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L’homme ne peut rien sans le secours des autres
Non communiqué
L’homme ne peut
rien sans le secours des autres.
Nous demandons un guide pour nous conduire.
Nous demandons un guide pour nous conduire.
Le sujet proposé par le Très Sage Athirsata est un extrait de la cérémonie de réception au 18éme degré.
A l’entrée des Chevaliers d’Orient et d’Occident dans le Temple Noir, le Très Sage leur demande « que pouvez-vous attendre de nous ? ».
La réponse des récipiendaires sonne comme une lueur d’espoir :
« Ne nous a-t-il pas été enseigné que l’homme ne peut rien sans le secours des autres ?
Nous vous demandons un guide pour nous conduire ».
Lueur d’espoir, en contrepartie d’une description du désespoir du Très Sage, « de profondes ténèbres enveloppent la terre », « dans ce fatal cataclysme de l’esprit, nos travaux sont troublés ».
Le Temple Noir correspond bien à cet état d’esprit, il est tendu de noir. Derrière le Très Sage, un tableau représentant la nuit avec des nuages éclairés et un tombeau au premier plan, ensuite, devant l’autel des serments, des ruines, des colonnes brisées, des outils abandonnés, et pour terminer, au sol, se trouve un pavé mosaïque noir et blanc.
Cette première vision du récipiendaire a tout pour le déstabiliser. Le chaos qui y règne perturbe ce Chevalier qui retrouve ces murs noirs, comme lors de son initiation dans le cabinet de réflexion, ou au 3ème lors de son élévation, ou encore lors de sa réception au 4ème et au 9ème.
A chaque fois, l’introspection opère une transformation qui le rapproche un peu plus du logos et, semble-t-il, l’éloigne de sa matérialité.
Semble-t-il ! car le pavé mosaïque réapparait dans la décoration du Temple Noir, nous ne l’avions pas revu depuis le cinquième degré, sans doute avions nous déjà laissé de côté l’aspect matériel de l’homme pour parfaire notre quête vers l’innommable : immanence, transcendance, recherche de l’unité, « ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », notre travail s’oriente vers le Divin, mettant de côté la partie terrestre.
Pour devenir Emmanuel, ‘Immanu El’ en hébreu, Dieu est avec nous, l’impétrant doit prendre conscience de l’ensemble de son unité, corps âme esprit.
C’est dans ce contexte que la phrase du rituel « l’homme ne peut rien sans le secours des autres » prend tout son sens.
Pourtant, si je me réfère à Sartre, « l’enfer, c’est les autres » !
Cette phrase est tirée du livre « huit clos » et est souvent comprise comme une simple modulation d’une autre phrase célèbre de Hobbes, « l’homme est un loup pour l’homme ».
Mais en fait, Sartre ne cherche pas à dépeindre une lutte d’autrui contre autrui, c’est en fait un combat intérieur de l’homme qui ne peut supporter le regard des autres et le remet face à sa propre réalité, sans un travail intérieur sur ses propres passions. Il est condamné à ne pouvoir s’extraire du jugement des autres.
Quant à Hobbes, que j’ai cité plus haut, la phrase exacte est « l’homme est un Dieu pour l’homme, et l’homme est un loup pour l’homme » (livre : Le Léviathan), il souhaite décrire et expliquer l’évolution de l’homme qui se sociabilise au détriment de l’homme dans son passé qui faisait régner la terreur pour continuer d’exister.
Si nous appréhendons ce texte en Franc Maçon, l’homme est capable de se refermer sur lui et ses biens matériels, et, dans ce cas, devenir un loup pour les autres, mais il peut aussi être Agape avec les autres, et se rapprocher de la règle d’or de Luc 6.31 « ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux ».
Alors l’autre devient éclairant.
Dans la vie matérielle, que je nomme existence, nous pouvons en avoir la preuve régulièrement, si nous savons écouter. Combien de fois l’expérience de nos semblables nous permet de voir les choses différemment, de mieux comprendre ce qui nous arrive, de pouvoir anticiper. Ce partage d’homme à homme est une richesse qu’il ne faut pas dénigrer, laisser notre égo de côté pour accepter l’autre comme complémentarité.
Le rituel propose même de faire de l’autre « un guide pour nous conduire ».
Nous avons besoin pour chacune des étapes de notre parcourt un guide, quelqu’un qui nous donne les clés d’accès ou les éléments de réponses, quelqu’un qui nous permet de cheminer sans nous tromper.
Ainsi les différents degrés de notre démarche sont jalonnés de différents guides pour nous aider.
Le rôle de l’expert, tout d’abord, qui, de par sa connaissance du rituel, accompagne l’impétrant lors de la cérémonie de réception aux différents degrés. Il est très important d’un point de vue de l’organisation, mais aussi pour la bonne harmonie de la cérémonie, même 18 ans après je sens encore sa main ferme m’aider à déambuler dans le temple lors de mon initiation, c’est le premier guide de mon parcours Maçonnique.
Au risque d’en oublier quelques-uns, je ne retiendrai que 3 guides dans ce long cheminement jusqu’au 18ème degré.
Le premier m’est donné par le VM au grade d’Apprenti, lors de la fermeture de la loge, il invite tous les FF à élever leurs cœurs en Fraternités et leurs pensées vers le Créateur, « qu’Il guide notre vie ».
Le premier guide est bien « le Créateur », cela rejoint parfaitement la demande du VM lors de l’initiation, « Profane, en qui mettez-vous votre confiance ? », réponse « En Dieu ».
Néanmoins, même si tout est dit dans ce souhait (qu’Il guide notre vie), la compréhension et l’application pour l’apprenti peut sembler ardue. La Parole du Créateur n’est accessible à ce degré, mais le sens de notre cheminement est très clairement donné.
Pour nous aider dans cette quête, Hiram devient notre guide et perfectionna les ouvriers pour la construction du temple, symboliquement de leur temple intérieur, « Mais le génie des ténèbres qui voyait, par cette œuvre, son règne menacé, souleva toutes les passions pour tenter de ruiner ce bel ouvrage avant son achèvement et semer le trouble parmi les ouvriers en les privant subitement de leur guide ».
Symboliquement Hiram représente l’Homme parfait, qui a accès aux desseins du Divin et qui sait les retranscrire, c’est la définition d’un prophète.
Seulement avec sa disparition la Parole est perdue, le Maçon se donne maintenant une nouvelle quête.
Je terminerai ce retour sur les différents guides dans nos rituels, par celui du 9ème degré.
Pour rappel :
« Le Très Puissant Maître : où avez-vous trouvé le criminel ?
Stolkin : dans les montagnes …..
Le TPM : Qui vous a guidé ?
Stolkin : Un étranger »
L’Etranger est un inconnu qui guide les neuf Elus vers la caverne. Il est accompagné d’un chien qui peut symboliser notre intuition et qui nous guide vers la Vérité : c’est le bon guide, toujours fidèle.
Le guide est à ce degré, le lâcher prise nécessaire à la bonne prise de décision, quelque chose qui nous oriente pour arriver à bon port.
Je m’arrête là dans la description des différents guides de nos rituels, pour ne retenir qu’une seule chose, à chaque porte son guide.
Pour terminer, ce travail, je partagerai avec vous cette réflexion sur la nécessité « des autres » à ce degré Christique, qui, de premier abord, nous oriente plus vers le Principe que vers la matérialité.
Et pourtant, les dernières scories de notre égo sont un frein, le Chevalier Rose Croix part sa démarche d’introspection, s’ouvre à la transcendance et au « travers de l’infini la présence d’autrui », doit pouvoir avoir accès à toutes les potentialités de son être.
L’expérience du Temple Noir transforme le récipiendaire en l’homme humble qui se réalise pleinement au 18ème degré au centre de la croix.
Cette rose, cristallisation de son être dans toutes les directions, passant d’une réalisation horizontale à une réalisation verticale, puis une réalisation dans toutes les directions.
Je finirai par cette citation attribuée à Jésus de Nazareth : « aimez-vous les uns les autres ».
J’ai dit.