26° #423012

Le Troisième Ciel

Auteur:

R∴ C∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué



« Le troisième ciel », titre de ce travail, est aussi le nom donné à la Loge au 26ème degré.


Nous savons que le REAA a été constitué par les vingt-cinq degrés du Rite de Perfection et par huit grades ajoutés, dont ce 26ème degré qui semble dater de 1756 mais qui n’aurait jamais été pratiqué en France au cours des deux derniers siècles. (Ordo ab chao)



Ce degré est appelé Ecossais Trinitaire ou Prince de Mercy.


L’appellation Ecossais Trinitaire serait issue de l’ordre des Ecossais Trinitaires dit ordre du Père Pirlet, selon Paul Naudon, mais controversé aujourd’hui par certains auteurs notamment Pierre Molier, Jacques Léchelle ou encore Claude Guérillot.



Ce degré est donné par communication, communication d’ailleurs parfaitement épurée en regard des rituels successifs d’origine.


Leur étude que nous propose « Ordo ab chao », nous montre des rituels anciens touffus et denses (plus de 8000 mots), certains passages pouvant paraître maladroits ou excessifs. Mais les passages et les questions majeures destinés à tourner en dérision les biens de ce monde précèdent en réalité la révélation emblématique de la vérité sous la forme d’une statue.



Ce degré évoque Abraham, Moïse et Jésus, tous trois dépositaires de a Loi, en vertu de l’alliance qu’ils ont nouée avec Dieu et à laquelle nul humain ne peut se soustraire.



L’autre appellation, Prince de Mercy, pourrait venir de l’ordre des Pères de la Mercy fondé en 1218, le mot Mercy s’entendant dans le sens de grâce ou de compassion. Mercy pourrait également être une déformation du mot hébreu « mischkan » qui était le nom du tabernacle que Moïse fit construire dans le désert sur ordre du Seigneur, origine qui assurerait la continuité des degrés et la cohérence du Rite.



Au 26ème degré, les Travaux s’ouvrent lorsque « L’harmonie règne, la nature attend : le troisième ciel est ouvert ».


Les choses sont claires : c’est l’ouverture de la voie mystique et fusionnelle vers le UN.



D’emblée, constatons l’absence de légende qui marque l’achèvement du cycle de la connaissance objective et assure également une transitioncomme en témoigne la présence importante de la couleur verte.


L’allégorie de ce degré nous amène à l’emblème de la Trinité par l’omniprésence volontaire du nombre trois : 3 voyages, 3 bandeaux, 3 alliances, 3 couleurs, 3 serments, 3 signes, et le tableau de loge est triangulaire.


Lors de l’initiation, le candidat doit gravir une échelle à trois échelons représentant les trois vertus théologales : la foi, l’espérance et la charité.


Ainsi, il est censé s’élever jusqu’au troisième ciel où s’opère le Grand Œuvre.



Nous le voyons, le nombre trois règle tout ce qui s’accomplit dans ce degré.


L’Ecossais Trinitaire a vu la Grande Lumière par la triple alliance du sang de Jésus-Christ qui est celle que l’Eternel fit avec Abraham par la circoncision, celle qu’il fit avec son peuple dans le désert par l’entremise de Moïse, et celle qu’il fit avec tous les hommes à travers la mort de son fils


C’est certainement par allusion à ces trois états de grâce que ce degré porte aussi le nom de Prince de Mercy.



Les trois voyages de l’Ecossais Trinitaire s’effectuent par l’ascension progressive de ciel en ciel vers ce troisième ciel.


Le troisième ciel que l’Apôtre Paul appelle paradis est aussi le séjour des défunts en attente de la résurrection. C’est pour lui l’objectif à atteindre. Dans l’apocalypse, Jean est aussi invité par une voix céleste à aller voir au ciel ce que sera l’avenir.



Mais qu’entendons-nous par ciel ?


En général, le ciel représente l’inaccessible à nos conceptions humaines. En effet, comment définir et mettre en équation l’indéfinissable pour les êtres limités que nous sommes ?



Pour les judéo-chrétiens, le ciel est la demeure de la joie, de la félicité et un lieu sans péchés. Les références au ciel sont innombrables dans la Bible.



En hébreu, ciel se dit et s’écrit toujours au pluriel, « samâyin », les cieux. Dieu est aussi le Dieu des cieux. Par ce pluriel, l’univers biblique suggère des hauteurs étagées, hiérarchisées, une vie abondante, extrêmement diverse, bref, une vie intense.



L’idée de la pluralité du ciel se retrouve dans beaucoup de cosmogonies. Ainsi la religion de l’ancienne Egypte admettait trois cieux tout comme la religion scandinave. La croyance en l’existence de sept cieux ne fut pas moins répandue, et doit sans doute son origine au fait d’attribuer un ciel différent à chacune des sept planètes.


Les Musulmans admettent également l’existence de sept cieux, les uns au-dessus des autres comme le firent aussi les Scolastiques avec la cosmologie médiévale.



Cependant le nombre des cieux fut parfois réduit à cinq, sans doute en adoptant la théorie pythagoricienne des cinq éléments. Mais Aristote, lui, en dénombre 47 !



Pour qui l’entend, ce degré ouvre également la voie de l’hermétisme par la présence, sur le tableau de loge, du mercure, du soufre et du sel, de leur fusion dans l’athanor matérialisée par la présence d’un lingot d’or.


Notons aussi la présence importante de la couleur verte, la matière en devenir, ainsi que le blanc de la pureté de l’esprit et le rouge de l’énergie amour sensés ne faire qu’un dans le Divin.



Ainsi le début de ce degré est la délivrance de l’âme, et pour y parvenir, l’initié progresse de ciel en ciel, du premier où il s’est élevé sans avoir la crainte de tomber, au deuxième par l’action des trois vertus théologales, et enfin il découvre le troisième ciel où lui est révélé le symbole majeur du degré : le dévoilement de la vérité.


La recherche ontologique de l’initié lui apparaît alors dans toute sa grandeur. Le rituel nous le dit : « Jouissez du fruit de vos travaux, le troisième ciel vous est ouvert ».



Ayant dépassé les dimensions physiques et psychiques qui le retenaient dans l’existence mondaine, il accède à la réalisation spirituelle, à la Béatrice de la Divine Comédie.


En effet, comment ne pas penser à cette Divine Comédie où Dante, l’initié guidé par Virgile, atteint le troisième ciel après avoir déjoué le double piège de la vérité humaine :



·la vérité apprise d’autrui, par exemple en lisant des livres ou en écoutant des planches. C’est la vérité acceptée d’une cause extérieure. Cette vérité là prend appui sur l’ignorance, sur l’acceptation d’une idéologie.


Si nous nous satisfaisons simplement d’accepter sans question la vérité reçue, elle devient une forme d’asservissement, une barrière empêchant de réaliser la vérité. Il s’agit alors d’une sagesse empruntée.



·la vérité intellectuelle où après avoir réfléchi, examiné un enseignement qui nous parait satisfaisant, nous l’acceptons comme vraie alors que ce n’est qu’une intellectualisation de la vérité entendue.



En effet, tout ce qui est extérieur reste toujours à une certaine distance de nous. Une vérité acquise en écoutant les autres et celle obtenue par la recherche intellectuelle ne sont utiles que si elles nous inspirent et nous guident pour progresser vers le troisième ciel.



En conclusion, je pense que la vérité du moment est une réalité provisoire, mais une réalité que nous devons dépasser afin de faire l’expérience intime de l’ultime vérité, celle du troisième ciel.



Je terminerai en citant le poète persan Rûzbehân de Shirâz qui, plus d’un siècle avant Dante écrivait :



« Parce qu’il s’agit d’un seul et même amour, c’est dans le livre de l’amour humain qu’il faut apprendre à lire la règle de l’amour divin ».



J’ai dit T.E.C



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