18° #415012

Quelle est selon vous la signification de la mort d’Hiram ?

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Au Rite Ecossais Rectifié -dont je suis issu et encore pratiquant dans « l’Ordre Intérieur » – le sens du mythe d’Hiram est – relativement – clair :

Hiram-Abif n’est pas seulement un « habile artisan » : puisqu’il préside à la dédicace du Temple (Livre des Rois, 17-18), il a une fonction sacerdotale, qui s’ajoute à ses vertus royale et prophétique, à l’instar de Melqitsedeq, cet énigmatique personnage qui n’apparaît qu’une seule fois dans la Bible, mais pour recevoir le tribut d’Abraham…rien que ca ! Il est à la fois roi, prêtre et prophète. Il est, né de l’esprit fertile de nos ancêtres du XVIIIème, l’emblème archétypique des Maçons, leur « père ».

Or, qui est le « pere des hommes » selon la chair ? Adam.
Et qui est leur pere selon l’Esprit ? Dieu Createur.
Enfin, qui est leur modèle ? Le nouvel Adam, le Christ, homme parfait puisque Dieu – ou Dieu puisqu’Homme, le « réconciliateur » qui permettra aux « hommes de désir » leur « réintégration » à leur Créateur.

Dans le même ordre d’idées, la pratique du RER démontre qu’Hiram est un mythe fonctionnel ou opératoire.

Or le mythe, par nature, a une fonction : c’est en quoi il se différencie de la légende. Celle-ci est simplement narrative ; en tant que telle, elle peut être révélatrice ou symptomatique, mais elle n’est pas fonctionnelle. Donc, la fonction du mythe d’Hiram est purement initiatique. Jésus est un Maître réel et Hiram-Abif un Maître mythique.

Hiram meurt assassiné, les secrets de la maîtrise sont perdus, et le Temple n’est pas achevé.

Le mythe est en contradiction avec le texte sacré commun aux juifs et aux chrétiens. Mais du point de vue chrétien, le sens est conforme : le Temple de Salomon ne pouvait être le Temple parfait et c’est seulement par la venue du Christ que l’oeuvre (le grand oeuvre ?) du ciel et de la terre trouve son couronnement.

Il existe donc en Franc-Maconnerie un ésotérisme chrétien conforme aux enseignements du Christ, à la transmission apostolique primitive et à la tradition ecclésiale. La symbolique du Temple est en référence au temple qu’est le Christ maintenant représenté par le peuple de Dieu, nouveau temple vivant et communauté pratiquant « en esprit » les préceptes de la « religion naturelle ».

Au RER se retrouve donc un sens profond du processus initiatique propre à la Franc-Maçonnerie spirituelle « de tradition ». Hiram apparaît au 3ème grade des loges bleues, mais d’une façon partielle et voilée. Autre spécificite du RER, c’est au quatrième grade symbolique -celui de Maître Ecossais de Saint André (ou « Maître X ») – qu’il apparaît en pleine lumière.

Le RER a de la Bible sa lecture : Hiram ne serait-il pas l’image du Christ, ne serait-ce que par sa résurrection au 4ème grade ? Ou serait-il l’emblème de cette étincelle Christique qui sommeille en chacun de nous – comme l’affirmait Saul/Paul (Ep 3 16) ?

Au Moyen Âge, Jésus pouvait s’écrire Hiesus avec H initial. Une tradition de type « illuminés » nous propose un acrostiche : H I R A M : Homo Iesus Rex Altissimus Mundi, « l’Homme Jesus, Roi tres haut du Monde ».

Hiram, c’est l’Homme (avec le même H initial) qui, par par son travail sur son temple lui méritant l’intercession du Christ, peut enfin contempler la lumière divine dont il fut émané.

Si cette vision est spécifique au RER, Rite qui assume – aussi – exotériquement ses racines chrétiennes, n’oublions pas que les dites racines sont communes à tous les Rites, y compris le Français, héritier des « modernes » anglais, dont le christianisme ne faisait aucun doute à une époque où, les juifs n’ayant pas droit de cité, le judaïsme n’était que référence biblique.

Les anti-papistes Anderson et Désaguliers développent un support didactique « salomonien », destiné à mener vers Dieu ceux qui désirent aller à Sa rencontre par des voies plus personnelles que celles, dogmatiques depuis Nicée, de l’Eglise catholique romaine, démonétisée depuis Henri VIII. Mais ceci dans le cadre pluraliste d’un Centre d’Union – bien éloigné d’un Centre d’Unité.

Tout leur univers conventionnel évoque l’Art Royal de la Construction, royal car il fut celui de Salomon, devenu le maître de l’ouvrage depuis la mort de David. Hiram Abif, ce fils d’un Tyrien et d’une veuve en fut le maître d’oeuvre, et les francs-maçons les compagnons ouvriers.

Dans une telle perspective, l’organigramme logique est clair : des ouvriers pour la taille et la pose des pierres ; des maîtres pour l’encadrement et la présidence des travaux ; un architecte pour la conception et l’exécution du plan. Et par conséquent, un architecte pour le tracé du plan.

Et c’est là que se re-pose la question du Grand Architecte de l’Univers, ce GADL’U « plus grand commun diviseur de la franc-maçonnerie » selon le T I F Jean Van Win : s’il y a sur le chantier à la fois du personnel qualifié (compagnons) et du personnel non qualifié (apprentis), s’il y a des contremaîtres et des conducteurs de travaux (maîtres), s’il y a un Maître de l’ouvrage (Salomon) et un Maître d’oeuvre (Hiram), s’il y a un plan, il y a un architecte. Ou alors, tout l’édifice allégorique s’écroule.

Le Hiram Abif du Livre des Rois était d’abord un bronzier, un artisan décorateur en quelque sorte. Un immigré doué au service de Salomon, dont le chef d’oeuvre explicite réside dans les 2 colonnes J et B, la « mer d’airain », l’autel des sacrifices et celui des parfums, bref tous éléments de décor rituélique. Mais en aucun cas la Bible ne le qualifie d’architecte ni même n’en mentionne un sur le chantier.

Pourtant, les inventeurs du grade de Maître, vers 1725 et à Londres selon la tradition (?), font d’Hiram un architecte, l’Architecte. …Logique, dirais-je : il en faut bien un !

Puisqu’il doit mourir (et puisqu’il faut faire court), j’en appelle au Régulateur du Maçon de 1801 décrivant les funerailles d’Hiram : « Salomon…fit incruster dessus (le tombeau) un triangle d’or le plus pur, et fit graver au milieu du triangle l’ancien mot de maître, qui était l’un des noms hébreux du Grand Architecte de l’Univers » …Ce qui est quasiment un copié-collé du Rituel de M X au RER, adopté 8 ans plus tôt.

Le corps d’Hiram est inhumé dans un tombeau sur lequel figure l’ancien mot de maître, soit Jéhovah, ou encore, selon une corruption française classique, « Yaweh », nom du GADL’U.

Mais jamais on n’a vu ni on ne voit une tombe porter un nom autre que de celui qui s’y trouve enseveli. L’iconographie maçonnique des XVIIIème et XIXème siècles, non encore dégénérée, oubliée, méprisée, déviée, idéologisée etc. montre bien que la tombe est celle de Jéhovah, c’est-à-dire celle de Dieu.

Or, qui donc est ce Dieu qui est enterré là ?

Le psychodrame nous le révéle, mais il faut le comprendre (= « chercher, souffrir, persévérer » dit le RER).

Lorsque l’impétrant est frappé au front et couché dans le cercueil, il se substitue au maître assassiné, à Hiram, à l’Architecte du Temple. Il prend sa place, il devient l’autre, par « transsubstantiation symbolique ». Le nouveau maître prend la place de celui qui dirigeait le chantier ; il n’est plus dirige, il va devoir SE diriger Dieu est mort et l’homme est devenu Dieu. C’est en cette qualité qu’il est relevé et investi de tous les droits et devoirs du maître maçon.

En langage symbolique : le nouveau maître est devenu Jéhovah, en bref le Grand Architecte de l’Univers.

Le sens réel de ce rite nécromancien, aux origines inconnues mais qui comporte de nombreuses analogies au cours de la longue tradition initiatique de l’humanité, est de faire de l’homme nouveau le responsable ultime, le concepteur et le créateur de sa propre destinée, mais aussi le responsable de l’édification du Temple de l’Humanité. Dieu a conçu l’Univers comme architecte ; il a besoin des hommes pour construire, et c’est la raison d’être du Maçon. Mais lorsque ce Maçon a acquis la pleine maîtrise de son Art, il devient architecte à son tour, avec pouvoir de transmettre.

Dieu est donc mort. Sa tombe porte son nom. Mais bien loin du nihilisme Nietzschéen, sa place devenue vacante est désormais prise par le maçon devenu maître.

Si donc, le GADL’U est bien Jéhovah, si Jéhovah est bien Hiram, et si Hiram est le nouveau Maître -et chacune de ces affirmations est dans nos rituels-, il faut bien accepter que, dans la symbolique maconnique du troisième grade français, le GADL’U soit ontologiquement…chacun des frères maîtres.

Dès lors, travailler « à la gloire du Grand Architecte de l’Univers » ne revient-il pas à honorer l’Homme nouveau, celui qui s’est substitué aux dieux, afin de construire le monde des hommes « rassemblant ce qui est epars » sur un plan eschatologique ultime : l’Homme et Dieu ?

On n’est pas si éloigné de la cosmogonie propre au RER et de sa « réintegration ».

…Ni de ce fonds commun de la Franc-Maçonnerie qu’un Guénon qualifierait de « tradition primordiale » : gestuelle des « 5 points parfaits », symbolisme de l’acacia, omniprésence du chiffre 9, celui de la perfection – et de la dissolution -, qui precede le 10 (ou 1), celui de l’Unité, …ni enfin de Gérard de Nerval, qui, dans le « Voyage en Orient » évoque ainsi la mort d’Hiram et sa résurrection : « il faut savoir mourir pour naître à l’immortalité ».

J’ai dit, T S

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