Liberté de penser droit ou devoir
Non communiqué
L’intitulé même de cette
planche tel qu’il m’a été
donné me pose question à travers le terme
« OU » que
je conçois difficilement entre les mots Droit et Devoir. En
effet, si la notion de devoir, au sens moral du terme, peut se
concevoir seule, sans qu’il soit obligatoirement la
contrepartie d’autres choses, celle du Droit engendre elle,
la nécessité d’être
complétée par le Devoir, ce qui malheureusement,
n’est pas, et loin s’en faut, toujours
perçu comme tel.
C’est là néanmoins, une remarque qui,
si je la développais, aurait plus attrait à un
problème de société,
qu’à l’objet même de cette
planche, mais il me tenait à cœur de le souligner.
Mais revenons au Rituel. Alors que je me présente à la porte du Grand Conseil, le Gardien de la Tour m’arrête de la pointe de son glaive, me rappelant en cela ma première entrée dans un temple maçonnique lors de mon Initiation :
« D’où
venez-vous ?
De Babylone, où nous étions
captifs dans les ténèbres de l’erreur
et de l’ignorance.
Où allez-vous ?
Vers Jérusalem, où nous pensons
retrouver la Lumière de la Tradition et de la Connaissance.
Que désirez-vous ?
La Liberté de Passer ».
Deux aspects marquent cet extrait. Le premier m’invite à considérer que malgré les apparences et mes impressions, j’étais encore dans l’obscurité et l’ignorance. Le symbole qu’il transporte est puissant, car il entraîne à une modestie indispensable sans laquelle il ne peut y avoir de progrès, et à n’en point douter, cette captivité dont il est fait mention, se nourrissait de mes convictions, de mes affirmations, que peut être je ne justifiais pas toujours comme il aurait fallu le faire.
Aujourd’hui, on m’invite à cette autre tâche, à cette œuvre plus grandiose encore. On m’invite à réaliser la Jérusalem Céleste qui doit bien entendu contenir le Temple et être elle même complètement le Temple. On m’affirme que nous le pouvons, et je ne doute pas que la Sagesse se trouve quelque part sur cette nouvelle voie de recherche.
Le second aspect de cet extrait du rituel m’invite à demander la Liberté de Passer. C’est là tout autre chose que de demander un passage. Il ne s’agit pas non plus d’un droit de passage, mais de la liberté de passer. Si je le demande, c’est dans le respect de ce qui m’a été enseigné au quatrième degré, lorsqu’à la question : Comment parviendrez-vous à la Connaissance ? La réponse est la suivante : Par le concours que vos aînés vous donneront, et c’est pour cela que vous devez à ces Frères aînés confiance et déférence, sans jamais pourtant aliéner votre liberté de jugement.
Ainsi, ce n’est pas un droit devant
répondre à des règles
préétablies que je demande et qui pourrait ou non
m’être accordé, mais un avis :
suis-je digne de poursuivre ma quête ? Puis-je,
dès maintenant, aller plus loin dans ma recherche de la
Parole perdue, démarche qui par ailleurs m’avait
été définie comme un Devoir absolu. Il
m’était alors interdit, au 4ème
degré, de franchir la barrière qui me
séparait du Saint des Saints, mais il m’avait
été confié une clé et
promis que quelque jour, il me serait permis d’ouvrir et de
passer.
Ce jour peut être est il arrivé car avec
l’aide de mes Frères et avec assiduité,
j’ai suivi la gradation du REAA pour :
Au 4ème grade concevoir ce que peut
être le Devoir complet.
Au 5ème degré étudier les Lois de la
Nature.
Du 9ème au 11ème, par des exploits
d’activité et le châtiment des
meurtriers d’Hiram, poursuivre la Connaissance sur le plan de
l’action.
Au 12ème degré éduquer ma
volonté et approfondir l’Etude de l’Art
Royal.
Au 13ème degré, en passant par 9 arches
accéder à l’endroit le plus
sacré du Monde où Enoch avait
déposé un triangle d’or sur lequel il
avait gravé le nom ineffable, qu’il ne
m’est accordé que d’épeler
sans qu’il me soit donné la possibilité
de déchiffrer la parole convoitée.
Au 14ème degré enfin, contracter une alliance
avec la Vertu et les hommes vertueux, après que
fut détruit le Temple et après avoir
martelé le Nom Sacré le rendant illisible pour ne
pas courir le risque de le voir découvert par les impies,
mais le conservant néanmoins au fond de mon cœur,
le préservant ainsi de la corruption
générale.
Je voyage maintenant par toute la terre pour y porter la
Lumière en faisant connaître la
Vérité, ou tout au moins celle que je pense
être, à savoir l’existence
d’une dimension sacrée du Monde et de
l’Homme.
Mais je sais aussi que j’ai à me perfectionner, et souhaite pour cela la Liberté de passer. Si elle m’est accordée, ce ne sera là qu’une autorisation qui ne me donnera certes aucun droit particulier, mais mon passage signifiera que j’accomplis un acte responsable, dicté par mon libre arbitre, engageant donc ma volonté et m’invitant à l’action dans un effort soutenu. Cette liberté de construire et d’agir devient maintenant, plus que jamais, un Devoir, mon Devoir, mais comme cela a été précisé au 4ème degré, il est plus facile de le faire que de le connaître.
Alors quel est-il ?
Il n’a, j’allais dire pas de limite, et n’en a d’ailleurs jamais eu, ce dès l’instant où en homme libre, j’ai choisi la voie maçonnique comme axe de mes recherches, afin d’essayer de répondre à la question fondamentale du pourquoi de l’homme. La simple lecture de la déclaration de Principes de la Franc-maçonnerie Universelle, remise avant même mon initiation, me conduisait à concevoir la route que j’allais suivre comme la route du Devoir, Devoir vis-à-vis de moi-même, mais Devoir surtout vis-à-vis des autres, Devoir de travail et de recherche permanents de la vérité et de la justice.
Pour poursuivre cette recherche, et partir à la rencontre de la Lumière, il faut se remettre en chemin, mettre entre parenthèses notre connu et ce que nous pensions être notre vérité, pour une autre Vérité. Il va falloir franchir la distance et traverser le Pont entre notre monde et le monde spirituel, franchir la distance entre l’origine et nous, et établir un contact. La vision du sens de l’initiation devient plus précise, et les moyens pour la réaliser, plus clairs. Il ne s’agit plus de rechercher une vérité échafaudée à partir de notre monde, mais d’aller vers elle et de franchir le pont qui nous en sépare encore. Mais sur ce pont, beaucoup d’ennemis nous guettent pour contrecarrer notre progression, car le monde profane ne veut pas que la réalité de l’initié soit plus large que celle qu’il lui accorde.
Le pont met l’homme sur une voie étroite où il rencontre inéluctablement l’obligation de choisir. Il est le passage d’une rive à l’autre et le symbole du passage de la terre au ciel, de l’état humain à l’état supra-humain, de la contingence à l’immortalité, ou comme Guénon le dit « du monde sensible au monde suprasensible ». Tout en conservant son entière liberté d’agir et de penser, l’initié devra chercher à comprendre son chemin dans sa marche vers l’absolu, car passer le pont, c’est passer d’un monde historique à un monde éternel, c’est échapper au temps pour pénétrer dans une sorte d’immortalité, c’est passer dans un monde spirituel, c’est passer de l’Ancienne Loi à la Nouvelle Loi. En quête de Vérité, et ayant plus que jamais pour Devoir, de travailler à l’amélioration de la condition de l’homme tant sur le plan du bien être matériel que sur le plan spirituel, il faut élever son être à une autre dimension, et accéder à une réalité intérieure différente pour accomplir d’abord le dépassement de soi même, pour mieux aller vers les autres, devenir un nouvel homme, conscient que seul, l’Amour qui est sans doute un état supérieur de la Connaissance, pourra nous aider dans notre mission.
Aussi, puisque Liberté de passer m’est donnée, il est de mon Devoir de le faire. Je dois traverser ce pont, trait d’union entre l’éducation morale du maçon achevée au 14ème degré et l’Initiation nouvelle à recevoir au 18ème degré. On m’a donné l’autorisation de poursuivre ma démarche, remis une truelle et confié une épée. Je devrai être à la fois bâtisseur et combattant, car sans cesse il me faudra encore vaincre mes mauvaises passions et leur livrer combat pour accéder à une plus haute spiritualité à laquelle tout maçon libre aspire afin de poursuivre sa quête de l’Unité. Mais cette épée est aussi une introduction aux grades chevaleresques, et donne à son possesseur le pouvoir de vivre en toute liberté et de se battre en assurant la justice, pour réaliser la synthèse du Savoir et de l’Amour, pour trouver un équilibre pacifique mais dynamique entre le Temporel et le Spirituel, entre la raison et l’Intuition.
Elle est le symbole de la force spirituelle, lien d’harmonie entre les nombreuses dualités manichéennes qui s’affronte depuis la nuit des temps, en permettant l’intégration du particulier dans le général, en rapprochant les êtres et les choses et en soulignant leur individualité originale en une vision du monde et de l’Univers, où chacun apparaît comme élément solidaire d’un ensemble qui certes nous dépasse mais dont néanmoins nous sommes.
Bien sûr, la tâche qui m’attend est donc rude, mais la Foi, la Charité et l’Espérance m’aideront dans sa réalisation. La grande Loi d’Amour qui me portera, me conduira à me dépasser, et avec Courage, Justice, Prudence et Tempérance, agir au mieux pour consoler les affligés, montrer le chemin aux voyageurs égarés, et ainsi participer peut être, à la réalisation d’une harmonie entre les êtres et l’Univers dont chacun est une parcelle tant matérielle que spirituelle. Sans doute, lorsque j’ai demandé la Liberté de passer, n’étais je pas tout à fait conscient de cela, mais passé le pont, j’ai compris que l’autorisation qui m’a été accordée m’a néanmoins donné un Droit : celui de faire en tant qu’Homme Libre mon Devoir.
Très Sage. J’ai dit.