18°
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Qu’est ce que l’Amour pour le Chevalier R+C ?
M∴ L∴
Le 18ème degré est un grade d’Amour. C’est aussi un grade Chevaleresque. Afin de mieux comprendre ce qu’est l’Amour pour le Chev.°. R+C, nous allons tenter d’en retrouver les racines dans l’esprit de la chevalerie.
Notre réflexion sera donc conduite en trois étapes :
1)De la chevalerie historique…
2)…A la chevalerie spirituelle
3)L’Amour pour le Chev. R+C.
Première partie – DE LA CHEVALERIE HISTORIQUE…
Les Chevaliers au Moyen Age, n’ont pas toujours été ceux des légendes, leur image a évolué au fil des siècles, voire se fragmenter en une multitude d’images contradictoires.
L’amour chevaleresque, la quête initiatique, le merveilleux, les romanciers en usaient à l’infini. Au fil du temps on prête aux chevaliers une dimension nouvelle, rationnelle et chrétienne, en rupture avec les légendes primaires.
En effet au Xe siècle, les chevaliers n’étaient que des soldats de cavalerie, faire la guerre et combattre pour son seigneur. La société les séparait alors des nobles.
On distingue au XIe siècle deux catégories de chevaliers. Soit ils gardent leur statut de non nobles et donc nourris au château par leur seigneur ;soit ils sont cadets de noble lignée, possesseurs de quelques biens les différenciantainsi des paysans. L’EGLISE alors jusqu’à présent loin des chevaliers, incite les nobles à se faire adouber. D’un plus bas niveau jusqu’alors, différentes strates de l’aristocratie fusionnent au sein de la chevalerie.
C’est au XIIe siècle, que le prestige de cette nouvelle classe sociale prend son ampleur : le chevalier représente la respectabilité et a de plus en plus de pouvoir, possédant à son tour des terres plus grandes, des vassaux… L’éthique chevaleresque est la fusion des deux classes précédentes.
Le chevalier est avant tout un homme de guerre. La force physique, le savoir-faire dans la bataille sont de la plus grande importance. Son cheval et ses armes, qui coûtent fort cher, lui sont remis par son seigneur lors de la cérémonie de l’adoubement.
Mais devenir chevalier impose un parcours initiatique, en quelque sorte. En effet on ne naît pas chevalier, on le devient.
Dès l’âge de 7 ans, les jeunes garçons sont placés comme page chez des oncles ou seigneurs amis. L’apprentissage des armes, le soin des chevaux commence alors pour ces jeunes apprentis.
Mais l’éducation chevaleresque ne commence que vers l’âge de 12 ans et ce jusqu’à 14 ans. En effet, là les tout jeunes écuyers sont pris en charge par un chevalier particulier, qui leur enseignera toutes les stratégies et techniques de la guerre et la maîtrise du combat à cheval. Il peut désormais le suivre à la guerre.
La dernière partie de son ancienne vie se termine vers 17 ans par l’adoubement.
Qu’est ce que l’adoubement ?
L’adoubement est une cérémonie initiatique qui consiste dans la remise au nouveau chevalier de ses armes qui caractérisent sa nouvelle fonction qui est de se battre. Au départ le cérémonial était assez rudimentaire. La remise des armes était assortie d’une déclaration de caractère éthique, suivie d’un coup sur la nuque du plat de la main, appelée « colée » ou « paumée ». Vers le XIVe siècle il fut remplacé par le plat de l’épée sur l’épaule.
Mais l’adoubement a aussi une autre signification, tout aussi importante. Avec l’adoubement, l’enfance prend fin. L’homme est admis dans la société des adultes. C’est ce jour-là que la vie commence vraiment. Désormais, le nouveau chevalier ne peut compter que sur lui-même et sur son destrier.
Le noble profane maintenant initié et adoubé peut partir sur les terres lointaines.
Les chevaliers doivent craindre, révérer, servir et aimer Dieu religieusement.
Leur bouclier sera le refuge du faible et de l’opprimé; leur courage soutiendra envers et contre tous, le bon droit de ceux qui viendront les implorer.
Ils n’offenseront jamais personne et craindront, surtout, de blesser par de malins propos l’amitié, la pudeur, les absents, les personnes affligées et les pauvres.
Fidèles observateurs de leur parole, jamais leur foi vierge et pure ne sera souillée par le mensonge; ils garderont cette foi inviolablement, et particulièrement à leurs compagnons, soutenant leur honneur et leurs biens en leur absence.
Sur toutes chose ils seront fidèles, courtois, humbles, et ne manqueront jamais à leur parole, quelque mal ou perte qui leur en pût résulter.
Aborder la chevalerie en général et le chevalier rose-croix en particulier sans en référer à l’amour altruiste serait impossible.
La Chevalerie est une fonction sociale permanente, c’est une constante de l’histoire. C’est une erreur de ne voir en elle qu’une institution : l’Esprit Chevaleresque est beaucoup plus important que les formes variables dans lesquelles il s’est incarné, s’incarne ou s’incarnera.
2ème partie – A LA CHEVALERIE SPIRITUELLE
A l’intérieur même de ses institutions, c’est d’abord une Chevalerie Spirituelle qui ne relève et n’obéit qu’à sa propre autorité intérieure. C’est aussi une Chevalerie » savante » avec ses » initiations « , ses sciences sacrées et son ésotérisme, qui sont l’inspiration et le fondement même de son action et de sa pensée.
Elle est, comme les ordres monastiques, » dans le monde, tout en n’étant pas du monde « , poursuivant des objectifs d’un autre ordre, avec des moyens d’un autre ordre. La Chevalerie apparaît toujours non comme une victoire d’un pôle sur un autre, ni comme une synthèse arrêtant le mouvement, mais au contraire comme le moteur dynamique d’un progrès qui n’est pas une ligne droite continue, mais toujours un dépassement et un changement de plan. La Chevalerie a toujours tenté de résoudre trois problèmes qui n’en font qu’un :
– l’unité du Pouvoir
– l’unité du Savoir
– l’unité de l’Amour, avec la Fraternité Universelle.
La Chevalerie est Une, car elle est le chemin de l’Unité, au sein même du jeu de l’apparente diversité. Elle est le lien de l’unité dans la diversité, tout en étant respectueuse de la diversité dans l’unité. Elle est une fonction de catalyse, d’arbitrage, d’équilibre d’un vaste ensemble fonctionnel, par une infime minorité créatrice qui oeuvre à établir un système d’échanges et de coopérations fraternelles entre tous.
La fonction de la Chevalerie est de réaliser la synthèse de l’Amour, du Savoir, et du Pouvoir, celui d’un équilibre pacifique mais dynamique entre le Temporel et le Spirituel, la Raison et l’Intuition religieuse de l’Unité.
Elle a toujours été une Force Spirituelle qui peut être définie comme un lien, un troisième terme de conciliation, d’arbitrage et d’harmonie entre les divers couples d’opposés, les nombreuses dualités » manichéennes » qui s’affrontent depuis la nuit des temps. C’est une Fonction Spirituelle d’intégration du particulier dans le général, c’est un lien qui rapproche les êtres et les choses en soulignant leur individualité originale en une vision du monde, où chacun apparaît comme un élément solidaire d’un ensemble.
Elle est la Conscience de la Fraternité entre toutes les créatures des différents règnes de la nature.
Le but de la Chevalerie est d’être ce lien et de jeter ce pont dont elle construit les Arches. C’est le lien vivant entre toutes les dualités et polarités, le régulateur et le transformateur des énergies venues d’en bas et de celles venues d’en haut.
Elle est aussi le gardien de cette Tradition du Temple Universel, une force d’Unité, d’Ordre et de Justice. A chaque minute, en chaque circonstance de notre vie privée et de nos relations humaines, chacun de nous fait pencher la balance de l’histoire dans le sens de la Justice Chevaleresque ou de l’injustice, même si son choix est inconscient. Chacun porte la lourde responsabilité des sentiments les plus secrets de son coeur, car rien n’est insignifiant dans ce qui s’y passe ; c’est là que s’écrit l’Histoire, avant de se manifester au dehors dans le reflet des faits objectifs.
Tous ceux qui travaillent à unir, non à diviser, à faire comprendre, estimer, aimer et non à faire haïr et mépriser, à élever l’homme en l’intéressant à ses semblables, à sa vie intérieure, au monde et à la vie de la nature, tous ceux-là sont animés de l’ Esprit Chevaleresque. Ils en sont les serviteurs, conscients ou non.
Avant l’Institution Chevaleresque, il y a l’Esprit Chevaleresque : l’âme crée le corps. C’est pourquoi l’aspirant-Chevalier, doit être conscient de sa nature propre et du rôle qu’il entend jouer au sein des diversités de la vie.
Pour ce combat Chevaleresque, il doit être parfaitement préparé et être armé des » Armes de Lumière « , qui sont l’Epée à double tranchant du Discernement et du Détachement, la Lance du Courage et la Lumière de l’Intelligence qui est Sagesse et Intuition.
Lorsqu’il est intégré, le Chevalier participe avant tout à la dimension sacrée du monde et de l’homme. C’est pour lui le moyen d’éveiller sa conscience à une réalité plus haute que celle du monde ordinaire; il sert ainsi le Spirituel et non plus le Temporel.
3ème partie –L’AMOUR POUR LE CHEVALIER R+C.
La littérature abonde en définition de l’amour. Pour le Chev R+C, l’Amour, atteint la spiritualisation. Il est intériorisé. Il dépasse cet élan qui le pousse vers l‘Autre, soit spontanément (manifestation d’une tendance altruiste), soit d’une façon réfléchie dans un but de renoncement et d’abnégation. Renoncement au profit matériel, aux tendances égoïste – Abnégation pouvant aller jusqu’au sacrifice.
Les grades précédents lui ont apporté le savoir, une connaissance plus approfondie de lui-même, de ses relations avec autrui, relations que nous appellerons « relations sociales ».
L’expérience lui a permis d’acquérir un certain pouvoir sur lui-même, dans l’amélioration de ses relations avec ses semblables.
Au grade de Chev R+C, savoir et pouvoir (cités précédemment) sont mis au service de l’Amour. Le rituel et le symbolisme contribuent à cette prise de conscience.
La contribution du Rituel :
Elle se fait par les paroles et par le geste.
a)Par les paroles : la phrase clé est prononcée par le TSA : « que ta vie soit désormais consacrée à l’Amour de tes semblables, car c’est cela qui a été perdu». La philosophie générale du grade est énoncée dans : « nous cherchons par une Loi universelle, à retrouver la Parole Perdue ». Cette Loi sera celle de l’Amour, de l’Amour par qui guidera la pensée et l’action du Chev R+C.
b)Par le Geste : La colée et le plat de l’épée sur l’épaule sont remplacée par la pointe du glaive dirigée vers le cœur. C’est au cœur que le futur Chev R+C est touché. Le cœur dans son double mouvement symbolique d’expansion (il diffuse l’Amour autour de lui), et de résorption (c’est vers lui que convergent les attentes de ses semblables).
La contribution du Symbolisme :
La rose rouge, symbole de l’amour pur, réclame la compréhension et le respect de l’autre. L’Amour du Chev.°.R+C va plus loin que le dévouement puisqu’il appelle le sacrifice symbolisée par me Pélican.
Il se peut que le Chev R+C connaisse un moment de faiblesse ; le Phénix est là pour lui rappeler que l’Amour ne meurt pas, soutenu par la Foi, cette confiance en l’homme qui donne la force nécessaire pour surmonter les épreuves.
Nous rajouterons la couleur rouge du Temple et des décors. Le rouge couleur de feu (le feu de l’Amour), couleur du sang (principe vivifiant)
Conclusion :
L’Amour, avons-nous avancé, est spiritualisé. Ce pendant, le Chev.°. R+C doit redescendre vers ses semblables, partager, au prix du sacrifice s’il le faut, ce qu’il a de meilleurs, mais partager aussi la peine des autres.
Magnifique symbole que celui de la Cène avec le partage du pain, du vin et le sermon de « partager toutes les vertus qui naissent de la fraternité ».
Donner… avec son cœur. Mais savoir donner, sans blesser, sans offenser.
Donner… en sachant que le CHARITE n’est pas faiblesse, tout en aimant la justice servie par un cœur purifié de toute haine (10ème grade).
En reprenant le déroulement des grades précédents, nous comprenons mieux l’aboutissement des enseignements qui ont contribué à faire d’un Maçon un Chev.°. R+C.
La Chevalerie est « le lien de l’unité dans la diversité, tout en étant respectueuse de la diversité dans l’unité », avons-nous avancé dans la chevalerie spirituelle. Il en est de même de l’Amour.
En ces temps où les nations se heurtent, où le sang, rouge pour tous les hommes, s’échappe des blessures dans de nombreux pays, le Chev.°. R+C ne peut que formuler un souhait et contribuer à sa réalisation : « Que les consciences élaborent rapidement cette nouvelle LOI fondée sur l’Amour ».
Du temps et de pénibles efforts seront encore nécessaire…, mais le Chev R+C est un homme de FOI et d’ESPERANCE.