26° #423012

Ma vérité et/ou ta vérité

Auteur:

P∴ V∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Introduction

Dans ma Loge-Mère, les instructions d’apprenties et de compagnonnes nous forment à vivre la pluralité des vérités face à une même réalité.

Très tôt, nous apprenons à écouter et à entendre l’autre dans sa différence ou son opposition. Lors du passage au 24ème degré, le Gardien de la Loi nous dit : N’essayons pas de proclamer la vérité, mais aidons là à se révéler à ceux que nous choisirons ; aidons là à éclater à leurs yeux, et alors ils la croiront. Et le Très Puissant Maître nous envoie sur le chemin avec ces mots : Ne vous laissez pas séduire par votre vérité.

Lors de la consécration, le Premier Surveillant nous parle d’une vérité personnelle, partielle et provisoire. Il nous dit également que notre force est de connaître la faiblesse de l’Homme et notre sagesse de connaître notre ignorance et notre faiblesse.

Lorsque je me trouve face à l’autre, dont la vérité est à l’opposé de la mienne, notre vision de la réalité est une vision dualiste : oui ou non, vrai ou faux, ta vision de la réalité ou la mienne, ta déduction logique ou la mienne, toujours « ou ».

Il y a une autre manière de voir ces vérités : la vision paradoxale et l’utilisation du mot « et ».

Développement

Si l’on tient compte de l’étymologie du mot vérité en latin et en grec, nous avons une double approche : Dans le monde romain, le concept de vérité est fort lié au rationnel.

La vérité (du latin vērĭtatem, accusatif de vērĭtas, « vérité », dérivé de verus, « vrai ») est la qualité de ce qui est vrai. C’est la conformité de l’idée avec son objet, conformité de ce que l’on dit ou pense avec ce qui est réel. Dans le monde grec, par contre,nous aurons une vérité dévoilée et non pas assénée. Alètheia (grec ancien : ἀλήθεια) :

1 – « vérité » (au sens de dévoilement), issu de lèthè « oubli » et a – (négation) ;
2 – « réalité ».

Pour les grecs anciens, vérité et réalité sont désignées par le même mot ; ainsi l’Alètheia, au sens étymologique le plus pur, peut se définir comme la « vérité-réalité ». Alètheia correspond à une mise en ordre du vrai et à une apparition de la réalité.

Dans la pensée grecque primitive (les récits d’Homère), le mythos et le logos ne sont pas différenciés. Quelle est la part du rêve et celle de la logique, de la raison ?

Cependant, il faut bien prendre acte du passage d’un système symbolique fondé sur le mythe, à un autre fondé sur le logos. La nouvelle structure, la logique, est contrairement à l’ancienne, une structure consciente : là est toute la difficulté ; elle doit être construite consciemment, rationnellement.
Ce lien fort qui passe de la pensée mythique à la pensée métaphysique, renvoie à un autre : celui entre le contenu de cette mémoire et donc de la vérité, et le personnage qui peut y accéder.

Aujourd’hui, bien sûr mythos et logos sont depuis longtemps différenciés. Mais nous pouvons avoir une approche logique d’un phénomène avec des logiques différentes. Par exemple, dans la reine des sciences, les Mathématiques, le concept des parallèles peut se concevoir de plusieurs manières. Pour Euclide, les parallèles sont des droites qui se rejoignent à l’infini. Pour d’autres mathématiciens, les parallèles ne se rejoignent jamais ou se rejoignent à un autre point que l’infini.

Nous nous trouvons donc avec des vérités différentes tout en restant dans des logiques strictes. Lorsque je parle et exprime MA vérité, ces mots et phrases que j’exprime, sont passés au travers de MON filtre ; ce filtre constitué par mon vécu, le sens que je donne aux mots,le résultat de mes réflexions, l’état d’esprit dans lequel je suis à ce moment là. Cette vérité là sera donc mon expression propre de la réalité. Et il en sera de même pour l’autre… Nous interprétons la réalité en fonction de nos capacités cognitives. Une théorie, n’est qu’une manière de voir le monde.

Nous avons le sentiment d’une unité intérieure, mais en fait, nous sommes le théâtre d’interactions et de tensions entre des contraires : le conscient et l’inconscient, le corps et l’esprit, la volonté et les pulsions, la raison et l’émotion, la logique et l’intuition, le désir et l’adaptation à la réalité. Mais aussi parfois entre des profils psychologiques ou des héritages culturels différents.

Nous aurons donc deux (ou plusieurs ) facettes de la même réalité. Ces facettes pouvant être simplement différentes ou totalement opposées. Il existe deux types de vérités : les vérités superficielles où le concept opposé est faux de manière évidente et les vérités plus profondes où le contraire peut aussi être juste. (Niels Bohr, physicien).

En fait, nous ne connaissons pas la réalité telle qu’elle est, mais telle qu’elle nous apparaît, telle que nous nous la représentons, la construisons, l’interprétons ; telle un phénomène. Il nous faut apprendre à penser un couple de contraire. C’est le principe du tiers inclus et du nombre duel de notre 6ème degré.

La logique classique implique une exclusion : affirmer quelque chose implique de rejeter son contraire. Si je possède la vérité, celui qui ne la partage pas est dans l’erreur. Et penser avoir raison implique de vouloir avoir raison de l’autre en le convainquant ou en lui imposant sa vérité.

Il faut donc appliquer un autre type de logique : La logique paradoxale qui, elle, rassemble et inclut. Ma vérité et la tienne sont deux parties de la réalité. Le OU du dilemme est remplacé par le ET du tiers inclus. Celui-ci est la voie du milieu entre les extrêmes. Si je reste enfermée dans ma vérité, le dialogue sera impossible. Il faudrait apprendre à rentrer dans le point de vue de l’autre pour concilier sa vérité avec la mienne.

La vision dualiste engendre la mort du progrès personnel, l’arrêt de la recherche et de l’évolution. Si j’ai la vérité absolue, il n’y a plus rien à chercher. De plus, s’imaginer posséder la vérité, c’est entrer en conflit avec celle d’autrui. Sans la conviction que chacun recèle une part de la vérité, il n’y a pas de démocratie, pas de justice, pas de libre pensée. Il faudrait arriver à quitter l’opposition entre ta vérité et la mienne, ce qui nous mènerait à la vraie tolérance. Car, il y a deux sortes de tolérance : une passive, qui accepte, supporte la différence parfois avec indifférence et une autre, active, qui est la capacité d’écouter l’autre, d’intégrer en partie son point de vue.

C’est la vigilance qui est la voie du milieu entre certitude et doute. Elle ne conseille pas de tolérer la vérité d’autrui à contrecœur ou avec indifférence, mais de l’accepter pour relativiser la sienne.

La vérité commence avec la prise de conscience de l’erreur. L’initiation nous aide à devenir « autre », à prendre conscience du caractère illusoire de l’ego, à quitter ses conditionnements et son fonctionnement du vrai-faux, pour apprendre à faire le joint, ce joint imperceptible qui relie les contraires (pavé mosaïque).

Conclusion

Le damier des carrés blancs et noirs du pavé mosaïque met en évidence un mode binaire : les dualités dans l’individu ou entre les individus, les divers évènements, les différentes vérités. Il incite à la recherche d’une certaine harmonie entre les différences qui se manifestent en permanence. L’initié doit apprendre à percevoir le lien qui relie ce qui paraît opposé. Seul le rapport qui unit les deux termes de la dualité est dynamique et permet d’aller au cœur des choses.

Entre les carreaux il y a le joint qui assure l’assemblage et la cohésion du pavement. Ce joint, qui n’est ni blanc ni noir, est étroit et montre combien la distance entre les contraires peut être courte et combien leur équilibre est subtil.

Il représente le chemin du Maçon, la conciliation des oppositions, la voie que prend l’apprenti que nous restons, marchant en silence.

Ce joint représente le passage du OU au ET.

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