3180-4 : Savoir où on va, d’où on vient et ce qu’on doit faire
L∴ R∴
C’est dans la conscience que le monde nous apparaît. Mais ce qui est trop proche n’est pas nécessairement compris. Nous passons certes notre vie dans la conscience mais sans la connaître – c’est pourquoi le monde de l’extériorité paraît toujours plus clair que celui de l’intériorité. René Daumal dans son texte philosophique intitulé « Tu t’es trompé : éveil et acte » a écrit concernant nos errements quotidiens, je cite, « Tel homme s’éveille, le matin, dans son lit. A peine levé, il est déjà de nouveau endormi ; en se livrant à tous les automatismes qui font que son corps puisse s’habiller, sortir, marcher, aller à son travail, s’agiter selon la règle quotidienne, manger, bavarder, lire un journal – car c’est en général le corps seul qui se charge de tout cela –, ce faisant il dort. Pour s’éveiller il faudrait qu’il pensât : toute cette agitation est hors de moi. Il lui faudrait un acte de réflexion… Et le seul acte immédiat que tu puisses accomplir, c’est t’éveiller, c’est prendre conscience de toi-même. Jette alors un regard sur ce que tu crois avoir fait depuis le commencement de cette journée c’est peut-être la première fois que tu t’éveille vraiment ». En effet, le monde du concret devient celui de la fuite. Pourquoi l’homme ne veut-il pas voir le monde, la vie telle qu’ils sont dans leur finalité éternelle ? Parce qu’il a peur de la mort. Pourquoi a-t-il peur de la mort ? Parce qu’il ne pense pas au sens philosophique et par extension religieux du terme. Alors il cherche à oublier ce qui lui fait peur, à s’oublier lui-même. Par quoi se réalise-t-il ? Par la fuite dans le matériel, donc par ce que l’on fait dans ses actes et ses gestes.
La question de cet éveil pourrait se poser pour un maçon arrivé à un certain stade, à un carrefour et qui a parcouru tous les grades de la loge bleue. Or c’est dans cette même ordre d’idée de veille permanente que le rituel nous présente à priori de « savoir où on va, d’où on vient et ce qu’on doit faire », planche que l’on se propose de développer devant cette auguste assemblée. Le plan semble être trouvé d’emblée à travers ces trois séquences.
Séquences privilégiant l’Etre sur l’avoir, elle pourraient provoquer en nous cette espérance de succès dans la voie initiatique. « Connais toi toi-même et tu connaitras l’univers et les dieux», cette citation que Les anciens nous ont légué résume notre thème avec les introspections néccessaires à la réussite de telle action. Se connaitre véritablement implique une vision parfaite de ses forces et faiblesses ainsi que son aspiration profonde.
Frapper à la porte du temple;tel est le début du périple qu’avait entrepris le profane pour être initié. Le maillet générateur de vibrations et de lumière va ainsi permettre le réveil de ce qui sommeillait en attente. Par l’initiation, Christian Guigue nous dit « qu’elle nous a fait entrer dans une nouvelle vie: celle de l’âme qui entend la Voix celeste à laquelle elle répond, celle qui rend possible la transformation du temple de pierre en temple de chair, puis du temple de chair en lumière universelle ». En surplus, l’instruction par demande et réponse nous indique l’objet du travail à la F M en définissant qu’elle «est une école de sagesse et de vertu qui conduit au Temple de la Vérité…». Mais il est bien spécifié qu’un apprenti « ne peut se flatter de découvrir la Vérité sans le secours des Maîtres ». La transformation à travers les grades initiatiques s’avère ainsi être importante. En effet, si nous prenons le cas des diverses questions de reconnaissance posées selon le grade, elles nous renseignent les étapes parcourues : Pour l’apprenti, à la question d’appartenance à la F M la réponse proposée est « mes Frères et Compagnons me reconnaissent pour tel » suivi au niveau de compagnon « Oui je le suis » réponse à la question : Etes-vous compagnons ? et enfin, pour un maître maçon la réplique reflète une conviction certaine à travers les mots : « Eprouvez-moi et vous reconnaîtrez que l’acacia m’est connu ». Ces trois réponses indiquent le passage progressif du F M de la passivité vers la responsabilité d’un connaisseur. C’est dire que chaque individu recèle en lui des dons, des potentialités et des capacités qu’il ne soupçonne même pas. Toute la richesse et l’admirable transformation qu’opère la maçonnerie sur ses membres est de les amener sans même qu’ils s’en rendent compte, à travers le travail symbolique à accomplir sur soi, à se construire et à se développer spirituellement, humainement et socialement. C’est dire de l’importance de l’assiduité et de la persévérance. Le travail en loge conditionne le développement de ses membres. Les frères n’y sont pas là pour des échanges d’idées mais les planches sont demandées afin d’apprécier de quelle manière les FF évoluent mettant en exergue la responsabilité des MM Mais un M est-il arrivé à une apothéose ? qu’on a tendance à répondre par une autre question : mais qu’est-ce qu’un M ?
« Le maître demeure celui qui a su conduire son travail pour parvenir au cœur de sa pierre » [1]. Or, il est toujours dit que nous restons d’éternel apprenti. C’est pour nous dire que rien n’est parfait – Le perfectionnement de l’homme porte sur le plan moral, comportemental et spirituel ; faudrait-il en rappeler que le RER est un rite christique et que le premier Maxime lors du premier voyage au grade d’apprenti mentionne au juste un des points fondamental de notre spécificité : « l’homme est l’image immortelle de Dieu mais qui pourra la reconnaitre s’il la défigure lui-même ? » Il ne peut y avoir aucune limite que nul ne sait où se situe la perfection. On se trouve obligé de persévérer plus avant dans tous les domaines en épurant ses attitudes, ses façons de voir le monde, l’homme et la société.
On peut considérer que la perfection n’est pas humaine mais divine. Ainsi le perfectionnement de l’homme est une illusion en soi. Tout au plus mettons-nous d’accord que l’homme diminue son imperfection dans son état de persévérant en pratiquant les vertus et qualités d’un maître : la Sagesse, la Force et la Beauté.
« Où on va ? » pourrait être répondu par la volonté d’aller vers l’avant, vers la Lumière. Le but ultime du travail maçonnique est ainsi de venir à ce caractère christique, de se détacher de tout ce qui est relatif. Le changement de niveau devrait s’opérer pour aspirer arriver à de tel point : partir du « monde adamique » vers le « monde édénique ».
Pour terminer ce paragraphe, je dirais que l’état de M nous pose comme dilemme de le considérer comme fin d’un cycle ou un début d’un nouveau palier. Dans le fond, l’important n’est pas la réussite totale mais la constance, la sincérité de « chercher avec confiance un port assuré dans l’Ordre contre les dangers de l’erreur ». Cette volonté d’aller de l’avant consiste personnellement pour moi à vouloir continuer en Loge Ecossaise.
A vouloir demander, force est de reconnaître qu’il faudrait d’abord mettre un point sur tout le tracé de sa carrière maçonnique. En effet, comme nous dévoile la marche à reculons, avant d’entrer dans un nouveau plan de vie, une sorte de retour dans un état antérieur afin de purification ou « drill » est nécessaire pour brûler toute scorie.
D’où on vient
Le dualisme instauré par la Chute a fait trébucher l’homme entre la fréquentation et la désertification de Dieu. Ce paragraphe risque de devenir confession. Mais par le dualisme l’interpénétration homme – Loge y trouvera sa place. D’où on vient pourrait être répondu intrinsèquement par j’étais venu – je vis et je partirai. En effet, c’est le cycle biologique de base humain.
J’étais venu – Le cordon ombilical relie étroitement mère et enfant. Dans une scène mettant en image une naissance, considérons la présence enfant et les autres personnes : parents et proches… La mère étant associée à l’enfant comme dit avant, la dualité du moment se présente comme suit : l’enfant « souffre » aussi pleure-t-il tandis que les témoins présents sont remplis de joie ; félicitation et embrassade se succèdent. Par contre, au départ vers l’Orient Eternel d’une personne, les parents et amis pleurent. Pourquoi ne pensons-nous pas que l’âme du défunt en s’échappant du corps puisse être remplie de joie par symétrie. Là, peut-être le doute s’installe car beaucoup de profanes ne sont pas morts de vieillesse mais de bêtise, bêtise qui les ont dirigé vers un chemin sinueux et sombre où les efforts et la fatigue ont marché main dans la main, tellement la tâche à effectuer fût lourde d’ignorance, d’intolérance et de préjugé.
Tel est ce dont nous devons combattre franc-maçon, notre vie doit être dirigée par la droiture, la tolérance et la bonté, bref à vivre suivant des principes supérieurs. Ainsi notre mort sera à l’image même de cette vie.
Je viens d’un bloc monolithique qui une fois taillé a fait sortir une pierre brute ; pierre qu’on a mis à ma disposition avec un modèle pour le façonnage. En effet, je viens d’une société ayant ses us et coutumes, son histoire basée sur le « fihavanana ». Que reste-t-il comme vestige de notre vie communautaire, de cette « malagasitude » ? Au lieu de voyager dans le temps pour chercher la faille de la cohésion sociale, retournons à notre introspection pour y puiser une énergie nouvelle afin de redoubler d’ardeur dans le travail.
Je suis le résultat d’un ensemble de conditionnement qui me furent forgé par : Mes parents à travers l’éducation, le milieu, les études et l’éducation religieuse.
Le milieu scolaire – obligation d’agir et de devoir se conformer en fonction des autres ainsi que le milieu professionnel. Le milieu maçonnique avec les travaux en Loge.
La maçonnerie vient en dernier car elle représente pour moi la dernière école. Diverses raisons poussent un profane à s’y adhérer. Mais la visée est aplanie dès les enquêtes et la réception en définissant les travaux de l’Ordre avec ses relations avec le G A D L U et à la recherche de la Lumière.
L’apprenti que j’étais a commencé à tailler mais aussi à méditer et à connaitre. Tailler correspondrait à détruire tous les conditionnements qui sont superflus. Il ne s’agit pas de critiquer chaque domaine en soi mais d’oser remettre en cause certains raisonnements ou habitudes pour s’élever comme le suscite le symbolisme d’« Adhuc Stat ». La verticale était privilégiée au grade d’apprenti. Les instructions données et soutenues hebdomadairement dont je tiens à rendre hommage ici l’abnégation et la constance de mon Maître instructeur et ami dans les deux premiers grades initiatiques ont incité et excité les curiosités à aller vers l’avant dans l’étude du symbolisme et des rituels.
Je synthétiserai le temps de compagnon à travers l’épreuve du miroir qui m’a singulièrement marquée : Se concentrer sur soi pour se connaitre et arriver à un certain stade de finition comme laisse supposer la pierre cubique. Cet objectif des travaux conditionne la venue de « nouveaux progrès » dans ce grade charnière. La tempérance, un des vertus cardinaux a été présenté au compagnon pour avoir l’humilité nécessaire à son chemin initiatique afin de servir de guide et de peser la parole retrouvée. En effet, le silence de l’apprenti a fait place à la prise de parole en Loge. Là se trouve en premier la différence et le dilemme. A entendre les Anciens avec toute sa culture, sa sagacité – force est de reconnaître qu’il faudrait pour se mettre à la hauteur à rechercher une moralité dynamique alliant ensemble le cœur, la mémoire et la pensée en essayant de formuler un nouveau langage. Ce temps au grade de compagnon était passé très vite sans être sûr d’arriver à maîtriser la connaissance des vérités abstraites.
Au grade de Maître, la situation se présente autrement. Les travaux à ce niveau sont programmés moins fréquemment que ceux des grades antérieurs. Aussi les planches se font plus rares. Mais en loge, les interventions des Maîtres sont plus que souhaitable afin que tous les FF puissent « recevoir leur salaire » surtout dans les deux premiers grades. La circonstance a fait que durant ces années de maîtrise, il a été sorti les pratiques journalières qui invitent à chacun de trouver l’essence de l’enseignement maçonnique. En effet, la Sagesse comme nous le considérons ne pourrait être enseigné comme on enseigne la connaissance extérieure par la parole ou par les livres. Parler de la parfaite connaissance de la F M pour avoir atteint le grade de maître serait de la pure utopie doublée de manque d’humilité.
Les obligations profanes m’ont obligé depuis 6010 à participer aux travaux en loge dans d’autres orients. De ces voyages des expériences se sont accumulées tant personnelle qu’obédientielle donnant une certaine idée pour la progression individuelle mais aussi collective.
Ce qu’on doit faire
Le travail maçonnique et initiatique doit faire parvenir le cherchant à l’état de perfection. A la question « que venez-vous faire en loge ? », la réponse « je vies apprendre à vaincre mes passions, à surmonter mes préjugés… » reste de mise quoique le niveau d’apprenti dépassé. En effet par loge, il faut considérer « toute la nature » et non plus simplement le groupe dans lequel on évolue. Le « souffrant » doit être un modèle de vertu, impitoyable envers lui-même, envers ses écarts quotidiens. Celui qui aspire à la Sagesse et à la lumière ne peut regarder ses pieds, il doit avancer en levant la tête vers le ciel, ce qui enlève toute médiocrité. Mais si nous sommes parvenus à entrer en maçonnerie, il est logique que nous avons été accepté et de même accepter de « s’unir par les lois de l’Ordre et de la Fraternité ». Ce qu’on doit faire répond alors à deux voies, l’une collective et l’autre individuelle, vecteurs dont la résultante nous mène à la Lumière.
Un maçon a le devoir capital de fortifier la loge sur ses bases en la rendant plus forte pour qu’elle traverse le temps sans incidents. Il en va de même pour l’Obédience et pour l’Ordre. A cela, en premier un maçon qui ne recrute pas met l’Ordre en péril. De plus, le devoir d’un maçon est de guider vers la lumière tous ceux qui la cherchent. Deux remarques s’imposent – En premier, loin de porter jugements à ce que font les FF, les visites dans d’autres loges amènent des fois à des auto-interrogations sur la venue de nouveaux maillons en masse, parfois des maillons n’ayant goût sur la recherche spirituelle et qui pourrait dans le pire des cas « se servir de la maçonnerie plus qu’ils ne la servent » comme spécifié dans une des planches d’anniversaire de la G L T S M. La deuxième – le niveau des différentes loges peut être spécifié de disparate ; ce qui m’amène à une conclusion partielle qu’il faudrait insister sur les instructions et sur la qualité des planches. Il est vrai comme nous avons spécifié auparavant que la Sagesse ne peut être enseignée par la parole et les livres mais ils constituent un tremplin pour se mettre sur la Voie.
La transformation intérieure ne pourrait se produire sans énergie. Notre énergie se présente sous forme de lumière, lumière qui n’est autre que la connaissance spirituelle. C’est cette lumière qui fait passer le principe à l’essence. L’essence d’un être, c’est ce qu’il est vraiment, ce qui fait qu’il est ce qu’il est. Ce terme rejoint alors l’adage « se connaître ». Parvenir à la lumière équivaut ainsi à rechercher l’essence de Dieu. Personnellement, j’emprunterai la vision cabalistique pour s’inspirer sur ma façon de progresser dans le futur. Cette vision par son interprétation du ternaire divin pourrait être traduite en trois plans ou hiérarchie :
La Providence…monde
mental, archétypal, causal.
La Conscience, le monde astral, celui de la volonté, du
libre arbitre.
Le Destin, le monde de la matière, de
l’égo, de la fatalité des causes
à effets, de l’instinct animalier.
La conscience est placée comme intermédiaire dans les trois plans. La Providence agit sur elle suivant le monde supérieur. Dans cette relation, la Conscience engendre l’Ame. La destinée à l’inverse de la Providence exerce sa forte influence sur notre conscience à travers l’instinct animalier que nous avons en nous. Mais la Conscience est aussi volonté et lorsque notre volonté se libère de la domination par l’intelligence et la connaissance, elle devient Esprit. Nous avons ainsi les causes qui pourront nous corrompre à travers l’Esprit. Si notre volonté faiblit nous serons inéluctablement broyés dans le cycle perpétuel de temps, de décomposition et de mort. Et si nous restons à ce deuxième niveau et quelle que soit notre élévation intellectuelle, bien que supérieure à celle de la Destinée, nous finirons toujours par être absorbée par la puissante force attractive de cette dernière. Nous rejoignons ici une des sagesses malagasy – « Ny fanahy no maha-olona ».
Volonté et aspiration à connaitre le G A D L U ressortent de cette hiérarchisation. Ce qu’on va faire trouve réponse dans le rituels non pas en reprenant l’adage des paresseux : « le chemin le plus court, c’est de rester sur place » mais c’est à travers la persévérance à réétudier ces écrits que jaillira l’art du dépassement. Les travaux seront braqués :
Sur l’Esprit – Se connaître et se remettre en cause – ce travail sur soi nécessite abnégation de tout temps et méditation périodique et en application (i) le besoin de lectures d’ouvrages maçonniques pour affiner la Connaissance, par extension le besoin de tracé de planches et le besoin de visite de Loges, (ii) la maîtrise de ses penchants afin de « fuir les vices ».
Dominer la Mission qu’un maître maçon doit réaliser dans sa vie – a cela, la prise de conscience de ce que représente chacun des degrés et donc des étapes dans la connaissance de l’homme et du monde.
Sur l’Ame – L’Ame est le principe même de l’homme. Le chemin de la perfection passe de l’occident à l’orient. La lumière vivifiante en émergera. Retrouver le sens du Moi est essentiel car en tout homme ne devrait le dénaturer en le rendant égotique, égoïste et désacralisé, c’est-à-dire contraire à sa « nature ». La pratique des Vertus en est un corollaire de cette recherche.
Etre un maçon, ce n’est pas porter le tablier de tel ou tel grade ou arborer tels bijoux prestigieux, c’est agir comme tel 24h sur 24 et durant toute sa vie. Savoir où on va, d’où on vient et ce qu’on doit faire est un triptyque auquel nous devons nous référer pour parvenir à trouver le bon port pour notre bateau démâté sur une mer d’huile. La F M à travers les travaux et les rayonnements des FF devrait se pérenniser et non disparaître comme les diverses civilisations malgré les trésors de sagesse légués qui ont traversé les âges et qui ont marqué notre monde. La sagesse, la beauté, la compréhension du grand plan divin produisent des transformations capitales dans l’état spirituel d’un initié et favorise des révélations essentielles pour son devenir.
Note :
P[1] Planche du maître de Christian Guigue – Du
maître page 63.