30° #427012

La vision de l’Unité chez le CKH

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Obédience:
Non communiqué
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Non communiqué

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Ordo Ab Chao
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Sous les Auspices du Suprême Conseil de France


A302-2-1

Très Eminent Commandeur, et vous tous mes TCF Chevaliers Kadosch,

Le balustre qu’il m’est donné de présenter ce soir devant ce Sublime Aréopage a pour thème « La vision de l’Unité chez le CKH ».

Au moment d’entreprendre la réflexion préliminaire à ce travail, il m’est revenu le conseil de notre Premier Grand Juge, notre F Jean-Claude Tossen, rappelant qu’on ne lit jamais assez bien l’énoncé d’un sujet.

Dans le cas présent, le sujet fait référence à la « vision » de l’Unité chez le CKH, donc à un regard, une perception telle qu’elle est susceptible de se former chez celui qui, parvenu au 30ème degré du REAA, ne saurait pour autant méconnaître les acquis des degrés précédents. La voie initiatique mise en œuvre par le REAA a pour objet, d’une certaine façon, d’élargir le champ de vision de l’initié, tout en lui donnant, par le recul ou l’élévation progressifs, plan par plan, qu’elle permet, l’opportunité d’en discerner la profondeur. Tout est déjà en germe dans l’enseignement du premier degré. Mais l’Apprenti ne peut le percevoir.

Nous tenterons donc de cerner la « vision » du CKH sur le concept ou la notion d’Unité, alors que tout, en apparence, semble faire du 30ème degré du REAA un degré fondé sur la dualité.

Il n’est pour s’en convaincre que de lire le rituel, qui laisse entrevoir que la contradiction n’est qu’apparente : « Tout dans cet Aréopage symbolise la dualité. Vous pouvez concevoir la notion d’un plan supérieur, celui de l’Absolu, où la dualité se résout dans l’Unité ».

Nous tenterons donc de considérer la question posée en nous plaçant au niveau, au plan, auquel notre degré de CKHdoit nous permettre d’accéder, d’autant que le rituel précise que nous devons trouver l’inspiration de son action dans l’idéal d’unité…

Une autre clé, ici encore, nous est donnée par la lecture du Programme de nos travaux pour cette année maçonnique. Le Très Eminent Commandeur a choisi pour thème général de nos réflexions « L’idée du CKH modèle permanent d’une réalisation effective et complète du REAA ». A l’évidence, l’expression « une réalisation effective et complète » contient la notion de cohérence, de cohésion, de globalité, et donc d’Unité.

Mais il nous faut, comme notre devise Ordo ab Chao nous le rappelle, procéder par ordre.

Nous étudierons dans un premier temps les marques de la dualité dans le degré de CKH, avant de tenter de découvrir l’Unité sous-jacente et d’envisager ces expressions bipolaires comme une représentation de l’Unité principielle, celle-là même à laquelle renvoie la vision du GADLU, archétype essentiel de l’Ordre maçonnique.

Ainsi donc, toute la construction du 30ème degré est marquée par la dualité.

A ce titre, on peut concevoir le grade comme une invitation à réfléchir à ce concept.

L’instruction au 30ème degré nous indique que la spécificité de ce grade, au plan symbolique, est d’être caractérisé par sa référence à la double nature de l’Ordre du Temple, à la fois religieux et militaire, alliant ainsi Sacerdoce et Chevalerie.

Nous retrouvons ici deux des voies initiatiques qui, avec l’initiation de métier, convergent et se fondent en cette initiation synthétique qu’est celle de CKH.

Cette dualité, nous rappelle encore l’instruction, était symbolisée par la bannière noire et blanche de l’Ordre, que commémorent les tentures de notre Temple, la bannière bicolore de notre Aréopage, les couleurs de notre cordon, les montants et les degrés de l’Echelle mystérieuse, les deux poursuivants de la cérémonie d’initiation ou encore l’aigle bicéphale noir et blanc, symbole de notre degré qui évoque, de manière binaire, la double autorité, spirituelle et temporelle, du Saint-Empire et, pour ce qui nous concerne, du Suprême Conseil et que rappelle la devise « Deus Meumque Jus », Dieu et mon Droit.

La couronne et le glaive représentent naturellement l’exécutif, le temporel, tandis que l’inscription hébraïque « Adonaï » au centre du triangle équilatéral pointe en bas évoque la souveraineté spirituelle, d’essence divine.

Quant à l’aigle lui-même, il renvoie à Saint-Jean, qui sut concilier Foi et Raison. Ainsi, sans anticiper davantage sur notre seconde partie, constatons-nous que déjà sur la bannière du CKH la dualité se résout en unité.

Car il ne s’agit pas de contraires incompatibles, d’antagonismes irréductibles.

Au contraire, il faut voir avant tout dans les modèles de dualité que nous proposent le rituel et les enseignements du grade des oppositions fécondes ou, mieux encore, l’expression des deux bornes d’un même champ, d’un même segment, les deux pôles d’une même alternative, les deux faces d’une même réalité, à l’instar du fameux Janus bifrons. Selon Ovide, les quatre éléments (air, eau, feu et terre) étaient à l’origine confondus en un seul, Chaos. Au moment où les éléments se séparèrent, Chaos devint Janus, dieu du Commencement et gardien des portes., qui regardent l’intérieur et l’extérieur, le passé et l’avenir.

Comment définir le Jour s’il n’existe pas de Nuit, le Haut sans le Bas, le Bien sans le Mal, et la Lumière sans les Ténèbres ?

On le sait, alors que l’esprit dualiste tend à opposer – plaçant d’un côté la Lumière, émanation divine et en face d’elle l’Ombre, manifestation du Diable -, l’hermétiste au contraire voit dans ces oppositions apparentes, dans ce déséquilibre ontologique, la dynamique même de la Création. Ainsi, dire que Lumière et Ombre ne sont pas dualité mais unité, ce n’est pas dire qu’elles sont la même chose, mais qu’elles participent d’un même ensemble, d’une même construction. Chacune est indispensable à l’autre.

Souvenons nous de notre initiation : la première épreuve fût d’affronter l’Ombre, celle des profondeurs de la Terre. Ce n’est qu’après en avoir intégré les contenus, dominé ses peurs et ses projections négatives que l’impétrant devient initiable et peut entreprendre son cheminement vers la Lumière. Ombre et Lumière sont ainsi les deux facettes d’une même réalité. La Kabbale parle de Klipoth, pour désigner des énergies issues d’un déséquilibre originel, la face obscure de la Lumière divine, une sorte de trop plein qui se déverse sur l’arbre des Sephiroth. Et la tradition invite l’initié à reconnaître en soi le reflet de ces forces négatives, avant de les combattre. La vision des trois mauvais Compagnons qui demeurent tapis à l’intérieur de chaque Maître, et qu’il faut démasquer et vaincre, n’est pas autre chose.

Dès lors, par delà l’apparence de la dualité immédiate, le 30ème degré du REAA n’est-il pas une exhortation à percevoir l’Unité de la Création et à s’en faire le défenseur partout où elle serait menacée ?

Au reste, je l’ai déjà souligné, le CKH ne saurait oublier les degrés précédents, et singulièrement pas le 28ème degré, celui de Chevalier du Soleil, qui lui est conféré quelques instants avant le 30ème degré et qui semble transcender et le temps et l’espace. Baptisé également Chevalier de l’Aigle, Clef de la Maçonnerie, ce degré fait référence à « sept vérités dites gnostiques », qui sont ainsi formulées dans le rituel d’initiation :

Il existe un principe premier, impensable, inconnaissable, impénétrable, pénétrant l’univers dans tous ses plans.

La vie humaine n’est qu’un point dans l’éternité.

L’harmonie universelle résulte de la complémentarité des contraires.

L’absolu est l’esprit existant par lui-même.

Le visible n’est que la manifestation de l’invisible.

Le mal, le malheur et la misère sont inséparables de la condition humaine.

L’analogie est l’unique clé de la nature.

L’unité, l’universalité de la Création, sont explicitement mis en avant, tandis que la dualité est dépeinte comme une simple déclinaison, une dérivée de cette unité.

Mais venons-en au sublime degré de CKH lui-même.

Le symbolisme de l’Echelle mystérieuse, échelle double qui donne son sens à la cérémonie d’initiation au 30ème degré, pourrait n’être perçu que comme l’expression d’un cheminement biphasique. Monter, en s’appuyant sur les vertus et les valeurs qui constituent les échelons blancs du côté du Septentrion, Justice (Tsedakah), Force et innocence (symbolisées par le Schor Laban, le bœuf blanc), Douceur (Mothek), Foi (Emounah), détermination dans la recherche de la Vérité, représentée par le Soleil, figuration symbolique de la Lumière et du GADLU empruntée au 28ème degré (Hamah Scheal), Patience dans l’adversité (Sebel) et enfin Sagesse (Ho’hmah), Intelligence (Binah) et Compréhension (Tebounah).

Monter en encadrant son ascension entre l’Amour de Dieu, (O’heb Eloah), figuré sur le montant gauche, et l’Amour du Prochain, (O’heb Kerobo), figuré sur le montant gauche.

Monter jusqu’à atteindre la Connaissance, l’Absolu, aboutissement du parcours initiatique.

Monter donc, puis redescendre les échelons noirs du côté du Midi, afin de transmettre ses connaissances grâce à l’usage maîtrisé des arts libéraux, Grammaire, Rhétorique, Logique, Arithmétique, Géométrie, Musique et Astronomie. Pour exercer sa mission d’éducateur et d’initiateur, le CKH peut, selon ses dispositions, ses possibilités et les circonstances, témoigner de l’harmonie l’œuvre du GADLUcomme de son infinitude par des mots, des raisonnements, des constructions, matérielles ou immatérielles – au sens où une œuvre d’art, une composition musicale sont des constructions immatérielles – ou encore la description de l’immensité du Cosmos.

S’élever spirituellement puis redescendre concrétiser.

Un léger recul permet d’englober ces deux mouvements, qui pourraient paraître opposés, dans une même progression, une seule et unique démarche. Est pleinement CKH celui qui, sans rupture dans son effort, dans sa tension , dans son élan, a appris à s’élever du matériel au spirituel, à élargir le champ de sa conscience pour mieux gouverner son action, l’orienter avec plus de sagesse, et raffermir sa détermination, à mieux l’inscrire dans le Grand œuvre qu’est la création engendrée par le GADLU.

La bascule au sommet de l’Echelle mystérieuse n’est pas le signe d’une opposition entre les deux phases de la progression, mais d’une continuité. Ce n’est pas monter puis redescendre mais monter pour redescendre. Au reste, on peut considérer l’échelon où s’accomplit cette bascule à la fois comme le dernier de la phase d’ascension et le premier dans la phase de redescente. Ce barreau central, Sagesse, Intelligence et Compréhension, où se réunissent les deux montants, l’un le nourrissant, l’autre en découlant, est en quelque sorte le culmen de la démarche du CKH, la clef de voûte de son édifice. Les deux démarches, spirituelle et matérielle, convergent vers ce niveau, se fondent, pour lui donner sa dimension d’Absolu, et donc d’Unité. Ce barreau à lui seul vaut au 30ème degré du REAA son appellation de Nec Plus Ultradu cheminement maçonnique.

L’unité dans la démarche du Maçon est manifeste, comme est manifeste l’Unité de la Création, par-delà sa diversité.

« Vous êtes désormais le soldat de l’Universel et de l’Eternel« ,dit le rituel d’initiation.

Au demeurant, cette élévation suivie d’une concrétisation en vue d’une transmission est explicitement prévue dans chacune des cérémonies d’initiation à chacun des degrés du REAA. Le déroulement de la cérémonie, par les actions ou les récits symboliques propres au degré conféré, élève vers un niveau de connaissance qui, progressivement, conduit l’initié vers une conscience élargie du Cosmos. Mais pour se réaliser pleinement, cette connaissance doit être concrétisée par la transmission des secrets du grade, mots sacrés, signes et attouchements. Au-delà de leur valeur de reconnaissance, ces secrets symboliques véhiculent la notion même de transmission, de partage et donc d’Amour.

A celui auquel on demande « Etes-vous CKH ? », celui-ci répond : « Je le suis, son nom fût autre et le même pourtant ».

Fût autre, dualité; le même pourtant, unité.

Revenons un instant sur l’aigle emblématique du 30ème degré du REAA, bicéphale et bicolore. Sa partie blanche est-elle supérieure à sa partie noire ? Ou l’inverse ? Nullement : aucun jugement de valeur, aucun manichéisme. Une partie de l’aigle est noire tandis que l’autre est blanche. Voilà tout. « Je suis ce que je suis« , disait Guibulum. Ainsi pourrait également s’exprimer l’aigle emprunté à Jean de Patmos et à son Apocalypse. Il est puissance et clairvoyance, justice et équité, mais aussi rigueur et sévérité. Il est vaincre ou mourir, vaincre et mourir…

L’Ordre universel engendré par le GADLUn’est pas un ordre figé, statique et immobile. Au contraire, il s’agit d’un ordre en mouvement, d’un ordre dynamique.

La physique moderne ne contredit pas l’esprit des écrits et des mythes premiers de l’humanité. L’Univers est animé selon une mécanique de cycles et de périodes. Les énergies sont essentiellement bipolaires, et leur manifestation tire son origine, précisément, de l’alternance d’actions et de réactions, donc d’une dualité ontologique. L’ordre dont l’humain que je suis procède et auquel il participe est à la fois précis et rigoureux. Les lois qui animent l’Univers, que l’homme les ait décryptées ou non, sont intangibles. Sauf naturellement à imaginer d’autres univers, créés ou non par le même Grand Architecte, synchrones ou non de notre univers et obéissant à d’autres lois. Et l’opportunité d’une mise en évidence de tels univers alternatifs supposant l’existence d’au moins une loi commune, permettant leur perception à l’aide de nos récepteurs technologiques ou sensoriels. Mais laissons-là la métaphysique…

Si l’on s’en tient à l’Univers sensible dans lequel nous existons, il s’agit donc d’une structure dynamique, dont l’apparente diversité ne fait qu’exprimer les multiples facettes d’une absolue et fondamentale Unité. Cette Grande Unité, le « Tai Ki » des traditions de l’Extrême Orient, qui, selon René Guénon, décrit non pas un mouvement quelconque mais une rotation qui s’accomplit autour d’un centre ou d’un axe immuable qui imprime à toute chose le mouvement et la vie. C’est ce centre, cette Etoile Polaire, que figure la pierre angulaire, la clef de voûte qui couronne le Temple et qui est la marque du Grand Architecte, principe et fin, alpha et oméga de la Création.

Il n’est pas indifférent de rappeler ici que nombre de traditions spirituelles font remonter la Création à un acte originel, décrit comme une fragmentation, une division de l’unité primordiale, préfiguration hypothétique du concept de « big bang ». La plupart sinon toutes les traditions spirituelles et religieuses ont abordé la question de la dualité – ou de la multiplicité dont la dualité est l’expression première – et de l’unité.

Nous ne ferons que rappeler ici le Prologue de l’Evangile de Saint-Jean : « Au commencement était le Verbe; et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu » L’expression « le Verbe était avec Dieu » ne se réfère pas à deux entités conjointes, mais à deux entités consubstantielles. Et l’Evangéliste va plus loin et précise « le Verbe était Dieu », signifiant qu’il s’agit bien d’une seule et même entité, manifestée ou reconnue sous deux formes, mais cependant unique. La dualité se résout en unité.

Pour les Soufis, avant la Manifestation existait Dhât, l’essence de l’Être, le réellement existant, l’Être Unique, l’Absolu non manifesté. Une conscience se dégagea de cet Absolu, une conscience d’existence. A partir de cette conscience d’exister, un sens se développa. Ce sens de « j’existe », développement de cette conscience d’existence, forme l’Ego, le Logos, le Verbe selon les Soufis. Alors le pouvoir infus de l’Absolu se rassembla, se concentra en un point, un centre où toute l’énergie et toute la matière était concentrées.

Cette lumière centrée divisa alors l’existence en deux formes primordiales: lumière et obscurité. Puis une succession de phénomènes de vibrations, d’ondulations périodiques, continua de produire la manifestation en un grand nombre d’accommodations. Chaque pas qu’a effectué la manifestation a eu comme résultat une variété de formes à partir des différentes substances produites durant le processus de l’esprit se transformant en matière.

La tradition juive fait référence à un concept intéressant, le Tsimtsoum, ce qui, littéralement veut dire « restriction », « réduction », avec aussi une idée de « contraction ». La formulation la plus claire semble-t-il de la doctrine du Tsimtsoum se trouve dans les écrits du Rabbi Isaac Louria, qui a dirigé au milieu du XVIème siècle la grande école de Kabbale de Safed. Il décrit le processus dans son ouvrage « L’Arbre de vie », de cette manière : « Avant que toutes choses soient créées… La lumière suprême était unique et remplissait toute l’existence. Il n’y avait aucun espace vide… Lorsque l’Unique a décidé de créer tous les univers… Il a restreint la lumière en délimitant des bords… A l’origine d’un espace de vacuité… Cet espace était parfaitement rond… Ensuite cette restriction prit place… Il y eut un endroit dans lequel toutes choses purent être créées… Il dessina alors une ligne unidirectionnelle d’Infinie Lumière et l’inséra dans l’espace de vacuité… C’est à travers cette ligne que l’Infinie Lumière atteignit l’En-Bas… ».

La doctrine du Tsimtsoum contient deux paradoxes. Le premier est le plus complexe car il décrit l’immanence et la transcendance de Dieu : puisque Dieu a enlevé sa Lumière de l’espace de vacuité, celui-ci doit donc être vide de son Essence, mais pourtant Dieu remplit cet espace, puisque « il n’y a pas d’endroit vide de Lui ». Le point principal ressortant de ce paradoxe est que cet espace est seulement « sombre » et « vide » par rapport à nous, un peu à l’image du Tohu-Bohu.

Le second paradoxe montre que Dieu doit être dans le monde ; mais s’il ne se restreint pas en lui-même, toute la création est rendue confuse par sa Présence et son Essence. La clef de ce paradoxe est donnée par la lettre Hé de communication du Tétragramme, dont il est dit qu’elle représente les cinq niveaux de l’âme ; ils sont voilés mais servent de « fenêtre » vers Dieu.

Je n’en dirai pas davantage sur la Kabbale, en ce qu’elle fait référence à la désintégration du corps de l’Homme universel, l’Adam Kadmon dont les attributs sont ceux du GADLU. Ce Sublime Aréopage compte en effet des kabbalistes bien plus pertinents que moi, et je ne saurai vous apporter grand’chose qu’ils ne puissent vous présenter bien mieux que moi.

Je vous inviterai donc plutôt à regarder vers d’autres traditions qui elles aussi font référence à un Principe Créateur unique, intemporel. Et j’ai choisi de faire référence aux traditions de l’Orient ou de l’Afrique, pour mieux mettre en évidence le caractère universel du concept.

On retrouve par exemple un tel Principe dans le Purusha ou Prajapati des Hindous, le générateur et le protecteur de la Création qui s’identifie au Temps, au Cosmos :

« Quoi que se soit,où que se soit, que ce soit l’Être ou le Non-Être, tout est Toi ! Toi, l’Energie de l’Univers, comment pourrais-je te chanter ? » dit l’hymne à la Shakti, la mère des Dieux, à propos de laquelle Reymond Lizelle écrivait : « Shakti, l’énergie cosmique, l’énergie créatrice, réside à la fois dans l’infinité de la création et dans la finitude de l’humanité ;tout en restant inaccessible, elle fait partie intégrante du quotidien: force active, conscience manifestée de dieu, Nature Primordiale, elle est présente en toute chose et en chacune de nous, elle est le lien entre le macrocosme et le microcosme, elle est ce qui lie le danseur à la musique ».

Sans doute faut-il souligner que dans l’hindouisme, le temps n’est pas conçu de façon linéaire comme s’est le cas dans la pensée occidentale, mais de façon cyclique, distinguant deux phases qui se succèdent alternativement : un temps de création et un temps de destruction. Lorsque la création se matérialise l’univers se déploie à partir d’une masse de matière et d’énergie (Shakti) qui n’est autre que le reste d’un univers précédent. A la fin des temps, lorsque la roue du Dharma à fait un tour complet, l’univers se résorbe peu à peu, concentrant tous les éléments en un nouveau reste qui à son tour servira de base à la création de l’univers suivant… Dans ce mouvement cyclique à deux temps, la création, bien qu’elle change de forme, perdure éternellement et n’est qu’une: il n’y a ni véritable commencement, ni fin absolue : la création, tout comme la destruction, sont relatives, et du point de vue ultime, il n’y a ni création ni anéantissement.

On ne saurait travailler sur la notion d’unité et de dualité sans citer le Tao Te King, ou Daode jing, le « Livre de la Voie et de la Vertu». Le nom de son rédacteur, Lao Tseu, se traduit par Vénérable Maître. Voyez dans cette coïncidence, mes TCF Chevaliers Kadosch, une invitation à être particulièrement attentifs aux concordances entre notre Tradition, qui puise ses racines dans les écrits bibliques, et celle du Tao, écrit vers 550 avant notre ère.

Entendez l’allusion au nom ineffable du Créateur de toutes choses, entendez la notion de dualité se fondant en unité, de dualité en résonance pour former l’unité; entendez même au passage l’allusion au Saint Homme, au Kadosch au sens étymologique et entendez enfin les vertus que Lao Tseu, le Vénérable Maître, attend de ce Kadosch.

La Vérité est Unique, et la parole qui la décrit l’est aussi :

I – 1 Une voie qui peut être tracée, n’est pas la voie éternelle: le Tao. Le nom qui peut être prononcé,, n’est pas le nom éternel;

I – 2 – Sans nom, il est a l’origine du ciel et de la terre. Avec un nom, il est la Mère des dix mille êtres;

I – 3 – Ainsi, un Non-Désir éternel représente, son essence, et par un Désir éternel il manifeste une limite;

I – 4 – Ces deux états coexistent inséparables, et diffèrent seulement de nom. Pensés ensemble: mystère! le Mystère des mystères’. C’est la Porte de toutes les essences;

II – 1 -.Tous sous le Ciel, connaissant le beau comme le beau: voici le laid! ;

Tous connaissant le bien comme le bien: voici le mal! C’est ainsi que l’être et le non-être naissent l’un de l’autre, que le difficile et le facile s’accomplissent l’un par l’autre, que mutuellement le long et le court se délimitent, le haut et le basse règlent, le ton et le son s’accordent, l’avant et l’après s’enchaînent. ;

II – 2 – C’est pourquoi le Saint-Homme s’en tient à la pratique du Non-agir. Il enseigne sans parler. Tous les êtres agissent, et il ne leur refuse pas son aide. Il produit sans s’approprier, travaille sans rien attendre, accomplit des oeuvres méritoires sans s’ attacher, et, justement parce qu’il ne s’y attache pas, elles subsistent.

Que nous enseigne encore le Tao Te King ?

Libéré de la multiplicité des apparences, le Saint-Homme embrasse l’Unité indivisible de l’Esprit et de la matière. Ayant accompli dans le Repos le renouvellement de sa destinée, il est devenu celui qui conforme sa volonté et ses actions à la Volonté du Tao, ses non-interventions au Non-agir du Tao. Lao-Tseu écrit : « Parce que le Saint Homme aspire à l’Union suprême, le Tao l’accueille avec joie ».

Lao Tseu résume ainsi la communion du Saint-Homme avec le Tao et l’universalité des créatures : « Celui qui sait ne parle pas ; celui qui parle ne sait pas. Clore sa bouche, fermer ses portes, tempérer son ardeur, se dégager de ses liens, harmoniser ,sa lumière, s’assimiler à son milieu, cela s’appelle la mystérieuse union. Il est dans notre nature de porter nos regards et nos pensées au loin, toujours plus loin, en haut, toujours plus haut. Cette tendance reflète une aspiration innée vers un noble destin et témoigne de notre divine origine. Mais elle est aussi à la base de l’illusion qui nous fait rechercher au dehors ce qui est au dedans de nous, oublier le présent pour supputer l’avenir, négliger le devoir immédiat pour rêver à de vastes réalisations ou à des actes héroïques.Le sublime et le merveilleux nous attirent, mais nous ne comprenons pas que ce que nous appelons ainsi tient à l’essence de notre être, et qu’il suffirait de vivre quotidiennement avec amour et désintéressement, pour que tout se transfigure.C’est en cela que le Saint-Homme est un modèle pour le Monde. ».

Ainsi s’exprimait Lao-Tseu, le Vénérable Maître des Empereurs Zhou.

De même, pour l’ancienne mythologie shinto du Japon, le chaos primitif ressemblait à un oeuf qui devait être déchiré pour que le monde puisse advenir.

La même analogie d’un œuf unique existe chez les Dogons du Mali. Ce peuple longtemps isolé par la falaise de Bandiagara fait remonter l’origine du monde à un œuf unique et primordial.

Selon les Dogons, que j’ai eu le privilège de rencontrer sur leur territoire, la parole d’Amma la Mère de l’Univers a crée un œuf infinitésimal contenant deux jaunes, chacun nourrissant des jumeaux. D’une moitié de l’œuf, Yurugu, l’un des jumeaux de la première paire, qui tenait à établir son règne sur la création, s’est prématurément échappé, en volant une partie du jaune dans lequel il espérait trouver sa soeur jumelle Yasigi. Mais la déesse-mère Amma l’avait mise sous la protection des jumeaux Nommo qui provenaient de l’autre moitié de l’œuf, et Yurugu s’est retrouvé seul avec le jaune volé qui est devenu la terre. Yurugu s’est alors accouplé avec la terre, son propre jaune maternel, et a commis ainsi le premier inceste qui explique que la terre ait été sèche et stérile.

Pour corriger cet échec de sa création, Amma a sacrifié l’un des jumeaux Nommo dont le corps, démembré et dispersé au quatre points cardinaux, a régénéré la terre et a restauré sa végétation. Alors, le jumeau Nommo restant a créé deux êtres humains, initialement androgynes – un autre grand classique des mythes de la Création – l’un devenant mâle, l’autre devenant femelle De leur union, sont nés huit enfants qui ont été envoyés sur la terre pour devenir les ancêtres des Dogons.

On voit que cette conscience de l’Unité du créé est universelle, comme est universelle la notion selon laquelle cette conscience de l’Unité de la Création doit gouverner l’action de la créature particulière qu’est l’homme, et singulièrement de l’initié, pour lequel cette conscience est chemin de vie.

Le CKH se voue à la défense non pas seulement de l’Ordre, mais surtout de ce qu’il représente et de ce qu’il sert, c’est à dire, comme le précise le rituel d’initiation, de l’universel et de l’Eternel.

Au cours de leur séjour de deux siècles en terre sainte, les Templiers avaient eu l’occasion d’approcher les Ismaéliens et les Druzes. A leur contact, ils avaient compris que, s’agissant de l’essentiel, la Connaissance véhiculée par les Confréries initiatiques est universelle.

Soldats du Christ, les Chevaliers de l’Ordre du Temple savaient ainsi qu’il ne faut pas condamner les autres spiritualités du seul fait de leurs formes dogmatiques différentes. Héritier de ces moines-soldats, continuateur du Chevalier d’Orient et d’Occident, le CKH peut et doit de la même façon s’ouvrir pleinement à l’autre, et s’engager à défendre l’Universel.

Dans son instruction, relevons deux indices qui se réfèrent à l’Unité bien davantage qu’à la dualité :

– Le Mot de Passe du 30ème degré, qui constitue la demande de l’attouchement, est formé d’une affirmation, énoncée par le tuileur, « Bagahal Kol » (Tout est régénéré) à laquelle l’interrogé doit répondre par une autre affirmation : « Pharas Kol » (Tout est expliqué). « TOUT » est à l’évidence de l’ordre de l’Unité, qui englobe chaque manifestation de la Création.

– Quant à l’âge du CKH, il est d’un siècle ou plus. Un siècle, c’est 100 ans, 1 + 0 + 0, c’est à dire 1, pour tous ceux qui sont férus de réduction numérale.

On voit ainsi que le CKH est conduit non pas à envisager l’univers – et par là son propre chemin – comme s’inscrivant dans la dualité et l’opposition des contraires, mais bien comme témoignant de leur complémentarité et de l’ Unité ontologique de la Création, le « Un-Tout » primordial.

Dès lors qu’il s’est, au cours de son cheminement initiatique, progressivement détaché de la matière en ce qu’elle a de contraignant, d’asservissant, le CKHest conduit, comme le rappelle l’instruction, à « rechercher un équilibre harmonieux entre les deux formes de l’action, l’une intérieure en se maîtrisant et en tendant à se dépasser , l’autre extérieure en faisant preuve d’un cœur pur, d’énergie créatrice dans le monde profane.« 

Il suivra ainsi la Loi d’Amour, telle qu’il l’a découverte avec ferveur et émerveillement au 18ème degré, encouragé par sa Foi, guidé par la Charité et soutenu par son Espérance. Inspiré par les sentiments qui l’animent plus particulièrement depuis qu’il est ChevR+C, une fois devenu CKH il mettra en action cette Loi d’Amour, entre Oheb Eloah et Oheb Kerobo, entre l’amour divin et l’amour du prochain. Comme le faisait remarquer le TIFDaniel Bacry dans « Ordo ab Chao » en 2002, il s’agit là d’un seul et même amour, le premier étant celui de l’initié qui « monte » et se tourne vers Dieu, tandis que le second est celui du même initié qui « descend » et se tourne vers la manifestation universelle.

L’initié descendant perçoit la multiplicité dans l’unité par l’œil de Dieu.

Oeuvrant à la fois dans l’intemporel et dans le contingent, il pourra conduire son action selon l’idéal d’Unité, en conformité avec la devise du REAA, « Ordo ab Chao », comme avec celle des Suprêmes Conseils, « Deus Meumque Jus ». Il se souviendra de l’exhortation du TEClors de son initiation : « Allez dans le monde, seul, univers complet, responsable devant votre conscience, riche de connaissance et d’amour ».

Et de là résultera la mission qui lui est dévolue, celle d’animateur, de rassembleur, chargé de faire converger les énergies, dans les Ateliers de l’Obédience et de la Juridiction comme dans le monde profane, vers le but assigné, celui de combattre l’Injustice, le Fanatisme, l’Oppression, l’Ignorance, l’Orgueil et l’Ambition, et de mettre l’Homme, la créature parfois rebelle, en harmonie avec le Principe Créateur, vers cette Unité fondamentale dont il procède et qui le transcende.

Très Eminent Commandeur,

J’ai dit.

JJ Z

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