30° #427012

L’analogie est l’unique clé de la nature

Auteur:

T∴ E∴ C∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

À la gloire du Grand Architecte de L’Univers
Ordo Ab Chao

L’aréopage signifiant aussi tribunal, ne me condamnez pas avant de m’avoir entendu ! Ceux qui me connaissent depuis longtemps savent que j’affectionne les planches succinctes, sans fioriture. Rassurez-vous, celle–ci ne déroge pas à la règle.

J’ai bâti mon travail un peu comme une enquête, autopsiant en quelque sorte le concept pour savoir ce qui se cachait à l’intérieur mais je suis sûr que vous y trouverez d’autres indices que moi.

Du 19ème au 30ème degré, c’est sans conteste le début du 28ème degré qui m’a le plus marqué, peut-être parce que j’ai tenu plusieurs fois le poste de Président qui nous expose les maximes sans détour, simplement, directement, sans parabole, allégorie ou symbole. C’est comme s’il nous disait :

– Bon, écoutez, maintenant, assez de détours, de palabres, de mystères. Voilà l’essentiel et mettez-vous-le une bonne fois pour toutes dans la tête.

Il est clair que pour tout maçon parvenu au 30ème degré, ces sept maximes constituent le fondement de notre rite et de ce qui est à transmettre. Je vous rappellerai simplement le premier et le dernier précepte dont les énoncés commencent la cérémonie :

– 1. Il existe un principe premier, impensable, inconnaissable, impénétrable, pénétrant l’Univers dans tous ses plans.

Voilà qui est clair et qui coupe les ailes de ceux qui auraient projeté de connaître et comprendre ce principe. Indirectement, cette maxime nous place dans une perspective d’agnosticisme concernant ce principe. « Ne vous creusez pas la tête, vous n’y arriverez pas, acceptez cette affirmation telle quelle ». Bon, soit.

Néanmoins, il ne nous est pas interdit de rechercher les manifestations de ce Principe et il faut aller chercher la 7ème et dernière maxime pour trouver peut-être une piste :

– 7. L’analogie est l’unique clé de la nature. C’est cette affirmation qui j’ai reçue benoîtement comme une vérité transcendantale, la Vérité enfin révélée. Ça a été pour moi un choc. Vous allez me dire qu’il ne faut pas prendre les mots pour des idées, ou pour l’Idée, avec un grand « I ». Mais je pense que les vraies révélations se font sans tapages, entre les lignes, peut-être grâce, justement, à l’analogie.

L’analogie découlerait-t-elle du Principe impensable. Serait-elle Sa Manifestation ? C’est ce point qui a servi de déclencheur à ma réflexion.

Sortons donc du langage prosaïque aux significations vagues communément admises pour aller plus au fond des choses. Approchons-nous et prenons notre scalpel :

Qu’est-ce donc que l’analogie ? Tout… et pas grand-chose, selon l’angle sous lequel on considère ce concept.

Le Robert nous dit : ressemblance établie par l’imagination entre deux objets de pensée essentiellement différents. Ce qui est à retenir dans cette définition, c’est que les deux objets sont chacun d’une essence différente, comme le Soleil et Louis XIV, la naissance et l’aube, etc…

Pour les mathématiciens, si a = b, il y a égalité, et non analogie. Mais si je dis que a/b = c/x, c’est une égalité, certes, mais il existe un rapport qui fait passer de la première fraction à la deuxième et qui me permet de découvrir x, le terme manquant : c’est une analogie. Ex : 2/3 = 4/6 = 6/ ? On peut continuer la série, par déduction, à l’infini, grâce à l’analogie qui est ici un rapport quantitatif.

Au contraire, si nous sortons du pur domaine des mathématiques, l’analogie est l’égalité de deux rapports non quantitatifs, mais qualitatifs, c’est à dire qui fait appel à l’état des choses ou des objets. À partir de trois membres je ne peux donner — a priori — que le rapport supposé à un quatrième, mais non trouver directement ce quatrième membre lui-même. En revanche, si je rencontre ce quatrième membre, je pourrai alors constater l’analogie présupposée et vérifier que mes conjectures étaient les bonnes. Dans l’expérience, j’ai donc une règle sur laquelle je m’appuie pour chercher l’élément et j’ai aussi un marqueur qui me permet de dire que j’ai trouvé un nouveau membre. En conséquence, une analogie fondée sur l’expérience résulte uniquement des perceptions, elle permettra de faire des classes d’objets ou de phénomènes en fonction des propriétés que je leur reconnais mais pas du tout en fonction de leur nature intrinsèque. Ex : si j’établis une analogie entre une fleur et une adolescente, je ne m’occupe ni de botanique ni d’anatomie mais de quelque chose qui touche à mes perceptions et à mon expérience de la vie ou à mon appétence poétique. Je pourrai ainsi trouver une analogie entre un amour naissant et le printemps, etc. Les exemples ne manquent pas.

À mon avis, c’est bien sur l’analogie que reposent le symbole, la poésie et toute une partie de la littérature. Il n’est pas là question de preuve, de raisonnement mais de ressenti que l’on partage ou non.

Question : notre ascèse permet-elle de développer nos ressentis, notre sensiblité ? Je pense que oui, mais nous en parlerons après.

Au 30ème degré, il nous faut chausser les lunettes de la métaphysique pour étudier le sujet.

Alors, pour nous, qu’est-ce que « l’inexplicable » et qu’est-ce que l’analogie et non pas seulement au 28ème degré ?

Pratiquons une première incision : d’abord, un rien de sémantique (excusez cette phase didactique) et des indices vont apparaître :

Etymologiquement, analogie est formée du préfixe grec « ana » et du « logos » qui signifie « parole, verbe ». Le préfixe ana peut avoir trois significations qui vont toutes nous placer sur la piste :

– 1 « à nouveau » (même sens que « re »). On peut alors traduire « la parole à nouveau », la parole retrouvée… je vous laisse faire la relation avec les grades précédents…

– 2 « à travers ». L’analogie serait donc Le verbe à travers, le sens caché, la lecture entre les lignes… Vous percevez la connotation avec le symbole.

– 3 « Vers le haut ». L’analogie devient alors « Le verbe qui s’élève vers le haut ou qui vient d’en haut ».

Notons également que la présence d’un haut implique celle d’un bas. Le préfixe « ana » suppose donc une relation entre le haut et le bas. Nous voilà parvenus en terra cognita et vous mesurez déjà l’importance de ce principe dans notre rite et pourquoi il est cité en dernier dans la liste, pour conclure le propos comme par un coup de tampon.

Le Logos doit ici être entendu comme connaissance et pas seulement comme parole.

Il nous faut, à cet endroit de l’exposé, préciser rapidement le lien entre la connaissance et le verbe.

Nos processus de réflexion utilisent des concepts basés sur des mots ou des idéogrammes, même à notre insu. C’est avec l’apparition de la parole que l’humanité a fait un bond prodigieux dans son développement. Le raisonnement à long terme s’est développé, ce qui a permis de transmettre les connaissances sans les avoir forcément vécues ou découvertes soi-même.

Si l’on fait référence à la parole écrite, dans nos langues modernes et occidentales, les mots sont formés de lettres qui n’ont aucune signification propre. Connaître individuellement chaque lettre ne signifie pas que l’on va comprendre le sens du mot. Entre le mot « crayon » et l’objet, il n’y a aucune analogie. Si le graphisme du mot crayon avait la forme d’un bout de bois, l’analogie serait plus directe et l’appréhension du sens serait plus immédiate. Vous comprendrez que notre culture n’est pas favorable à la perception de l’analogie passant par le verbe écrit. Nonobstant cela, je ne prétends qu’il soit nécessaire de connaître l’hébreu ancien ou le vieux chinois pour percevoir l’analogie dans ses manifestations environnantes.

Quant au symbole — d’autant plus important dans nos cultures — le vrai symbole et non pas un pictogramme pauvre de sens, il est clair qu’il est le principal véhicule d’expression de l’analogie. Le symbole n’est pas nécessairement graphique : il peut être sonore (les batteries), tactile (les attouchements), gestuel (les signes), olfactif (l’encens).

Dans un premier temps, l’appréhension du symbole doit être syncrétique. Sa seule perception doit nous délivrer un message qui vient d’en haut, doit nous avertir qu’il y a quelque chose à comprendre, voire à chercher. Prenons comme exemple l’aigle bicéphale : sans connaître son histoire, nous lui accordons d’emblée une signification par analogie avec l’aigle vulgaire, avec l’Empire et le pavé mosaïque que nous connaissons déjà.

Si, pour établir l’analogie, la compréhension n’a pas été directe, nous allons devoir nous livrer à l’analyse. Reprenons le bistouri :

Penchons-nous rapidement sur ce mot : il est formé de « ana » dont on a vu la signification plus haut et de « lyse » qui en grec signifie dissolution. Pratiquer l’analyse, c’est faire le contraire du syncrétisme, c à d. que nous allons isoler les éléments du symbole pour les dénombrer, rompant (dissolvant) ainsi leur rapport avec le principe qui est en haut. Si le travail s’arrêtait là il serait totalement vain, et le sens du message serait perdu. Rappelez-vous : « je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler ». Pas si innocent !

– 3 « Vers le haut ». L’analogie devient alors « Le verbe qui s’élève vers le haut ou qui vient d’en haut ».

Notons également que la présence d’un haut implique celle d’un bas. Le préfixe « ana » suppose donc une relation entre le haut et le bas. Nous voilà parvenus en terra cognita et vous mesurez déjà l’importance de ce principe dans notre rite et pourquoi il est cité en dernier dans la liste, pour conclure le propos comme par un coup de tampon.

Le Logos doit ici être entendu comme connaissance et pas seulement comme parole.

Il nous faut, à cet endroit de l’exposé, préciser rapidement le lien entre la connaissance et le verbe.

Nos processus de réflexion utilisent des concepts basés sur des mots ou des idéogrammes, même à notre insu. C’est avec l’apparition de la parole que l’humanité a fait un bond prodigieux dans son développement. Le raisonnement à long terme s’est développé, ce qui a permis de transmettre les connaissances sans les avoir forcément vécues ou découvertes soi-même.

Si l’on fait référence à la parole écrite, dans nos langues modernes et occidentales, les mots sont formés de lettres qui n’ont aucune signification propre. Connaître individuellement chaque lettre ne signifie pas que l’on va comprendre le sens du mot. Entre le mot « crayon » et l’objet, il n’y a aucune analogie. Si le graphisme du mot crayon avait la forme d’un bout de bois, l’analogie serait plus directe et l’appréhension du sens serait plus immédiate. Vous comprendrez que notre culture n’est pas favorable à la perception de l’analogie passant par le verbe écrit. Nonobstant cela, je ne prétends qu’il soit nécessaire de connaître l’hébreu ancien ou le vieux chinois pour percevoir l’analogie dans ses manifestations environnantes.

Quant au symbole — d’autant plus important dans nos cultures — le vrai symbole et non pas un pictogramme pauvre de sens, il est clair qu’il est le principal véhicule d’expression de l’analogie. Le symbole n’est pas nécessairement graphique : il peut être sonore (les batteries), tactile (les attouchements), gestuel (les signes), olfactif (l’encens).

Dans un premier temps, l’appréhension du symbole doit être syncrétique. Sa seule perception doit nous délivrer un message qui vient d’en haut, doit nous avertir qu’il y a quelque chose à comprendre, voire à chercher. Prenons comme exemple l’aigle bicéphale : sans connaître son histoire, nous lui accordons d’emblée une signification par analogie avec l’aigle vulgaire, avec l’Empire et le pavé mosaïque que nous connaissons déjà.

Si, pour établir l’analogie, la compréhension n’a pas été directe, nous allons devoir nous livrer à l’analyse. Reprenons le bistouri :

Penchons-nous rapidement sur ce mot : il est formé de « ana » dont on a vu la signification plus haut et de « lyse » qui en grec signifie dissolution. Pratiquer l’analyse, c’est faire le contraire du syncrétisme, c à d. que nous allons isoler les éléments du symbole pour les dénombrer, rompant (dissolvant) ainsi leur rapport avec le principe qui est en haut. Si le travail s’arrêtait là il serait totalement vain, et le sens du message serait perdu. Rappelez-vous : « je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler ». Pas si innocent !

qui ne se fait pas remarquer. S’étant définitivement dépouillé de son ego, il est — sombre comme son cordon — un des combattants de l’ombre, un de ceux qui savent, qui se taisent et qui agissent, à bon escient et efficacement, sans attendre de reconnaissance. Puisse chaque Kadosh garder au fond de lui cette image-là.

Voilà. J’ai essayé d’aller un peu plus au fond des choses. J’espère que je me suis fait comprendre sans trop vous fatiguer. J’ai tenté d’être succinct pour laisser une large place à l’expression de vos idées. Quant au « comment faire », ne me posez pas de questions, je n’ai malheureusement pas plus de réponse que vous ! Enfin, pour l’instant…

j’ai dit.

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