30° #427012

Développement des 4 premiers échelons montants de l’Echelle mystique

Auteur:

J∴ L∴ A∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A La Gloire Du Grand Architecte De L’Univers
ORDO AB CHAO
DEUS MEUMQUE JUS
Sous la Juridiction du Suprême Conseil pour la France des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et Dernier Degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté

Nous avons cheminé jusqu’au 18ème degré dans une voie symbolique dont l’origine judéo chrétienne était non seulement très présente dans nos légendes de grade mais également très orthodoxe même s’il s’agissait souvent d’alchimie ou de cabale.

La montée de l’échelle mystique au 30ème degré du Rite en empruntant son symbolisme aux traditions gnostiques nous amène à la racine la plus profonde de la recherche du Divin dans une vision préchrétienne voire pré-judaïque du salut des âmes.

Pour expliquer l’origine de l’univers matériel, les gnostiques élaborèrent une mythologie complexe. Du Dieu « Être suprême inconnaissable », une série de moindres divinités les « éons » a été générée par émanation. Les « éons » siègent dans le « plérome » ou huitième ciel ou « Ogdoade » sur lequel règne « l’Être suprême inconnaissable ». La dernière divinité « éon » émanée, Sophia (« sagesse »), conçut le désir de connaître l’Être suprême. De ce désir illégitime est née une aberration divine, le dieu du mal, ou démiurge, qui créa l’univers. Les étincelles divines qui habitent l’humanité tombèrent dans cet univers, ou bien y ont été envoyés par le Dieu suprême, afin de racheter l’humanité.

Si l’« Orphisme » (d’Orphée) reprend cette théorie de chute des âmes sur la terre, le panthéon grec n’est pas non plus sans similitude avec la hiérarchie céleste des gnostiques. C’est également dans le huitième ciel qu’Aristote va accrocher ses étoiles « fixes ».

Les Gnostiques ont identifié le dieu du mal avec le Dieu de l’Ancien Testament (tétragramme), dont ils interprétaient les interventions contre l’humanité comme le moyen de la maintenir plongée dans l’ignorance et le monde matériel et de punir ses tentatives d’acquérir des connaissances divines. C’est dans cette optique qu’ils ont compris l’expulsion d’Adam et Eve du paradis, le déluge, et la destruction de Sodome et Gomorrhe.

Dans la Gnose, l’ontologie de l’Homme est totalement dépendante des querelles familiales du « plérome ». Dans le Jardin d’Eden l’arbre de la connaissance du bien et le mal devient un véhicule de la connaissance (gnose) établi par le royaume céleste ou plérome. Mais l’arbre de vie est aussi un moyen de servitude et de dépendance mis en place par le royaume démiurgique. Le messager divin du plérôme encourage l’homme à manger le fruit de l’arbre de la connaissance, et dans cette consommation, l’homme découvre que le Créateur jaloux, le Démiurge (souvent liées à des formes mal orthographiées de Yahvé comme les Yaldabaoth ou Yao) n’est pas le Dieu suprême mais un ennemi de ce même Dieu. L’homme, en raison de l’aide divine, matérialisée par le serpent chez les gnostiques « Ophites », a donc la révélation de la « connaissance » et possède par conséquent un « savoir » supérieur à celui du Démiurge Créateur. Dans sa colère le Démiurge Créateur jette l’homme dans un corps terrestre de l’oubli, et le plérôme est contraint d’engager un processus d’éveil spirituel de l’homme à travers le « messager divin » ou Sauveur. La secte des « Ophites » tire donc son nom du serpent considéré à la fois comme messager divin et Sauveur.

Cet univers est rigoureusement structuré, telle une prison composée d’un ensemble de sept sphères concentriques gardées par des « archontes » dont la dernière englobe le monde terrestre. L’étagement ordonne la séparation entre Lumière et Ténèbres et le passage à travers les sphères constitue la voie que l’esprit de l’homme doit parcourir pour sa libération ultime. Cette voie est symbolisée au 30ème degré du rite par l’ascension de l’échelle mystique.

La dépréciation du monde terrestre provient d’un étonnement existentiel des créatures humaines face au mal. L’Homme se sent étranger à ce qui l’entoure et déplore cette condition d’étranger. S’il est ainsi choqué, heurté par les difficultés de son existence terrestre c’est qu’il vient d’ailleurs, qu’il est fait pour le Bien. Composé d’un corps (soma), d’une âme (psyché) et d’un esprit (pneuma), il est le résultat d’un alliage contre nature. En lui l’élément pneumatique (de l’esprit) aspire à retourner vers la lumière incréée mais son corps, incarnation du mal en lui l’humilie, l’enchaine, l’asservit, le fait souffrir et l’éloigne des cieux, oublieux de sa véritable condition, plongé dans l’erreur, cloué dans le monde.

Dans un premier temps, il ignore sa condition mais dès qu’il en prend conscience, il éprouve à la fois la souffrance de n’être pas chez lui et la jouissance d’une origine transcendante. L’Homme par son essence pneumatique s’est élevé au niveau d’un Dieu transmondain. Cette nature commune entre Dieu et Homme implique que la restauration divine dépend du salut individuel de l’Homme. La « gnose » est donc une connaissance réciproque de soi et de Dieu mais qui dépend entièrement de la découverte par l’Homme de sa parcelle divine exilée dans un cosmos étranger.

Cette position centrale de l’Homme conduit à la théorie du « Dieu Homme » qui définit la parenté et les rapports ontologiques entre l’Etre suprême et la nature humaine profonde.

– Soit l’Être suprême, premier Homme est le modèle direct de l’Homme mondain (qui vient du monde) fait à son image,
– Soit l’Être suprême, produit un Homme céleste qui est son équivalent (Fils de Dieu, Fils de l’Homme) archétype de l’Homme mondain et deviendra le « Sauveur ».

Le Sauveur gnostique, est entièrement différent de celui des chrétiens. Pour les gnostiques le Sauveur ne sauve pas car le gnosticisme n’a pas de notion d’expiation. Il n’y a aucun péché à expier, sauf l’ignorance qui est « LE » péché. Le Sauveur ne rachète pas le salut de l’Homme par ses souffrances, et n’a aucune incidence directe ou active sur le salut des âmes par la puissance de la grâce. Le Sauveur gnostique transmet son savoir, il révèle au monde la vérité qui seule peut sauver les hommes, enflammant les âmes des hommes prédestinées à remonter le cours du temps. Le gnosticisme ne dit rien d’un véritable sauveur qui, avec l’amour humain et divin cherche les pécheurs pour les sauver.

De plus, aux trois natures de l’Homme, corps, âme et esprit, correspond pour les gnostiques une organisation hiérarchique de l’humanité. Selon leurs rapports avec la « Gnose » et leur propre nature les adeptes seront « croyants » (nature hylique) ou « auditeurs » (nature psychique) ou « parfaits » (nature pneumatique). Seuls ces derniers composeront les « Eglises » gnostiques (Cathares par exemple) et sont les ascètes instruits, « initiés » à la gnose du Salut.

La pensée ésotérique gnostique a traversé les siècles et si elle s’est nourrit du judaïsme et du christianisme elle en a aussi inspiré bien des aspects.

La vision onirique de Jacob reprend le concept gnostique de retour au divin en décrivant la communication permanente entre le ciel et la terre. Il y a une échelle mais les anges sont les seules créatures appelées à s’en servir pour établir cette communication. Cependant, l’homme mondain c’est-à-dire nous, fait de matière terrestre, veut toujours s’élancer vers le ciel. Pour cela il faut éveiller en lui un de ces anges ou mieux son double divin, pour entrer en contact avec l’éternel Dieu qui se situe tout en haut. L’étoile flamboyante dans notre rituel remplit cet office de double divin.

Irénée de Lyon (IIème siècle) nous enseigne en ésotériste chrétien que le monde se compose de sept cieux. Ils remplissent les fonctions du culte envers le Dieu bon et créateur de tout. « C’est pourquoi la demeure de l’esprit de Dieu est fournie ». On peut rapprocher cette phrase de celle de l’évangile de Jean : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père ». Irénée cite également a plusieurs reprises le livre de l’Ascension du prophète Isaïe, texte « apocryphe », qui raconte la vision du Christ traversant les sept cieux pour descendre sur terre puis les remontant vers son Père.

Saint Jean Climaque ce qui veut dire : « Jean de l’Echelle » (klimakis = échelle) est un moine qui a fait l’expérience à la fois du terme de la vie spirituelle – la déification de l’homme par la Lumière incréée – et de la voie qui y achemine qui est bien évidemment symbolisée par un échelle mystique de sept échelons.

Notre rituel actuel du 30ème degré propose également une « échelle mystique » verticale, simple de sept échelons. Côté occident les échelons dits ascendants portent les noms des sept Archontes qui président aux sept sphères de la cosmologie gnostique assimilées aux « sept planètes » symboliques dont les noms figurent sur les échelons descendants côté orient. Les gnostiques « Ophites », les adorateurs du « serpent » font correspondre respectivement dans un ordre descendant aux planètes Saturne, Jupiter, Mars Soleil, Vénus Mercure et Lune les « archontes » Iadalbaoth, Iao, Sabaoth, Adonaï, Eloï, Horaï et Astaphaïos. On remarque des variations de cette correspondance selon les auteurs ou les détracteurs. On sait également que cette correspondance a pu changer sensiblement selon les époques. Mais quelques constantes existent et notamment Ialdabaoth correspond toujours à Saturne et Adonaï est l’archonte du Soleil.

On peut déjà enregistrer les divergences de notre rituel du 30ème au niveau de ces correspondances entre les noms des archontes et les planètes.

Si l’on s’élève d’un côté par les échelons des « archontes » qui figurent comme le dit Guénon des « Sciences » c’est-à-dire des degrés de connaissance correspondant à autant d’« Etats » on redescend par les « planètes » correspondant à ces mêmes degrés de connaissance que l’on va, à leurs niveaux respectifs, appliquer au monde pour son perfectionnement.

Ce n’est pas le cas de notre actuelle échelle du 30ème où les degrés de « science » ne sont plus en correspondance avec les planètes :

– la montée commence par Iadalbaoth-Saturne, 7ème sphère, porte du « plérome » alors qu’elle devrait finir par lui.
– la descente commence de façon plus cohérente par la 7ème sphère Saturne-ialdabaoth.

Je ne pense pas cependant que les rédacteurs du rituel aient voulu nous imposer une double peine en nous faisant descendre deux fois dans la matérialité ni nous refuser la possibilité de nous élancer vers l’« Emanation », le principe, le G A D L U. Mais je n’ai pas, je l’avoue réussi à percer leur volonté profonde et pour moi cette « Echelle Mystique » du 30ème degré du R E A A est restée une « Echelle Mystérieuse ».

Pour les gnostiques, à l’origine du monde et de l’Homme, l’Emanation a traversé les sept sphères concentriques pour se retrouvée « piégée » là ou réside la matérialité. En fait le corps astral est descendu par l’addition au passage dans les sphères des archontes de tuniques de plus en plus matérielles, reflet des passions qui habitent l’homme terrestre dont le corps est livré à l’altération et à la corruption.

A l’inverse, dans son ascension vers sa source, soit après la mort, soit à l’occasion d’une extase, d’une contemplation ou d’un songe, cette partie divine qui réside en nous, se dévêt progressivement de tout ce qui est matériel et recouvre sa forme propre.

Cette ascension a été exploitée intellectuellement de façons différentes au cours des siècles. On l’a employée pour exprimer simplement la puissance de l’esprit humain (divine comédie), pour décrire le « cosmos », pour magnifier la contemplation de la puissance divine, pour définir une morale fondée sur le mépris des choses terrestres.

La grande Sphère qui englobe les six autres et l’ensemble du monde émané est celle où préside l’archonte Ialdabaoth ou Yaldabaoth auxquels certains attribuent la signification « Fils du chaos ». Yaldabaoth est le chef des archontes, certaines interprétations gnostiques le désignent comme le Démiurge, celui qui se prend pour Dieu, celui qui s’abuse. Dans la descente des âmes il les charge au passage du mensonge et de l’égoïsme. Au retour, en leur ouvrant la dernière porte du septième ciel vers l’« Ogdoade » où elles contempleront le Père et le Fils elles vont retrouver l’intelligence suprême ou vérité. C’est bien ce que nous décrit notre rituel.

Yao la deuxième sphère ou deuxième enceinte traversée par l’Emanation dans sa chute vers la matérialité la revêt de l’envie qui conduit à des appétits illicites, à la violence et au meurtre. C’est pourquoi en la traversant pendant son ascension, le corps divin abandonne son enveloppe vouée à la corruption et à la mort et retrouve la pureté originelle du « vouloir sans désir ».

Adonaï Melech ou Melek, littéralement : « le Seigneur Règne » ou « Seigneur Roi » est l’archonte correspondant dans ce rituel à la planète Mars, qui dans la descente charge le corps divin « d’audace impie et de témérité présomptueuse ». Dans la plupart des légendes gnostiques on le trouve dans la sphère médiane correspondant au Soleil : « ostentation au commandement, à l’ambition, à la domination ». Le rituel exprime une exhortation à la puissance et à la volonté divine appelée ici « providence » et place le corps divin non plus dans la lumière du Soleil mais bien dans celle incréée du « Plérôme » où se tiennent le Père et le Fils. Adonaï Melech serait donc plutôt le quatrième archonte, le Médian, correspondant à la planète Soleil.

Eloï chef de la seconde porte ne serait donc pas le quatrième cercle mais bien le 5ème correspondant à la planète Vénus, là où se situe la seconde porte (la première étant entre lune et Mercure) puisqu’il est fait allusion à la « charis » (amour) de sa mère déesse de l’amour chez les grecs. Dans son ascension le corps divin abandonne ici « l’illusion du désir » désormais sans effet.

Il nous manque donc encore trois sphères pour finir de transformer les obstacles en échelon de l’échelle mystique, pour comprendre nos limites et les franchir, pour faire du but d’aujourd’hui l’échelon de demain.

Nous Chevalier Kadosch nous sommes engagés, au fur et à mesure de notre ascension dans le R E A A au fur et à mesure que nos engagements dans la vie profane se sont modelés sur nos aspirations morales et spirituelles, nous avons été ou tenté d’être parfois au-delà du royaume des formes, de puiser aux sources de la connaissance, au gré de nos extases et de nos contemplations, afin de connaître les décrets de la Loi divine non pour nous y soumettre mais pour y collaborer et de non point subir les évènements mais de les transformer.

Mais le serpent est-il bien notre ennemi irréconciliable ?

J’ai dit.

Résumé :

Les mythes gnostiques sont à l’origine du rituel de l’Echelle mystique telle que nous la connaissons actuellement au 30ème degré du R E A A. Cette perception cosmique en estompant la dualité « péché – rédemption » fait place à la nécessité du perfectionnement de l’individu en ce bas monde pour accéder à la connaissance suprême soit à l’heure de sa mort soit à l’occasion d’extases ou de contemplations.

Cependant, un certain décalage du rituel par rapport à la cosmogonie gnostique habituelle rend plus obscure la perception du mythe sans pour autant en affaiblir le but qui est de nous éveiller à un processus de pensée. Ce dernier, au-delà des perceptions habituelles va nous amener à revisiter nos conduites dans la vie profane à la clarté de la lumière incréée du plérôme.

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