30° #427012

Fais ce que dois, advienne que pourra.

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GLDF
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Cette devise est l’une des 5 du 30ème degré du REAA et le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’est pas très univoque dans son interprétation. Je l’associerai bien volontiers avec une autre d’entre elles : « Deus Vultus » : « Dieu le veut », le nom même de notre Conseil Philosophique… j’y reviendrai.

« Fais ce que dois » marque une obligation. En tant que Chevaliers Kadosh, nous avons certainement une obligation d’action comme je le développerai plus loin. Avons-nous en revanche une obligation de résultat ? Et par ailleurs de quels moyens disposons-nous ? « Fais ce que dois » nous ramène naturellement à la notion de Devoir qui suit le maçon depuis ses premiers pas dans ses degrés de perfectionnement. D’aucuns comme moi auront certainement planché sur le thème « Il est plus facile de faire son devoir que de le connaitre » ou « Connaitre son devoir » pour savoir qu’en effet, si faire son devoir est parfois difficile, connaitre son devoir est rarement simple.

En fait, les devoirs se sont imposés dès le Cabinet de Réflexion. Toutefois, au 4ème degré, les Devoirs deviennent le Devoir et il devient inflexible, exigeant, impératif et assorti de menaces sévères s’il n’est pas rempli. L’une des interprétations de la devise du Kadosch « Fais ce que dois, advienne que pourra » est qu’il faut remplir son devoir, agir en conséquence sans en espérer une récompense. Dans cette vue des choses, le devoir aurait une valeur intrinsèque parce qu’accompli strictement pour le bien qu’il génère.

Par ailleurs, le devoir apporte une réponse possible à la question « que faisons-nous ici » ? Le GADLU nous a créés et nous a donné le libre arbitre : le pouvoir de modifier son œuvre, de la compléter et de la parfaire mais aussi le pouvoir de la détruire malgré le don d’aimer dont il nous a pourvu. Le devoir nous enjoint de contribuer à l’Œuvre, de participer à la noogénèse : la fusion de toute chose pensante en une seule entité, in fine consubstantielle avec l’Origine. Notre devoir premier, est de devenir ce porteur d’une étincelle de Lumière dont parle le Prologue de l’Evangile selon Saint Jean et qui donne à tous ceux qui l’ont reçue, le pouvoir de devenir enfants du GADLU. C’est un devoir capital dont tous les autres découlent. Nous avons en effet à « faire ce que dois » car remplir notre devoir est une nécessité absolue si nous voulons gravir le chemin vers l’Omega de l’Univers.

« Faire son devoir » : rappelons-nous le premier serment du CHK : « Je jure fidélité… aux règlements de l’Ordre » et « Je jure obéissance à mes supérieurs dans l’Ordre dans tout ce qu’ils me commanderont de non contraire à l’honneur ».  Faire « ce que dois » dans ce cas parait simple : il suffit d’obéir aux ordres. Mais le deuxième serment du Kadosh apporte un autre éclairage à ce sujet : « je jure … de travailler à la réalisation de l’unité de l’espèce humaine … au triomphe du bien sur le mal … [celui de] … de la sagesse et de la liberté de conscience, de paroles et d’écrits ».

Le Chevalier Kadosh se doit donc d’être proactif : le Commandeur lui signifie d’ailleurs lors de son élévation au grade : « allez dans le monde… seul responsable devant votre conscience » et il ajoute « Nous n’avons pas de mot d’ordre à vous donner ». Si le Kadosh se doit dans la plupart des cas d’obéir aux ordres – avec la restriction liée à l’honneur et d’autres dont je reparlerai plus loin, il n’a pas à les attendre : « Fais aux autres le bien que tu voudrais qu’ils te fassent » lui a-t-on dit dès son initiation reprenant les enseignements que Confucius prodiguait déjà il y a quelque 2500 ans.

Un donneur d’ordre aurait-il des droits sur le Kadosch ? C’était certainement le cas dans les temps anciens de la Franc-Maçonnerie :  les supérieurs dans la hiérarchie de l’Ordre donnaient en effet des ordres qui avaient force de loi maçonnique. Mais ceci est très rapidement en train de changer : nos structures ne sont pas encore tout à fait une démocratie participative et ne le seront peut-être jamais, mais aujourd’hui, un supérieur hiérarchique maçonnique qui s’aviserait de simplement donner des ordres se retrouverait rapidement avec sinon une révolte au moins un immobilisme sur les bras.  De plus l’une de nos devises est aussi « Nec Plus Ultra » : « Rien Au-Delà » et le message du Commandeur à ce sujet fut clair : obéir aux ordres certes mais dans ce qu’ils ont de non contraire à l’honneur.

La seconde partie de la devise est quant à elle plus porteuse de questions : « advienne que pourra ». De ce point de vue, les conséquences des actes du Chevalier Kadosch ne seraient pas de sa responsabilité : il est éthiquement et moralement innocent car il a obéi aux ordres de ses supérieurs. Oui mais le Kadosch est un Chevalier et la filiation templière qu’il revendique lui imposerait une obligation devant son Dieu et son Roi. Il est un justicier, combattant les tyrannies et les injustices. « Non nobis domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam » : « Pas en notre nom seigneur, pas en notre nom, mais au nom de ta gloire » disait la devise des Chevaliers du Temple. Le chevalier agit sur les ordres de Dieu et de son Roi et se voit absous des conséquences de son action. Oui mais le serment précise que ce que lui commandera ses supérieurs dans l’Ordre doit être « non contraire à l’honneur ». Pas question dès lors de se retrancher derrière la réponse « J’obéis aux ordres » ou « Je ne fais que mon travail » comme on l’entend parfois comme une forme de justification de ses actes.

La responsabilité du Kadosch est toujours engagée car il a à faire preuve de jugement. Le Kadosch se doit donc d’agir selon son éthique mais surtout selon sa conscience et sa morale. Cela dit, sa morale ne doit pas l’empêcher de faire ce qui est juste. Il reste néanmoins seul juge de la pertinence de ses actes qui découle de son devoir de connaissance de lui-même d’abord mais aussi de ses semblables et de l’univers qui l’entoure. Car le Kadosch est d’abord un Humain libre et responsable. D’ailleurs, à ce sujet, si quelqu’un vous disait un jour « je n’ai pas eu le choix » vous pourrez toujours lui rétorquer que l’on a toujours le choix … mais que l’on n’est pas toujours disposé à en payer le prix.  Par ailleurs, l’exigence du Devoir pour le maçon ne compromet pas sa liberté individuelle. Nous nous sommes engagés librement en Franc-Maçonnerie et nous pouvons en sortir à tout moment. Il n’y a aucune contradiction entre nos devoirs librement consentis et notre libre arbitre.

Cette locution « advienne que pourra » parait remonter à l’Antiquité : elle semble issue de la formule latine « alea jacta est » signifiant littéralement « les dés sont jetés ». Cette expression marque une certaine fatalité : on s’en remet aux Dieux pour nous protéger des conséquences. C’est une interprétation bien mystique par laquelle notre destin et celui de l’univers sont écrits par notre Créateur et que nous n’y avons aucune part. Pire, non seulement les Dieux nous protègeraient des conséquences pour nous-mêmes mais nous serions absous pour celles sur les autres.

Encore une fois, le Kadosch se doit d’être bien conscient des conséquences de ses actes sur autrui et pas question ici de penser « après moi le déluge » comme le disait parait-il le roi Louis 15. Cependant, il n’aura pas à retenir ses actions au vu des conséquences négatives possibles qu’elles pourraient avoir pour lui. « Advienne que pourra » … certes … mais pour lui-même. Le Kadosch se rappellera que déjà au 11ème grade de Sublime Chevalier Elu, il lui a été enjoint de « vaincre ou mourir ». L’action du Kadosh se fera parfois au risque et jusqu’au sacrifice de sa vie.

« Advienne que pourra » semble aussi nous absoudre de l’obligation de résultat. Nous pourrons toujours dire « j’ai échoué mais au moins j’aurai essayé » dans la continuation de l’esprit de « vaincre ou mourir ». De ce point de vue cette formule est assez universelle et réconcilie à la fois le chrétien puisque « Dieu le veut » et le musulman puisque « Inch Allah ». Il me parait plus pertinent de dire que là encore, ce n’est pas le cas pour le Kadosch qui n’a pas pour vocation de rester inactif. De ce point de vue l’inaction du chevalier Kadosch est coupable comme lui a enjoint son second serment. Ce ne serait donc pas de l’absence de résultats dont le Chevalier ne devrait pas se soucier mais plutôt des conséquences du succès et là encore avec discernement. Le Kadosh se doit de considérer les conséquences de ses actions sur les autres.

Il reste à aborder l’aspect des moyens dont le Kadosch dispose pour « faire ce que dois », moyens que la devise passe sous silence. Doit-il agir avec à l’esprit que « la fin justifie les moyens » ? Le rituel lui rappellera qu’il n’est pas armé du poignard du sicaire, ni du couperet du bourreau ou de l’arme plus imagée qui est le stylet du calomniateur et que son épée n’est pas celle du duelliste mais l’épée de Saint Michel.

Ceci apporte un élément de réponse :  Le Kadosch combattra dans l’honneur et non seulement pour l’honneur car il a une obligation de résultat. Certes le poignard du tueur à gages peut probablement éliminer un tyran aussi bien que la hache du bourreau (quoique pour ce dernier, on pourrait argumenter que dans ce cas au moins il devrait avoir eu jugement). Quant au stylet du calomniateur, il ne fera pas tomber des coupables potentiels puisque, par définition, la calomnie est une critique mensongère … bien qu’à notre époque des réseaux sociaux, la simple accusation vaut souvent preuve de culpabilité, la présomption d’innocence volant en éclats devant le fameux « principe de précaution » cher à nos politiques. Quant à l’innocence, même si celle-ci prouvée, elle restera marquée à jamais du doute par l’autre adage selon lequel « il n’y a pas de fumée sans feu ».

Alors le combat du Chevalier Kadosch est-il une croisade ? Le Chevalier Kadosch est-il le bras vengeur de l’Ordre, armé de l’épée et du poignard comme dans la filière Templière qui firent de Philippe le Bel, Clément V et de l’Ordre de Malte ses principaux ennemis ? Oui mais … pas que : non seulement le Chevalier Kadosch a d’abord été reçu aux grades de la vengeance et devrait avoir compris la différence entre vengeance et justice mais l’épée de Saint Michel, Durandal ou Excalibur sont des armes au service du Bien et ne peuvent s’opposer qu’au Mal.

Le Kadosch aura pour lui les armes du soldat lorsqu’il fera face au fanatisme et à l’ambition mais aussi les valeurs du missionnaire lorsqu’il combattra l’ignorance. Il se rappellera l’Echelle Mystérieuse qu’il aura rencontrée lors de son passage de grade et des enseignements qu’elle donne. Il aura lui-même à maitriser tant que faire se peut les 7 arts libéraux : le « trivium » de la grammaire, de la rhétorique et de la logique, bases de toute communication et le « quadrivium » de l’arithmétique, de la géométrie, de la musique, et de l’astronomie fondements de toute science.

Et comme toujours il aura à conserver ce « juste milieu » si cher aux Bouddhistes car animé de l’esprit de vertu et censé avoir atteint lui-même la sagesse. Il devra certes combattre l’ignorance mais sans tomber dans le fanatisme en pratiquant ces vertus qui lui sont prescrites : la Justice, la Candeur, la Douceur, la Vérité, le Progrès et l’une citée par deux fois tellement elle semble indispensable :  la Patience.

Le Kadosch fera « ce que dois » certes mais il se souciera du résultat sur les autres. Et il continuera d’affirmer « advienne que pourra » pour lui-même car il se bat le cœur pur, avec des armes pures et pour des causes justes.

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