18°
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Prenez et mangez et donnez à manger à celui qui a faim, buvez et dnnez à boire à celui qui a soif
Non communiqué
Prenez et mangez
et donnez à manger à celui qui a faim, buvez et donnez à boire à celui
qui a soif
Aborder la Cène au 18ème degré nécessite un certain effort de discernement pour ne pas s’orienter, disons-le maintenant, vers une illustration dogmatique chrétienne. En effet, la Franc-maçonnerie, héritière ésotérique judéo-christique, puise une symbolique Biblique pouvant dérouter certains. Un tel référentiel dans le monde exotérique et religieux peut induire le cherchant en erreur, notamment sur la méconnaissance symbolique et s’arrêter au premier niveau d’une lecture. L’Initiation lui permet au contraire d’accomplir, en toute connaissance de cause, sa destinée en adéquation avec la Foi, la Charité et l’Espérance. Ces vertus théologales permettent au Chevalier Rose Croix une optique transcendante mais aussi immanente, le conduisant ainsi à l’Amour. Cet Amour dont la Cène en est l’expression rituélique. Cène qui revêt un caractère universel comme nous le verrons. Quant au pain et au vin, ils sont depuis la nuit des temps, si j’ose dire, l’alimentation initiatique par excellence. Régénéré pour ne pas dire transmuté, le Chevalier Rose Croix par le partage et son action sacrificielle peut alors sur la base des degrés maçonniques précédents « rayonner » et « transmettre ».
La Cène sur le plan christique selle la destinée du Messie, l’Oint de l’Eternel qui s’apprête à être livré et sacrifié. Cette Pâque chrétienne fait écho à celle du judaïsme qui célèbre la libération du peuple hébreu du joug égyptien. Le Christ étant venu non pas pour abolir mais pour accomplir l’ancienne alliance mosaïque. Le pain et le vin, repas rituélique est aussi réalisé par le grand prêtre de Salem : Mélchisedek qui béni et communie celui qui devait devenir Abraham (Genèse 14 : 18 à 20). Dans d’autres traditions, notamment mythologiques, nous retrouvons jusqu’à l’Olympe l’ambroisie et le vin, repas des dieux leur conférant l’immortalité. Il apparait que la Cène trouve son origine dans la Tradition primordiale. Elle est un moment incontournable dans la progression du maçon écossais. L’étymologie latine « cena » se traduit bien par repas principal, « principiel » serais-je tenté de dire. La Cène revêt un caractère éminemment Sacré ; « si deux ou trois sont assemblés en mon Nom, je suis au milieu d’eux » (Matthieu 18:20). Emmanuel ne se traduit-il pas par Dieu est avec nous !
Le pain est fruit du travail des hommes. Son étymologie a donné le mot compagnon ; partager le pain est un acte de solidarité, de fraternité mais aussi dans certains cas de charité. Au 18ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté, il n’y a pas de consubstantiation ni d’Eucharistie. Le pain demeure symbole. De nombreux exégètes dont René Guénon remarquent que la maison du pain se traduit par Bethléem ; village où naquit Jésus mais aussi Rachel la femme de Jacob qui signifie en hébreux petite brebis…Sa matérialité solide lui confère une dimension charnelle (chair en arabe se dit lahm). Le blé si répandu dans notre symbolique, notamment au deuxième degré, évoque la résurrection et la fructification du sacrifice, la vie : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il meurt il porte beaucoup de fruits. » (Jean 12 :24). Le pain est fruit de la terre par le travail des hommes. Il subit la cuisson et non la calcination. C’est un juste savoir, un véritable art qui produit l’aliment de base. Le blé se retrouve aussi dans la symbolique Osirienne, Déméter et les mystères d’Eleusis que je ne développerai pas ici.
Le vin symbolise la spiritualité ; Sa liquidité en fait le corollaire du pain initiatique. Il est aussi d’un travail ; celui de la vigne. Il est ontologiquement Christique comme le pain ; « je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron » au chapitre quinze de l’évangile de Saint Jean. Al chimiquement le vin est produit d’une macération, d’une fermentation. Sa symbolique est, elle aussi issue de la Tradition primordiale. IL est énergie et par sa couleur, analogue au sang, siège de l’âme. Il fait également références dans de nombreuses traditions mythologiques ; Dionysos est le dieu de l’ivresse, de la folie et pourtant malgré la brutalité de ses festivités, les fameuses bacchanales, il demeure un dieu Olympien. Toute l’animalité, les débordements sont incorporés en ce dieu de la terre mais qui demeure au ciel car sorti de la cuisse de son divin père. Il apparaît que le vin en excès provoque l’ivresse, et si nous revenons à la Bible, celle de Noé en est une parfaite illustration. Selon Henri Corbin les soufistes le réservent à l’élite. Il a également un potentiel poétique, il est célébré dans le Cantiques des Cantiques. En guématrie, il possède la même valeur que le mot mystère (c’est-à-dire 70). C’est la boisson d’Eternité. Le Chevalier Rose Croix, alors que les travaux ne sont que suspendus est en parfait accord avec ce qu’écrit le Psalmiste :
« Le vin qui réjouit le cœur de l’homme…et le pain qui soutient le cœur de l’homme. » (Psaume 104 :15). Le 18ème degré possède un rituel qui oriente le maçon ou plutôt lui dévoile l’Amour comme lien initiatique vers la Connaissance.
Encore faut-il que l’Initié ait soif et fin de nourriture spirituelle. Il s’agit ici également d’instinct non pas animal mais pleinement divin. Ce corollaire de la chaine d’union induit un partage sans équivoque, une symbiose au grand œuvre du Grand Architecte De L’Univers. C’est par le seul vecteur de l’Amour que nous nous révélons finalement à nous même, en renaissant de nos cendres, purifié. Paradigme de la Fraternité ; nous avons soif et faim, une fois repus et désaltérés, nous pouvons alors transmettre la manne et le vin spirituel à notre semblable qui reconnaît que toute chose ici-bas est comme ce qui est en haut et que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. L’Hermétisme aborde une voie de la Connaissance qui se vie. Parce que nous avons eu faim et soif, parce que nous avons mangé le même pain et bu le même vin dans une seule et même coupe ; nous avons alors accès à une Connaissance vivante mais non savante, celle de L’Amour révélé. Ce lien unique de l’immanence entre Frères qui nous permet de cheminer vers le Divin. L’Amour, volonté créatrice d’un des plus grands mystères de l’existence.
Le 18ème degré est celui de la chevalerie prônant la Foi, la Charité, l’Espérance et pratiquant la prudence, la tempérance, la force d’âme et la justice ; fruits de l’esprit.
Le 18ème degré est aussi et principalement l’illustration du grand œuvre alchimique ; depuis l’assassinat de maitre Hiram avec la phase de putréfaction « la chair quitte les os… tout se détache… » Nous dit le rituel. C’est l’œuvre au noir à laquelle succède l’œuvre au blanc par sa résurrection, le retour de la lumière. Enfin nous sommes à l’œuvre au rouge c’est-à-dire à la phase de sublimation du Chevalier Rose Croix ; Igne Natura Renovatur Integra, INRI. Rappelons-nous aussi la déification d’Héraclès par son incinération sur le bucher du mont Oeta.
Le Chevalier dit aussi du Pélican et du Phénix, par la Cène, le partage Fraternel, devient pleinement un être spirituel par sublimation. Une porte s’ouvre vers l’Eternité, c’est notre véritable apothéose.
J’ai dit