18° #415012

Moines soldats

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
Non communiqué
Loge:
: LA VALLÉE DE LYON

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Ordo Ab Chao
Deus meumque Jus
Sous la juridiction du Suprême Conseil pour la France des Souverains Grands Inspecteurs
Généraux du 33é et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté

TRODUCTION : Lors de la réception au 17ème degré, Chevalier d’Orient et d’Occident, le respectable Ancien, Orateur, nous dit : « A la suite de la prise de Jérusalem en 70 par les Romains, des Israélites quittèrent la Judée pour rechercher une contrée où la pratique de leur culte serait respectée. Ils s’unirent aux Thérapeutes et aux Johannites disciples de Jean de Patmos. C’étaient des Chevaliers d’Orient qui maintinrent en secret la pureté du culte du Grand Architecte de l’Univers. Quand les Croisés, Chevaliers d’Occident, vinrent en Palestine, les Johannites révélèrent à certains d’entre eux leurs sublimes mystères. Puis en 1118, ces Chevaliers d’Orient s’unirent aux Chevaliers d’Occident afin de créer un Ordre nouveau (les Templiers) sous la protection de Garimond, patriarche légendaire de Jérusalem. Cet Ordre avait pour mission d’assurer la sécurité des pèlerins qui visitaient la Terre Sainte. »

Ce texte bref nous donne un aperçu de la création de l’Ordre du Temple, Ordre de moines soldats dont à la faveur de Ramsay nous disons faire remonter en partie nos origines maçonniques. Il est particulièrement intéressant de remarquer que ses origines stipulent que c’est de l’Orient que nous tirons nos plus anciens mystères. Le fond est oriental et la forme occidentale si l’on peut résumer ainsi la création de cet Ordre. Nous allons dans un premier temps dresser un bref historique de cette création des Ordres des moines-soldats, pour ensuite nous intéresser mieux à la philosophie qui les sous-tend, tant d’un point de vue exotérique qu’ésotérique. Ce qui nous permettra de conclure sur le but du combat du chevalier.

Les Thérapeutes ont été le modèle de la vie monastique chrétienne, ils étaient des ascètes juifs qui se livraient à la vie contemplative dans de profondes mortifications de la chair. Ils étaient les serviteurs de Dieu et de ce fait ils prenaient soin d’autrui d’où le sens actuel de médecin qui en est dérivé. Les Johannites étaient les disciples de Jean de Patmos, l’ami du Christ. Ils sont les gardiens de la mystique chrétienne voire christique dont les piliers sont la Gnose et l’Amour. La chevalerie s’en réclame particulièrement comme école de la Lumière en opposition aux ténèbres. Tout de suite la chevalerie est désignée comme porteuse d’un message initiatique et ésotérique bien plus que d’une école militaire vouée aux combats humains. La chevalerie orientale est une école mystique et ésotérique. C’est ce que nous révèle le rituel dès le prime abord.

Le titre de Chevalier était principalement acquis pour cause de hauts faits – militaires ou autres – et ne se transmettait pas comme d’autres titres de noblesse comme ceux de Baron, Vicomte, Comte, Marquis ou Duc. Bien des souverains ont demandé d’être sacrés Chevaliers après leur accession au trône comme une dignité nécessaire à l’exercice de leur pouvoir. Et ceci est toujours le cas à l’heure actuelle.

1) L’HISTOIRE D’UNE MÉTHODE DE COMBAT CONTRE LE MAL

La Terre Sainte en 610 passe de la domination chrétienne de l’Empire Byzantin à la domination musulmane du califat omeyyade tout en laissant aux églises minoritaires chrétiennes – Syriaques, Nestoriens, Arméniens – le droit d’accès comme au clergé grec orthodoxe, aux lieux de pèlerinage. Mais la destruction du Saint Sépulcre par le califat en 1009 va initier avec Urbain II les croisades contre les musulmans à partir de 1095 et la création des états latins. Que se passe-t-il alors ? Les forces en puissance sont des ordres militaires qui semblent pour l’Occident provenir du monde oriental. En effet, on dira des Templiers qu’ils ont calqué leur règle sur celle des Assassins chiites qui eux-mêmes étaient liés au culte du Vieux de la Montagne, Hassan ibn al-Sabbah qui professait une lecture ésotérique du Coran d’où leur surnom de batiniens – de batin qui veut dire le côté secret des choses. Cet ismaélisme pratiqué par ceux que l’on appelait aussi les nizariens a donné naissance au soufisme et au versant secret de la tradition islamique. C’est ce modèle de chevalerie Assassine – où « rien n’est défendu » pas même le crime – qui donnera naissance à la chevalerie occidentale venue rencontrer son exemple oriental à l’occasion des croisades. Un exemple célèbre de chevaler oriental resté dans les annales de la chrétienté fut Saladin dont les vertus furent remarquées par les Templiers lors de la seconde croisade. Ainsi notre chevalerie – et en tout premier lieu notre chevalerie Templière issue des neuf chevaliers dont le premier était Hugues de Payns – ne serait qu’une émanation dans son fond ésotérique de la chevalerie orientale prônant avant tout le libre-arbitre. Cependant dans sa forme, issue du vœu pieux d’Urbain II de voir protéger les pèlerins allant en Terre Sainte et après la fondation de l’Hôpital en 1113, et se mettant sous l’autorité des chanoines du Saint Sépulcre que Godefroy de Bouillon avait institués, une milice du Christ qui ne s’occuperait que de la protection du Saint Sépulcre et des pèlerins  naquit. Une trinité se fit jour : les chanoines qui s’occupaient des affaires liturgiques, l’Hôpital qui prenait en charge l’aspect charitable des actions de l’Église et la milice du Christ qui protégeait les pèlerins. L’aspect ternaire des cultures indo-européennes était ainsi respectée : ceux qui prient, ceux qui guerroient et ceux qui travaillent (oratores, bellatores et laboratores ou encore druides, chevaliers, et paysans). Mais les Templiers unifiaient deux de ces fonctions : la prière et la guerre et Isaac de Stella, un moine cistercien s’opposait en cela à la Milice. Mais l’opposition était minoritaire et la Milice des Pauvres Chevaliers du Christ remportera l’assentiment général.

C’est le 23 janvier 1120 que naquit lors du concile de Naplouse, la milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon car ils élurent domicile dans ce qui restait du Temple de Jérusalem octroyé par Baudoin II, actuelle mosquée Al-Aqsa. Ils avaient pour mission de garder voies et chemins dans une contrée où le brigandage était chose quotidienne. Les chevaliers faisaient vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Il y avait là matière à associer à l’aspect guerrier de leur mission un aspect spirituel majeur les apparentant ainsi à un ordre monastique. Auparavant, les chevaliers du Saint Sépulcre créés en 1115 et dont Hugues de Payns faisait partie, en tant que laïcs protégeaient les chanoines et profitaient de leurs prières sans qu’aucun ordre de moines-soldats n’émergeât encore.

Mais la lutte contre le Mal n’est pas chose aisée, car ces moines-soldats sont en état de péché permanent gardant les armes à la main et Hugues de Payns fait appel à son parent Bernard de Clairvaux pour éclaircir leur situation. Celui-ci intercède auprès du pape dans une lettre « De laude nove militie » en faisant appel à la notion de « malicidi », de non homicide en tuant le mal en l’homme et non l’homme. Hugues reprend ces propos dans sa lettre « Christi militibus » qu’il soumet, en janvier 1129, au concile de Troyes qui approuve le nouvel ordre. Le premier ordre militaire est officiellement créé.

Les hostelleries et auberges en Terre Sainte créés par les ordres hospitaliers vont aussi nécessiter protection et les ordres hospitaliers à l’instar de l’Ordre du Temple vont se muer en ordres militaires. De même l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem verra le jour quand le Frère Gérard se met au service des croisés en soignant les blessés lorsque les armées croisées de Godefroy de Bouillon reprennent Jérusalem. On ajoutera aux trois vœux des Templiers le vœu d’hospitalité pour créer ce nouvel ordre qui ne tarde pas à se militariser. A partir de 1137 après l’acquisition de nombreuses places fortes, cet ordre devient rival du Temple et l’Église ne voyant dans les Hospitaliers que des hospitaliers ne leur concède pas la fonction de « moines-soldats » qu’elle avait dévolue aux Templiers. Petit à petit cependant, le rôle de chevaliers leur est concédé après qu’on eût remarqué leur rôle actif dans la protection de la chrétienté en 1205.

Que peut-on dire de ce statut de « moine-soldat » concédé aux Templiers, à l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem sinon qu’il est complexe ? On voit que bien que combattant le Mal, il est sujet au Mal puisque guerroyant  les armes à la main. Il faut l’intercession d’un saint pour faire bénéficier l’Ordre d’une sorte de dispense pour « guerroyer saintement ». Il y a là un antagonisme qu’il nous est nécessaire de lever. En effet, l’ismaélisme dont s’inspire notre chevalerie Templière, plonge ses racines dans les Epitres des Frères de la Pureté, qui veulent que l’homme retrouve le Guide spirituel et soit sauvé de son ignorance par la philosophie. C’est bien une lutte contre le Mal dans l’Homme et non le Mal de l’Homme. C’est le Djihad vrai, croisade pour la Vertu du fond de l’Esprit et de la défaite du Vice telle que la conçoit notre Ordre même. Une guerre sainte que le chevalier va mener avec l’outil de l’introspection, de la méditation et de la prière. La Vérité qui est la quête de l’ismaélien souvent caché sous le manteau du soufi ne se révèle que par la transmission directe de Dieu. Sous cet aspect gnostique, on retrouve l’éloge que Bernard a fait de la Nouvelle Milice : le même homme se consacre autant au combat spirituel qu’aux combats dans le monde.

« Il n’est pas assez rare de voir des hommes combattre un ennemi corporel avec les seules forces du corps pour que je m’en étonne ; d’un autre côté, faire la guerre au vice et au démon avec les seules forces de l’âme, ce n’est pas non plus quelque chose d’aussi extraordinaire que louable, le monde est plein de moines qui livrent ces combats ; mais ce qui, pour moi, est aussi admirable qu’évidemment rare, c’est de voir les deux choses réunies. (§1)».

« Le chevalier du Christ donne la mort en toute sécurité et la reçoit dans une sécurité plus grande encore. […] Lors donc qu’il tue un malfaiteur, il n’est point homicide mais Malicide. […] La mort qu’il donne est le profit de Jésus-Christ, et celle qu’il reçoit, le sien propre. […] ».

« Toutes les fois que vous marchez à l’ennemi, vous qui combattez dans les rangs de la milice séculière, vous avez à craindre de tuer votre âme du même coup dont vous donnez la mort à votre adversaire, ou de la recevoir de sa main, dans le corps et dans l’âme en même temps. […] la victoire ne saurait être bonne quand la cause de la guerre ne l’est point et que l’intention de ceux qui la font n’est pas droite. (§2) ».

BC

Il est aussi important que la motivation soit juste, on ne peut être Malicide que pour une cause juste.

Du fait de leur double fonction – guerre et prière – ils déclenchèrent l’animosité du clergé d’autant qu’ils avaient droit à leurs propres prêtres et bénéficiaient de la protection apostolique ne dépendant directement que du Pape. Tout un ensemble de privilèges découlant de ces protections et de statut à part leur valut l’animosité des évêques et du clergé séculier. Grâce à ces frontières établies entre la chevalerie templière et le clergé séculier, se développa une réelle mystique chevaleresque qui fit s’engager dans ses rangs nombre de jeunes nobles attirés tant par les armes que par le salut de leur âme. Cet aspect sotériologique de la mission du chevalier est aussi sous-tendu par la règle monastique suivie par les chevaliers, il en allait tout autant de la règle de Saint Benoît que de celle de Saint Augustin pour quelques emprunts. On voit là une première démarche initiatique de l’Ordre dans l’aspect sotériologique qui lui est voué. Le but c’est le salut et la méthode en est à la fois le « malicide » et la règle monastique.

2) LA CHEVALERIE TEMPLIERE, LES MOINES-SOLDATS ET LA MYSTIQUE DU SALUT

Comme on l’a vu la chevalerie du temps des Croisades se confond peu ou prou avec la naissance de cet Ordre de moines-soldats que sont les Templiers et certains Hospitaliers. On a vu aussi que seuls, ils dérogeaient à la répartition tripartite des fonctions en pays indo-européens et que peut-être de cela découlait les privilèges qu’ils avaient, comme l’animosité du clergé. Mais l’époque était en général aussi vouée à une quête toute autre, celle du Graal.

Époque de la courtoisie, des Fidèles d’Amour – eux aussi inspirés par le soufisme – et du cycle de la chevalerie Arthurienne, la quête du Graal était aussi dans tous les esprits. Cette quête d’absolu dont la Dame était à la fois l’outil et l’aboutissant inconscient (on peut citer le caractère féminin que le symbole du Vase peut représenter) du Chevalier. Les vertus prônées étaient la défense de l’opprimé, la protection de la Veuve et de l’orphelin, l’honneur et un ensemble de caractères tirés du terme Virtus, proches du courage. La Dame que devait servir le Chevalier était tout autant une image de la Vierge que de l’archétype de la Femme, sorte d’idéal inatteignable comme le Graal. C’est pourquoi le combat était « civilisé» et avec des armes de chrétien, point de joutes barbares quand cela était possible. Paul Arfeuilles nous parle des chevaliers « comme les plus beaux joyaux de l’esprit humain ». Si l’esprit humain est ici mentionné c’est bien pour nous faire ressentir toute la mystique sous-jacente à ces ordres chevaleresques.

Le Code de la Chevalerie et les Dix commandements va devenir l’Ordène que l’Eglise impose à un rituel trop guerrier. C’est un véritable rituel initiatique qui s’y substitue. Le chevalier et donc le moine-soldat qui en est une spécificité est devenu un élu un initié, un homme libre obéissant à l’Ordre en ce que ce dernier lui demandera de conforme à l’esprit. On voit donc que la règle monastique, le Code de chevalerie sont les limites que l’ascèse impose pour transmuter comme alchimiquement la geste guerrière en un combat spirituel aux vocations sotériologiques. Il doit suivre le Devoir comme le Maître Secret et « combattre tout mal et défendre tout bien ».

On reconnaît dans les origines de cette chevalerie occidentale deux courants l’un germanique, l’autre druidique. Mais le troisième courant que nous avons déjà évoqués remonte avant l’islam au zoroastrisme et à la Perse et par là même au culte de la Lumière. On se rappelle le courant Johannite que l’Orateur nous indiquait au début du rituel d’initiation au 17ème degré. On voit qu’au cours du temps et à quel qu’endroit que l’on prenne la mystique chevaleresque cette quête de la Lumière opposée aux Ténèbres est présente et prévaut à toute autre recherche. Du mazdéisme et du zoroastrisme on voit découler les valeurs qui venant de l’Orient vont régler la vie des moines-soldats et des Croisés. Les chevaliers recevront un anneau d’or et une épée, symboles de leur alliance avec le souverain Bien et du combat qu’ils doivent mener contre le Mal.

On voit que la Force qui est communiquée au chevalier lors de son adoubement n’est en aucun cas une force brutale et purement mécanique ou musculaire, mais une Force qui vient d’en-haut et qui sanctifie son geste. Tel Arjuna, sur son char, guidé par Krishna, il va maîtriser ses passions (les chevaux) au moyen de son intellect, de sa Foi et de sa raison (les rênes).

Notre Frère Jean-Jacques Gabut nous dit aussi que la quête du Graal et l’amour courtois ont un modèle dans l’épopée du Chevalier à la peau de tigre, poème épique Georgien. Ainsi d’aussi loin que l’on remonte on retrouve cette origine orientale de nos mythes fondateurs de notre chevalerie et ce qui en découle les ordres de moines-soldats. Donc les mythes et les aspects sotériologiques orientaux sous-tendent en permanence les nôtres occidentaux. Pourtant l’Eglise de Pierre, Rome et son clergé s’opposeront bien souvent comme l’on sait aux moines-soldats. Elle aura beau leur concéder quelque pouvoir elle aura un rôle trouble avec le pape Clément V comme l’on sait en laissant Philippe le Bel le 13 octobre 1307 arrêter tous les Templiers et confisquer leurs biens. Il ne fait pas bon se mesurer au pouvoir temporel d’un clergé avide de pouvoirs et désireux de se mesurer à celui du Roi de France en l’excommuniant.

Mais on retrouve dans l’initiation maçonnique tout un ensemble de gestes issus de la chevalerie et en particulier de l’adoubement, c’est reconnaître à celle-ci un caractère initiatique au sens où la Maçonnerie l’entend. De même les serments dits et répétés lors du cheminement initiatique en 33 degrés reprennent ceux de la chevalerie ; on ne peut à l’instar du Chevalier de Ramsay oublier les origines chevaleresques de nos initiations et par là-même y voir la preuve d’une quête spirituelle flagrante. On y retrouve les termes d’équité et de justice dont la recherche fait partie de la quête initiatique.

Mais il est un fait que l’on doit faire prévaloir, lors de son adoubement le Chevalier est invité à se dépouiller du vieil homme pour revêtir l’homme nouveau. Il y a là mort initiatique et renaissance à une autre vie comme dans toute initiation sur tous les continents. Tout commence par le « nigredo », l’œuvre au noir, la mort pour une renaissance aux valeurs nouvelles d’un monde spiritualisé qui a perdu ses objectifs matériels. L’Apprenti maçon meurt au profane pour renaître dans la Loge et aux valeurs morales d’une recherche uniquement spirituelle débarrassée de ses métaux. Mais cette recherche doit se faire dans le secret. C’est ce secret qui est demandé au nouvel initié comme au Chevalier du Temple et qu’on lui reprochera jusqu’à l’accuser de pratiques obscènes, de simonie et de sodomie. Cette mort au profane et cette renaissance dans une autre mère est la caractéristique principale de l’initiation sous toutes les latitudes et l’on peut affirmer que l’adoubement est bien une initiation au sens propre du terme.

De plus comme dans l’initiation maçonnique, on trouve les quatre éléments : le jeûne (la terre), le bain (l’eau), le bruit (l’air), le cierge (le feu). On se rapproche des invariants initiatiques. Le chevalier ceignait une ceinture blanche en signe de pureté, autre élément qui donne à son ministère un caractère sacré et prouve son élévation spirituelle en ne le contraignant aux basses besognes de la guerre qu’en «malicide ».

Les symboles utilisés sur les blasons ont perduré dans la maçonnerie ; licorne, phénix, croix pattées, aigle…etc. En tant que symboles ils aident à un cheminement spirituel et balisent la voie vers la réalisation.

Avec l’irruption de ce nouvel Ordre de moines-soldats, on distingue mieux les deux sortes de chevalerie qui se sont opposées : celle brutale de la féodalité et celle raffinée et spirituelle des cours d’Amour de la Massénie du Saint Graal. On retrouve dans cette dernière tout le raffinement oriental provenant de sources égyptiennes et soufies. Les Hospitaliers de Saint Jean et de Saint Lazare avaient eux-mêmes des liens très forts avec les musulmans et les initièrent à la chevalerie. De même, des cérémonies du feu d’origine zoroastrienne étaient perpétrées par les Hospitaliers de Saint Jean. Les Templiers étaient liés aux Coptes, aux Arméniens, aux Nestoriens et leur empruntaient certaines de leurs croyances.

Il faut aussi voir dans l’aigle bicéphale d’Orient et d’Occident du Saint Empire, le symbole de l’homme pleinement réalisé, quête du chevalier et de tout initié. C’est dans cette union des mystères orientaux et occidentaux que se développe l’Histoire des moines-soldats et de l’Ordre du Temple, faisant la part belle aux techniques spirituelles héritées de millénaires de pratiques et constituant le secret tant décrié par les autorités de leur époque. Ils n’ont pas été collecteurs que de richesses matérielles bien évidemment mais de richesses spirituelles puisées dans les creusets des civilisations qu’ils côtoient de par le monde.

3) L’INITIATION CHEVALERESQUE ET L’ESOTERISME

Les Templiers étaient gardiens de la Terre Sainte. Symboliquement la Terre Sainte représente le Centre du Monde. Donc initiatiquement parlant, le message est clair le chevalier défend le Centre du Monde, il en est le couvreur. Ce message est toujours valable de nos jours.

La cérémonie qui perdure actuellement pour armer un Chevalier se trouve dans le Pontifical romain, un prélat en est l’ordonnateur. Celui-ci commence par bénir l’épée au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit afin que celui qui en serait armé puisse sous sa protection triompher des ennemis invisibles. Il prie Dieu de lui donner sa crainte, son amour, l’humilité, la persévérance, l’obéissance et la patience : « Réglez-le si bien, ô mon Dieu, en toute sa conduite, que jamais, il ne se serve injustement de cette épée, ni d’aucune autre pour nuire à personne, mais qu’il s’en serve toujours pour l’équité et la justice ». Il quitte alors le vieil homme, l’état d’Ecuyer pour revêtir le nouveau. Le Prélat arrose d’eau bénite l’épée et la donne au nom de la Trinité au récipiendaire. Elle est remise au fourreau et le nouveau Chevalier la fait briller en la sortant, trois fois puis remise au fourreau elle est tirée par le Prélat qui en donne trois coups sur l’épaule du Chevalier à genoux c’est la colée ou l’accolade en lui disant « Soyez un Chevalier pacifique, vaillant, fidèle et dévoué au service de Dieu  ». Après avoir remis l’épée, il lui donne un soufflet : « Eveillez-vous du sommeil de la malice, et veillez dans la foi de Jésus-Christ, et dans la bonne renommée. ». Les Chevaliers présents lui chaussent alors l’éperon doré. Après une dernière exhortation du Prélat, le Chevalier lui baise la main.

Le maçon doit être « le soldat de l’universel et de l’éternel ». Lors de l’initiation et du passage de certains grades, le Vénérable Maître en chaire donne non pas la collée mais se sert de son épée « pour recevoir, créer et constituer » de 3 coups de maillet sur la lame posée sur la tête et les épaules le nouvel initié. Résurgence évidente des rituels chevaleresques, ce passage du rituel est particulièrement parlant et rappelle aussi le discours du Chevalier Ramsay sur les origines Templières de notre Ordre. L’épée est partout présente dans l’initiation maçonnique, lors de la scène d’accession à la petite lumière, comme à l’entrée en Loge sur la poitrine. C’est par l’épée et sous son symbolisme que l’on devient Maçon.

De plus, nombreux sont les grades de Chevalier, de Sublime Chevalier Elu, de Chevalier d’Orient et de l’épée, de Chevalier d’Orient et d’Occident, de Chevalier Rose-Croix et de Chevalier du Soleil dans le REAA. Dans tous les grades, on spécifie aussi que le candidat s’est présenté librement à la cérémonie comme le devait faire l’écuyer novice. Celui-là avait prié toute une nuit pour arriver pur et sans tache, de même que le futur maçon fait son testament pour se dégager du vulgaire, faire mourir le vieil homme et se préparer à revêtir le nouveau. Pour symboliser cela on donnait un manteau blanc au nouveau Templier et on donne un tablier au nouvel apprenti. De même toutes les pièces de leur harnais comportaient un symbolisme. Il n’est qu’à citer les gantelets « qui signifient que tout de même qu’on les lève en haut pour frapper et pour vaincre ses ennemis, aussi faut-il lever les mains en haut pour remercier Dieu de la victoire ; les gantelets aussi dénotent, en préservant les mains, le soin que les Chevaliers doivent avoir de ne toucher rien de mauvais avec icelles, et les détourner de larcin, de faux serments et de toute autre méchanceté ». On pourrait citer chacune des pièces d’armes et y trouver un symbolisme de cet ordre, guidant le Chevalier dans les voies de la vertu.

L’épée qui sort de la bouche du vieillard tenant sept étoiles dans l’Apocalypse et dans l’initiation au dix-septième grade est le symbole du vajra, du rayon solaire et du Verbe par là-même. L’épée du Chevalier reste quelle que soit l’époque une arme symbolique apte à la grande guerre sainte, contre soi-même. A deux tranchants elle construit comme elle détruit. De même nous dit-il aussi, le cri de guerre des Templiers était « Vive Dieu Saint Amour ». Il y a là tout le symbolisme du cœur siège de l’Intelligence intuitive et de l’Amour divin.

On retrouve dans l’Ordre du Temple des initiations pour des Frères Elus et des Frères Consolés – Ordre intérieur du Temple, véritable dirigeant – comme on trouve des degrés de Perfection dans la Maçonnerie. Il y avait un Ordre Intérieur pour des initiés à l’ésotérisme comme on trouve un cheminement initiatique vers la Profondeur dans les rites maçonniques. Le Grand Maître devait être un bon stratège et n’était jamais un Elu ou un Consolé ce qui explique que lors de son interrogatoire par l’Inquisition il criera son ignorance de tout ce dont il était accusé : crachat sur la Croix, existence du Baphomet, baisers obscènes…etc. Les Elus et les Consolés se rapprochaient dans leurs croyances des Cathares par bien des points de leurs doctrines, se rapprochant en cela d’une certaine Eglise originelle. Lors de leur initiation des baisers étaient posés sur la bouche, le plexus sacré, l’ombilic et le membre viril pour communiquer le souffle à ces centres d’énergie. On retrouve dans bien des sociétés ésotériques des pratiques similaires. Bien plus, l’article 27 de la Règle des Élus demande que le Prieur, Frère Élu se rapproche d’un Maître Maçon de la corporation des bâtisseurs « qui soit descendant de nos Pères », foyer de spiritualisme et d’ésotérisme à l’époque. Mieux encore on conseille aux Frères templiers de se confesser au Chapitre de l’Ordre et d’éviter tout contact avec les serviteurs de l’Église. La Bibliothèque de l’Ordre n’était accessible – article 28 – qu’aux Frères Élus et Consolés – qui seuls d’ailleurs savaient lire et écrire- et contenait des ouvrages spiritualistes souvent condamnés pour déviationnisme.

Pour ce qui est des Frères Consolés, l’article 5 de leur Règle les obligeait à ne tenir compte ni des races, ni des religions, ni des nationalités car tous les hommes sont les fils du même Dieu, au sens spirituel. C’est pour cette raison qu’initiateur de l’idée d’un Saint Empire, ils voulaient créer un seul État, la Cité de Dieu, le Temple de l’Humanité. Leur article 8, pour ce qui est des bâtiments leur conseille de s’adresser aux associations traditionnelles qui détenaient le savoir ésotérique en cette matière ; et pour les reconnaître ils étaient initiés aux signes et attouchements de ces confréries. L’article 20 leur interdit l’accession au grade de Grand Maître qui était le muscle s’ils étaient la tête.

Pour ce qui est de l’architecture de leurs églises on retrouve toujours le carré long – et non l’octogone comme cela est communément admis – le triplet des baies montre l’importance accordée à la Trinité, l’absence d’ouverture au Nord qui est lieu de l’obscurité, l’orientation vers le Levant. On retrouve dans les voussures des églises les nombres 9 et 13 ; neuf comme symbole du cercle et parce que les Templiers furent neuf à l’origine, treize correspondant aux douze apôtres et au Christ.

Le Baphomet, dans « l’Histoire de l’Ordre des Templiers et les Croisades » apparaissant dans l’initiation des Consolés, assez identique selon certains à la lame XV du tarot et s’en différenciant en ce qu’il devait avoir des serpents à la place des pieds (l’un étant le serpent solaire et l’autre d’airain, manifestant ainsi la dualité du monde) est le principe des passions astrales nerveuses, il est dans la sphère du Iatzirah, la sphère matérielle, il est le symbole des passions sexuelles, matérielles, il est la force animale qu’il faut dominer pour devenir le surhomme que la chevalerie a pour but. Il fallait voir dans cette idole, le trône à renverser pour s’en saisir et siéger enfin roi de ses passions, anéantir la dualité qu’il symbolisait et réintégrer l’Unité.

Le serment du maçon comme celui du Chevalier fait référence aux mêmes vertus que l’on promet d’observer et de même il est juré obéissance à l’Ordre, au Principe Créateur, aux représentants de son autorité. Il est pris dans les mêmes termes et sur les Evangiles ouverts à celui de Saint Jean. De même que le Chevalier fait foi de se conduire en Gentilhomme, honnête, fidèle à son Prince et à professer toutes les vertus qui découlent de cet état, de même le Franc Maçon est un noachite, libre et de bonnes mœurs qui se conduit aussi en honnête homme.

Sur la tombe d’un chevalier décédé on gravait le pentalpha, le plus vieux signe hérité de Pythagore, et bien connu des Maçons.
Mais par-delà la maçonnerie, l’époque actuelle connaît une résurgence des sociétés chevaleresques. On connaît à foison et pas toujours dans les meilleurs termes, ces « ordres nouveaux » qui se disent restituer les valeurs anciennes de la Chevalerie.

CONCLUSION

Nous avons vu l’intérêt des Chevaliers d’Occident pour l’Orient et son message initiatique ainsi que les vertus prônées par ses Ordres. Nous avons approché l’ésotérisme profond de l’adoubement et nous devons conclure que le Chevalier a été, est et sera garant d’une voie initiatique fidèle à la Tradition.

J’ai dit

Très Sage Athirsata

  1.  Rituel du 17ème grade du REAA
  2. L’Histoire de l’Ordre des Templiers et les Croisades de Gérard Serbanesco
  3. Le Festin d’immortalité – L’Idéologie tripartite des Indo-Européens de Georges Dumézil
  4. Les Survivances chevaleresques dans la Franc-Maçonnerie du REAA de Jean-Jacques Gabut
  5.  idem
  6.  idem
  7.  idem
  8.  idem
  9.  Les Symboles de la Science sacrée de René Guénon
  10.  Dissertations sur l’ancienne Chevalerie de Pierre Girard-Augry
  11. Les Survivances chevaleresques dans la Franc-Maçonnerie du REAA de Jean-Jacques Gabut
  12.  Dissertations sur l’ancienne Chevalerie de Pierre Girard-Augry
  13.  Les Symboles de la Science sacrée de René Guénon
  14.  L’Histoire de l’Ordre des Templiers et les Croisades de Gérard Serbanesco
  15.  L’Histoire de l’Ordre des Templiers et les Croisades de Gérard Serbanesco
  16.  L’Histoire de l’Ordre des Templiers et les Croisades de Gérard Serbanesco
  17.  L’Histoire de l’Ordre des Templiers et les Croisades de Gérard Serbanesco
  18.  L’Histoire de l’Ordre des Templiers et les Croisades de Gérard Serbanesco

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