États, malgré le sacerdoce.
·les indulgences : C’est l’ancêtre du rachat des points de permis de conduire… L’ÉCAR (Église catholique apostolique et romaine) avait inventé le rachat de la peine temporelle due aux péchés. Le pêcheur pouvait se payer des indulgences, délivrées par l’Église à prix coûtant. A ce prix et validation de la confession, il obtenait la remise de la peine du purgatoire.
·le trafic des reliques : L’ÉCAR vendait des morceaux de la Croix, la Vraie, des linceuls de Joseph, des voiles de Marie, des petits doigts de…
La goutte d’eau qui fait déborder le vase se déroule au 16° siècle quand Lorenzo Valla découvre et prouve que la Donation de Constantin au pape Sylvestre II est un faux. La donation de Constantin (latin : Donatio Constantini) est un acte par lequel l’empereur Constantin Ier aurait donné au pape Sylvestre la primauté sur les Église d’Orient et l’imperium (pouvoir impérial) sur l’Occident.
Après quoi, plus rien ne sera comme avant. L’Occident accueille les réfugiés d’Orient suite au siège de 1453 et à la chute de Constantinople. Les intellectuels voient des manuscrits qu’ils n’ont jamais eu en main et on se met à examiner les Écritures.
·Et pour aggraver tout ça, l’action des humanistesqui dénoncent le manque de discernement de l’Eglise et développent cette alternative de la pensée qu’est la recherche de la vérité.
LES ACTEURS
Martin LUTHER.
Initiateur de la Réforme protestante qui déchire l’Europe du XVIème siècle, Martin Luther n’est pourtant pas destiné à une carrière religieuse. Manifestant dès son plus jeune âge une grande vivacité intellectuelle, il est poussé par son père à poursuivre de brillantes études de droit. Sujet à de fréquentes crises d’angoisse, hanté par la peur de la mort et de la damnation, il trompe les attentes paternelles en embrassant la voie monastique, et entre en 1505 au couvent des Augustins d’Erfurt. Rigoureux, menant une vie des plus ascétiques, il est indigné par les fameuses indulgences. L’année 1517 marque le début de la tourmente religieuse et politique : il dénonce publiquement les dérives morales du clergé catholique, il est excommunié par le Pape en 1520 et mis au ban du Saint Empire Germanique un an plus tard par Charles Quint, malgré l’appui de puissants princes allemands. Le schisme est entériné, et le luthéranisme prend de plus en plus d’ampleur. Il parvient à diffuser sa propre conception de la pratique religieuse, reposant sur une foi personnelle et intérieure indépendamment de toute autorité temporelle. Martin Luther laisse en mourant une oeuvre écrite considérable, qui influence durablement l’Europe et détermine les contours du protestantisme.
« Ce à quoi tu te tiens, ce sur quoi tu t’appuies, c’est là véritablement ton Dieu. »
Donc, parti d’une quête théologique personnelle, Martin Luther se retrouve à la tête d’une nouvelle religion, qu’il lui faut organiser rapidement pour éviter tout débordement, comme ce fut le cas en 1522 à Wittenberg pendant que lui-même était retenu au château de la Wartburg : Andreas Bodenstein von Karlstadt avait alors profondément remanié la messe et encouragé l’iconoclasme, et il avait fallu beaucoup de temps à Luther pour reprendre les choses en main.
Bien que profondément conservateur, Luther est condamné à faire évoluer la nouvelle Église évangélique, et à l’éloigner de plus en plus des traditions romaines. Il faut aussi la doter d’outils pédagogiques, ce qui sera fait en 1529 avec Le Petit Catéchisme, à l’usage du peuple, et le Grand Catéchisme, destiné aux pasteurs. Entre temps, de nombreux changements avaient déjà eu lieu : suppression de la plupart des sacrements (seuls sont conservés le baptême et l’eucharistie), suppression des vœux monastiques et du célibat des prêtres, élection des pasteurs par des communautés locales.
Et pour que tout soit cohérent, la messe se dit en Allemand et Luther se marie en 1525 avec une ancienne religieuse, Catherine de Bora dont il eut six enfants.
Les dernières années
Luther a vécu toutes ses dernières années à Wittenberg. Il a été affecté par la gravelle, et a connu plusieurs périodes de dépression et d’angoisse (1527, 1528, 1537, 1538), dues au décès de sa fille Madeleine ou aux querelles entre protestants. Considéré par certains comme un vieillard acariâtre, il n’avait rien perdu de sa pugnacité. Son adversaire principal restait le Pape, pour lequel il n’avait pas de termes assez durs. Mais il s’en est également pris aux Juifs, coupables apparemment de ne pas s’être convertis à la nouvelle religion, et dont ils souhaitait voir les synagogues brûlées. L’antisémitisme de Luther lui a été longtemps reproché, d’autant que les nazis n’ont pas hésité à le revendiquer pour justifier leurs crimes.
Martin Luther est mort le 18 février 1546.
Jean CALVIN
« La foi est une vision des choses qui ne se voient pas »Jean Calvin
Voilà qui pourrait nous préparer à comprendre un jour à venir que« Le visible n’est que la manifestation de l’invisible »
Jean
Calvin
est un grand théologien protestant. Il reçoit une
formation d’humaniste et
adhère à la Réforme
vers 1533, (soit plus de 10 ans après les
« caprices » de LUTHER) A
cette époque, la Réforme est condamnée
en France
comme hérésie. Réfugié
à Bâle,
il publie son ouvrage majeur, l’Institution
de la religion chrétienne. Nommé
pasteur à Genève,
la place politique décisive qu’il donne à l’Eglise
le fait bannir de la ville. Il part pour Strasbourg
en 1538 et devient pasteur des réfugiés
français. Rappelé à Genève
en 1541 où il demeure jusqu’à sa mort, il
organise théologiquement la nouvelle Église,
lui donnant une image d’austérité. Il est l’un
des premiers écrivains en
français, langue qu’il choisit pour faciliter la propagation
de ses idées
caractérisées par la rigueur, la logique et la
clarté. En 1559, son effort
d’organisation religieuse aboutit au synode de Paris
qui publia quarante articles résumantladoctrine réformée. Jean Calvin laisse une
correspondance de plus de
quatre mille lettres adressées à toutes les
catégories sociales.
Son combat lui demanda beaucoup d’énergie. À
trente ans, son aspect était celui
d’unvieillard :
visage émacié, cheveux blancs,
il était en proie à des souffrances physiques, et
notamment à des migraines
incessantes
LES CONSEQUENCES
A – La Réformation
De 1517 à 1529 : l’apparition des protestants
La protestation de Luther est réfutée par l’Eglise officielle qui affirme que le pape ne peut pas se tromper. L’excommunication de Luther et de ses partisans est prononcée le 3 janvier 1521 et en avril de la même année, à la diète de Worms Luther refuse de se rétracter. Malgré cette excommunication à moins que ce ne soit en raison de celle-ci, son message est reçu avec enthousiasme à la fois par le peuple et par les autorités, notamment en Allemagne.
L’édit de Worms qui le condamnait n’a jamais pu être appliqué et bien sûr, des Eglises évangéliques se constituèrent à partir de 1525 et d’autres théologiens se joignirent à Luther, tels Bucer à Strasbourg, Zwingli à Zurich et Calvin à Genève. Près de la moitié de la chrétienté occidentale amorça la rupture avec Rome. On parle de « protestants » en 1529 à la suite de la « protestation » des états évangéliques à Spire (Allemagne) contre le projet de l’empereur Ferdinand 1er d’imposer la réunification des églises par la force.
Quelques décennies plus tard le Concile de Trente confirme la rupture en rejetant les doctrines protestantes.
L’ESPRIT :
1.D’abord la foi en Dieu
Luther ne prétendait pas enseigner de nouvelles doctrines, ni créer une nouvelle Eglise, mais revenir à la foi chrétienne de toujours, fondée dans la Bible et développée par les Pères de l’Eglise et les dogmes de l’Eglise ancienne. Nous dirions les fondamentaux. Confronté à la théologie scolastique, affirmant que la Foi de l’Eglise EST LA VERITE et aux croyances qui s’étaient installées dans l’Eglise de son temps, il a voulu souligner :
Ød’une part la perdition radicale de l’homme qui ne peut coopérer à son salut,
Øet d’autre part la grâce toute-puissante de Dieu.
C’est par la foi qui s’attache à Jésus-Christ et à la promesse de pardon de Dieu que l’homme peut subsister devant le jugement.
Définissant le chrétien par la foi, Luther relativisait toutes les autres distinctions, en particulier celles entre clercs et laïcs. Il proclamait le thème biblique du « sacerdoce universel », qui donnait à chaque chrétien l’accès immédiat à Dieu par la foi et lui confiait le soin d’être son témoin direct, dans le monde. Il en découlait une revalorisation de l’engagement dans la famille, dans la vie professionnelle et dans la cité. Libéré du souci de se faire valoir devant Dieu et les hommes parce qu’il avait compris que le chrétien ne vivait que de la grâce, l’homme devenait disponible pour le prochain. Sa foi débouchait sur l’amour.
2. La prédication et les deux sacrements
L’insistance sur la foi conduit aussi Luther à prêter attention à ce qui, au plan humain, la fait naître, c’est-à-dire la prédication et les sacrements. Il revalorise la prédication, qui, en tant qu’interprétation actualisante de la Bible, occupera une place centrale dans le culte protestant.
L’eucharistie n’est plus comprise comme un sacrifice apporté par les hommes à Dieu, mais l’inverse, le don au fidèle du corps et du sang du Christ, sous les espèces symboliques du pain et du vin. Et dans la bonne tradition biblique, sa fonction changeant, elle change de nom pour devenir« sainte cène » et affirmer ainsi la dimension communautaire du repas. Et nous soulignons cet aspect au 18° degré en disant: « nous romprons et partagerons le même pain et boirons dans la même coupe afin de resserrer les liens d’Amour qui nous unissent. »
La cène se pratique en cercle et dans une gestuelle de partage exactement comme nous le vivons dans notre Rituel. Comme nous n’avons pas d’explication préalable, qui relève de la liturgie nécessaire au commun des fidèle sans a priori culturel, nous précisons en initié: « Prenez, mangez ETdonnez à manger à ceux qui ont faim. Prenez, buvez ET donnez à boire à ceux qui ont soif ». Il y a une implication et une action collective au sacré.
Il en découle la promesse du pardon de Dieu. Seuls le baptême et la cène, institués comme tels par le Christ, sont conservés comme sacrements. C’est toujours le cas.
Toutefois la confession auriculaire privée continue d’être pratiquée dans les Eglises luthériennes. Je ne l’ai jamais observé.
3. L’autorité de la Bible
Luther invoquera l’autorité de l’Ecriture sainte. Elle seule constitue la norme de la prédication et de la doctrine. Mais il ne nie pas pour autant la valeur de la tradition post-apostolique. Ainsi il reprend les dogmes trinitaires et christologiques de l’Eglise ancienne avec une instance critique : tout ce qui est dans la ligne de l’Ecriture sainte et conforme à son message central (c’est à dire le salut par la grâce) est tradition authentique. Ce qui s’oppose à elle est tradition illégitime. Pour la grâce, voir Julien et Simone WEIL…
4. L’Eglise : une communauté de croyants
Quant à l’Eglise, aucune hiérarchie ne la définit. Elle est la communauté des croyants qui entendent la Parole de Dieu et qui participent aux sacrements. L’Eglise vraie, c’est-à-dire l’Eglise voulue par Jésus-Christ, est présente là où l’Evangile est annoncé et les sacrements célébrés en conformité avec l’Evangile. Seule la référence à l’Evangile donne autorité aux ministères et à leur action dans l’Eglise.
Communauté de croyants et pas de hiérarchie : question : pourquoi ce 18° degré qui est LE degré christique est-il unique et pourquoi notre souverain président n’est-il que « très sage » alors qu’il était tout de même « trois fois puissant il y a peu » ? Le voyage de la vengeance à l’amour octroierait-elle la sagesse ?
5. Des idées insupportables pour l’époque
Se référant à cette théologie, qui faisait place à la collaboration de l’homme au salut, l’Eglise condamna les affirmations de Luther relatives au péché originel et à la justification par la foi. Par ailleurs, elle ne pouvait pas accepter l’affirmation que la primauté du pape relevait seulement du droit humain, que le concile était au-dessus du pape et qu’ils pouvaient tous les deux se tromper. Le refus porta aussi sur les conceptions de Luther relatives aux sacrements et au sacerdoce universel des chrétiens. Mais à côté des divergences de fond, la démarche théologique de Luther, la nouveauté de son langage, de ses concepts, étaient difficiles à recevoir par la hiérarchie ecclésiastique. Il mettait en oeuvre un langage biblique, existentiel, inhabituel pour la théologie de son temps.
Aujourd’hui, nous vivons certes un œcuménisme, mais de convenance avec le maintien des prérogatives du dominant.
6. Le mouvement de Luther se divise
Le différend entre Zwingli et Luther au sujet de la présence réelle du Christ dans la cène, ne put être surmonté, malgré la rencontre personnelle entre les deux hommes à Marbourg en 1529 et les efforts de conciliation de Bucer. Des Eglises séparées se constituèrent en Allemagne et en Suisse. L’ouverture à l’interprétation des Ecritures conduit à l’inévitable indépendance de la pensée et à la légitimité de chaque courant. C’est la raison pour laquelle il est juste de parler « des » protestants. Et de fait, qu’y-a-t-il de commun aujourd’hui entre une Eglise Luthérienne, des Calvinistes, les Pentecotistes, les Adventistes, les Anglicans et certaines Eglises Américaines se réclamant néanmoins du mouvement de la Réforme et affichant un intégrisme qui n’a rien à envier à certaines extrêmes moyen-orientales qu’elles condamnent pourtant.
B. De la Réformation aux Eglises évangéliques
1. Représentations artistiques et architecture
L’iconographie change
Comme il n’y a que 5 à 10 % de lisants, le mouvement évangélique recourt avant tout à la prédication, mais aussi aux images afin de frapper les esprits. A partir de 1519-20 des pamphlets représentent Luther auréolé comme un saint, triomphant du pape et du clergé hostiles.
Quid des lieux de culte ? En Allemagne du nord ils ne changent pas beaucoup : les images, les crucifix, les autels restent en place. Dans le sud de l’Allemagne par contre la table remplace souvent le rétable. (Le retable est une construction verticale qui porte des décors sculptés en arrière de la table d’autel. L’étymologie du mot traduit d’ailleurs sa position (re– : « en arrière »)
Les temples réformés de Suisse et de France revêtent une forme dépouillée, suppriment images et crucifix, pour ne retenir souvent que les Dix Commandements inscrits sur les murs.
2. Expressions de la foi et piété
La Réformation fut un immense effort pour mettre les fidèles en contact avec la Parole de Dieu sous ses diverses formes.
La Bible est lue et relue, commentée, illustrée par l’image et le théâtre. Jusqu’à la mort de Luther, plus de quatre cent trente éditions de la Bible ou d’extraits de cette Bible verront le jour. On estime qu’en 1535 un Allemand sur soixante dix était en possession d’un Nouveau Testament. Pourtant, tous ne savaient pas lire, et Luther lui-même mettait l’Evangile comme message oral au-dessus de l’écrit.
La messe quotidienne fut supprimée et remplacée par des offices de la Parole : des prédications simples. La transmission de la foi aux enfants par la catéchisation sort de la responsabilité de la famille, pours’opérer aussi bien à l’école que dans les Eglises.
Le culte est dorénavant célébré en langue vernaculaire. La cène est donnée sous les deux espèces. Les messes privées et les messes pour les morts ont disparu selon une ordonnance ecclésiastique de Strasbourg de 1534, le baptême doit être administré aux enfants dans les six semaines après la naissance. Bien des rites traditionnels, comme l’usage du sel et de l’huile, ont disparu, mais les luthériens ont conservé l’exorcisme, c’est-à-dire la parole contre Satan. Vers 1540 Bucer mit en place la confirmation, à la fois confession personnelle de la foi avant de communier pour la première fois et confirmation donc des promesses du baptême. La confession individuelle continue d’être pratiquée dans les Eglises luthériennes. Préalable obligatoire à la cène, elle était aussi le lieu d’un examen catéchétique des communiants.
Dans les Eglises réformées, la confession est seulement communautaire.
Les fidèles expriment leur foi et prient Dieu notamment par les chants : Psaumes seulement dans l’espace réformé, chorales avec des textes plus libres dans l’espace luthérien. Des confessions de foi nombreuses expriment la foi des Eglises. L’une des premières, la Confession de Schleitheim (1527) est anabaptiste. La plus connue jusqu’à nos jours est la Confession d’Augsbourg (1530), d’obédience luthérienne. De nombreuses confessions de foi réformées, souvent propres à une Eglise nationale comme la Confession de la Rochelle (1559), on retiendra surtout le Catéchisme de Heidelberg (1563) et la Confession Helvétique Postérieure (1566).
Peu à peu se met en place une spiritualité protestante plus dépouillée que celle de la tradition, plus christocentrique avec l’abandon de l’invocation des saints et plus orientée vers le livre (Bible, catéchismes, recueils d’édification) et la prédication que vers les rites, voire les sacrements.
3. Le renforcement de la vie communautaire
La Réformation fut souvent comprise comme l’affirmation de l’individu au détriment de la communauté. Il est vrai que Luther affirmait que personne ne pouvait croire à sa place et que sa conscience était liée seulement à l’Ecriture sainte. Dans les villes passées à la Réformation telles que Strasbourg, on insiste aussi sur la solidarité avec les nécessiteux et l’on met en place une sorte de sécurité sociale avant l’heure dont bénéficiaient les pauvres de la ville que ne pouvaient plus travailler.
Dans l’espace protestant, la vie ecclésiale des chrétiens se déroule uniquement dans le cadre des paroisses. Il n’y a plus de différence de nature entre le clergé et les fidèles. Le pasteur, marié et intégré dans la vie sociale, remplit simplement une fonction parmi d’autres.
Les formes d’organisation des Eglises sont assez variables. Si, dans l’espace luthérien, le poids des autorités civiles est souvent considérable, en tension quelquefois avec les pasteurs et au détriment de la participation des fidèles, Calvin et les Eglises réformées ont mis en place une ecclésiologie bien typée. Elle comporte quatre ministères: pasteurs, anciens, diacres et docteurs. Réunis en consistoire, les pasteurs et anciens veillent sur la discipline ecclésiastique, excluant de la cène les pécheurs impénitents. Les Eglises réformées en France étaient marquées par ce système, et avaient institué en outre des synodes provinciaux et un synode national.
4. Doctrines
Zwingli aussi bien que Calvin insistent plus fortement que Luther sur la distance qui sépare le Créateur de la créature, s’opposant à tout ce qui pouvait conduire à une sacralisation de la créature (images dans l’Eglise, espèces dans l’eucharistie, etc … ). Les deux hommes soulignent aussi, à la différence de Luther, que, depuis l’Ascension, le Christ n’est plus présent parmi les hommes. Selon Zwingli la cène ne pouvait donc être qu’une commémoration de l’œuvre du Christ et non une communion à son corps et à son sang . Selon Calvin, par contre, les fidèles, par l’opération du Saint-Esprit, étaient unis au Christ et nourris de son corps et de son sang compris de manière spirituelle.
De manière générale, les divergences se manifestent à propos des médiations (Parole et sacrements). Selon Zwingli, il faut distinguer la parole intérieure et la parole extérieure, comme il faut distinguer l’âme et le corps. C’est l’Esprit de Dieu qui fait naître la foi et non la parole humaine. La prédication, ainsi que l’Ecriture sainte, ne font qu’éclairer et confirmer l’action immédiate de l’Esprit Saint qui agit auprès de ceux que Dieu a prédestinés.
Zwingli, marqué par l’humanisme, atténue parfois la perdition radicale de l’homme, alors que Luther et Calvin soulignent le poids permanent du péché originel. Luther a insisté avant tout sur la justification et sur le pardon, affirmant que jusqu’à la fin le chrétien était à la fois pécheur et juste ; Zwingli et Calvin mettent davantage l’accent sur la sanctification, et sur les progrès que le chrétien est convié à accomplir.
Nous disons : « Quel but se proposent les Chevaliers Rose-Croix ? Combattre l’ignorance, le fanatisme et l’ambition pour faire régner à leur place le dévouement, la charité et la vérité. »
5. Dimension éthique et valeurs morales
Un certain nombre de valeurs s’affirment dans la Réformation.
Le travail : C’est en travaillant que l’homme assume véritablement sa vocation dans le cadre d’un monde voulu par Dieu. Job, 5,7 » l’homme est fait pour travailler comme l’oiseau pour voler « .
La mendicité sera combattue. Dans le domaine cultuel de nombreuses fêtes chômées sont supprimées. Et l’éducation doit précisément empêcher l’oisiveté des enfants.
Valorisation de la famille et son engagement dans la cité. Le mariage est voulu par Dieu et rien ne lui est supérieur. Le mariage des pasteurs et leur vie de famille voulue exemplaire illustraient parfaitement cette revalorisation de la famille.
6. Le développement de l’éducation
Par la promotion de la langue vernaculaire, il y a une volonté délibérée des réformateurs de mettre l’Evangile à la portée de tout un chacun. Traducteur génial de la Bible en allemand, Luther a contribué de manière décisive à la percée de la langue utilisée en Allemagne centrale. Le rayonnement des universités s’accroît : elles assurent la formation des pasteurs, alors que les curés sont instruits dans des séminaires. C’est dans les universités allemandes marquées par l’apport conjoint de l’humanisme et de la Réformation que se livreront les grands débats de la modernité, et les théologiens protestants seront souvent au premier rang dans les joutes idéologiques.
Pourtant, quelques questions :La Réformation et le protestantisme n’ont-ils pas divisé l’Europe ?
N’ont-ils pas conduit à la sécularisation typique de l’Europe d’aujourd’hui ?
Ont-ils favorisé le capitalisme ?
Personnellement je verrai plutôt ces réponses dans la révocation de l’Edit de Nantes qui a contribué à l’éclosion économique des pays scandinaves, du Royaume uni, de la Suisse et de l’Afrique du Sud.
Luther et le protestantisme auraient-ils inauguré les temps modernes ? selon les Lumières et l’historiographie libérale du XIXe siècle, Luther aurait promu en particulier la tolérance et l’émancipation de l’individu.
Par contre, d’autres historiens ont souligné le côté médiéval de Luther (sacramentalisme, intolérance, etc, … )
CONCLUSION
La motivation profonde de la Réforme est le retour de la chrétienté à sa pureté primitive. Le plus grand nom qui lui reste attaché est celui de Martin Luther. Le cœur de sa doctrine est le salut par la foi tel que Paul l’énonce dans l’Epître aux Romains. Les œuvres et la morale ne sont pour lui que les produits de la foi.
Jean Calvin est le second grand nom de la Réforme. Dans son Institution de la religion chrétienne (1536), il s’intéresse, contrairement à Luther, à la diffusion de la Réforme dans le monde séculier. A Genève, il s’efforce d’établir politiquement et socialement une véritable théocratie, pleine d’originalité, créatrice d’un certain type de civilisation, mais aussi très juridique et très autoritaire.
L’autorité de la Bible,sacralité et désacralisation des Ecritures
Le théologien protestant le plus important du siècle dernier, Karl Barth (1886-1968), déclarait que la Bible est, de façon dialectique, indissolublement Parole de Dieu et parole humaine. A ce dernier titre, elle peut être analysée, comme n’importe quel autre texte, par toutes les démarches critiques et scientifiques possibles.
Cependant, en tant que Parole de Dieu, elle dépasse toute lecture humaine et comporte à la fois un jugement et une action de grâce sur l’humanité. Oscillant entre sacralisation et banalisation, l’approche de la Bible est l’objet d’une tension permanente.
Le fondement de la Réforme protestante consiste à proclamer «l’autorité souveraine de l’Ecriture». La mission de chaque Eglise est donc avant tout de prêcher la Parole de Dieu, contenue dans la Bible, et d’administrer les sacrements dont il est explicitement question dans le Nouveau Testament. Sur quelle Loi travaillons-nous au 18° degré ?
J’ai dit Très Sage
H E

LES
6 THEMES
MAJEURS DE LA FOI PROTESTANTE
• “A Dieu seul la gloire” (Soli
Deo Gloria)
Les protestants affirment qu’en dehors de Dieu
(Père, Fils et Saint-Esprit)
rien n’est sacré, divin ou absolu…
• “La grâce seule”
(Sola Gratia)
Les protestants affirment que la valeur d’une personne ne
dépend en dernier
ressort ni de ses qualités, ni de son mérite, ni
de son statut social, mais de
l’amour gratuit de Dieu qui confère à
chaque être humain un prix inestimable.
L’être humain n’a donc pas à
mériter son salut, en essayant de plaire à Dieu.
Dieu lui fait grâce sans condition. C’est cet amour
inconditionnel de Dieu qui
rend l’être humain apte à son tour
à aimer ses semblables gratuitement.
• “La foi seule” (Sola Fide)
La foi naît de la rencontre personnelle avec Dieu. La foi est
offerte par Dieu
sans condition. Tout être humain est appelé
à la recevoir dans la liberté. Elle
est la réponse humaine à la
déclaration d’amour faite par Dieu à
tous les êtres
humains, dans la parole biblique en Jésus-Christ.
• “La Bible seule” (Sola
Scriptura)
Les protestants reconnaissent la Bible comme autorité en
matière théologique,
éthique, dogmatique et ecclésiologique.
A travers les témoignages humains qu’elle nous
transmet, se laisse discerner la
Parole de Dieu.
Les textes bibliques dessinent les principes
généraux à partir desquels chaque
protestant, pour ce qui le concerne, et chaque Église,
collégialement,
déterminent l’espace de leur
fidélité.
• “Se réformer sans
cesse”
Les Églises rassemblent dans une même foi et
espérance tous ceux qui confessent
explicitement le Dieu de Jésus-Christ comme celui qui donne
sens à la vie.
Les institutions ecclésiastiques sont des
réalités humaines : “elles peuvent se
tromper” disait le réformateur Martin Luther
(1483-1546). Les Églises doivent
sans cesse porter un regard critique et interrogateur sur leur propre
fonctionnement. Chacun doit y prendre sa part de
responsabilité et être témoin
de la fidélité à la Parole Divine.
• “Le sacerdoce universel”
Le sacerdoce universel des croyants réserve une place
identique au sein de
l’Église visible, à chaque
baptisé, pasteur ou laïc.
Le pasteur protestant n’a pas de statut à part
dans l’Église. Il y exerce une
fonction particulière : celle d’assurer,
après une formation théologique, le
ministère de la prédication et des sacrements,
l’animation de la communauté,
l’accompagnement et l’écoute de ses
membres, dans un esprit d’unité.
Pour chaque principe on peut trouver les conséquences dans
les pratiques de ces
affirmations (par comparaison avec les catholiques).
— “A Dieu seul la gloire” : rejet du
culte de Marie et des saints.
— “La grâce seule” : rejet des
oeuvres.
— “La Bible seule” : rejet des dogmes et
doctrines. Rejet de l’autorité du
pape.
— “Se réformer sans cesse” :
rejet des dogmes de la tradition.
— “Le sacerdoce universel” : pas de
prêtres, pas de hiérarchie.
L’Église est la
communauté des croyants