Projet humaniste de la Maçonnerie
A∴ S∴
Hors des clichés et des discours convenus, lucidement et sincèrement, comment concilier l’utopie du projet humaniste de la Maçonnerie et le réalité quotidienne du Maçon ?
Penchons-nous d’abord sur le projet humaniste de la Maçonnerie.
Faisant partie de la Grande Loge de France, je commencerai par me référer à notre constitution : « la Grande Loge de France est un ordre initiatique traditionnel fondé sur la fraternité…», « la Franc-Maçonnerie a pour but le perfectionnement de l’humanité. A cet effet, les Francs-Maçons travaillent àl’amélioration constante de la condition humaine, tant sur le plan spirituel et intellectuel que sur le plan du bien- être matériel. A cet effet, les Francs-Maçons travaillent àl’amélioration constante de la condition humaine, tant sur le plan spirituel et intellectuel que sur le plan du bien-être matériel. »
Evidemment, ce Pharaonique projet peut sembler prétentieux voire utopique ; on pourrait croire que nous nous donnons pour tâche d’agir pour réaliser le bonheur de l’humanité et l’avènement d’un homme parfait.
La Franc-Maçonnerie se targuerait alors de détenir la vérité…
Mais non, nous n’avons ni la recette du bonheur, ni de conception idéologique de la société, ni de l’homme parfait; il s’agit de donner les moyens aux hommes, ou plutôt de contribuer à ce que soient donnés aux hommes les moyens d’être libres pour s’accomplir, et ce tant sur le plan matériel que sur le plan de la pensée.
Quant à la fraternité, celle-ci ne doit pas se limiter aux Francs-Maçons, mais évidemment s’ouvrir au genre humain tout entier.
La réalité quotidienne du Maçon.
« Mes Frères! Bien au-dessus des soucis de la vie matérielle, s’ouvre pour le Franc-Maçon le vaste domaine de la pensée et de l’action.Avant de nous séparer, élevons-nous ensemble vers notre idéal.Qu’il inspire notre conduite dans le monde profane, qu’il guide notre vie, qu’il soit la Lumière sur notre chemin!Mes Frères, éprouvons puis ouvrons la Chaîne. »
Ces mots sont prononcés lors de la fermeture de nos tenues ; ils nous incitent à nous inspirer de notre idéal dans le monde profane, à prolonger au dehors d’une manière pratique les belles idées développées dans le temple.
Nous sommes invités, encouragés à dépasser nos considérations bassement matérielles pour œuvrer à notre grand œuvre : « le perfectionnement de l’humanité. »
Vaste chantier me direz-vous ?
Nous devons y œuvrer par « la pensée et (de) l’action », c’est à dire que nos actes doivent être analysés, réfléchis, maturés, mais que cette réflexion ne doit pas rester stérile, sans application.
Si dans certaines obédiences, les problèmes de société sont couramment évoqués et débattus, dans la nôtre, la démarche est plus symbolique.
Il sera donc, pour certains, je ne dirai pas plus facile, mais plutôt plus directement visible de voir comment, par des prises de position, par les discussions dans le monde profane, faire coïncider notre position avec celle que nous approuvions dans le temple.
Pour nous, plus symboliques, ce sera plus au niveau de la démarche intellectuelle, au niveau du raisonnement que cela se marquera le plus ; notre travail sur les symboles doit nous permettre une approche plus juste, une analyse plus fine, des conclusions plus équilibrées, un jugement moins manichéen.
Mais, ce qui nous rapprochera toujours, c’est ce que nous en retirons tous, quelle que soit l’obédience, le rite, le pays, c’est la méthode, la démarche initiatique.
Au
1er degré, l’équerre couvre le compas, la matière domine
l’esprit.
Au 2ème degré, l’équerre est entrecroisée avec le compas, les
deux forces s’équilibrent.
Au 3ème degré, l’équerre est sur le compas, l’esprit domine la
matière.
Lors de notre initiation, il nous est proposé un changement du regard que nous portons sur le monde comme sur nous même, et ce par le biais d’une méthode, d’une démarche.
Il n’est évidemment pas question de proposer notre démarche initiatique aux profanes, mais encourager nos amis, nos collègues, nos interlocuteurs, à dépasser certains jugements, considérations trop matérialistes pour travailler plus en terme d’idées que de choses, en terme de principes plutôt qu’en terme de cas particuliers, cela, nous pouvons le faire.
« Que la Lumière qui a éclairé nos Travaux continue de briller en nous pour que nous achevions au dehors l’œuvre commencée dans ce Temple, mais qu’elle ne reste pas exposée aux regards des profanes .»
Cette phrase, tirée de notre rituel, nous exhorte à faire en sorte que nos travaux, nos réflexions servent dans la vie profane ; Achever au dehors l’œuvre commencée dans le temple montre bien que l’œuvre n’est terminée, aboutie que si elle trouve un prolongement dans le monde profane, dans la vie de tous les jours.
La Franc-Maçonnerie n’est pas une fin en soi, mais une méthode qui a pour but le perfectionnement de chacun en vue de transmettre, de répandre le plus possible nos valeurs humanistes hors de nos temples.
A chacun de trouver la meilleure manière de le faire suivant la position qu’il occupe dans la société ; mais pour tous cela s’impose, sans quoi, à quoi bon se perfectionner ?
Par vanité, par orgueil, par pur plaisir onirique ?
Nous vivons tous, à de rares exceptions près, en société, et notre perfectionnement ne pourra que servir cette société, notre entourage, même « à l’insu de notre propre gré » ; notre manière de réfléchir, de raisonner, de juger, ou plutôt de ne pas juger mais de comprendre ou en tous cas d’essayer de comprendre autrui doit, par l’exemple, influencer le comportement de notre entourage.
Nous, nous ne travaillons pas dans le but d’une vie future dans l’au-delà, nous travaillons, ou devons le faire pour le bien de l’humanité ici et maintenant.
Chacun doit faire sa petite part de travail, comme nous l’entendons, heureusement de plus en plus, au niveau des économies d’énergie, les petites économies font les grands bénéfices, les petits ruisseaux font les grandes rivières.
L’idée de retour ( achever au dehors l’œuvre commencée dans le temple ) n’est pas autre chose qu’une obligation naturelle, d’ailleurs analysée par Platon dans le mythe de la caverne, consistant à revenir vers les autres par amour de l’espèce, de nos semblables, de nos proches.
La générosité suppose la richesse, si nous nous perfectionnons, nous augmentons notre richesse intérieure, et plus nous serons riches, plus cette richesse débordera sur les autres.
L’ambition du Franc-Maçon consiste à jeter des ponts, à faire en sorte que les rêves deviennent réalité.
Le centre de l’utopie maçonnique, c’est son projet humaniste, c’est l’homme, sur cette terre.
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même », ce commandement commun à diverses religions doit s’appliquer à tous, croyants comme non croyants.
Ce commandement est en fait le premier commandement de la religion naturelle qui doit être nôtre ; il est notre devoir, et comme tout devoir, il n’est pas toujours facile à accomplir, et pour ce faire nous devons pratiquer les vertus que sont la foi, en l’homme et sa possibilité de perfectionnement, l’espérance, et la charité.