30° #427012

La Prudence

Auteur:

C∴ K∴ S∴ D∴ L∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué


TFPGM,



Arrivé au 30° degré, celui de C , le F  que je suis est partagé entre l’agréable appréciation du chemin initiatique parcouru et l’impressionnante tâche qu’il me reste à accomplir pour tendre versla perfection, notre inaccessible étoile …


En tout état de cause, 23 ans de parcours initiatique ont tellement modelé, transformé, transmuté, serais je tenté de dire,mon caractère que je ne me reconnais plus moi-même : Tenez, prenons l’exemple de la criseéconomique actuelle, tout en étant conscient de la gravité de celle-ci, et malgré mes propres difficultés qui lui sont dues, je ne cède pas à la panique ambiante, comme je l’aurais fait par le passé.



Est- ce le travail de l’âge ? Celui de l’initiation ? Sans doute les deux, mais dans mon cas, sans initiation, la sagesse aurait été sans douteplus difficile à tutoyer avec l’âgede temps en temps. En tout état de cause, lorsqu’un problème survient, s’il y a réaction sans réflexion, les choses s’empirent fréquemment, car la prudence est le pivot de la réussite ou de l’échec dans l’action.



Pour revenir à la crise qui secoue le monde aujourd’hui et en en analysant ses causes, on voit bien que l’origine de celle-ci est l’imprudence ; imprudence,tant dans la distribution des prêts dits à sub-prime, que dans leur acceptation par leurs bénéficiaires ;le blocage du crédit qui l’a amplifiée ces derniers temps est dû, lui, à un excès de prudence. Des banquiers trop prudents (un comble) ne se prêtent plus entre eux. Cet excès de prudence va d’avantage aggraver la crise puisque prudents, et ne trouvant pas de crédits, les ménageset les entreprises consomment beaucoup moinspar peur de l’avenir. Alphonse ALLAIS, disait : «  Le comble de la prudence, c’est de marcher sur les mains de peur de recevoir une tuile sur la tête. »


Comme toujours, il nous faut séparer le bon grain de l’ivraie, la prudence nécessaire à nos actes et l’excès de prudence assimilable à de la couardise.



Le Rituel d’élévation à notre grade nous dit : « La prudence n’est pas faiblesse, hésitation, calcul égoïste ou timoré ». S’il nous fautjoindre la prudence à l’action, n’envisageonspas de prudence sans action ! C’est cette action que nous retrouvons dans le fait de gravir ou descendre l’échelle mystérieuse.



Dans celle-ci, la prudence se trouve sur la volée noire, celle qui descend, en avant dernière position juste avant le barreau sagesse. Cela tombe bien car, étymologiquement, une des significations du mot latin « prudentia » est sagesse.



Pour s’essayer à une définition de la prudence, je dirais que la prudence est l’attitude d’esprit de celui qui agit en réfléchissant à la portée de ses actes et qui prend ses dispositions pour éviter des fautes ou des erreurs. L’homme prudent recense les dangers possibles, tache de discerner en toutes circonstances le véritable bien, et essaie de choisir les justes moyens pour l’accomplir.


La prudence figure parmi les 4 vertus cardinales ; du latin « cardo », cardinale signifie « charnière » , car les vertus cardinales jouent un « rôle charnière » dans l’action humaine ; les 3 autres vertus cardinales sont Tempérance, Force et Justice.



Ce groupe de 4 vertus a été mis en évidence par PLATON, et ensuite par les Stoïciens, avant que le Christianisme ne s’en empare et les associe aux 3 vertus théologales (Foi, Espérance et Charité) pour en faire les 7 vertus humaines.



La Franc-maçonnerie, qui est un syncrétisme de tout ce qui constitue l’histoire de l’humanité, ne pouvait pas se passer de l’utilisation des vertus Théologales et Cardinales, et particulièrement le REAA. Si les vertus théologales se retrouvent telles quellesdans les cartouches  « Foi, Espérance et Charité », au 18ème degré , au 4ème degré, la prudence est associée aux 3 autres vertus cardinales . Dans le rituel d’initiation de Maître Secret, il est dit : « que la force nous porte, que la prudence nous guide, que la justice nous inspire, que la tempérance nous aide. »



En ce qui concerne plus particulièrement la prudence, celle-ci nousapparaît dès le 1er degré mais d’avantage sous forme de symboles que de façon explicite, comme la force, par exemple. Ainsi, dans le cabinet de réflexion le mot vigilance nous incite à la prudence. Puis, plus tard, lorsqu’à peine remis de la grande lumière qu’il vient de recevoir, l’impétrant, cherche des ennemis dans l’assistance, puis se retournant, voit son visage, son parrain lui tendant un miroir en face de lui. Au moyen âge, lemiroir était un des attributs symboliques de la prudence, les vertus étant à l’époque représentées par des statues de femmes. Cette allégorie est un avertissement pour le futur maçon : une incitation à utiliser le discernement dans l’action, pour lui rappeler que son seul véritable ennemi est lui-même ;que donner libre cours à son tempérament sans s’associer à la prudence le conduirait à sa perte.



Cette même adresse se retrouve au 9° degré. C’est avec une totale imprudenceet sans discernement que JOHABEN tue ABIRAM, en laissant libre cours à son désir de vengeance….


Cette imprudence met sa vie en péril, et la clémence de SALOMON n’est due qu’à un rappel de prudence de ses pairs. Ils rappellent au roi que la vengeance est une mauvaise conseillère et qu’il faut du discernement pour pouvoir exercer la justice en toute équité.



C’est cet enseignement qui est rappelé au chevalier KADOSH dans le rituel: Le maçon qu’il est depuis longtemps sait bien qu’il doit faire preuve de prudence, de stabilité et d’équilibre, d’esprit critique et d’invention pour « tirer les leçons de l’expérience ».



La prudence est une vertu sans panache ; ce n’est pas par hasard qu’elle se trouve sur la volée descendante de l’échelle mystérieuse. Si celle-ci n’est pas, par exemple, sur le premier ou le deuxième barreau de la volée montante, c’est parce qu’à une telleà cette place, elle serait sclérosante pour l’action.



Le KADOSH est d’abord un Chevalier donc un héros. Les apparences sont trompeuses car dans l’acte héroïque, on neretient quele courage mais pas la prudence qui en a pourtant assuré la réussite : Le courage du soldat dépend de la prudence du Général.



Mais si le KADOSH n’était que prudent, ilne serait pas chevalier ; il susciterait plus le mépris que l’admiration. La prudence a plus de solidité que d’éclat, et il faut d’abord du courage au Chevalier pour accomplir son devoir (2 barreaux plus haut).


La prudence est une vertu qui ne peut trouver d’éclat qu’entourée des 3 autres : Force, Justice et Tempérance.Si ces trois vertus caractérisent les 3 pouvoirs symbolisés par les trois couronnes, le pouvoir du veilleur n’existe, lui, que grâce à la prudence dont il fait preuve pendant son action.



Les grands philosophes, à commencer par ARISTOTE ont attaché une grande importance à cette vertu car elle permet de composer avec les situations complexes provoquées par l’immersion dans l’action.



C’est sur elle qu’il faut miser pour empêcher la prolifération des normes qu’impose l’exercice d’un pouvoir sans contrôle qui conduit à la substitution de à la règle sociale par la règle de droit.



Je pense, mes BAFF, que les exemples d’absence ou d’excès de prudence ne manquent pas dans notre histoire passée, récente et même dans celle que nous sommes en train de vivre.



Et si le F que je suis, sait qu’il doit avoir une action dans la société, c’est avant tout en dehors du forum qu’il doit réfléchir : A la frénésie actuelle qui consiste à vouloir à tout prix imposer à toute vitesse un nouvel ordre mondial, et vouloir à tout prix trouver et punir des responsables sur l’instant, ne ferait-onpas mieux fait d’inviter ces derniers à agir avec une prudence réelle et tempérée ?



Si on a parlé beaucoup de présidenceet des afro-américains ces derniers temps, ceux pensent ils devoir leur liberté à notre courageux et obstiné F, le général Ulysse Simpson GRANT ? Non, pourtant, devenu président, celui-ci s’est engagé dans une lutte aveugle et sans merci, contre le Ku Klux Klan. Mais par son absence de discernement, il n’a pas été capable de faire appliquer les lois sur les droits civiques des noirs dans les états du sud, et a succombé par la suite à la corruption. C’est à un homme sans panache, mais déterminé, son prédécesseur Abraham LINCOLN, qu’ils pensent la devoir. Car ce dernier n’a jamais perdu de vue ses 2 buts : Sauver l’union et abolir l’esclavage. C’est pour cela qu’à la différence du général Grant, son successeur, il s’est montré clément dans la victoire. ARISTOTE disait que « l’homme prudent ne perd jamais de vue le bien pour lequel il agit ».


Ni la vengeance, ni la veulerie ne sont compatibles avec ces buts : Si nous voulons instaurer un nouvel ordre mondial durable, il faudra le faire dans la sérénité et la détermination et alors celui-ci émergera de lui-même.


« Fais ce que doit, advienne que pourra. » nous indique notre rituel.


N’oublions donc pas de nous servir du barreau prudence en empruntant la volée descendante où nous risquons de chuter sans être passés par le barreau sagesse.



J’ai dit.



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