Du Binaire au Ternaire
J∴ M∴ R∴
ORDO AB CHAO – DEUS MEUMQUE JUS
Du Binaire au Ternaire
DE LA DUALITE AU TERNAIRE, DU TERNAIRE A L’UNITE, METAMORPHOSE DU REGARD DE L’APPRENTI.
Plan :
Sur une perspective de Chevalier Kadosh.
1/ Notre parcours consiste d’abord à prendre conscience de la dualité de notre monde.
2/ RECONSTITUTION DU TERNAIRE… 6ème degré.
3/ L’APPROCHE DU 28ème degré.
4/ LA MONTEE DE L’ECHELLE MYSTIQUE.
DE LA DUALITE AU TERNAIRE, DU TERNAIRE A L’UNITE, METAMORPHOSE DU REGARD DE L’APPRENTI.
« Trois,
ou la clef de voûte cosmogonique et civilisatrice.
L’apparence trompeuse, changer le regard sur le binaire…
Le Ternaire dans le Hékal.
Les premiers pas ; du binaire au ternaire.
Les premiers indices.
Tenir le cap.
Le cadrage divin
Le ternaire au Debhir.
La lumière source et différenciation binaire.
La lumière loi universelle, l’unité
constitutionnelle ».
Le FM s’exerce à unir les contraires et à
observer les complémentaires. Seule cette synthèse salvatrice du
ternaire permet notre progression initiatique.
Il y a 32 ans, c’est loin déjà 32 ans, j’étais initié à Agen. A la fin de la seconde Tenue je m’approchais du Véné et je lui disais… « Je me sens prêt, si tu le veux, je peux te faire un travail sur la symbolique des nombres, etc… ! ».
Il m’a
répondu : « Petit cela peut
attendre ! ».
Etais-je sot ! Aujourd’hui d’une certaine façon le
sujet qu’on me propose de développer me fait penser un peu à ce premier
élan maladroit de ma part ! (Et il y a eu
d’autres !).
Sur une perspective de Chevalier Kadosh.
En fait, pour résumer le sujet de façon lapidaire, il s’agit de ramener le binaire au ternaire afin de passer à l’unité. Dit de cette façon ça paraît simple mais quand il s’agit de développer le sujet c’est une autre affaire.
Tout notre parcours consiste d’abord à prendre conscience de la dualité de notre monde… la matière, l’esprit ; le visible et l’invisible. Tout ceci, nous le maîtrisons.
Le delta
lumineux de notre loge symbolique nous fournit l’exemple symbole de
cette résolution de la dualité par le ternaire. Chacun des angles de
côté est de 36° alors que l’angle majeur du sommet est de 108° (3 fois
36=108) pour une unité triangulaire.
Au niveau de l’aréopage, il s’agit de s’appuyer d’abord sur le 28°
degré, le chevalier du soleil ou Prince adepte : dans le monde duel
dans lequel nous sommes, il nous faut trouver un
équilibre, cet équilibre peut être trouvé dans l’analogie des
contraires. Il réside alors dans l’harmonie. En fait, il s’agit de
réunir les similitudes d’éléments identifiés globalement contraires. Le
seul lien commun entre des contraires serait en quelque sorte le
mystère qui préside à l’existence de ces contraires. Mais en fait il
s’agit là pour nous de dire que l’élément commun reste ce qui anime ces
contraires.
La montée de l’échelle mystique va permettre de vivre en nous cette résolution des contraires puisque :
1/ Nous allons spiritualiser la matière, notre matérialité se déstructure en les lois qui la gouvernent pour nous fondre, in fine, dans la lumière ou le Principe. En cet endroit nous sommes au-delà de toute forme, il n’y a plus de voile nous séparant de la lumière. Le CK est devenu lui-même cette lumière. Il n’ira plus chercher la Lumière mais les ténèbres pour les éclairer. Il faut se rappeler que la montée de l’échelle mystique est un mouvement ascensionnel perpétuel puisque nous sommes en état de création récurrente, d’instant en instant. Nous nous renouvelons. Chaque fois c’est une nouvelle manifestation de l’être Divin manifestant ses potentialités à l’infini. On pourrait dire que le divin se manifeste dans les individualisations concrètes et s’épiphanise en elles. Jamais ne cesse cette descente du divin dans les formes divines. Ces formes existent par rapport à chaque être. C’est le monde des archontes. C’est aussi celui des anges dans ce monde intermédiaire qui nous amène au Principe. Chaque fois que le Divin se révèle, nous savons qu’il s’agit non de la réalité en son absolu mais une partie de cette réalité qui reste voilée. Nous : la créature (3), le symbole référent ou l’être révélé (2) et La vraie réalité cachée (1).
2/ C’est par notre être intérieur que nous percevons la réalité divine. Mais notre être intérieur est alourdi par notre limite matérielle, et de cette réalité divine en nous, nous ne percevons que la partie accessible par notre intellect lui-même partie de notre être. Cet être intérieur est donc aussi lui-même voilé à notre connaissance. Dépasser les formes, nous rend capable de trouver l’unité absolue. Gérard CHARLASSIER, qui a écrit tout ou partie de ces lignes terminait en m’écrivant… J’espère que ces éléments t’aideront dans ton travail.
1/ Notre parcours consiste d’abord à prendre conscience de la dualité de notre monde.
Quand nous
entrons en maçonnerie une longue formation commence…
Elle commence d’ailleurs par la notion de dualité (ou du
binaire ?) exacerbée si je puis dire : Presque caricaturale…
Si l’unité
est symbole d’harmonie et de paix, le nombre deux, binaire est celui de
la division, de la séparation et de la diversité. Il est le
dédoublement formel de l’Unité. Le nombre deux traduit soit des
oppositions, soit des compléments, soit une double nature à partir
d’une seule réalité. C’est l’opposition des contrastes et
des complémentaires, que l’on retrouve aussi représentés par
les deux colonnes à l’occident et qui délimitent l’entrée de la L.
On pourrait faire un inventaire à la Prévert… :
Les colonnes / La lumière et le noir / Le haut et le bas / Du zénith au
Nadir / Le Nord et le Sud / Microcosme et macrocosme / lever et coucher
du Soleil / Actif et Passif / Le Soleil et la Lune / Ces
oppositions sont nombreuses et riches de sens.
LE BINAIRE
Le binaire nous apparaît sous la forme de ces Blanc et
Noir qui sont présents partout, jamais l’un sans l’autre, le positif et
le négatif, le Ciel et la Terre, le Soleil et la Lune, le Jour et la
Nuit, la Vie et la Mort, le Bien et le Mal, le Bon et le Mauvais, la
Lumière et les Ténèbres, les couples d’opposés et contraires qui sont
indissociables de ce qui a été créé. Résoudre le binaire, pour
certains, se comprend d’emblée, intuitivement, naturellement, d’effacer
le Noir pour qu’il ne reste plus que le Blanc, d’abandonner les
Ténèbres et accéder à la Lumière, de quitter le Vice pour ne garder que
le Vertu.
Mais tout étant relatif dans le monde créé, le Bon pour l’un peut être considéré comme le Mal par l’autre et inversement. Certains disent alors que c’est la Vérité, qui est une et unique, qui permet de reconnaître ce qui est Blanc et ce qui est Noir. La solution serait alors la quête de la Vérité…
LA
DUALITE
La résolution du binaire est aussi comprise d’une
autre façon, à un autre niveau.
On peut se rappeler des paroles d’arcanes de Hermès Trismégiste sur la
Table d’Emeraude.
« Il
est vrai sans mensonge, certain et très véritable : ce qui est en bas
est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est ce qui est en
bas. Par ces choses se font les miracles d’une seule chose ».
Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce
qui est en haut est ce qui est en bas. Le blanc est comme le noir et le
noir est comme le blanc. Comme le serpent, archétype fondamental lié à
la vie, qui est à la fois mal et remède, qui peut tuer, et tel le
Serpent d’Airain ramener à la vie. Comme le Bien et le Mal qui sont les
accords et les discordances dont la réunion est l’harmonie
universelle. Le binaire dont nous parlons n’est-il pas en fait
la « dualité» qui est définie comme
« le caractère de ce qui est double en soi ou
compose de deux éléments de nature différente qui en fait se complètent
pour n’être qu’un ? ».
L’apprenti, grâce au rituel joué dans la L, apprend rapidement que l’apparence doit être dépassée, voire même combattue. L’apparence n’a rien de commun avec l’évidence ! L’évidence est l’observation d’un fait ne pouvant être remis en question : Le nez est au milieu de la figure ! L’apparence effleure l’écorce du fruit sans en pénétrer le noyau. Elle trompe le regard du profane en l’enfermant dans un raisonnement d’opposition et de contradiction. Combien d’erreurs commises au nom des apparences ? Nous sommes alors sous l’emprise du monde binaire, simplificateur, rationnel dans son aspect premier, rassurant, car facile à caractériser. L’apparence classifie en fonction de l’identité du classifiant. Chacun voit midi à sa porte. Le qualifiant ne se détache pas de sa propre condition ou du moins de l’idée qu’il s’en fait. C’est la prééminence du moi qui domine la pensée. L’objectivité n’est pas de mise et la nuance non plus.
Si le dualisme est un point de passage naturel et obligatoire, il ne peut être le terme final de la réflexion globale. C’est une réflexion primaire qui appelle une mission avec un objectif simple à atteindre. La case est noire ou blanche il n’y a pas d’alternative. C’est la réflexion de la survie, de l’appartenance dans les conditions extrêmes. C’est aussi le langage de la guerre et des conquêtes territoriales. C’est la gloire du monde occidental d’avoir poussé vers les sommets les plus doctrinaires, les plus matérialistes cet aspect binaire. C’est la gloire du monde oriental d’avoir su conserver une pensée globale enveloppante plutôt qu’excluant. C’est ainsi que face au pavé mosaïque ils ont choisi l’idéogramme du Tao ou le Yin et le Yang s’entrelacent et échangent leurs substances pour mieux embrasser les contraires.
Le delta
lumineux de notre loge symbolique nous fournit l’exemple symbole de
cette résolution de la dualité par le ternaire. Chacun des angles de
côté est de 36° alors que l’angle majeur du sommet est de 108° (3 fois
36 = 108) pour une unité triangulaire. Le
pavé mosaïque peut rappeler aussi d’une certaine façon à l’initié que
tout n’est pas que dualité. On quitte les trois premiers
degrés mais et en se retournant que voit-on ? Le
ternaire (VM et Surveillants) Vole en éclats à la Mort d’
Hiram. Le ternaire est rompu et nous ne le retrouverons que
bien plus tard :
Secrétaire Intime !
6ème degré !
2/ RECONSTITUTION DU TERNAIRE …. 6ème degré.
Ce degré de secrétaire intime est également appelé M par indiscrétion. Le degré de secrétaire intime a précisément pour thème la curiosité.
Selon La légende
En échange des bois du Liban et des pierres taillées fournies par Hiram, roi de Tyr, pour la construction de son temple, le Roi Salomon s’était engagé à lui donner une province. Hiram de Tyr la visite et n’y trouve qu’un sol aride et une population sauvage. Il revient au palais de Salomon, traverse furieux la salle des gardes et fait irruption dans la salle où Salomon, seul, pleure la mort d’Hiram. Craignant pour la sécurité de son maître, Johaben, le plus dévoué des serviteurs du roi Salomon, l’a suivi et écouté à la porte. Hiram de Tyr le découvre et se croyant espionné, veut le mettre à mort. Salomon le retient, le raisonne, et fait enfermer son serviteur Les deux rois reprennent leurs discussions et Salomon explique qu’il a l’intention de reconstruire les villes de la province cédée. Les deux rois après l’avoir entendu, font de Johaben leur secrétaire intime qui rédige alors leur traité d’alliance. Dès lors, un nouveau ternaire se met en place, dans lequel le secrétaire intime remplace Hiram Abi.
Le thème central
Ce grade illustre donc la différence entre deux formes de curiosité, l’une positive, l’autre négative et démontre ainsi que la curiosité au service d’une cause juste peut être un facteur stimulant pour l’intelligence et utile sur le chemin de la Vérité. En filigrane, sont également suggérés les thèmes des apparences et de leur rejet ainsi que celui du caractère sacré de la promesse faite.
La symbolique s’organise autour de trois axes majeurs.
Le zèle
pris pour de la curiosité,
L’alliance, la promesse, la perfection
Les trois triangles entrelacés.
La curiosité est ici, on l’a compris, au service de la recherche de la vérité, curiosité bien sûr de découvrir le secret des autres mais surtout désir de protéger son maître de la colère d’Hiram de Tyr. Johaben, homme de confiance de Salomon, justifie sa fonction par son zèle et son courage. La discussion véhémente entre les deux rois porte sur le respect de la parole donnée. Plusieurs interprétations sont données concernant la transmission du Mot du M, du maître en réalité : la première serait que le mot que Johaben surprend doit être changé. Le mot n’est pas perdu, mais sa transmission est suspendue. La seconde serait que le mot est perdu avec la mort d’Hiram, le mot correspondant à la conception globale de l’œuvre, et qu’il faut le retrouver : le mot de substitution ne donne qu’un aspect partiel de la conception globale. La dernière serait que ceux qui connaissent le mot ne sont plus que deux au lieu de trois (qui dirigent la L), ce qui interrompt la communication. Johaben entend le mot, mais pour être digne de devenir maître il doit surmonter l’épreuve de la mort. Les trois triangles entrelacés représentent la restauration du triangle directeur du chantier désormais constitué par Salomon, Hiram de Tyr et Johaben, investi de la confiance de ses maîtres auprès desquels il remplace Hiram Abi.
Tous trois sont détenteurs de la parole du M, parole qui ne peut être transmise que s’ils sont réunis, ce qui atteste du caractère indissoluble de leur alliance. On peut y voir aussi le symbole de la dénomination du trois fois puissant qui agit en lieu et place du Roi Salomon.
3/ L’APPROCHE DU 28ème degré.
Il existe de nombreux Rituels différents et force est de constater que, dans le notre, ce degré de 28ème n’est que peu développé.
Ce degré est souvent décrit comme essentiellement doctrinaire, puisqu’il concentre l’ensemble des conceptions avant la consécration au 30ème degré. Il est aussi considéré comme suprême degré philosophique du Rite comme une survivance d’un degré supérieur d’initiations anciennes. Ce degré apparaît au milieu du 18ème siècle dans le Sud Est de la France. Son origine n’est pas connue et il représentait le 18ème et dernier degré du système alors en vigueur. La Provence, alors fortement imprégnée par des traditions hermétistes, kabbalistiques, et mystiques influença fortement la maçonnerie. Il y eut un double courant, l’un théosophique et l’autre plus hermétique. De là fleurissent de nombreux rites dans le sud de la France qui se superposeront aux trois degrés symboliques. On retrouve aussi ce 28ème degré en Belgique sous les Auspices du Rite Écossais Primitif avant qu’il ne soit absorbé par le R.E.A.A.
Essayons de définir la symbolique générale de ce degré :
Le Temple ne possède pas de décors particuliers si ce n’est ce qui peut rappeler l’harmonie de l’Univers (peintures rappelant l’Eden). La L n’est éclairée que par une seule Lumière, un soleil transparent au-dessus du Président. Ce Soleil occupe le milieu d’un triangle inscrit dans un cercle. Dans les angles du triangle sont inscrits trois « S ».
Le Président s’appelle « ADAM » : il est le premier dans l’ordre de la nature, ce qui peut expliquer les décorations représentant l’Eden. Le Chevalier du Soleil, 28ème degré est invité à retrouver son identité originelle, il porte une robe rouge et un manteau aurore. Pour qu’une L soit juste et parfaite il faut 7 Frères et jamais plus de 12. Les 7 Frères sont des Chérubins, les autres sont des Sylphes. (Avec toute la riche symbolique qui leur est associé.). Il n’y a qu’un seul Surveillant appelé « Frère de vérité ».
Les Chérubins sont donc des initiés qui possèdent la raison, la sagesse et l’intelligence. Le mot sacré est « Adonaï » la réponse est « Gadol » qui veut dire grand. Le mot de passe « Stibium » est une matière très proche de l’antimoine. L’antimoine étant la dernière étape de l’alchimiste à la recherche de la pierre philosophale.
4/ LA MONTEE DE L’ECHELLE MYSTIQUE.
Le seul lien commun entre des contraires serait en quelque sorte le mystère qui préside à l’existence de ces contraires. Mais en fait il s’agit là pour nous de dire que l’élément commun reste ce qui anime ces contraires. La montée de l’échelle mystique va permettre de vivre en nous cette résolution des contraires puisque :
Au 30ème degré, on réalise la synthèse du blanc et du noir, on résout le binaire. Aux degrés précédents, on était toujours amenés à trancher par des choix opposés, antagonistes. Ici la dualité des contraires se superpose et se confond. Il n’y a pas suppression d’un des deux éléments mais bien fusion de ceux-ci. Nous sommes réalisés, symboliquement en haut de l’échelle mystique, mais nous sommes toujours des cherchants. En haut de l’échelle comme au centre de la croix, nous embrassons l’univers et nous prenons conscience de cet instant fugace de l’œuvre du Grand Architecte de l’Univers. En redescendant, la tradition cautionne notre réalisation et le passage du flambeau de l’espérance à ceux qui attendent et espèrent la main tendue. Si en haut de l’échelle nous avons vécu la révélation que l’harmonie universelle résultait de l’équilibre engendré par l’analogie des contraires nous devons poursuivre vers le bas pour revenir au monde sensible et tenter d’y apporter l’harmonie. Pour l’échelle mystique il faut l’avoir montée et redescendue pour continuer à construire cette notion de synthèse. Tout compte fait il n’y a plus de montée et de descente, il y a la globalité de l’itinéraire.
De
la Dualité au Ternaire,
Du Ternaire à l’Unité,
Métamorphose du regard de l’apprenti.
L’initié est par définition un cherchant sur le chemin de la
lumière. C’est un fils de la Lumière, et la lumière est le
vecteur de la volonté divine et de la manifestation dans ce monde.
Précisément, cette volonté de création d’un monde à l’image du divin
découle de cette fameuse parole divine, de la Genèse, dont la lumière
est l’expression. C’est ainsi que nous sommes passés par duplication du
un au deux. En vérité cette séparation des éléments, par leur
origine commune et unique, partage plus de complémentarités que
d’oppositions. Donc d’après la Tradition commune à toutes les
civilisations et religions, le monde ne fut pas créé à partir de rien,
mais à partir d’une totalité indifférenciée. Cet
ordonnancement que nous connaissons sous le vocable « Ordo
ab chao » caractérise au plan symbolique, la
naissance de notre univers.
L’unicité est une notion difficile à
expliquer. Paradoxalement, sa manifestation se réalise dans la
Dualité qu’il faut dépasser pour aller jusqu’au Ternaire. Le
ternaire nous fait revenir à l’Unité en traçant la voie ascensionnelle,
celle qui mène à la lumière et qui permet à l’Initié d’en concevoir la
force principielle, en nous ouvrant une Voie vers le Sacré. Le
passage du binaire au ternaire est à la fois une évolution
logique et nécessaire. L’indispensable raisonnement qui nous permet de
passer du 2 au 3 dépend essentiellement de notre capacité à comprendre
le monde des apparences, celui qui nous entoure. Le passage du 2 au 3
suppose de s’affranchir d’une mentalité binaire réductrice. Au
« Ou » il faut préférer le
« ET ». La case est noire ou
blanche, mais le pavé est noir et blanc. Plus qu’une synthèse
des oppositions, qui donnerait pour réponse que la case est grise,
c’est l’élaboration d’une troisième voie, au-delà des antagonismes que
nous devons prôner.
Trois, ou la clef de voûte cosmogonique et civilisatrice
Avant d’aborder le point de vue maçonnique du ternaire, il convient de
rappeler les découvertes anthropologiques, religieuses et scientifiques
du nombre trois qui viennent étayer son symbolisme. Le nombre trois
exprime à la fois le principe créateur, la multitude, comme
l’ordre du monde. C’est en ce sens que nous entendons la clef de voûte
civilisatrice. Cette polysémie descendante forme la colonne vertébrale
des civilisations. Certains voient dans le récit des patriarches la
somme logique des trois grands monothéismes : judaïsme (par
Isaac), islam (par Ismaël) et christianisme (par Esaü). Le mythe
cosmologique fondateur et l’astronomie antique communient autour du
nombre trois. En effet, dans toutes les traditions religieuses, on
retrouve dans l’ordre du monde les allégories de la lune, du soleil et
de l’étoile. La FM des « modernes »
s’en fait écho, en définissant les trois grandes lumières de la
FM par le Soleil la Lune et le V M.
On comprendra alors l’importance des luminaires dans la Genèse : la lune (luminaire de la nuit), le soleil (luminaire du jour) et l’étoile (luminaire à 5 ou 6 branches, guidant l’homme dans la pénombre). Souvenons-nous des luminaires dans la voute hypogée du 13ème degré !
Mathématiquement, le nombre trois est un « nombre premier » (ou entier naturel). Il n’accepte que deux diviseurs : 1 et lui-même. Si Un est l’unité fondatrice divine par sa nature, trois est son image générée par le monde différencié, lui-même représenté par le deux, 3=1+2.
La structuration du monde selon un ordre hiérarchique défini se perpétue de nos jours par les trois voies initiatiques correspondantes : la voie Sacerdotale, la voie Royale (ou martiale) et la voie Prophétique.
S’agissant
du visible il faut se méfier des apparences qui risquent de nous mettre
sur la mauvaise voie.
L’apparence trompeuse, changer le regard sur le binaire…
Voir autrement, c’est une quête que nous connaissons
tous. L’apprenti, grâce au rituel joué dans la loge, apprend
rapidement que l’apparence doit être dépassée, voire même combattue.
L’apparence n’a rien de commun avec l’évidence comme nous l’avons déjà
souligné ! Il faut agir sur nos limites et du matériel passer
de l’expérience du concret à l’abstraction et à l’analyse. Aussi
curieux que cela puisse paraître, connaître ses limites permet d’être
libre. Comment conjuguer la rationalité d’un simple constat
tout en tendant vers une intuition
libératrice ? Comment utiliser nos cinq sens de
manière ouverte et non réductrice à nos seuls
besoins ? C’est à ces questions que tente de répondre
l’initiation en général. Pour y parvenir, on utilise le
symbole et la troisième voie, celle du paradoxe des contraires
dépassés. La mort est une naissance en quelque sorte, c’est ce qui
ressort du relèvement du M.
Désirer la lumière :
L’homme, éternel désirant, brûle de saisir ce qui ne peut être
vu. C’est ainsi depuis sa chute, son éloignement de sa source
originelle. Lorsque l’on enlève le bandeau, on est ébloui et
rempli d’une totalité inexplicable qu’on tentera de connaître. La
Lumière est la part éblouissante de l’unité originelle, elle est avec
la parole perdue et l’Être, la déclinaison de cette dernière. Le Verbe
est la Lumière de Dieu dans les évangiles. Nous rechercherons
les traces du ternaire dans la L maçonnique et dans la mise en œuvre
des rituels. Pour la facilité d’expression, nous scinderons en
deux la recherche du ternaire. Nous commencerons par le Hékal qui est
le Saint dans lequel les apprentis et compagnons peuvent se mouvoir,
puis nous continuerons au Debhir qui est la source de toutes lumières
éclairantes de la connaissance.
Le Ternaire dans le Hékal
Nous partons du constat que la dualité règne dans le
monde profane, c’est-à-dire sur les parvis, car c’est une lumière faite
d’ombre qui les éclaire. La dualité génère à elle seule par
l’incompréhension qu’elle suscite, les jalousies, les envies
insatisfaites. Elle entretient les vices que le franc-maçon s’attache à
combattre. Cependant l’impétrant désireux d’entrer en franc-maçonnerie
est déjà sous l’emprise du trois qui semble être la règle maçonnique de
base. Il est enquêté par trois fois et on s’assure de son
intention de quitter la dualité pour découvrir une autre voie, son
testament philosophique répond aux trois questions fondamentales qui le
situent en temps qu’homme microcosme, enfin, son admission donnera lieu
à trois votes.
Les premiers pas ; du binaire au ternaire.
Les premiers pas de l’apprenti sont au nombre de trois et emmènent
l’apprenti placé entre deux colonnes frontière, face au pavé mosaïque
où règne l’apparence du binaire. Pour l’aspect binaire, nous observons
que le Hékal est un carré long, soit un double carré. Il y a
bien une progression apparente qui nous porte du deux au trois. En soi,
l’apprenti entre les colonnes figure une troisième colonne qui a pris
de B et de J les caractères bibliques. Il est le troisième terme de la
porte occidentale. Le dit pavé mosaïque est entouré des trois flambeaux
ou colonnettes. Ce pavé, nous le savons, est l’image même de
l’apparence trompeuse et c’est sur ce motif que l’apprenti tente de
dessiller son regard. C’est donc par deux paradoxes
établissant le binaire comme règle apparente, pour un observateur
extérieur, que se déroule l’entrée en loge. Faire disparaître
la dualité, découvrir la ternarité qui en est la suite logique, et
enfin relier cette dernière à l’unité fondatrice telle serait la
finalité des trois stades de l’initiation au premier degré.
Les
premiers indices
Avant d’entrer en loge, dans le cabinet de réflexion l’impétrant voit
les premiers symboles qu’il interprétera plus tard. Le
soufre, le mercure et le sel. C’est la première approche
sensible du ternaire des éléments, face au système binaire de
la vie et de la mort représentée par le crâne et la faux d’un côté, par
le blé ou le pain de l’autre. La L par son organisation et sa
respiration s’organise autour du nombre trois. Trois la
compose, les trois maillets représentatifs
de l’autorité égrènent l’écoulement du temps maçonnique et rythment les
travaux en loge. Les troispas de
l’apprenti le mettent en résonance, en symbiose avec les lois de la
nature, qui s’invitent et s’harmonisent dans le temple. La
triple voie et la triple batterie, l’acclamation écossaise, la chaîne
d’union rompue par trois secousses, viennent couronner l’implication
sonore et physique du ternaire chez l’apprenti.
Tenir
le cap
Les voyages de l’impétrant en loge le font cheminer du binaire vers le
ternaire. Entre les deux colonnes binaires, il doit progresser
alternativement de l’Occident à l’Orient et inversement, on lui
présente le tableau de loge posé sur un pavé mosaïque archétype de la
dualité apparente.
Le
cadrage divin
L’apprenti fait son serment la main droite dégantée sur leprologue
de l’Évangile selon saint Jean sur lequel sont
posés l’équerre et le compas. La loi
universelle est présente en L. Ici on touche à la ternarité qui fonde
l’initiation de métier. C’est ainsi que s’établit un lien entre la
lumière venue du Debhir dans le Hékal et son expression ternaire dans
le microcosme des bâtisseurs du temple.
Si le
paradoxe du binaire est affirmé dans le Hékal dans le but de faire
surgir le ternaire, il en est de même à l’Orient. L’équerre du maître
de loge ne comprend que deux branches.
L’hypoténuse est absente en apparence bien que présente virtuellement.
Elle relie les extrémités de l’équerre, tel est son rôle. Elle n’existe
qu’au prix d’un effort mental, et qu’en fonction de la présence réelle
des deux autres branches. Elle unifie des trajectoires et des longueurs
différentes sans pour autant en être une synthèse. Elle
« est » et sa visibilité est intérieure. Tel est le
sens du ternaire au Debhir.
Le
ternaire au Debhir.
Dans les rituels contemporains, cette différence interprétative entre
grandes lumières et lumières simples s’est estompée. L’enjeu
politico-religieux a disparu face à un œcuménisme
pacifié. Pourquoi cette répartition ternaire dans
l’affectation de la lumière ? Il existerait
différentes déclinaisons de la lumière en rapport direct avec l’objet à
laquelle elle se rapporte. La dualité apparente du premier grade, la
synthèse axiale du deuxième grade et enfin la vision du tout unitaire
du troisième grade.
La lumière source et différenciation binaire :
La première perception de la lumière se déroule dans le rituel
d’initiation et se perpétue à la réouverture des travaux de la L.
L’apprenti voit cette lumière initiatique pour la première fois et à
chaque tenue. Il y a donc un commencement appelé « source »
et des recommencements appelés « cycles ».
La manifestation de la lumière se fait contre les ténèbres dans une
série de successions permanentes. Le jour succède à la nuit de manière
perpétuelle, tout objet éclairé à son ombre, c’est l’enseignement de
l’allumage des feux en loge.
La lumière suivant les rituels, vient souvent des parvis et entre en
loge. Le monde extérieur dit profane est imprégné de cette lumière
illuminatrice, qui se présente comme un bruit de fond, mais seuls les
initiés en perçoivent la source. Il faut quérir cette lumière
originelle et la ramener dans l’enceinte sacrée pour rejouer
l’introduction du prologue de Jean.
La lumière « source » provient
de la description qui en est faite au prologue de l’Évangile selon
saint Jean. Elle semble être la déclinaison dans la sphère humaine de
la Parole divine à l’origine du tout. C’est la lumière qui
permet de voir la concrétude de notre environnement.
Celle-ci a trait au jour et à la nuit en rapport avec le couple Soleil et Lune à l’Orient, mais aussi les cases noires et blanches du pavé mosaïque. On a vu précédemment que la différenciation n’était pas une création, mais un ordonnancement d’une source primaire universelle.
Certains appellent cette source primaire une « materia prima », sans forme qui se trouva organisée et hiérarchisés sur la base du principe « Ordo ab chao ». Donc la forme et la matière différenciées ont une source commune.
Pour simplifier, on peut assimiler cette organisation à une dualité apparente comme le jour et la nuit, comme le bien et le mal, comme les quatre éléments, les mers, les continents, les montagnes, la terre, bref tout ce qui nous semble différencié, mais qui en vérité provient d’une source unique.
La
lumière loi universelle, l’unité constitutionnelle
Le principe ternaire en loge semble donc lié à une lumière « illuminatrice ».
La superposition de l’équerre et du compas se fait sur la Bible pour
les anciens ou sur tout livre considéré comme sacré. Dans
l’Art Royal il ne peut y avoir de construction sans plan élaboré sur la
planche à tracer des maîtres. La planche à tracer a pour fonction de
faire passer le plan de la deuxième dimension à la troisième, donnant
l’aspect réel à la conception abstraite. Il ne peut y avoir
monde, quelle que soit sa dimension, sans loi de construction. Cette
loi est commune à tous les mondes, elle est règle universelle et
constitutionnelle.
Comment la loi de construction devient lumière ?
La loi-lumière se révèle à nos yeux et à notre entendement simplement
parce que nous sommes en mesure de la concevoir. Cette aptitude à la
transcendance est prise en compte au plan symbolique dans les loges
maçonniques, mais elle n’est pas toujours expliquée. Cette
transcendance axiale, aboutissement ternaire par excellence, nous
permet de traverser des couches successives représentatives de mondes
dont la différenciation s’opère sur des modalités différentes pour, au
final, atteindre un centre ultime, le centre de tous les centres. En
L, cette explication ultime est perçue par le centre ontologique de la
L représenté par le G de l’étoile. Il est inatteignable au
premier degré, il se perçoit au second degré et il est enfin croisé au
troisième degré. Géographiquement, on peut le situer dans le Hékal de
la loge à l’intersection entre l’axis Mundi du fil à plomb qui descend
de l’étoile Polaire de la voie lactée et qui croise le plan manifesté
de la loge, représenté par le pavé mosaïque.
Personne ne peut marcher sur ce pavé et donc croiser ce fameux axe
fondateur. Il faut passer des petits mystères aux grands mystères pour
en avoir la révélation. C’est en effet en survolant le pavé mosaïque
que le jeune maître croise l’axe. Il quitte un état pour atteindre un
autre état. Cet « envol »
exprime la dissociation de l’esprit et du corps et l’accès à une forme
d’impermanence en rapport direct avec cette source
initiale. La représentation de ce centre est donnée par la
croix tridimensionnelle dont le centre rayonnant est à l’origine du
tout. C’est le point où tout prend naissance et où tout converge. Le
centre devient le Principe. Voir la lumière veut dire concevoir ce
centre ontologique. C’est ici l’aboutissement du principe ternaire en
loge.
Conclusion / Résumé
En fonction du grade et de notre progression sur le
chemin de l’initiation, la lumière se révèle progressivement.
Il
faut toujours se poser la question : d’où vient la
lumière ?
Il faut toujours faire le rapprochement entre la
lumière extérieure, la lumière intérieure et la lumière illuminatrice.
Le ternaire de la L vient abonder
l’explication ésotérique de la lumière. Cette dernière ne peut être
saisie au premier coup d’œil. Cette imprégnation de l’esprit fait
naître la conscience du tout unitaire dont la lumière n’est qu’une
expression. Le ternaire a cet avantage de nous ramener à l’unité
principielle. Le ternaire révèle à nos yeux l’unité fondatrice en nous
sortant d’une dualité manichéenne que nous considérons comme l’impasse
existentielle par nature.Le F M s’exerce à unir les
contraires et à observer les complémentaires. Seule cette synthèse
salvatrice du ternaire permet notre progression initiatique.
