L’Echelle Mystérieuse
Non communiqué
Ordo ab Chao
Deus Meumque Jus
A La Gloire Du Sublime Architecte De Tous Les Mondes
Cette échelle, bien plantée au beau milieu de l’atelier, est l’un des éléments remarquables, sinon à remarquer dans les décors du 30ème degré.
Au-delà des diverses variétés d’échelles que l’on peut rencontrer en maçonnerie ou en christianité comme celle de Jacob, celle du Chevalier Kadosch est particulièrement complète. Elle en parait désarmante à certains égards, par la simplicité de son message.
Symbole chrétien par excellence de la marche ascendante vers le ciel, l’échelle de Jacob compte 7 échelons bien que l’iconographie chrétienne montre parfois une échelle non pas à 7 mais à 12 échelons – probablement en référence au 12 apôtres – chacun portant le nom d’une vertu morale ou intellectuelle menant au paradis. Celle du Chevalier Kadosch est quant à elle, double et formée de deux volées de 7 échelons. D’aucuns en feront une échelle montante et descendante mais je n’ai pas choisi cette interprétation. Je reviendrai sur ce point.
La volée faisant face au Nord, soit à droite du Commandeur nous ramène loin en arrière dans notre parcours maçonnique. On y retrouve en effet les 7 arts libéraux qui nous sont familiers depuis notre grade de Compagnon : le « trivium » de la grammaire, la rhétorique et la logique, bases de toute communication et le « quadrivium » de l’arithmétique, de la géométrie, de la musique, et de l’astronomie, fondements de toute science.
Je me permettrai ici un petit aparté en notant que le troisième art du trivium était à l’origine la dialectique c’est-à-dire le système « thèse – antithèse – synthèse» qui remonte à l’antiquité et non la logique beaucoup plus récente que la maçonnerie a semblé préférer à l’art d’origine mais ceci est un autre sujet de planche…
La volée faisant face au midi liste une vertu sur chacun des échelons. Dans notre rituel, les noms de celles-ci sont donnés en Hébreu :
Le
1er échelon : Tsedakah : la
Justice ;
Le 2ème échelon : Schon Lobar : la
Candeur ;
Le 3ème échelon : Mathek : la
Douceur ;
Le 4ème échelon : Emmonah : la
Vérité ;
Le 5ème échelon : Amal Saghi : le
Progrès ;
Le 6ème échelon : Sabbal : la Patience et
enfin sur
Le 7ème échelon : Thebo Unah : une fois
encore la Patience.
Il semblerait que cette dernière vertu soit la plus difficile à maitriser ou alors la moins incontournable…
On notera avec intérêt que mise à part la Justice, ces vertus sont très différentes de la liste des 4 vertus dites « cardinales » qui, avec la Justice sont la Tempérance, la Force et la Prudence, auxquelles s’ajoutent les 3 vertus dites « théologales » que sont la Foi, l’Espérance et la Charité. Les vertus que l’on y trouve sur l’échelle des Kadosch constituent peut-être une approche plus maçonnique et laïque d’une voie vers la Sagesse des niveaux spirituels supérieurs hors de tout contexte religieux.
Les montants situés au midi portent, quant à eux, une inscription – elle aussi en Hébreu : « Oheb Elohah » signifiant « amour de dieu » et Oheb Keroboth : « amour du prochain ».
Toute échelle porte en elle-même la notion d’ascension. L’échelle de Jacob est pour les chrétiens le symbole par excellence de la transcendance de la condition humaine pour atteindre le paradis. Plus près de notre héritage Egyptien, l’échelle de Rê que l’on retrouve dans le Livre des Morts relie la terre au ciel et permet de voir les dieux.
La représentation graphique de notre échelle la montre surmontée de l’une de nos devises qui est « Nec Plus Ultra ». On ne se prend pas à la légère dans ce grade… le « nec plus ultra » ; que l’on pourrait traduire du latin par « rien au-delà » : c’est crème de la crème, l’élite, le gratin, le meilleur, bref ce qu’il y a de mieux… reste à voir s’il s’agit du rêve inaccessible de ceux qui escaladent l’échelle de Jacob ou un état de fait du Chevalier Kadosch… je pencherai pour ni l’un ni l’autre mais plus prosaïquement pour le but à atteindre de ce dernier car il me paraitrait bien présomptueux de prétendre avoir acquis les qualités décrites sur les marches de notre échelle.
J’aurais aimé pouvoir disgresser sur d’autres types d’échelles comme l’Yggdrassil, l’arbre cosmique de la mythologie nordique reliant les 9 mondes ou celui plus proche de nous des Séphiroth mais je crois ceci hors sujet. En effet, notre échelle Kadosh est incomparablement plus simple : elle nous montre une voie faite de travail intellectuel – les 7 marches du trivium et du quadrivium et une voie faite de travail spirituel et moral : celui de l’acquisition des vertus listées sur la volée au midi, la maitrise de l’ensemble si tant est que l’on puisse dire quelle représente un but possible à atteindre conduisant au « nec plus ultra » tant recherché.
Gardons à l’esprit que notre rituel de Memphis-Misraim est – tout au moins pour les Hauts Grades – fortement imprégné de celui du REAA dans lequel le 30ème degré est l’ultime grade maçonnique (les 3 suivants n’étant « que » des grades administratifs). Ceci expliquant peut-être le « nec plus ultra » qui apparait à notre 30ème degré. Notre propre progression est toutefois plus longue – du moins dans l’échelle (encore une) dite traditionnelle et non par exemple de celle dite « de Yarker » – la nôtre ne comportant pas moins de 95 degrés avec lesquels la plupart d’entre nous ont encore à faire connaissance…
Notre échelle des Kadosh est finalement simple – presque simpliste – dans son message : » Frères et Sœurs maçons : maitrisez ces disciplines et ces vertus et vous serez en effet le « nec plus ultra ». Message simple en effet mais pas forcément facile : contrairement au 13ème degré où les portes de la connaissance s’ouvraient sur un simple mot de passe, la maitrise des arts demande un effort et une autodiscipline de tous les instants. Quant à la pratique des vertus, qui d’entre nous oserait prétendre les maitriser ? Certainement pas moi – même si je m’y efforce humblement.
Mais revenons à notre échelle qui, s’y l’on regarde avec un brin d’attention est en fait un escabeau puisque double alors qu’une échelle n’a qu’une seule volée d’échelons. Si l’on peut se dire sans prendre de risques de se tromper que le message est bien d’en maitriser les arts et les sciences décrites sur ses échelons, comment, me demanderez-vous, passer d’une volée à l’autre ? Et bien Docteur Watson, la réponse est élémentaire : il vous faut redescendre au sol pour passer de l’autre côté.
On y trouve là un message qui nous donne, à nous maçons, une leçon : nous sommes une partie d’un tout : celui de nos frères et sœurs maçons et plus largement de l’Humanité, contrairement à l’ascète oriental qui progresse en solitaire dans sa recherche de l’ultime spiritualité. La philosophie occidentale nous met – nous individu – dans un ensemble – l’Humanité – dans sa recherche d’une fusion consubstantielle avec l’origine de l’univers mais qui passe par une mise en commun de nos ressources intellectuelles et même de nos qualités morales. A l’origine de la vie, se trouvaient des êtres unicellulaires, fonctionnant indépendamment les uns des autres. Puis, au cours des âges, ces êtres se sont associés et ont progressé ensemble pour former des communautés qui sont devenues des organismes multicellulaires dont l’humain est un exemple ultime. Voyons autour de nous comment les jeunes générations agissent de concert en partageant l’information via l’internet et les réseaux sociaux. Il ne se passe pas un jour sans que ne se crée une « communauté » partageant un centre d’intérêt et agissant de concert via la mise en commun de l’information. L’émergence de l’internet et des réseaux sociaux tels que nous les connaissons aujourd’hui est peut-être l’un des prémisses de cette noogénèse dont parlait Teilhard de Chardin.
La progression orientale n’est pas égoïste : c’est juste une autre façon de voir son parcours : la consubstantialité avec le créateur ne passera pas par une noogénèse mais constitue l’aboutissement d’un parcours individuel. Et rappelons-nous que la notion de « Dieu » telle que nous la connaissons en occident n’existe ni dans le Bouddhisme, le Confucianisme ou le Taoïsme par exemple.
Nous, maçons, participons à la progression de l’Humanité dans son ensemble en « redescendant sur terre » : seul moyen pour nous de forger nos faibles vertus à l’épreuve d’un monde qui les mettra durement à l’épreuve. Et par ailleurs, nous avons un devoir de transmission – si tant est que nous puissions affirmer avec modestie et raison que nous avons quelque chose à transmettre – devoir que l’ascète oriental n’a pas nécessairement.
Au terme de cette planche, peut-être partagerez-vous mon avis qu’après tout, cette échelle est moins mystérieuse qu’elle ne parait et probablement guère plus mystique que certains voudraient nous le faire croire. Mystique dans le sens où ce terme désigne une expérience spirituelle de l’ordre du contact ou de la communication avec une réalité transcendante.
Pour ma part, je la qualifierais de belle de par la simplicité de son message et d’extraordinairement ardue dans sa réalisation.
J’ai dit Très Sage,
JMC
La méthode aurait été inventée par Zénon d’Élée, philosophe grec né vers 490 et popularisée dans les dialogues de Platon.
J’ai également lu « amour de la vérité »