La futuwwa
A∴ D∴
A la Gloire
du Grand Architecte de L’univers
Ordo ab Chao
Deus Meumque Jus
Sous la Juridiction du Suprême Conseil
Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du
33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et
Accepté pour la France
« Mon frère, vous qui devenez un soldat de la vérité (17ème degré) La futuwwa : La chevalerie de la foi ».
« Que ceux qui ont des oreilles entendent : Mon coeur s’est ouvert à toutes les formes : Il est prairie pour les gazelles, couvent pour les moines chrétiens, Temple pour les idoles, Mecque pour les pèlerins, Tablettes de la Torah et livre du Coran. Je professe la religion de l’amour, partout où se dirige ma monture l’amour est ma religion et ma foi ».
Nous invitait le grand soufi Ibn Arabi à l’entendre
J’essayerai, dans cet exposé, d’établir un parallèle entre le Franc-maçon, engagé dans la voie du Rite, à la recherche de la Parole Perdue, « soldat de la Vérité », d’une part, et d’autre part, le musulman qui aspire à la Vérité en empruntant la voie du soufisme et par conséquent celle de la futuwwa.
Hier ; maçon libre, l’épée dans une main et la truelle dans l’autre, combattant et bâtisseur à la fois, Chevalier d’Orient et de l’épée ; le Prince de Jérusalem rebâtissait, non sans difficulté, le temple de l’Humanité. Aujourd’hui, innocent et pur, baptisé par l’eau, devenu « soldat de la Vérité » il reçoit le baptême par le feu qui renforce son âme et élève son esprit.
Si le déroulement de l’Apocalypse ; fait prendre conscience au Chevalier d’Orient et d’Occident, que touts Temple construit de pierre, source d’orgueil, de puissance et de pouvoir, est forcément voué à sa destruction, l’annonce faite par Jean lui révélant, « que le temps est proche, qu’il y a un nouvel enseignement, que l’ange chantera un nouveau cantique » lui donne, alors, tout espoir d’une vie nouvelle dans un monde meilleur qui lui sera bientôt révélé.
Le « Très Haut n’habite pas dans ce qui est fait de main de l’homme ». Il nous faut, alors, construire un Temple, de chaire, à sa mesure et à sa gloire. Désormais, il ne s’agira plus pour le Chevalier d’Orient et d’Occident, de construction matérielle, par définition éphémère, mais de réalisation spirituelle par essence éternelle.
Ce nouveau retournement, amorcé par la vision de l’Apocalypse, nécessite forcément de notre part, en tant que Chevalier d’Orient et d’Occident, une nouvelle conversion du regard sur soi, sur l’autre et sur le monde. Pèlerins, ayant franchi le pont, il nous faut, aujourd’hui, effectuer ce passage qui mène du bas vers le haut, de la périphérie au centre ; dans l’espoir de fondre notre propre entité dans l’entité de la permanence, de l’universel et de l’éternel.
En effet « Soldats de la Vérité » en quête d’idéal, notre combat n’est plus mené contre les autres, mais contre soi-même, contre l’ego afin de purifier notre âme pour que la puissance de l’esprit se révèle au fond de notre être. Au service de la Vérité, protégeant les faibles et les opprimés, nous sommes pour la défense du Vrai, du Bien et du Juste. Prouesse, largesse, tel est notre idéal chevaleresque. Ayant donné notre sang, étant marqués du Tau, « nous, qui possédons le roseau mystique, notre place est réservée dans le Temple spirituel où sont recueillis pour l’éternité ceux qui comme nous se sont consacrés au service de la Vérité », nous dit le Rituel.
Chevaliers, sans arme ni monture, notre chevalerie atteste, sans doute mes Frères, ce passage de l’extérieur à l’intérieur, ce passage de la chevalerie guerrière à la chevalerie de l’esprit, car Comme l’écrivait notre Frère Yves Morant « Le chevalier spirituel n’est plus sur la circonférence de la roue, il est au centre du cercle dans l’invariable milieu, dans cette liberté que l’on conquiert au-delà des limites de la manifestation formelle ».
C’est précisément cette démarche ésotérique, que le musulman soufi, à la recherche de la Vérité, adopte.
Mais, qu’est ce qu’est le soufisme ?
L’Islam, religion d’amour et de paix, dernière des trois grandes religions abrahamiques, se fondant sur la révélation au prophète Mohamed d’un texte sacré ; signifie, littéralement, « se rendre ». Son sens religieux, dans le coran, correspond à « répondre à la volonté ou à la Loi de Dieu et s’y soumettre ». Selon la Sainte Ecriture, l’Islam est une religion primordiale et universelle.
Le musulman « mislim » est donc « celui qui se soumet à Allah » et croit en la révélation du coran ; il est de ce fait membre de la Communauté islamique, du prophète Mohamed, la « oumma ». Cette communauté, base sa morale sur la Loi islamique appelée « Charia » qui s’appuie elle-même sur les deux sources fondamentales documentaires : le Coran et la « Sounna ». La « Sounna » est l’exemple du prophète connu grâce aux « Hadiths » qui représentent l’ensemble des traditions fondées sur ses paroles et actes dont il est le modèle par excellence.
Cette Loi religieuse, que les musulmans observent, cette grande route que les fidèles empruntent, constitue l’enveloppe, l’écorce, l’exotérisme de l’islam dont la « haquiqua » ou Vérité est le noyau. Cet ésotérisme islamique n’est accessible qu’à un petit nombre, qu’à une élite, qu’aux initiés.
Nous pouvons, donc, définir cette mystique islamique, qu’est le soufisme, comme l’expérience spirituelle qui dans le cadre de l’islam permet, à celui qui le pratique, l’accession à l’union directe avec Dieu.
Mais alors, comment passer de la circonférence au centre ; de cette écorce à ce noyau ; de l’extérieur « dhaher » à l’intérieur « batin » ; de la « charia » la Loi, à la « haquiqua » la Vérité ?
C’est, précisément, tout le sens de cette démarche initiatique, que nous offre la voie du soufisme.
En effet le mot soufisme qui vient de l’arabe « tasawouf » dérive de la notion de pureté « safa », ou celle de la sagesse grecque « sophia ». Il s’applique littéralement à la pratique des premiers mystiques qui portaient des vêtements de laine blanche « souf », en signe de leur humilité et de leur détachement par rapport au monde de la manifestation. Dans cette démarche, le musulman aspirant à Dieu, le « mourid » est, généralement, désigné comme étant un « moutasaouf », c’est-à-dire celui qui entre dans la voie spirituelle. C’est seulement lorsqu’il parvient au terme de cette voie initiatique qu’il sera un « soufi » accompli, un Saint. C’est l’aboutissement de cette « voie » spirituelle soufi, qui constitue l’expérience intime et la connaissance pure de la Divinité.
S ’il existe de nombreuses « tariqua », ou voies initiatiques, comme il est de multiples points sur la circonférence ; toutes tendant, cependant, au même point central qui est « l’état primordial » à partir duquel s’établit, pour le soufi, la communication avec les états supérieurs ou « célestes ».
L’initiation soufi se fait au sein de confréries, elle consiste dans « la transmission d’une influence spirituelle » de maître à disciple avec communication d’une méthode spirituelle. Le maître est, lui-même, rattaché au prophète de l’islam par une chaîne, dite chaîne, de transmission « silsila », par laquelle il a reçu l’enseignement prophétique.
Cette méthode spirituelle est basée sur la pratique de l’invocation « dhiker », répétition incessante, de « la ilaha illa allah » « Il n’y a de Dieu sinon Dieu », pratique qui est capitale dans l’exercice soufi car elle contribue à élever la conscience et transporte l’âme vers les sphères supérieures en la purifiant. Ce processus de transmutation de l’âme, décape le cœur et le débarrasse progressivement des voiles de l’ego. Ainsi l’âme se souvenant de son créateur, se dépouillant de toutes attaches sensibles, se transforme en esprit, et s’unit à lui en extase.
« Dans cet état d’union, il ne subsiste plus aucune distinction entre l’âme et dieu » disait Jean-Pierre Berthelon. De ce fait le soufi entretiendra un rapport amoureux avec son créateur et étant parvenu à ce degré de proximité et de connaissance immédiate de l’Absolu il entretiendra le même rapport d’amour avec la créature de Dieu.
« L’amour est la monture de l’esprit. C’est à travers lui que l’on connaît toute chose » affirmait le grand soufi Sidi Hamza. « Fidèle de l’Amour » le soufi sera reconnaître les signes du divin dans le monde de la manifestation car pour lui le visible ne sera plus que le signe de l’invisible, et dès lors son comportement et sa relation au monde se transformeront. « Le soufisme est tout entier excellence du comportement. Celui qui te dépasse en excellence du comportement te dépasse en soufisme » disait le Hadith.
Dés lors le combat du soufi ne sera plus un combat horizontal, contre l’autre pour une conquête matérielle, mais un combat vertical intérieur, de quête spirituelle contre lui-même, contre son ego. Ce passage de l’épopée héroïque à l’épopée mystique constitue le passage du petit djihad au grand djihad qui est la véritable « guerre sainte ».
Homme de foi et d’Esprit, « Ami de Dieu », il n’agira plus que pour l’amour de Dieu et par amour des hommes. Pèlerin spirituel, ayant atteint la « station du cœur, il pourra, alors, clamer, haut et fort, avec ce grand chevalier – « fata » soufi, qu’est Ibn Arabi : « Mon coeur s’est ouvert à toutes les formes ».
C’est précisément cet état, d’ouverture de cœur et d’esprit, que constitue la « futuwwa ».Cette noblesse du comportement, qui prend sa source aussi bien dans le Coran que dans la sunna. C’est ainsi que l’on rapporte qu’au moment de la révélation du verset coranique suivant : « Pratique le pardon, Ordonne le Bien et écarte-toi des ignorants » (XII, 199), l’Archange Gabriel est venu trouver le Prophète et lui a dit : « Ô ! Mohammed, je t’ai apporté l’excellence du comportement…elle consiste en ce que tu pardonne à celui qui a été injuste envers toi ; que tu donnes à celui qui te refuse son don ; que tu rendes visite à celui qui s’est détourné ; que tu t’écarte de celui qui fait preuve d’incompréhension à ton égard et que tu pratique le bien envers celui qui agit envers toi par le mal ».
S’il ne fait aucun doute, qu’être continuellement au service d’autrui, dans une relation d’altérité, par un dépassement de l’ego, constitue, aussi bien les bases fondamentales de l’idéal chevaleresque maçonnique, que celles du soufisme, cette spiritualité, malgré ces similitudes évidentes, et bien qu’aboutissant au même Principe, diffère par certains points.
En effet le soufi, qui appuie sa spiritualité sur sa foi islamique en se remettant entièrement entre les mains de Dieu, voit ses actions guidées par un déterminisme transcendant. Dans sa quête spirituelle, c’est l’amour de Dieu qui lui fait aimer l’homme. Alors que le franc-maçon, qui base sa spiritualité sur sa foi maçonnique et sur celle qu’il a dans la perfectibilité de l’homme, se positionne comme collaborateur du Grand Architecte de l’Univers, et dés lors sa mission est celle de transmettre et de parfaire le monde. Dans cette optique c’est précisément l’amour de l’homme qui lui fait aimer Dieu.
Le vecteur commun des deux chevaleries spirituelles est certes l‘Amour, cependant si le comportement chevaleresque de l’une vise l’ouverture future des portes du paradis céleste, pour soi, le but de l’autre est le bonheur, ici et maintenant, de l’humanité tout entière.
Après avoir vécu la destruction de son temple de pierre, la vision de la Apocalypse confirme bien, au Chevalier d’Orient et d’Occident, l’avènement d’un monde nouveau, il comprend mieux, alors, que « le vrai Royaume n’est, peut être, pas dans le ciel » d’où la nécessité d’orienté son regard vers l’intérieur et construire un temple de chaire pour la réception de la Jérusalem céleste dans la perspective de l’établissement du Saint Empire.
Cet état d’intériorité et de réceptivité, du Chevalier d’Orient et d’Occident s’avère, sans doute, indispensable pour le dévoilement et la révélation, dans le Temple rouge, de la Parole, signifiant « La nature est entièrement renouvelée par le feu ».
J’ai dit T S A