Le rite, voie de libération ou risque de limitation
J∴ N∴
« Ce n’est pas le Chemin qui est difficile, c’est le Difficile qui est le chemin ».
Un jour de mai 1978, j’ai frappé en profane à la porte du Temple et j’ai été initié dans un monde nouveau avec lequel, pendant les premières années, j’ai appris à me familiariser et, surtout, à engranger souvent à mon insu, tout ce que les trois premiers degrés contiennent en potentialité, sans toutefois en rien révéler. Et le mot « initié » se justifie en tout point sur le plan étymologique, signifiant : le commencement. En quelque sorte, mon propre « Bereshit »d’une intime et personnelle Genèse.
S’il souhaite devenir Franc-maçon, c’est que le profane éprouve en lui-même un manque, preuve d’un début de lucidité sur ce qui l’entoure.
Lao-tseu dans le Tao-te-king : « Tous les hommes désirent uniquement se délivrer de la mort, mais ne savent pas se délivrer de la vie ».
Ce sera, par analogie, mon Exode, qui me conduira d’un quatrième au trentième degré, autrement dit le long et interminable passage de mon désert à ma propre Terre Sainte, plus connue sous l’appellation de « Nec plus Ultra ». Il pourrait, à ce sujet, y avoir une double interprétation, à savoir que « rien au-delà » pourrait signifier soit un but à atteindre, au-delà duquel il n’est plus la peine de chercher autre chose puisqu’il n’y a plus rien, soit, au contraire, une fois arrivé à ce stade, que ce « Nec plus Ultra » devienne le re-commencement d’autre chose.Dans un degré inférieur, nous avons entendu parler de En Soph, porte de l’Infini interdite aux humains. Nec plus Ultra et En Soph sont-ils synonymes ? Dans un premier temps, la question ne se pose pas car, de toute façon, il est bien stipulé que le Chevalier Kadosch doit redescendre sur terre pour y agir efficacement car cela fait partie de sa mission immédiate, ce qui n’empêche en aucune manière de se préparer à une autre ascension qui, elle, excède les limites de notre vie, et qui dépendra du travail accompli sur terre.
Un rite ou rituel est une séquence d’actions stéréotypées, chargées de signification (action « symbolique »), et organisées dans le temps. Le rite n’est pas spontané : au contraire, il est réglé, fixé, codifié, et son respect en garantit l’efficacité. Les deux mots rite et rituels sont issus du latin ritus pour le premier et de rituales libri (livre traitant des rites) pour le second, le rite étant un élément d’un rituel.
Cette expérience vécue de l’initiation, en la forme que nous pratiquons, c’est-à-dire la maçonnerie telle qu’elle s’incarne à travers ses rituels, ses symboles, ses décors, est assurément une création des temps modernes. Et il semble bien que les décennies passant, ce qu’elle signifie, ce qu’elle porte, ne cesse de nous surprendre par son ineffable et naturelle autorité. La maçonnerie, en dépit d’un corpus rituélique cristallisé et figé depuis la fin du 18ième siècle continue d’être efficace.
Mircea Eliade écrit: « la fonction maîtresse du mythe est de fixer les modèles exemplaires de toutes les actions humaines significatives. »
Quelques Maçons considèrent le Temple comme un point de chute. Ils ont été initiés et s’en contentent Initiés à quoi, Ils ne le savent pas eux-mêmes. Ces initiés par accident finissent par considérer le rituel comme un film, puis comme un mauvais film, même si des acteurs célèbres sont au générique.
La fréquentation des grands flattent l’amour propre des petits! Pour ces Maçons, le rituel est une fin, ils ont franchi la porte et sont déjà arrivés. Terminus!
Une démarche spirituelle peut très bien s’accomplir sans initiation, mais qu’en est-il de l’inverse ?
Tradition vient du latin traditio, tradere, de trans « à travers » et dare « donner », « faire passer à un autre, remettre »). Trahison a aussi la même étymologie!
Ici, rien n’est comme au dehors et nous nous sentons plus procheset plus responsables de ce dehors, de l’imperfection qui entoure le temple. Nous en savons de moins en moins sur de plus en plus de choses.
Il faut aussi se rappeler l’immense espérance qu’a pu susciter, à la fin de la Renaissance, la découverte que l’univers était non pas fini mais infini. Tout ce que l’on savait déjà et que l’on croyait pouvoir tenir fermement pour s’orienter dans le réel devait être reconsidéré à l’aune de cette nouvelle perspective.
« Nous préparer à une ascension qui excède les limites de notre vie. »Que constatons-nous ? Que nous ayons gravi l’Echelle par l’un ou l’autre versant, l’un ou l’autre, ou l’un et l’autre, nous arrivons indifféremment au Nec plus Ultra, soit un but à atteindre en tant que socle ou synthèse, donc de finalité, soit un tremplin, ou commencement d’autre chose. En effet, est-ce la fin des études, sanctionnant un périple, frontière à ne pas franchir sous peine d’aboutir dans le Néant ? Ou bien est-ce la fin d’un voyage préparant au commencement d’un autre, avec une autre hiérarchie à affronter et à gravir, d’autres responsabilités ?
Hiram était un maître accompli. Mais nulle part dans le rituel on ne nous dit ce qui distingue un maître, ce qui le caractérise. La seule chose qu’il nous faut admettre, c’est qu’il sait. Mais que sait-il ? Là et là seulement réside ce fameux secret maçonnique que l’on veut nous arracher, nous obliger à avouer, sous la pression hystérique de la pensée dominante actuelle, avide de transparence absolue.
A quoi tient l’efficacité de la méthode maçonnique, efficacité dont témoigne la mystérieuse longévité de l’Ordre dans l’horizon de notre culture moderne où, semble-t-il, rien ne dure en l’état et où tous les concepts s’édulcorent ? Etrangement à ce qui en paraît le plus désuet : le rituel et à ce qui en est l’essence : le rite. Parce que cristallisé à la fin du 18ième siècle dans un langage du reste déjà quelque peu convenu dès l’origine, pour se distinguer du discours profane et dogmatique, le rituel provoque en nous spontanément deux attitudes contradictoires : la fascination et la gêne. Deux sentiments à l’origine de deux réactions possibles : l’idolâtrie et le rejet, qui témoignent en réalité l’une et l’autre d’une même défense de notre part. La première en procédant du religieux, toujours latent en nous, la seconde, mieux assumée en apparence, sous la justification de l’iconoclasme, quand il ne s’agit pas tout simplement d’irrespect.
« L’opposition entre le rite et le mythe est celle du vivre et du penser… » Cl. Lévy- Strauss
Lorsque la poésie du mythe cède lepas à la biographie, à l’histoire ou à la science, elle est détruite.
Lorsqu’une civilisation réinterprète sa mythologie de sorte que la vie s’en échappe, les Temples deviennent
des musées. Il faut retrouver en soi la synthèse des savoirs antérieurs.
« A la première fissure dans l’idéal, tout le réel s’y engouffre. »(J.Rostand)
Le Maçon est un homme du présent et du réel. Les traditions sur lesquelles il s’appuie ne sont là que pour la compréhension et la réalisation d’un idéal possible mais incertain. C’est ce doute qui le fait progresser.
Pour autant, ce que commande l’enseignement maçonnique, ce n’est nullement de l’idolâtrer ou de le rejeter, mais de se le réapproprier comme l’on se réapproprie l’ordre symbolique dans lequel nous entrons quand nous accédons au langage…
Le rite serait-il source de limitation, voire de contraintes ?
Oui de par les obligations qu’il contient mais n’impose pas puisque nous avons l’entière liberté de partir, le propre d’une prison n’induit-il pas le devoir de s’en évader ? (advienne que pourra) !
Superficiellement, le rituel est contraignant, il gère la forme des travaux de la Loge de manière purement organisationnelle et opératoire. En profondeur, le rite a un sens, une richesse fondamentale, car il est symbolique et invite chacun à découvrir et à méditer l’enseignement dont il est porteur.
« Un rituel est une contrainte pour une autonomie maximale et un apprentissage » J.Hébrard,inspecteur général de l’éducation nationale.
Les rituels sont un moyen et non une fin. Ainsi, le rituel est-il un élément nécessaire mais non suffisant pour le travail maçonnique et pour la vie harmonieuse de la Loge. Car nous ne sommes pas une secte et la franc-maçonnerie n’est pas un culte. Notre but est à la fois le travail spéculatif, (écoute, réflexion, discours) et l’action, vers l’idéal individuel de perfection vers lequel nous tendons et que nous sommes pourtant certains de ne jamais atteindre. L’intuition de l’illimité estessentielle au sublime.
Bergson, 1889 : « L’acte libre est celui qui exprime la personnalité tout entière »
Tant qu’un individu ne comprend pas ses tendances, il les subit !
Toute progression se fait au prix d’une déstabilisation première.
Les rituels initiatiques, quels qu’ils soient, sont des ruptures destinées à sensibiliser, à émouvoir ou toucher au cœur et à faire prendre conscience, nous rappelle Jean Erceau, Docteur ès sciences.
Les voyages initiatiques sont jalonnés par des épreuves qui sont des ruptures de parcours, insiste-t-il,et les rituels proposent de vivre et de partager des ruptures, et sans ce vécu, il n’y a pas de transmission initiatique possible : « Vivre un rituel initiatique du Rite Ecossais Ancien et Accepté sans en vivre les ruptures, c’est ni plus ni moins du tourisme ». Si Rituel = Guide de voyage, on perd le bonheur de se perdre, donc la possibilité de se (re)trouver.
L’initiation me conduit sur le chemin qui même au fond de l’être, au-delà des obstacles qui l’enfouissent. Sur cette route, on peut m’encourager, me supporter, me conseiller, mais … Personne ne peut y aller pour moi.
Initié
certes, mais seul. De temps en temps
quelques balises nous permettent de se recaler (initiation au second,
à la
maîtrise, maître secret, Royal Arch,
14ème et 18ème, 30ème) …
Des
outils, des balises, des symboles, des mots
et des signes sont montrés. Des émotions, des
intuitions, des mythes émergent
d’autres mondes.
Des formules sèment des alertes : « Connais-toi toi-même … », « Je suis celui qui suis… Je suis » … « Advienne que pourra »…
Initié certes, mais il faut suivre le chemin seul. Des frères sur leur propre chemin accompagnent le mouvement. Mais aucun n’est guide. Aucun n’indiquera de direction. Personne aux carrefours. Compagnons certes sur les voies de la Lumière, mais pas forcément sur la même voie ni aux mêmes étapes.
Les rituels maçonniques peuvent d’autant moins être considérés comme porteur d’une vérité intangible, que la vérité ne peut pas être écrite une fois pour toute dans « UN LIVRE » car pour les francs-maçons, la vérité est comme un horizon et sa quête est celle de l’inaccessible.
Le rituel est par essence conservateur, car lié dans ses formes aux usages du passé. Par le rituel, le passé devient présent, le mythe s’actualise.
Cependant, stabilité ne signifie pas rigidité ou immobilité.
Chacun doit trouver sa place dans l’édifice en perpétuelle construction, cependant c’est plus que sa place qu’il faut trouver, c’est son propre destin qu’il faut accomplir. Trouver sa place suggère une finalité, or un Maçon est en perpétuelle évolution.
Les symboles sont à utiliser pour une meilleure compréhension des concepts qu’ils supportent. Ils ne doivent pas être vénérés au point de devenir le but final de la recherche de ceux qui cherchent à tirer de leur interprétation une satisfaction émotionnelle, plus qu’intellectuelle.
Si le croyant se contente de la foi, l’initié se devrait de chercher la connaissance en passant du statut de consommateur à celui de créateur. Le rituel fait participer à une cérémonie où l’acte consommateur s’efface pour devenir acte d’accaparement.
« C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche »Soulages.
Un rituel doit sa force à son intégration au collectif. Collectivité qui peut être le nombre d’individus présents, le nombre de répétition de ce rituel, ou encore le nombre de fois où ce rituel a été répété par le passé.
La mise en commun libère, c’est-à-dire que ce qui pourrait apparaître une contrainte est remplacé par une obligation morale de fraternité et de fraternité choisie. Le rite est le rythme, ce qu’en musique nous appelons le toujours différent, la vie, alors que la pulsation est le toujours pareil, rappel d’une pulsation originelle dans la cavité matricielle.
Nous trouvons en Loge l’expression de deux formes de gouvernement que les grecs nommaient les
caractères « isonomique » (la même loi pour tous) et iségorique (iségoria : même droit à la parole).
Gambetta : « Ce qui constitue la vraie démocratie, ce n’est pas de reconnaître les égaux, c’est d’en faire ».
Nous ne maîtrisons pas notre destinée, mais nous maîtrisons notre volonté. Il ne s’agit donc pas de forcer le destin (« faire ce que l’on veut »), mais de l’accepter (vouloir ce qui nous arrive).
La liberté de dire non devient liberté de dire oui. J’ai appris à dire oui en osant dire non!
On se moque des rituels des autres si l’on méconnaît leur richesse ou leur perversité (nazisme).
Les idéologies totalitaires veulent installer un éternel présent et en finir avec le devenir. Leur âge d’or, quelle que soit sa forme, arrête et fige pour toujours une histoire pour laquelle il n’y a pas de plus loin où il faut arriver. Ces idéologies renvoient à l’idée de Tradition, mais une tradition « pure », à défendre contre la subversion démoniaque d’autres communautés comme la nôtre, qui se veulent, elles aussi, « traditionnelles ».
Il faut que Tradition et Spiritualité existent et qu’aucun ne l’emporte sur l’autre.
Nous prenons la quintessence du tout pour en extraire l’élixir d’amour inconditionnel et universel. Nous ne rejetons nullement le patrimoine ésotérique mondial, nous l’étudions afin de comprendre les subtilités de son enseignement.
D’unpoint de vue sémantique on peut considérer la liberté comme l’ensemble de possibilités (ou de contraintes) qui sont physiquement ou socialement applicables à un individu,mais excluant d’autres possibilités (ou faisant disparaître d’autres contraintes). Cela signifie que nécessairement, l’attribution d’une possibilité d’agir, rend impossible une ou plusieurs autres possibilités d’agir et modifiera donc d’autant le champ de libertés d’un individu. Ou formulé de manière inverse, poser des contraintes permet d’atteindre de nouvelles possibilités.
L’homme libre doit conserver sa lucidité devant le réel, son pouvoir de délibération, car s’il perdait toute lucidité et tout pouvoir de délibération, il perdrait du même coup sa liberté.
Tant qu’existe une dépendance psychologique,pouvons- nous raisonnablement parler de liberté ? La liberté ne suppose-t-elle pas un processus d’affranchissement? Ainsi se comprend le chemin de la libération. Même si la liberté absolue est un pur fantasme, la libération, elle, garde une haute valeur. Vivre dans la liberté c’est s’affranchir des conditionnements qui pèsent sur nous.
Cela veut dire que la libération suppose que le sujet puisse se défaire des dépendances qu’il a lui-même construites.
Si nous pouvions entrer dans la compréhension des causes, nous aurions au moins la compréhension de ce qui nous limite, ce qui nous conditionne, ce qui est déjà la liberté. La liberté intérieure s’exprime intelligemment dans la liberté extérieure: c’est de l’intérieur que nous pouvons bâtir un monde libre et non pas de l’extérieur, par un prétendu changement de système qui ne change pas les hommes eux-mêmes.
La connaissance adéquate que l’homme acquiert des causes qui l’affectent et qui augmentent ou diminuent sa puissance d’agir, constitue la voie de sa libération. Par la connaissance, l’homme se libère.
Se rappeler Bossuet, garant du dogme catholique : « Quiconque pense est hérétique. »
Une hérésie (du grec hairesis, choix, préférence pour une doctrine) est d’abord une école de pensée. Le jardin d’Épicure était une telle haieresis. La traduction latine en est secta, secte. L’Antiquité n’attachait pas de valeur péjorative à ces termes, hélas ses avatars ont été la cause de bien de morts.
Etre libre c’est d’abord penser par soi-même : libre examen, libre jugement, et non-soumission à une autorité extérieure, qu’elle soit divine ou humaine.
L’humain se définit par sa liberté, car c’est cela qui donne sens à ses actes: si le Bien (profitable) et le Mal (préjudiciable) ont un sens, s’ils doivent, du moins, en avoir un, il fautsupposer l’homme capable de choisir entre eux. L’homme n’est homme que par sa liberté. Mais bien se comprendre, c’est aussi accepter de ne pas tout comprendre.
La Franc-Maçonnerie n’est pas une doctrine sotériologique et ne prêche pas un salut éventuel de l’homme par un sauveur dont la preuve de son existence est toujours à démontrer. C’est l’homme qui est une finalité en soi et c’est un travail d’introspection, de réflexion de remise en question qui est demandé. Rien ne doit être figé et un Maçon se doit de se cultiver sans cesse.
Le rite, par la rigueur de la forme induit la liberté de penser;
« L’obéissance à la loi que l’on s’est prescrite est liberté » J.J Rousseau.
Dieu, comme le dit le philosophe Emmanuel Levinas, est celui qui a mis entre lui et sa créature «un intervalle de discrétion». Levinas, juif, connaît très bien ce principe de la tradition juive qu’est le Tsimtsum, le retrait volontaire de Dieu afin de laisser exister sa créature; Tsimtsum, le modèle de l’être en mouvement, sortant du principe d’identité pour laisser place à l’altérité d’autrui et l’altérité de soi. Le Tsimtsum est création de distance, de la religion proprement dite comme séparation, comme transcendance » écrit M.-A. Ouaknin.
Mais c’est une liberté sans cesse à libérer pour la maintenir en son droit et en son état véritables ; une liberté de libération. L’homme ici redevient ce qu’il est ; n’est-il pas, comme le définit Maimonide, « l’être qui doit ratifier son être » ?
Il y a là, on le pressent quelque chose de fondamentalement différent du religieux sous toutes ses formes, qui ont toutes pour finalité au contraire d’assujettir l’individu à sa condition finie sur terre. L’homme est fondamentalement un créateur. C’est dans ce credo que réside, me semble-t-il, la dimension laïque de ladémarche maçonnique : aider l’homme à devenir le créateur de lui-même par la mobilisation de son jugement critique au service d’un idéal de perfection. Découverte du Réel et évanouissement des mirages du moi. Se transformer en guide intérieur : d’où la notion, sinon de perfection, en tout cas de perfectionnement.
« Inventer, ce n’est que se comprendre » P. Valéry
Ce n’est pas que la recherche de l’authenticité n’exige non plus aucun renoncement. Elle réclame au contraire le renoncement à l’illusion de ses mérites comme à l’amour narcissique de soi pour se construire au plus près d’un idéal toujours hérité inconsciemment.
Le rite met en œuvre un long et progressif éveil de la conscience, celle-ci ne s’exprimant que si on l’interroge.
« Le prix de la liberté, c’est la vigilance éternelle. » Thomas Jefferson
L’idéal de la vie n’est pas l’espoir de devenir parfait, c’est la volonté d’être toujours, meilleur.
Au cours de notre progression maçonnique, nous employons un langage différentà chaque grade, mais l’idée reste la même, chacun de ces langages enrichissant celui qui précède sans jamais modifier son entité originelle. On ne se libère d’un rituel (compréhension) que par l’accession à un rite supérieur ».
Le rituel est respect de la Tradition, c’est une tra-diction, une transmission de la paroleà travers et en dehors du temps. Le rite est lui la renaissance de cette tradition, paradoxalement immuable et en (r)évolution permanente !
Connaître n’est pas savoir ; savoir est apprendre de l’Autre alors que Connaître est apprendre de soi, dans son rapport avec le monde, de sa propre expérience d’Homme Total, à la fois Homme pensant et Homme vivant.
« Imaginer, c’est hausser le réel d’un ton » a dit Bachelard, aussi le spirituel ne doit pas être une orthodoxie mais l’ouverture à un imaginaire créatif profitable à tous et source d’espérance.
« Jaloux de la parole, le geste court derrière la pensée et demande, lui aussi, à servir d’interprète » Bergson.
Un geste rituel, codé, inutile (au sens de non utilitaire), est gratuit et pour tout dire symbolique.
Le geste rituel n’a sa raison d’être ni dans l’utilité, ni dans la rentabilité, mais dans la gratuité de ce que signifie sa mise en acte. . Il est le signe d’une participation, d’un partage du sens.
Le « gestecodé » est celui dont la signification ne peut être perçue que par des initiés.
On reconnaît un FM à ses «mots, signes et attouchements » ; Deux moyens sur trois de se reconnaître entre nous ne sont pas tributaires de la parole !
Un geste se libère du geste des autres non pas en le niant mais en le perfectionnant. Du coup, le geste fait mien n’a son style que s’il est évalué comme une contribution au développement du geste des autres, stabilisé dans l’histoire d’un collectif.
Le geste rituel n’est donc pas un geste spontané comme ceux que l’on a constamment dans la vie courante. En tant qu’il est symbolique, il est chargé de sens. Il faut lui laisser le temps d’être signe, c’est-à-dire de faire un travail de rassemblement en suscitant chez ceux qui le font ou le voient faire, le sens qu’il porte. Si le geste est trop empressé, il élimine la distance indispensable pour que son sens advienne.
Le rite est intimement lié au rythme de chacun et à son propre rythme faisant naître l’harmonie de nos différences.
A la raison analysante, le rituel met en place une connaissance intuitive, sensorielle, sensuelle où les interprétations individuelles font la synthèse et l’osmose du groupe, transfert de l’ego vers l’égrégore.
L’action parfaite est celle qui transforme son auteur autant et plus que l’acte accompli.
Le sage est celui qui parvient à vivre au présent, c’est-à-dire à dépasser toutes ses peurs qui viennent des deux maux pesant sur l’existence humaine : le passé et le futur. Pourquoi ? Parce que le passé nous tire toujours en arrière par des sentiments très puissants que l’on appelle « nostalgie », « regret », « remords », « culpabilité ». Au contraire, lorsque l’on n’est pas retenu par le passé, on se précipite dans le futur et ses illusions. C’est le mirage selon lequel tout ira mieux quand on aura changé de coiffure, de maison, de voiture ou de femme…Tout nous porte à une addiction au superflu présenté comme indispensable. Désirs qui prouvent nos manques et si chaque souffrance particulière a quelque chose de risible confrontée à la souffrance universelle, chaque souffrance particulière a quelque chose de sublime, parce qu’elle participe de la souffrance universelle.
Trois mots du rituel KDS peuvent résumer sa mission : « savoir, comprendre, agir ».
Mais c’est dans l’Amour de la Vérité et l’Amour de l’Humanité,mots qu’on peut lire sur les deux montants de l’échelle, que le C.°. K.°.S.°. puisera la force de ses convictions et la volonté de se consacrer à sa mission.
Les valeurs que doit promouvoir le CKS sont clairement désignées. Il est « l’ami de la vérité et dela liberté » … le bien le plus précieux de l’homme est la liberté de conscience et nous voulons en faire profiter tous les hommes »affirme le rituel du 30e. La doctrine du 29e grade préciseque le Grand Ecossais de Saint André « doit servir la vérité, promouvoir la vertu, lutter pour la justice » donc défendre « ce qui est juste, bon et vrai, contre toute oppression .
« C’est le fait d’un homme non formé que d’accuser les autres des malheurs dont il est lui-même l’auteur ; celui qui a commencé de se former s’accuse lui-même ; celui qui a achevé de se former n’accuse ni un autre ni lui-même. » Epictète.
Maîtriser ce qui dépend de nous, nos évaluations, et accepter ce qui n’en dépend pas.
Notre idéal est un idéal réputé universel, c’est-à-dire qui transcende les interprétations contingentes… Cette réappropriation du rite – à valeur d’ordre symbolique – est une obligation qui s’impose à tous. Elle emporte la nécessité d’effectuer un travail individuel, que chacun doit entreprendre pour ce qui le concerne : telle est notamment la signification du pacte conclu par les maîtres sur le tertre sous lequel gît Hiram assassiné. Et si ce pacte est rompu par l’un des contractants, sa valeur tombe pour tous. Le sens de la démarche maçonnique n’a ainsi d’autre signification que d’éviter à chacun d’être celui par qui le pacte est ruiné.
Le rite en effet n’a pas valeur de discours, mais de langage, de parole pleine dans sa dimension énigmatique et injonctive. Le rite réitère une parole fondatrice, à chaque fois différente, selon une logique d’approfondissement permanent de ses exigences, raison pour laquelle elle ne peut être comprise que dans la mesure où les précédentes l’ont été.
Le rite vécu et compris nous ouvre la voie d’une libération, qui n’est pas synonyme de bonheur, mais qui nous fera parvenir à la suprême maîtrise, à savoir être Maître de sa vie et de sa mort, mais cela est un autre sujet…
J’ai dit