L’Echelle des Kadosh
Non communiqué
Cette échelle est dite mystérieuse, et par conséquent laisse entrevoir une notion de secret, au même titre que les nombres permettant d’ouvrir les travaux, dans certains Rituels.
Ce secret est double car il concerne les initiés de rang inférieur, et a fortiori les profanes, non pas en raison d’un mauvais usage éventuel risquant de déstabiliser l’Ordre du Monde, mais simplement par incompréhension, selon le vieil adage que « trop de lumière éblouit ». Mais pas seulement !
Il y a un autre aspect du secret, concernant les choses d’En Haut, autrement dit les Lois de la Nature, dont la première se trouve être justement le premier échelon : Tsedakah, la Justice. La connaissance, la compréhension (Tebounah), l’assimilation et la mise en pratique de ces Lois, constituent La Règle, permettant les relations de l’Homme entre le visible et l’invisible, chose inaccessible au genre humain de base. Pour être encore plus précis, et plus affiné, rejoignons Annick de Souzenelle qui, dans son introduction de « Alliance de Feu », nous propose une explication, en même temps qu’un plan de travail, concernant cette Échelle mystérieuse, lorsqu’elle écrit :
« Un échelon émergé des ténèbres, devenu lumière, est un champ de conscience intégré, il est accompli. Les échelons qui restent à gravir sont encore dans les ténèbres. Ceux sont des terres intérieures encore inexplorées, des champs de conscience fermés, inaccomplis ».
En corollaire, tout ce qui est encore inaccompli est ignorance, au point que l’âme s’ignore elle-même, et en même temps, n’a pas conscience de son ignorance. Ignorant le Bien dans sa véritable nature, elle est persuadée baigner dans la quintessence du Bien et du Vrai, alors qu’elle peut être captive de toute espèce de mal.
Le résultat est que l’homme, ignorant, se complaît dans cet état d’inconscience. Avant la découverte du Réel, l’homme vit dans la nuit. Il croit avoir la lumière mais celle-ci est ténébreuse.
Cette Échelle mystérieuse qui, à elle seule est un résumé de la grande Échelle du Rite, non moins mystérieuse d’ailleurs, pourrait donc être schématisée par le titre du célèbre roman de Céline : « Voyage au bout de la Nuit ».Cette nuit s’éclaircira enfin, peut-être au dernier échelon…
C’est la promesse que fait Hermès Trismégiste à un disciple déclarant vouloir connaître Dieu :
« Tiens bien dans ton intellect tout ce que tu veux apprendre, et moi je t’instruirai ».
Et Festugière d’ajouter :
« On ne peut souhaiter connaissance plus complète. Cependant, ce même Dieu qui se révèle est dit : inexprimable, ineffable. Il est donc à la fois connaissable et indicible. Et nous percevons aussitôt que la connaissance qu’on en a est d’un autre mode que la connaissance normale de Dieu, par les seuls moyens de la raison ». (R. P. Festugière, La Révélation d’Hermès Trismégiste, vol.4, p. 56).
C’est tout le sujet, programme de l’Échelle mystérieuse du C K nous comprenons ainsi pourquoi cette Échelle est qualifiée de mystérieuse. Celui qui la gravit affronte par conséquent l’aventure de l’Inconnu. Dans le même temps, simultanément, et en quelque sorte a contrario, il affronte l’aventure de la connaissance de Soi, première étape d’une sainteté non pas béatifique, mais d’une sainteté dans l’Action. Justement Kadosch veut dire : Saint.
Encore faut-il savoir de quelle sainteté il s’agit. Certainement pas de cette soi-disant sainteté romantique entourée de pétales de roses et de cantiques mêlant les alléluias aux ora pro nobis…Non, Non et Non. Il s’agit d’une sainteté combattante, mêlée d’action, de doutes, de coups du sort, d’Amour aussi.
A ce sujet, il y a ressemblance dans les termes, entre le verbe « kâbosch » signifiant en hébreu : vaincre, conquérir, et le mot « kadosch » qui veut dire : saint.
Une maxime, que l’on peut considérer comme une règle de vie, est inscrite sur un étendard à fond vert, présent pendant la durée des travaux : « Vincere aut Mori », vaincre ou mourir. Il y aurait donc analogie car le même verbe kâbosch, s’il signifie : vaincre, conquérir, est aussi traduit par : dompter, assujettir.
Et Annick de Souzenelle de préciser :
« Notre mental perverti ne conçoit la victoire qu’au terme d’un rapport de force. Or l’Homme devra se rendre maître de chacune de ses terres intérieures en les pénétrant amoureusement » (Alliance de Feu, Vol.1 p.403).
Ceci est semblable aux anciens Templiers, dont le Rituel du 30e degré s’inspire, semblable également aux Esséniens. En effet, dans l’Histoire Abrégée de la Franc-maçonnerie de Robert-Freke Gould, on peut y découvrir ceci :
« Il n’y avait pas de distinctions entre eux (les Esséniens). La seule différence de classe qui existait provenait des grades ou des ordres, entre lesquels étaient répartis les membres, et la sainteté était la base unique de cette répartition ».
Un peu plus loin, chose étrange, on peut lire ceci :« Ceux qui étaient admis à ce grade suprême recevaient une triple règle de conduite : l’Amour de Dieu, de la Vertu et de l’Humanité ». (p.20).
N’y voyons-nous pas là une similitude avec, sur l’Échelle mystérieuse, Oheb Eloah, l’Amour de Dieu, et Oheb Kerobo, l’Amour du Prochain ?
Quant à la phrase souvent rencontrée : « fuir le Vice et pratiquer la Vertu », elle est le leitmotiv ou dénominateur commun de tout Rite Écossais.
Les Esséniens étant antérieurs au Christianisme, le mot sainteté prend donc une autre connotation, la même que celle que doit avoir le C K.
Comme le dit Aldous Huxley dans sa Philosophia Perennis :
« Le saint est un homme qui sait que chacun des instants de notre vie humaine est un instant de crise ; car nous sommes appelés à tout instant à prendre une décision de toute importance, à choisir entre le chemin qui mène à la mort et aux ténèbres spirituelles, et le chemin qui mène à la Lumière et à la Vie… Afin de se rendre apte à faire face aux nécessités soudaines de son mode de vie, le saint se soumet à un entraînement approprié de l’esprit et du corps, de même que le fait le soldat ». (Points Sagesse, p.60).
C’est ce qu’ont fait les Templiers, pétris de force et de douceur. La douceur se conquiert ! La force est le Taureau, la douceur est ce même taureau, mais blanc : Shor Laban en hébreu, ou encore la vigueur dans les Pirké Aboth.
Au vingt-huitième degré, le Chevalier du Soleil découvre par la septième Vérité Gnostique, que l’Analogie est l’unique clé de la Nature.
Dans la Science des Symboles, René Alleau précise que :
« Au sens premier, …l’analogie désigne la comparaison de deux rapports entre quatre termes pris deux à deux… Dans tous les cas où il s’agit d’unifier des objets ou des domaines différents en les reliant par une similitude de rapports, l’analogie intervient comme un processus exploratoire et unificateur capable de dégager des perspectives d’ensemble et des relations harmoniques ou régulatrices que la logique de l’identité ne permet pas, à elle seule, de pressentir et de rechercher ». (p.84).
Un peu plus loin, le même René Alleau dit que :« L’identité absolue est purement idéale, donc expérimentalement inexistante dans le monde empirique ».
Enfin : « L’analogie volontaire et consciente commence par une réflexion sur les similitudes » (p.85).
Or il se trouve que, dans notre propos, c’est le cas : Comparaison de deux rapports entre quatre termes pris deux à deux : Shor Laban ou Taureau Blanc, Force et Innocence.
Analogie volontaire et consciente en tant que C K plongé dans l’Action, c’est la première étape incontournable servant à la fois de préambule et de levier aux autres, c’est-à-dire être conscient et agir consciemment.
De la même façon que précédemment, par Tsedakah la Justice, il connaît la loi de cause à effet, ainsi par Shor Laban, son action ne laissera plus de place au hasard ; ou, pour être plus précis, il deviendra conscient que ce hasard-là n’existe pas et n’a jamais existé.
Il sera volontairement conscient que l’action qu’il entreprendra, soit sur lui-même, soit dans le monde, engendrera consciemment des répercussions. C’est la raison pour laquelle il est précisé au Chev qu’il est seul responsable devant sa conscience, mais riche toutefois de Connaissance et d’Amour.
Ce sera donc par degrés de comparaisons, de similitudes et de correspondances, qu’il gravira chaque échelon en en mesurant bien sa teneur et sa consistance à chaque fois et ce, jusqu’au dernier barreau de sa propre Échelle mystérieuse intérieure.
Si, comme le dit la vérité gnostique en question, l’analogie est l’unique clé de la Nature, cette clé servira à ouvrir, à déverrouiller les portes de sa prison, en sachant toutefois qu’il est à la fois le prisonnier et son propre geôlier.
La cage dans laquelle il se trouve, a été construite par lui-même à son insu.
Il devra s’en défaire consciemment.
Mais la méthode de l’analogie sert aussi à percer certains mystères de la Nature, mystères qui ont toujours existé et pour lesquels il n’est pas responsable. Le paradoxe veut que, en soulevant peu à peu le voile de la Nature, ce soit à ce moment-là que, justement, les cadenas disparaissent et que les portes s’ouvrent.
Deuxième paradoxe, mais qui n’en fait qu’un : c’est au moment où les portes s’ouvrent qu’il descend au plus profond de lui-même, à la découverte du Soi. Et le paradoxe fait que, plus il descend, plus il accélère son ascension sur l’Échelle mystérieuse qui le conduira à frôler l’Absolu, une fois parvenu au sommet. Toujours par analogie, ce travail du fil à plomb qui consiste à creuser, à perforer l’être, est en fait celui de l’aigle s’élevant de plus en plus haut pour aboutir à des hauteurs insoupçonnées !
« L’Esprit, aussi bien que les métaux et les éléments, peut être transmuté d’état à état, de degré à degré, de condition à condition, de vibration à vibration ». Le Kybalion
Parler d’Alchimie évoque immédiatement le concept de transmutation, de changement des métaux vils en or, en quête d’une maîtrise de la Nature, et peut-être d’une augmentation de richesses pour l’intéressé qui s’y adonne. Vieux problème qui a interpellé toutes les époques et les civilisations.
C’est ainsi que les écrits fleurissent, depuis la plus haute antiquité de la Chine, jusqu’à l’Occident, en passant par les Arabes, traités allant du plus élaboré jusqu’au plus fermé, le Munis Liber (Livre Muet). De nombreux auteurs et non des moindres ont cru devoir « expliciter de façon cachée » le mécanisme du Grand Œuvre, mode d’emploi mis à la disposition de tout un chacun, sans distinction de race ou de religion, désireux d’approfondir les mystères de la Nature et d’en faire son profit.
La célèbre Table d’Émeraude, socle de cette entreprise, précise :
« Il est vrai sans mensonge, certain et très véritable que ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose. Ainsi toutes choses ont été et sont venues de l’Un, ainsi toutes choses sont nées de cette chose unique. Le soleil en est le père, la lune en est la mère, le vent l’a porté dans son ventre ; la terre est sa nourrice… Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais, doucement, avec grande industrie. Il monte de la terre au ciel et derechef il descend en terre et il reçoit la force des choses supérieures et inférieures. C’est alors la force de toute force, car elle vaincra toute chose subtile et pénétrera toute chose solide. Ainsi le monde a été créé. De ceci seront et sortiront d’admirables adaptations, desquelles le moyen en est ici. C’est pourquoi j’ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde. Ce que j’ai dit de l’opération du soleil est accompli et parachevé».
Forts de cet enseignement, les candidats se sont lancés dans des « pantagruéliques pronostications » (pour ne citer que Rabelais qui, sous le couvert du conte populaire et drôle se révèle être un Initié parfait), afin de découvrir le commencement de toute industrie : la teneur de la « matéria prima » sans laquelle toute opération s’avère vaine, y compris la découverte de la « quintessence » !
Loin de nous l’idée d’épiloguer sur cet artifice selon lequel pour les uns, l’Alchimie est essentiellement opérative, spagyrique, et pour d’autre seulement spéculative, initiatique et spirituelle.
Pour ma part, je ne vois pas pourquoi et à quel titre tout être humain désireux d’entreprendre ce genre d’opération, serait susceptible d’accéder aux mystères de la Nature si, auparavant, il ne s’est pas transformé lui-même… La remarque nous semble d’une logique imparable.
C’est la raison pour laquelle il faut commencer par le commencement, afin de remonter patiemment la pente conduisant au Paradis Perdu. Les alchimistes pressés rétorqueront que Dieu a créé l’homme à son image. Il est vrai ! Mais cela ne veut pas dire que, sous l’effet de ce que l’on pourrait appeler un caprice, cet homme-là soit en mesure subitement de s’aligner sur les possibilités de Dieu.
Et si, de tous temps, les textes dits hermétiques ont été et sont toujours recouverts d’un voile opaque, c’est bien pour protéger la Science hermétique contre des abus qui ne manqueraient pas de voir le jour, ainsi que l’homme lui-même, serment qui va de pair avec la transmutation de l’aspirant, s’engageant d’abord à sa propre purification, physique et mentale, avant de voir apparaître le moindre résultat tangible.
Thomas d’Aquin disait sans cesse : « Ora et labora ! » « Prie et travaille » : ce qui signifie : mets toi en osmose véritable avec le Divin, et il sera toujours temps d’aviser par la suite. Cet état de fait n’ayant qu’une issue certaine, la souffrance de soi-même et des autres, la tâche urgente d’un être humain est d’y mettre un terme.
« La méthode pour y parvenir consiste à développer l’amour et la compassion, et à extirper l’ignorance en suivant la voie de l’Éveil. On se rend compte que, au fil des jours et des années, un changement s’opère, qui engendre une joie rare ». (Mathieu Ricard et Trinh Xuan Thuan, op.cité, p.17).
La matière et l’esprit sont entremêlés dans un état post-adamique de contamination, d’où la nécessité alchimique qui est un processus de purification par la séparation. Les Sept Arts Libéraux, sont conçus et pensés pour arriver aux mêmes effets :
Purification de l’âme pour atteindre le Royaume intérieur.
Le postulat que la Substance de l’Univers est unique : ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, le microcosme est identique au macrocosme, le visible à l’invisible. La matière reflète l’Esprit dont elle émane. Ces règles : Un dans le Tout – expliquent la loi d’analogie. On comprend alors comment l’opération alchimique lie étroitement entre eux l’univers, l’opérateur et la substance à parfaire. Elle renouvelle le processus divin de la Création.
Dès que le profane est enfermé dans le Cabinet de Réflexion, il se trouve en face des célèbres symboles : le soufre, le sel, le mercure, un coq et la formule Vitriol, initiales de la maxime citée précédemment.
Le programme est déjà annoncé, suffisamment pour savoir que c’est l’ouverture à l’Art Royal, édification du Grand Œuvre, après une mort, symbolique certes, mais incontournable.
Au fur et à mesure des échelons, le Rite le conduira peu à peu vers sa propre Pierre Philosophale, par étapes graduelles dont chaque avancée est conquise de haute lutte. Il ne s’agit donc plus de portes ouvertes, mais de portes fermées, pour ne pas dire verrouillées, et que justement, il s’agit d’ouvrir. Ce n’est plus pareil !
Les profanes que nous étions, avons senti et obéi à un appel venu de l’intérieur. Bien qu’obéissant à cet appel, résultat d’un déclic interne, nous ne connaissions pas néanmoins la teneur de l’aventure. Ce n’est que grâce au silence imposé de l’apprentissage que nous avons découvert d’autres facettes à la vie humaine, inconnues dans notre quotidien.
A partir de ce moment le travail a commencé, pour ne finir jamais, autrement dit : le chemin alchimique de sa propre transformation. Ce chemin qui mène à la transmutation est aussi, lui-même, la transmutation.
Rappelons-nous Lao Tseu : « Le but n’est pas le but, mais la Voie ! ». Le Rituel nous montre le chemin de façon symbolique et, en aucun cas, il nous faut confondre la carte et le territoire. L’aspirant à la Libération doit savoir que des béquilles sont des béquilles, qu’un symbole est un symbole et qu’une clé est une clé. La clé n’est pas la porte, la porte n’est pas le Temple, le Temple n’est pas le Sanctuaire. Le Rituel peut être assimilé à la carte ; mais il est certain que le territoire est à la fois notre être, en même temps que la longueur inconnaissable de notre vie. Le but sera donc de découvrir la clé permettant d’ouvrir la porte de notre Temple et, à travers lui, de pénétrer dans notre propre Sanctuaire.
Nous pouvons rapprocher ou comparer cette élaboration alchimique à une autre merveille, alchimique elle aussi, de la Nature : la formation intra utérine d’un enfant et sa naissance au monde, fruit de l’amour. N’est-ce pas un processus alchimique ? Que serait-ce alors ? Deux cellules minuscules, mâles et femelles, qui se transmutent en un être humain complet. On pourrait rétorquer qu’il s’agit d’un phénomène naturel ! Certes ! Mais arriver au Corps du Christ ou de Bouddha, appartient aussi à la Nature, à la différence que le premier phénomène se réalise automatiquement, tandis que le second s’atteint consciemment, lui aussi fruit de l’Amour et aboutissement à l’Amour !
Jean l’a relaté dans son Évangile, en parlant de jésus :
« Qui se fie à moi fera les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes encore ». (XI V, 12).
Le Trivium, extrait des Arts Libéraux – Grammaire – Rhétorique – Logique -, atteint sur l’Échelle mystérieuse, une autre dimension par rapport à celle qu’il avait lorsque le Comp les avait appréhendés à son époque. C’est la science de la Parole propre à l’Humain.
C’est l’expression, c’est le dire par lequel tout l’être transpire, même si ce dire est silencieux, parce qu’intérieur. Ce dire n’est plus le soliloque spécifique au profane, qui souvent l’envahit, au point d’interférer sur ses émotions, lesquelles agissent sur son comportement. Sa place dans l’Édifice passe obligatoirement par le dire, à la condition expresse de pratiquer le désintérêt des dires et des actes des hommes.
Dans son petit opuscule sur Le Grand Œuvre, Grillot de Givry l’explique parfaitement :
« Livré à toi-même, tu t’es caractérisé par le désordre des idées et le désordre des actes. Le spécifique à ce désordre est la rentrée en toi-même. La rentrée en toi-même exige l’effort de volonté continu et durable. L’effort de volonté continu et durable nécessite une règle de vie. La règle de vie comporte une série d’actes spirituels qu’il te faut accomplir scrupuleusement ». (p.14)
Ayant dépassé le cadre scolaire proprement dit, de l’oral et de l’écrit, Le Trivium – Grammaire – Rhétorique – Logique – fait maintenant partie des actes spirituels qu’il faut accomplir en s’aidant de la volonté. C’est toute la quête initiatique condensée en trois parties qui n’en font qu’une, sorte de trinité à l’échelle de l’homme, en regard de toutes les trinités divines définies dans toutes les religions du monde, Trinité du Sacré pourrait-on dire. Avec le Trivium, l’homme tient à sa disposition l’Univers Complet, alors que, Compagnon, il apprenait à parler et à mettre ses pensées en ordre afin d’être cohérent et concis. Ce qui était valable à ce moment et qui n’était que plafonné, limité, devient porte de l’Infini pour le C K.
De ce fait, il entre de plain-pied dans le processus de Création, grâce au son émanant de la parole, et à ses pensées percutantes qui atteignent leurs cibles. Toutefois, s’il y a démarcation entre Trivium – Grammaire – Rhétorique – Logique – et Quadrivium – Arithmétique – Géométrie – Astronomie – Musique -, il s’apercevra que tout est dans Tout, car Parole dit Son, autrement dit Musique, laquelle est Nombre et Arithmétique, en rapport avec l’Astronomie – musique des sphères – et la Géométrie.
Le Rituel de ce degré prévoit, et l’expression a souvent été citée, que le C K est à lui seul, un univers complet. Une alternative s’impose à ce sujet, et il est légitime de s’interroger, car personne ne précise ce que signifie exactement « univers complet », et surtout à quelles limites cela correspond. Cela sous-entend que chacun est libre d’accorder à ces deux mots la signification qui lui semble la meilleure, ou celle qui lui convient le mieux.
La première hypothèse : Le C K, suffisamment métamorphosé, a réussi ce que certaines sciences appellent la sortie hors du corps, expérience tout à fait naturelle si elle n’est pas provoquée prématurément. Ce phénomène peut arriver sur une table d’opération pendant l’anesthésie, ou à la suite d’un accident provoquant un choc violent. Indépendamment de ces cas de figure, si l’individu est bien préparé et s’il arrive à maîtriser cette expérience, il pourra commencer, à partir de là, ce que l’on appelle le voyage en astral.
Dans ce cas, l’âme est reliée au corps par une sorte d’élastique appelé corde d’argent et qui, paraît-il, se tend à l’infini. La mort serait la rupture de cette corde. Pour les lecteurs curieux, ils pourront trouver de plus amples renseignements dans la Cosmogonie des Rose-croix de Max Heindel. Encore une fois, ce petit jeu est formellement déconseillé si l’élève n’est pas prêt, sous peine de voir sa santé mentale sérieusement endommagée, et sans retour.
Si donc le Chevalier est apte, le voyage est entrepris, univers complet, et il s’agit de l’Infini. Dans ce cas l’expression Ordo Ab Chao, se voulant être une frontière inaccessible à l’humain, n’a plus sa raison d’être, et toute l’Astronomie est à sa disposition, dans le sens qu’il peut naviguer parmi tous les mondes, univers complet.
La deuxième hypothèse est d’une part qu’elle est sans danger, et d’autre part, que nous ne savons pas à quel endroit précis nous en sommes de notre évolution.
Proclus paraphrase la célèbre maxime d’Hermès dans la Table d’Émeraude, et confirme par là, que l’homme en tant que microcosme est le reflet exact, à son échelle, du macrocosme.
Autrement dit, tout est en lui et, grâce à sa quête initiatique englobant les deux versants réunis de l’Échelle mystérieuse, à la fois la science et la conscience, le Chevalier se trouve en présence de l’Univers complet. Cet univers est d’ailleurs devenu sa propre conscience, élargie au maximum, c’est-à-dire, riche de connaissance et d’Amour. Inversement, sa propre conscience s’est agrandie jusqu’à prendre la dimension de l’univers, ce qui a fait dire à Corneille, dans Polyeucte : « Je suis maître de moi comme de l’Univers ».
De la pensée et de l’action juste, Tsédakah, à la Sagesse, l’Intelligence et la Compréhension, Hochmah, Binah et Tebounah, le Kad est devenu le Maître de la Parole par le Trivium, le Chevalier du Nombre, le Géomètre qui aspire à se fondre dans ses mondes intérieurs par l’Astronomie, Astronomie intime pourrait-on dire. La Musique l’aidera à synthétiser le tout.
« La grande Musique n’a guère de son » Tao Te King.
Si je veux considérer la Musique à part dans le Quadrivium, c’est parce que je pense qu’elle est une énergie, au même titre que l’électricité, qui a sa source, comme toutes les énergies, dans l’invisible et se manifeste, grâce à sa création, à travers les hommes. Entre le créateur et la créature, l’Art, devenu de ce fait manifestation du sacré, est la voie médiatrice de l’harmonie cosmique, de même que la musique de la Vie est, dans le silence de l’homme, véritable chemin initiatique qui introduira à la compréhension du microcosme humain, ce qui fera de l’homme, comme l’ont dit les anciens Chinois, le fils du Ciel et de la Terre.
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu » dit Saint Jean au début de son prologue.
C’est une façon claire de montrer que le Son est à la base de la Création, en tant que vibration, et c’est de la vibration en tant que chaos initial que va s’organiser, pour ne pas dire se déduire, l’ordre. La Musique est donc un langage universel subordonné à un phénomène physique, lui-même régi par une loi de la Nature, phénomène lié à la vibration des corps sonores. Il n’est donc pas surprenant de constater que, si dans la Nature, tout est vibration, l’homme étant lui-même émetteur et récepteur de vibrations, ait cherché à communiquer avec la Nature.
Dans ce contexte, communiquer
signifie accommoder ses propres vibrations avec celles de la Nature,
manifestée et non manifestée, à
l’origine de laquelle se trouve le Principe. Il n’est donc pas
surprenant non plus de constater que, si la pensée de
l’homme est une vibration par excellence, le moyen le plus
adéquat pour entrer en communion avec le Principe, est
d’utiliser le Son qui, se transformant en sons organisés,
devient Musique. Le Son, comme la Lumière, a
été donné à l’homme
à l’état brut, pour lui permettre de le
domestiquer afin de remonter le courant jusqu’à sa
propre Vérité. Chez l’homme
l’expérience du Son a commencé par la voix
grâce à laquelle il a pu s’apercevoir qu’il
pouvait s’adresser à l’Éternel.
De ce fait, il découvre à l’intérieur
de lui une grandeur cachée lui permettant de
s’évader épisodiquement à la fois de
sa prison de chair et de celle de son mental.
D’une part, il peut mettre toute son âme dans le chant et en faire une œuvre d’Amour : c’est le sens Terre-Ciel, symbolisé par A ; d’autre part, il peut se laisser pénétrer par l’influx divin, ce qui conduit au chant magique, et obtenir un effet désiré : c’est le sens Ciel-Terre, symbolisé par V.
Par l’interférence de ces deux symboles, il peut désormais se situer au milieu et devenir par conséquent un canal d’énergies entre la Terre et le Ciel, ce qui donne : (avec un point au milieu) autrement dit le Sceau de Salomon.
Il est inutile de développer ce que d’autres ont déjà fait, et qui est connu de tout le monde, à savoir que : le Un représente l’Éternel, indivisible parce que contemplant sa propre face. Dès qu’il se divise en lui-même, alors le Monde se crée, par le Logos, pour en arriver au trois et au quatre, où se situe l’homme.
Le C Alchimiste travaille à sa transmutation, et ce dès le premier degré où il est mis en présence des quatre éléments : le Feu, l’Air, l’Eau, la Terre également symbolisés dans ces nombres progressant en triangle ; les quatre forment le triangle Dix, ou Décade de Quatre, ou Tétractys.
La clé de la Nature étant l’analogie, ne l’oublions pas, l’Initié devra essayer de remonter ce triangle. Il doit trouver le Son qui lui est propre, qui lui a été attribué à la naissance et qui, identique au Soi, est tapi au fond de lui. Ce Son est son état vibratoire, qui se situe à la limite de ce qui est chez lui le manifesté, flirtant avec le non-manifesté, en harmonie parfaite avec son triangle intérieur et les cinq polyèdres réguliers dont parle Platon dans le Timée.
Il attribue au ciel la figure du corps appelé « dodécaèdre », autrement dit corps de douze pentagones, lequel ne se peut former sans la divine proportion. Et de la même manière il assigne à chacun des autres éléments sa forme propre : au Feu la figure pyramidale dite tétraèdre, à l’Air la figure dite octaèdre, à l’Eau la figure dite icosaèdre et à la Terre la figure cubique dite hexaèdre.
En ayant découvert son état vibratoire, le Chevalier est au centre de son Cercle, au centre de l’Idée (comme énoncé nos Rituels). Les Rituels sont portés à la connaissance du postulant au moment de la cérémonie d’initiation, mais ils ne sont pas clos lorsque celle-ci est terminée. Bien au contraire ! Ils doivent être vécus et même revécus sans cesse pour s’en imprégner, les pétrir dans sa propre nature et les laisser agir comme un onguent pénétrant dans la peau. Dans le cas contraire, ce Rituel serait un « médicament effervescent » qui aurait oublié de fondre ! Ainsi, revenu dans son intimité, le C K a tout loisir de reprendre son voyage jusqu’au centre de son Cercle, à équidistance de tout point sur la circonférence.
Situé à cet endroit précis où se révèle la Présence, dans cet état de conscience parfaite, il pourra percevoir Sa note. Comme pour le premier contact avec le Soi, celui-ci sera fugace. Cette note sera à peine audible, mais il la reconnaîtra sans jamais encore l’avoir entendue, au même titre que la voix de sa conscience.
C’est le Son primordial, de la même façon que, lorsqu’il est né au monde, il a expulsé ce que les pédiatres appellent le cri primal. Ce cri, peut-être identique à celui de tous les nourrissons, est propre à l’être qui naît. Et il y a naturellement une différence avec les autres. Pour le Son primordial dont il est question au centre de son propre Cercle intime, il s’agit de la même propriété. Encore une fois, ce centre est la voie du Cœur, et le Son primordial vient de ce canal. Si cette voie du Cœur est le centre de l’homme, elle est en même temps un axe.
Afin de replacer l’homme dans le Cosmos et de donner toute sa dimension à son axe, rappelons que le but de la construction d’un Temple, qu’il soit œuvre d’architecture ou l’Homme symbolique lui-même, est de retrouver à travers la perfection géométrique, son plan céleste. Cette construction, son orientation témoignent des échanges énergétiques cycliques entre Ciel et Terre qui ne peuvent s’effectuer qu’en raison de cette harmonie.
L’ordre s’étend à partir d’un Axe ou Pilier qui symbolise dans l’édifice, le Centre et son développement dans le temps, tandis que la structure à base cubique est un développement du Centre dans l’espace. L’Axe issu de la Terre touche le Ciel. Sans la Géométrie intérieure de ce Cercle invisible, il ne peut être question d’entendre quoi que ce soit : c’est un pas de plus vers l’Harmonie de l’Amour, assimilée à la Musique des sphères. A ce propos, rappelons que la Tétraktys sert de base à la formation de la gamme musicale, source de la mélodie. Ses quatre nombres sont contenus dans les rapports exprimant les trois accords fondamentaux de l’octave, de la quinte et de la quarte, base de toute harmonie musicale et en rapport direct avec l’harmonie universelle résidant elle-même dans la grande Tétraktys. Nous retrouvons ainsi cette métaphore des poupées russes démontrant que tout est dans Tout.
Arithmétique, Nombre, Géométrie sont étroitement solidaires de l’Astronomie et par conséquent de la Musique des Sphères.
Fort de son combat mené tout au long des sept échelons, de Tsédakah à Tebounah, le C. A maintenant vaincu et dépassé le stade de l’Avoir pour devenir celui de l’Être. La conjonction des deux montants de l’échelle fait maintenant qu’il est riche de Connaissance et d’Amour.
Il sera le Vivant dont parle Jésus dans l’Evangile (que celui qui cherche ne cesse de chercher jusqu’à ce qu’il trouve et quand il aura trouvé il sera bouleversé et étant bouleversé il sera émerveillé et il régnera sur le Tout.
Le Chev devenu Kad, c’est-à-dire SAINT peut dire maintenant : Voilà qui est fait.
Il me semble légitime de se poser la question de savoir si dans les années qui sont imparties à l’homme, même si l’espérance de vie s’accroît de plus en plus, il aura le temps de gravir l’Echelle de façon définitive et effective. Aura-t-il l’Ame suffisamment trempée pour affronter ce qui est requis de la part du Divin pour prétendre remonter jusqu’à la source de l’homme primordial ?
D’où viens-je ? Où vais-je ? Qui je suis ? That is the question !
L’Echelle Mystérieuse – 2
Il faut qu’une porte s’ouvre et qu’il ait la Liberté de Passer, aller plus loin pour tuer le désir : Etre et seulement cela c’est son devoir. Mais que reste-t-il alors une fois que le F C K Est arrivé au bout du « chemin humain » ? Tout certainement puisque rien n’a été enlevé mais plutôt Révèle – Vivifie –
Le C K devient un Eveille dirigé doucement par la Foi et pour consolider en lui la Sagesse et l’Intelligence, il doit se mettre en position de Compréhension (Tebounah).
Cette compréhension est un Etat de Recevoir, sorte de lieu où la sagesse, l’Intelligence et l’Amour coule à flots.
Le tout est encadré par l’Amour de Dieu et l’Amour du Prochain comme énoncé ci-dessus.
Quant au versant descendant, il est consacré, comme pour le Compagnon au 2ème degré, à la science, enfouie et tout aussi résumée à l’intérieur des sept Arts Libéraux. Nous avons là le mode d’emploi complet de la réintégration de l’Homme.
La ruine de l’âme humaine concerne l’être dans son état le plus grossier alors que son Elévation, sa Transformation et sa Transmutation, ne relève que de la quête Initiatique, condensée dans l’Échelle mystérieuse. Il se remémorera ce qu’il a déjà connu, à savoir le Trivium : Grammaire, Rhétorique, Logique, et le Quadrivium : Arithmétique, Géométrie, Musique et Astronomie.
Il n’est donc pas impossible d’assimiler ces deux montants, le premier à la conscience et le second à la science, ce qui répond de ce fait à ce qui est devenu une maxime :
« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
Réaliser sa conscience et assimiler la science fait de l’homme un Initié Parfait, du moment que l’une ne peut aller sans l’autre.
En même temps que l’harmonie, il aura réalisé l’Unité en lui. Et si le dernier échelon ascendant est qualifié de Sagesse, Intelligence et Compréhension, autrement dit, étape ultime avant l’Ordo Ab Chao, il n’en reste pas moins que l’ensemble des échelons, aussi bien ascendants que descendants, réunissent à eux seuls l’harmonie. Cette Unité, synonyme de Sagesse, est impossible à atteindre sans l’Intelligence ni Compréhension, l’une n’allant pas sans l’autre.
S’il a ce bonheur, le C K pourra sereinement affronter ce « passage » que l’on nomme la mort.
Loin d’être une fin et un anéantissement, comme pourraient le penser certains, ce Moment peut être considéré comme une Résurrection, au contraire de l’humain, quittant un état et un lieu provisoire, pour retourner dans sa véritable patrie.
Je cite l’enseignement talmudique : le mort est laissé nu enveloppé dans un linceul entouré de dix personnes adultes (ayant fait leur communion) priant pour que l’âme symbolisée par une étoile s’échappe de ce corps mort et remonte vers la voie lactée…et la kabbale d’ajouter qu’il n’y a pas plus d’étoiles hier que demain.
La croix de vie égyptienne, l’Ankh, le montre ou plutôt le démontre… Le trait vertical pourrait symboliser la vie humaine ; le trait horizontal, la mort, et l’anse au-dessus, le passage dans le Tout Universel.
L’Humain est-il un état spécifique à la Terre ? Rien ne le prouve bien que les apparences pourraient le laisser penser ! Mais l’Homme faisant partie intrinsèque de la Création, donc du Cosmos tout entier, il n’est pas certain que cet aspect de la Création ne se limite qu’à une boule de terre même aussi gigantesque.
Cette digression, considérée comme parenthèse, étant fermée, gardons à l’esprit que rien n’est jamais acquis et que le Kadosch, tout Chevalier qu’il soit, devra sans cesse revenir s’imprégner des enseignements précédents dispensés en Loges de Perfection et en Chapitres.
Au trentième degré, il se trouve qu’intervient une échelle dans l’échelle avec les mêmes caractéristiques, à savoir que chaque échelon dépend du précédent – le premier, Tsedakah, étant une suite sinon logique, en tout cas souhaitée du 29e degré – et annonce le suivant (une résonance hermétique et symbolique du passé qui appelle le présent, lui-même appelant l’avenir…).
Pour atteindre cet Absolu, il sera obligatoire pour le C K de revenir à Tsedakah, ainsi qu’à tous les autres.
On s’aperçoit donc qu’il s’agit d’une échelle dans l’échelle, la dernière, concentrant en elle-même le vaste chantier de perfectionnement ayant pour objectif une métanoïa, un retournement complet de l’être, vu de l’intérieur et, par conséquent influençant ipso facto l’extérieur.
Nous avons là la preuve, que tous ces degrés sont des « arrêts sur image » et qu’ils sont tous contenus en potentialité, non seulement dans les trois premiers, mais même avant car, dans le cabinet de réflexion, le futur initié prenant connaissance de la formule Vitriol :
« Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem, – : « visite l’intérieur de la terre et en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée ».
Tous ceux qui ont gravi patiemment ces degrés savent pertinemment que c’est bien d’une Rectification perpétuelle dont qu’il s’agit, rectification favorisant notre progression Initiatique. Le versant descendant de l’échelle nous rappelle non seulement le programme de travail du deuxième degré (par le Triangle : – Grammaire, Rhétorique et Logique – et le Carré : Arithmétique, Géométrie, Musique et Astronomie, mais nous démontre de façon évidente notre condition d’éternels compagnons.
Quant à la Maîtrise, c’est l’Ordo Ab Chao, la Voie de l’Absolu, l’Eveil ou le moment de la Réintégration, selon l’expression de Martinez de Pasqually.
Dans son difficile Traité sur la Réintégration, ce dernier préconise en substance la chute de l’homme hors du domaine spirituel, dans la matière d’où il doit maintenant accomplir son retour vers l’Esprit. Ceci explique le mot de Réintégration.
Ainsi, si comme toute la laisse présagée, Hébreux et Égyptiens sont en filiation directe. Tout remonterait donc à l’Enseignement Sacré de l’Égypte. Dans ce cas, chaque lettre hébraïque, en plus du sens caché ou sous-entendu qu’elle renferme, aurait des correspondances avec certains hiéroglyphes, au point que Messod et Roger Sabbah y consacrent tout un chapitre, illustré des graphismes des deux alphabets. Ces graphismes sont pour le moins surprenants et troublants, à tel point que, forts de leur démonstration avérée, ils n’hésitent pas à dire :
« L’écriture hébraïque correspond à une adaptation de l’écriture égyptienne ; elle est un alphabet « hébraïco-hiéroglyphique ». Et certaines lettres qui n’ont pas été transformées sont de véritables hiéroglyphes ». (Cf Les Secrets de l’Exode en Livre de Poche, p.24).
Le Gd Rabbin Ouaknin sans avoir lu cet ouvrage nous dit avec coïncidence : « La Langue hébraïque est « la langue sainte » (lachone haqodèch) parce que les lettres hébraïques possèdent une force créatrice extraordinaire, une énergie telle qu’elles sont les outils primordiaux de la Création ». Mystères de la Kabbale (p.274).
De ce fait, il nous semble que, encore une fois, si la Tradition occidentale est « hébraïco-hiéroglyphique », cela expliquerait la raison de la présence de lettres hébraïques sur le montant ascendant de l’Échelle mystérieuse, alors que sur le versant descendant, les caractères sont écrits dans la langue de chaque pays.
Cela supposerait que le Chevalier, entamant son voyage dès le premier échelon de la Tsédakah, se laisserait guider par sa conscience, aidé en cela par l’énergie intrinsèque de chaque lettre d’une part pour elle-même et, d’autre part, assimilée à la nature et à la composition de chaque vocable réunissant tout un lot d’énergies. Le tout, multiplié par sept échelons et deux montants, représente ainsi une force énergétique colossale !
A chaque Chevalier, selon ses propres forces, de peaufiner, de purifier et par conséquent d’ouvrir de plus en plus sa conscience, afin d’avoir la stature et la capacité d’endosser une telle somme d’énergie qui lui servira plus tard pour transmettre, en descendant l’autre versant de l’Échelle.
Ayant très peu de compétence en langue hébraïque surtout accompagnée de son inhérente guématria, ni de compétence non plus en alphabet hiéroglyphique, je m’empresse de préciser que ce ne sont que des questions et que même si ce raisonnement paraît cohérent, il n’est question que de suppositions de ma part. Au mieux peut-être, se pourrait-il être une hypothèse de travail, éventuel support à des méditations !
Mais revenons à l’Echelle Mystérieuse. René Guénon résume très bien le propos :
« Elle est comme un pont vertical s’élevant à travers tous les mondes et permettant d’en parcourir toute la hiérarchie en passant d’échelon en échelon ; et en même temps, les échelons sont les mondes eux-mêmes, c’est-à-dire les différents niveaux ou degrés de l’Existence Universelle ». (Symboles Fondamentaux de la Science Sacrée, p.337).
C’est ainsi que chaque échelon représente un état particulier de conscience, de la même façon que, dans les Mystères de Mithra, les sept échelons de l’échelle étaient mis en rapport avec les sept planètes formées des métaux correspondant à celles-ci.
Il est intéressant de noter ce que rapporte J.M. Ragon :
« L’OR était jugé pour la matière, ce que l’Éther du huitième ciel était pour les âmes ; et les sept métaux connus alors, appelés chacun du nom d’une planète, formaient l’échelle ascendante de purification matérielle qui correspondait aux épreuves morales des sept cieux ». (Maçonnerie Occulte et Initiation Hermétique, (p.23).
On a trop aisément admis que c’était le symbole même de l’itinéraire posthume.
Le C K peut aussi être assimilé à l’initié orphique qui montait véritablement en haut d’une échelle de façon à figurer son entrée dans le chemin de l’âme. Nous avons ainsi la preuve du bien-fondé de la présence de ce symbole au sein du R E A A qui démontre que ce Rite est bien un Rite initiatique en y intégrant cette échelle et qu’à l’inverse, si elle n’y figurait pas, il lui manquerait un élément essentiel et symbolique invitant l’initié à chercher ailleurs.
On pourrait donc dire que toutes les garanties y sont réunies, d’autant que, au vingt troisième degré, Chef du Tabernacle, le Trône situé dans le Sanctuaire est placé sur une estrade à sept degrés, et qu’au vingt sixième degré, Écossais Trinitaire ou Prince de Mercy, une échelle plus courte, de trois échelons, représentant la Foi, l’Espérance et la Charité, préfigure et annonce celle du trentième.
Enfin, autre correspondance de l’échelle qui pourrait avoir un rapport avec l’Échelle mystérieuse du Kadosch, les Pirké Aboth, textes des Pères Juifs, mentionnent que « Dieu créa l’univers au moyen de sept choses : la science, l’intelligence, la vigueur, l’avertissement ou la limite, la justice, la grâce et la miséricorde ». (Cité par Henri Serouya dans La Kabbale p.95).
Il ne serait pas impossible d’y voir des corrélations avec certains, pour ne pas dire tous les échelons du versant hébraïsant.
Bien avant l’échelle, on s’aperçoit de l’adéquation du Rite avec la Tradition Primordiale, au travers d’autres symboles identiques, notamment celui du pont. Dans certains degrés, il y a pour le postulant une « liberté de passer » où, si l’on veut, une autorisation de franchir un pont.
Un autre degré a pour appellation « Grand Pontife », qui signifie « constructeur de pont ». J’entends déjà les sarcasmes de certains, ironisant sur une comparaison facile due la plupart du temps à l’ignorance, entre cette appellation pompeuse et donc ridicule dans leur esprit, et la fonction de Souverain Pontife.
Or que ce soit dans l’un comme dans l’autre cas, il s’agit forcément bien de créer une passerelle entre le ciel et la terre, et si la fonction représente un privilège en matière initiatique il s’agit plus de devoirs que de droits.
Celui qui a la chance d’en être arrivé là le doit uniquement à son propre travail intérieur et non à une élection, sauf celle du G A D L U.
Ce travail lui permettra non seulement de le franchir lui-même, mais aussi et surtout d’aider autrui à entreprendre le même itinéraire, en fonction de ses capacités.
La fonction de Souverain Pontife devrait être également réservée à un Initié véritable, à qui il est confié une théocratie (Du grec theos, dieu et kratos, pouvoir. La théocratie est la forme de gouvernement dans laquelle l’autorité est d’essence divine) englobant les trois pouvoirs : royal, sacerdotal et prophétique, dont la tiare est le symbole concret.
Malheureusement, l’histoire a souvent montré que l’élection en question n’était pas toujours inspirée par l’Esprit Saint. C’est ainsi que, un peu partout, le pont a précédé l’échelle et que, peu à peu les deux symboles se sont fondus en un seul. « Ce symbolisme est solidaire », d’une part, du mythe d’un pont (ou d’un arbre, ou d’une liane) qui reliait autrefois la Terre avec le Ciel, et grâce auquel les humains communiquaient sans peine avec les dieux, d’autre part, il est solidaire du symbolisme initiatique de la « porte étroite » ou d’un « passage paradoxal »…
On a affaire à un complexe mythologique dont les principaux éléments constitutifs seraient les suivants :
Aux temps paradisiaques de l’humanité, un pont reliait la Terre au Ciel et on passait d’un point à l’autre sans rencontrer d’obstacles parce qu’il n’y avait pas la mort. Une fois interrompues les communications aussi faciles entre Terre et Ciel, on ne passa plus sur le pont virtuellement « qu’en esprit », c’est-à-dire en tant que mort ou en contemplation… !
Le fait important ici, c’est que nombre de rituels sont censés « construire », symboliquement, un « pont » ou une « échelle », et ceci par la force même du rite… « Vus sous un certain angle, tous les rites initiatiques poursuivent la reconstruction d’un « passage » vers l’au-delà et, l’abolition de la rupture des niveaux qui est propre à la condition humaine après sa chute ». (Mircea Eliade, Le Chamanisme, Payothèque, p.375-376).
Remonter vers le haut, sans avoir à utiliser une échelle, peut se faire par un escalier, et c’est en cela que le symbolisme est plus approprié et plus conforme.
En effet, l’escalier même raide peut sous-entendre une certaine notion de confort. L’échelle, quant à elle, oblige celui qui monte à se tenir par les mains aux deux montants, ce qui nécessite un effort certain, qui peut ne pas exister avec l’escalier que l’on peut monter sans avoir à se tenir à sa rampe.
D’autre part, « l’échelle donne plus clairement que l’escalier l’idée de niveaux successifs puisqu’un vide sépare chaque échelon du précédent et du suivant.
L’échelle est enfin un objet très présent dans la vie matérielle, ce qui permet de concrétiser la notion de montée spirituelle sur une image à laquelle chacun peut se référer par expérience ». (Christian Heck, L’Échelle Céleste, Flammarion, Champs, p.12).
Il y a donc non seulement effort, mais graduation dans l’effort. Même si, en tant qu’objet réel, il est possible éventuellement, et pour gagner du temps ! De gravir les échelons deux par deux, cela devient pour le moins périlleux, pour ne pas dire impossible dans le domaine initiatique. En effet, il serait possible de penser que si nous désirons atteindre quelque chose qui se trouve au troisième échelon, il ne sera nécessaire de monter sur l’échelle, puisqu’il n’y aurait qu’à tendre le bras pour le saisir compte tenu de la faible hauteur.
Alors, à quoi servent ces trois premiers échelons ? Ils deviennent inutiles ! Mais si ce que nous convoitons se trouve plus haut, à partir du quatrième, alors les trois premiers sont non seulement utiles, mais deviennent indispensables, car si les trois premiers n’étaient pas là, le quatrième ne saurait exister, et raison de plus pour le cinquième et les suivants.
Si ce raisonnement peut paraître stupide pour un objet d’intérêt tout relatif, le même raisonnement devient philosophiquement constructif vis-à-vis du même objet en tant que symbole.
Le métier du maçon est de sceller des pierres ou des briques par le ciment, ce qui n’explique rien quant à l’ouvrage à bâtir, et cela doit correspondre à un besoin, un plan, un tracé. Avec ce plan, il sait maintenant qu’il doit construire quelque chose et il agira donc en pleine connaissance.
Le maçon peut bâtir avec ses pierres ou ses briques toute la journée, il ne saurait construire sans la présence du plan.
« Construire » exige donc des connaissances et entraîne des conséquences : la construction devra correspondre au plan et être dirigée en long, en large, en hauteur. Le dirigisme fait partie du déterminisme.
Reste l’évolution de l’ouvrage, qui comprendra l’espace, l’espèce, l’étendue. C’est seulement ces cinq conditions remplies que l’œuvre connaîtra sa forme véritable et conforme. Ce sera la fin du travail et l’œuvre pourra être estimée à sa juste valeur.
Concernant l’Échelle mystérieuse, le raisonnement me semble à fortiori valable et surtout incontournable : chaque échelon correspond au « bâti », l’ensemble de l’Échelle devient la « construction ».
En effet, de par sa teneur, l’Échelle représente le plan, et en aucun cas il ne peut être question d’occulter, de supprimer, d’ignorer ou de transgresser les premiers barreaux !
Il en est de même pour la grande échelle que représente le Rite tout entier et qui permet dans son ensemble, d’offrir au postulant la matière pour construire véritablement son propre Temple intérieur.
« Que le Christ habite dans vos cœurs par la foi, pour qu’enracinés dans l’amour et fondés dessus, vous soyez de force à comprendre, avec tous les saints (kadoshim), quelle est la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur, et connaître cet au-delà de la connaissance qu’est l’amour du Christ, pour que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu ». (Paul, Épître aux Éphésiens, III, 17-19).
Il doit être bien compris que le mot Christ est relatif à un état latent, mais réel, à l’intérieur de chaque être humain, ayant pour synonyme étincelle ou petite lumière, lieu où se trouve l’Amour en potentialité et devenant par là même le socle de l’édifice de notre propre Temple.
Dans la Tradition Orientale, Bouddha signifie exactement la même chose. En effet, si le mot Bouddha signifie Eveillé et si celui de Christ veut dire « Oint », il me semble que il y a similitude quant au résultat et à la réalisation.
Ceci est la preuve si besoin était que la nature humaine est identique sous toutes les latitudes, et que toutes les traditions parlent de la même chose, chacune avec la terminologie qui lui est propre. L’objectif est, à terme, la lente remontée de l’Humanité afin de reconquérir patiemment l’état édénique qu’elle a connu avant le mythe de la chute d’Adam. D’où ce symbolisme de l’Échelle.
C’est ainsi que, depuis la plus haute antiquité, l’Homme se souvient des cieux, et espère conquérir, pour les uns ce lieu, pour les autres, cet état. Ils ont toujours eu l’échelle comme symbole, sous forme de textes, de peintures ou parfois d’amulettes :
Les textes des pyramides montrent les dieux aidant le roi défunt à gravir les derniers échelons… Des idées pareilles se retrouvent ailleurs, aussi bien en Chine qu’en Europe… Bien des gens continuaient à placer dans les tombeaux de petites échelles de bronze, qui rappelaient encore la foi naïve d’un âge d’ignorance.
Ce moyen d’atteindre les espaces supérieurs a été mis à la disposition du mort dans maint tombeau de la frontière du Rhin. Dans les Mystères de Mithra,« une échelle formée de sept métaux différents, surmontée d’un huitième degré, était l’emblème de l’ascension de l’âme à travers les sphères des planètes jusqu’à celle des étoiles fixes, chacun de ces métaux étant mis en rapport avec un des astres errants ». (Franz Cumont, Lux Perpetua, p.282).
A ce sujet, il est intéressant de noter que : « En 1917, quelques membres de la Société Astrologique et de la Maçonnerie Mixte ont fondé l’Ordre Maçonnique Astrologique Humaniste, qui prospéra jusqu’à l’invasion hitlérienne.
Cet Ordre, parfaitement régulier, se composait de 7 grades dédiés, comme l’échelle initiatique des Mystères de Mithra, aux 7 planètes : Apprenti, Compagnon, Maître, Maître Élu, Chevalier Rose-croix ou Gardien, Chevalier Kadosch ou Penseur, Grand Maître Fondateur » (J.M. Ragon : Maçonnerie Occulte et Initiation Hermétique, Extrait de la Préface écrite par A. Volguine).
Quelle que soit l’époque, quelle que soit la tradition, les pays, les civilisations, antiques ou proches de nous, quelle que soit la manière : qu’il s’agisse d’un songe (Jacob), d’une règle de vie (Jean Climaque, qui contient trente six degrés), toutes ces échelles sont des échelles simples.
A notre connaissance, seule l’Échelle mystérieuse du C K est double ! Il semblerait que la signification de celle-ci, en tant que symbole, soit différente de celle des autres. Au même titre que l’échelle de Jacob, toutes les échelles, non seulement sont faites pour conduire au ciel, mais encore sont destinées aux âmes seules, sorties de leurs corps, et accompagnées d’entités telles que des anges dans des songes, transes, extases ou des visions – c’est le cas de Jacob, de Perpétue, des chamans, des rites mithriaques.
Ces âmes peuvent aussi être sorties de leurs corps parce que, tout simplement, le moment de la mort est venu, auquel cas elle participe aux rites funéraires – anciens Égyptiens, et fonction eschatologique chez d’autres peuples. Une maquette d’échelle était souvent placée sur, ou près du corps dans le tombeau, et une composition spéciale était préparée qui avait pour effet que l’échelle devienne le moyen d’ascension du défunt vers le ciel ; en témoigne ce texte écrit pour le décès du Pharaon Pépi, à l’adresse de l’échelle :
« Hommage à toi, ô divine Échelle ! Tiens-toi droite, ô Échelle de Horus, par laquelle Osiris fut prêt à paraître dans les cieux ». Osiris ressuscité est souvent représenté dans l’art égyptien comme une échelle avec les bras tenant le Crochet et le Fouet.
Il n’y a rien de tel dans le symbolisme de l’Echelle mystérieuse du Chev Kad. Celle-ci est destinée également à des âmes mais à des âmes encore incarnées ; Autrement dit, il s’agit d’un symbolisme adapté à des êtres vivants de la Terre et pour des êtres vivants sur cette planète.
Sa condition d’échelle double suppose une stabilité certifiée, alors que celle d’une échelle simple peut paraître précaire et sujette à des glissements ou à des appuis incertains. Ces hommes qui l’empruntent sont là pour se perfectionner, se connaître eux-mêmes, et atteindre, le plus loin possible, leurs propres capacités d’élévation spirituelle.
Il semblerait qu’il y ait analogie de position entre l’échelle ancrée sur le sol, compte tenu de son aspect double et l’initiation du Chevalier qui entreprend sa quête sur terre, les pieds soudés au sol, et la tête dans les étoiles.
En effet, l’état paradisiaque, ou édénique, n’est pas à attendre quelque part, après la mort, mais se gagne sur Terre, Ici et Maintenant. Si ce n’était pas le cas, on ne comprendrait pas ce que viendrait faire l’Humanité sur une planète quelconque, s’il n’y avait pas de plan préétabli.
Comme disait Einstein :
« L’être humain est une partie du tout que nous appelons univers, une partie limitée par le temps et l’espace ». Il fait l’expérience de lui-même, de ses pensées et de ses sentiments comme des évènements séparés du reste, c’est là une sorte d’illusion d’optique de sa conscience.
Cette illusion est une forme de prison pour nous, car elle nous restreint à nos désirs personnels et nous contraint à réserver notre affection aux quelques personnes qui sont les plus proches de nous.
Notre tâche devrait consister à nous libérer de cette prison en élargissant notre cercle de compassion de manière à y inclure toutes les créatures vivantes et toute la nature dans sa beauté. (Cité par Matthieu Ricard et Trinh Xuan Thuan : L’Infini dans la Paume de la Main, p.105). Cela montre bien l’urgence à travailler sur soi dès maintenant, afin de regagner, patiemment, ce que l’on pourrait appeler son retour.
D’autre part, et c’est là la deuxième particularité de cette Échelle mystérieuse, s’il y a une montée supposée, il y a aussi une descente obligée qui, aussi étrange qu’il y paraisse, fait aussi partie du programme de retour d’exil, l’illusion qui nous emprisonne. Les anges aussi montent et descendent, sur l’échelle de Jacob et sur d’autres.
Mais ces anges, vus en songe, sont des êtres appartenant à d’autres hiérarchies et qui, s’ils peuvent être des guides pour les hommes, ne sont pas pour autant des hommes : soit qu’ils aient dépassé cet état par leur travail de remontée, dans un temps indéterminé, soit qu’ils n’aient jamais connu l’incarnation. Il n’y a donc pas identité de vue ni d’action dans ces deux cas de figure.
Le K ou Chevalier Pèlerin, est en ascension spirituelle et, une fois atteint le sommet doit redescendre car sa tâche n’est pas terminée.
Une partie de son Devoir est d’aller au plus haut niveau de perfection qu’il pourra atteindre, et l’autre partie de ce même Devoir sera de retourner vers les siens, ses FF et SS, pour les attirer à lui et les guider sur la voie de l’éveil.
Autrement dit, si l’échelle simple peut être considérée comme eschatologique, l’échelle double, elle, est un symbole d’Action, participant en cela à la continuité de la Création qui ne cesse de progresser, malgré les sept jours mythiques de la Genèse.
L’Echelle Mystérieuse – 1
FF et SS c’est seulement pour m’inviter à retrouver la Par Perd que je me suis lancé sur ce chemin de ma vie. Parfois, j’ai redécouvert des vérités simples mais pourtant si difficiles à énoncer, ce qui prouvent bien que nous sommes des éternels App du savoir et de la Gnose tel que soit notre grade.
Rappelons-nous que nous sommes des veilleurs de l’humanité dressés tels des « Djeds », piliers toujours prêts à soutenir autrui et à leur tendre la main. Notre salut est dans cette voie exclusive d’Amour et j’espère que ce travail verra éclore votre vivification à la gloire du G A D L U.
Il serait intéressant de savoir pourquoi le versant, dit ou supposé ascendant, de cette Échelle Mystérieuse est en caractères hébraïques, quel que soit d’ailleurs le pays dans lequel ce Rituel est utilisé, alors que l’autre versant se trouve être rédigé dans la langue autochtone.
Nous sommes, paraît-il, dans une civilisation judéo-chrétienne :
Serait-ce pour nous ressouvenir de nos origines ? Serait-ce aussi pour être en phase avec une science, hébraïque également, que l’on nomme la kabbale, et qui s’interfère de façon si judicieuse et complexe à la fois dans l’univers maçonnique ?
Le kabbaliste A.D. Grad écrit dans son livre, Le Meurtre Fondamental :
« Celui qui croit pouvoir comprendre la Franc-maçonnerie sans se référer à la Kabbale – fût-il porteur du tablier – n’en saura jamais grand-chose ».
D’autre part, dans un autre ouvrage, de Pierre Marie Savaignac, « kabbale et Maçonnerie », ce dernier cite dans son introduction un extrait tiré de « Sur la Route des Maîtres Maçons » de Jean Reyor qui stipule que « le maçon qui désirera pousser ses études au-delà d’une connaissance superficielle…s’apercevra qu’elle nécessite une certaine connaissance de l’hébreu… Nous savons mes FF Qu’à notre rite et d’une façon plus générale au R E A A, la Bible est le livre sacré des Maçons; La conservation des mots hébreux dans le rituel de tous les grades, depuis celui d’apprenti jusqu’au plus élevé des hauts grades, indique suffisamment que l’hébreu est la langue sacrée des Maçons et que, par suite, c’est surtout le texte hébreu de l’Ancien Testament qui doit faire l’objet de leur étude.
Et Pierre Marie Savaignac de renchérir : « Le Rite Écossais est semblable à un fleuve alimenté par nombre d’affluents importants : la tradition pythagoricienne, la tradition hébraïque et son émergence kabbalistique, le christianisme johannite, la gnose, l’hermétisme science des transmutations – et la chevalerie templière qui, elle, participe de la voie héroïque… Ainsi ne serait-il pas vrai de dire qu’il y a identité entre la Franc-maçonnerie et la doctrine hébraïque…
En langage kabbaliste, de façon abstraite, on peut considérer la démarche maçonnique comme une tentative d’atteindre le septième palais de la kabbale…qu’on appelle « Qodesh ha Qodashim », c.a.d. le Saint des Saints, sommet des régions de l’air que constitue le monde formel subtil de la création, l’Éden au-delà duquel se trouve le monde de l’informel encore appelé « le nom de l’explicite », antichambre de l’Ein Soph, le sans limite ». (cf. page 17)
Restons toutefois humbles, modestes et surtout conscients du fait que, si l’apprentissage de l’hébreu peut être réalisé au même titre qu’une autre langue, celui de la Kabbale proprement dite relève de toute une vie, et doit remplir deux conditions essentielles : commencer suffisamment tôt dans sa vie et être guidé par un maître compétent.
Dans le cas contraire, aussi poussées que soient les investigations, elles ne pourront être que spéculatives, superficielles, pour ne pas dire romantiques.
Ceci étant dit, il n’est pas interdit de pousser plus avant les justifications d’un texte hébraïque sur l’Échelle mystérieuse.
Des travaux intéressants sont en cours depuis déjà quelque temps, sur l’origine des Hébreux, et ce n’est ni l’endroit, ni l’objet, de se pencher sur un sujet aussi vaste, pour ne pas dire épineux compte tenu des croyances qui devraient être remises en cause, ce qui est toujours délicat, dans l’esprit populaire (et religieux) en tout cas !
Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons que renvoyer, par exemple, à l’excellent livre extrêmement riche de Messod et Roger Sabbah : « Les Secrets de l’Exode, l’origine Égyptienne des Hébreux ».
Pour être concis, tout viendrait du conflit entre partisans d’Amon et du polythéisme y afférent, et adeptes d’Aton en tant que Dieu unique (XVIIIe Dynastie). Il est dit aussi que les Hébreux n’ont jamais été esclaves des Égyptiens, mais Égyptiens eux-mêmes, habitants de la ville sainte d’Akhet-Aton.
D’un autre côté, Christopher Knight et Robert Lomas, dans « la Clé d’Hiram » ont un point de vue similaire, en évoquant un héritage des Égyptiens. La Bible expose clairement l’importance de l’Égypte dans l’histoire du peuple juif. Mieux, ces auteurs semblent avoir découvert, en la momie du pharaon Sekenenrê Taâ, l’identité d’Hiram Abif, compte tenu des trois blessures identiques à celles de la légende d’Hiram dans le rituel maçonnique !
Plus récemment, la spécialiste que l’on sait, Madame Christiane Desroches Noblecourt, dans son dernier ouvrage, « Le Fabuleux Trésor de l’Égypte », après toute une vie d’études et force recoupements, se plait à constater que :
« Le christianisme primitif pourrait donc ne pas être tiré d’un tissu judéo-chrétien, ainsi qu’on le répète sans cesse, ni pagano chrétien, comme saint Paul avait tenté de le soutenir, mais, loin d’être le fruit d’un improbable hasard, serait issu d’une rencontre Egypto-Chrétienne ».
Dès le VI siècle, Saint Jean Climaque semblait déjà avoir compris que sous certains épisodes issus d’Égypte, était sous-jacent un certain symbolisme. Ainsi, dans son premier degré, verset 18 de la Sainte Échelle, il mentionne ceci :
« Remarquons ici que si, réellement, nous voulons sortir de l’Égypte et nous délivrer de la servitude de Pharaon, nous avons, ainsi que le peuple Juif, besoin d’un Moïse qui soit notre médiateur auprès de Dieu, qui étende avec ferveur des mains suppliantes vers le ciel, pendant que nous serons au combat, pour nous obtenir les forces et le courage dont nous avons besoin, et qui nous conduise de telle sorte que nous puissions heureusement traverser la mer Rouge de nos péchés, et mettre en fuite l’Amalec de nos passions tyranniques. (Ex 14. 15-22, Ex 17.8-13).
C’est pourquoi ils ont été dans une illusion bien déplorable et bien funeste, ceux qui, pleins de confiance en leurs propres lumières, ont cru qu’ils n’avaient pas besoin de conducteur pour leur montrer le chemin de la vie spirituelle, et pour les y conduire ». Ou encore plus loin : « Fuyez loin de l’Égypte, et ne conservez même pas la pensée d’y retourner, car ils ont perdu la paix et la tranquillité de la Jérusalem Céleste, ceux qui sont retournés en Égypte dans leurs pensées et dans leurs désirs ». (Troisième degré, verset 14).
On pourrait assimiler ce texte à un symbolisme assez courant, somme toute, issu d’ailleurs de la Bible, comme quoi l’Égypte est identifiée à la captivité morale de l’ego, et tout le reste qui s’ensuit et que l’on connaît.
NB : Tout en étant un état de fait reconnu et avéré, il se pourrait que, à la lumière de ces récents travaux scientifiques, ce symbolisme provienne, d’une authenticité historique.
Toutefois, qu’il me soit aussi permis de ne pas minimiser les énormes travaux d’Annick de Souzenelle sur le symbolisme des lettres hébraïques.
Dans son livre « La Lettre, Chemin de Vie », elle dit que, « né d’une hypothétique langue mère, le langage des hommes est et restera pour nous une énigme quant à son origine ». Et plus loin : « Dans le Principe est le Verbe. L écriture, verbe crucifié, est une lumière dans la nuit ». (p.11 et 12).
De ne pas minimiser non plus l’analogie de l’Arbre des Sephirot, archétype de l’Univers qui plante ses racines dans la chair de l’homme, au moyen des parties du corps humain.
Cette somme de toute une vie, La Lettre, Chemin de Vie et Alliance de Feu, commentaire des premiers chapitres de la Genèse, nous invite à un sens insoupçonné des Saintes Écritures.
Rappelons qu’il s’agit, dans l’immédiat, d’une interrogation au sujet de la présence de caractères hébraïques dans les rituels du 30 D et spécifiquement sur l’Échelle Mystérieuse au REAA.
Aussi, l’interrogation consiste à se poser la question si, par ricochet, en remontant le temps, la Maçonnerie, et le versant ascendant de l’Échelle, ne seraient pas issus d’une filiation égyptienne antique.
Autrement dit, pour essayer d’être plus clair, la Tradition Primordiale n’ayant d’influence que sur les divers états de Conscience de l’homme, ceux-ci peuvent être acquis par les enseignements égyptiens, résumés, ou condensés, au travers des sept échelons ascendants de l’Échelle mystérieuse.
Sans faire allusion à l’Égypte, Annick de Souzenelle précise : « Comprenons que ces lettres ne sont pas arrivées et ne se sont pas développées au hasard des évènements. Nous dirons même que les évènements sont déterminés par la rencontre des attitudes de l’Homme et des lois divines qui constamment les vérifient.
Ces Lois Divines qui structurent la Création sont nées du Verbe divin.
Elles sont, disent les Hébreux, les Grandes Lettres d’En Haut c’est-à-dire les Énergies Divines incréées émanant du Verbe, proférées par Lui et venant modeler l’Homme.
Celui-ci, à l’image du Verbe, profère, « en bas » les sons et, selon la qualité de son être, façonne les petites lettres d’en bas.
Chaque petite lettre d’en bas est reliée invisiblement à la Grande Lettre d’en haut qui lui correspond et qui l’informe, de telle sorte qu’elle est douée d’un pouvoir de reconduction vers celle d’en haut. C’est ainsi que la langue hébraïque tout entière est conductrice du Verbe divin et reconduit à Lui » comme par résonance (La Lettre, Chemin de Vie, p. 18).
Ainsi, le versant ascendant fera franchir au postulant des états et des prises de conscience : Tsedakah, la Justice.
Elle est le premier échelon et le point de départ de toute réelle Initiation. Ce mot a vite fait d’être assimilé à des concepts profanes (jugement rendu, tribunal, forfaitures de toutes sortes…). On pense alors à Salomon décidant de couper un enfant en deux et d’en donner une partie à chacune des mères supposées… Il est difficile de supprimer un concept lié à un mot surtout quand celui-ci est ancré dans la mémoire collective de l’humanité.
Ce mot de justice est donc bien implanté dans l’Esprit humain et l’individu plongé dans sa quête initiatique va devoir remettre en cause son idée première et opérer une transformation complète du concept.
La nature, une et indivisible, visible ou invisible, est basée sur un équilibre d’harmonie et d’unité qu’il est dangereux de rompre. La Justice de la Vie consiste dans cet équilibre qui concerne le Tout et par voie de conséquence l’Homme. Son destin (son devoir) est de remonter le courant et reconstruire en lui son Unité perdue (on pourrait dire à la Parole perdue). C’est tout le programme de la quête maçonnique dont le point de départ est la Justice tout en respectant la Loi.
La ligne de conduite et de travail du Maç, son Devoir, est dictée par la voie du Cœur et il appartient aux FF de se laisser guider au travers de sa conscience, en ayant en permanence l’Amour de Dieu (Oheb Eloah) et l’Amour de son Prochain (Oheb Kerobo) :
« Fais à tous les hommes ce que tu voudrais qu’ils fassent pour toi… » « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fut fait… ». « Soulage les malheureux, cela dans tous les règnes et conserve à la nature son harmonie… ».
Shor Laban, Taureau Blanc. Comment interpréter le choix de cet « animal » dans le langage symbolique par rapport au C K. Dans l’iconographie grecque, on peut voir Dionysos monté sur un taureau blanc comme en Inde pour la monture de Shiva !
Le taureau a été le premier symbole choisi pour représenter le Dieu Créateur. En sanscrit le taureau se dit « Go », en iranien « Gaw ». Dieu se dit « Gott » en allemand et « God » en anglais et il n’est pas difficile à l’Initié de comprendre les deux formes qui désignent la Divinité : La Force (du taureau) et la Lumière (de Dieu).
L’homme d’action qu’est le C K a besoin de force pour réussir ses missions. Plus que jamais il aura besoin de rassembler ses forces et de s’armer de Volonté et de Foi (Emounah) afin de renforcer son âme qui le conduira à son Etre Intérieur. En équivalence égyptienne, il aura besoin du Taureau Apis, qui est le Bâ d’Osiris, en rapport avec le Kâ divin pour éviter les pièges de la vie et franchir les caps supérieurs.
Le Taureau-Force symbolise aussi le sexe dans tous ses aspects. De l’énergie créatrice jusqu’au désir bestial le Chevalier devra monter le taureau, c. a. d. le maîtriser (chevaucher le tigre dans le bouddhisme).
Quel rapport entre Shor Laban et la bonté, …me vient à l’esprit cette phrase de la Bible « Heureux les simples d’esprit car ils verront Dieu » sachant qu’il n’est nul question d’idiot du village mais plutôt d’une innocence ou de purification :
– Purification du corps où siège l’Esprit pour le garder en bonne santé en respectant toutes les formes d’hygiène obligée.
– Mais surtout purification de l’Ego permettant d’entrer en contact avec son Etre.
Le Maçon C K a besoin de force pour entreprendre cette purification et atteindre la candeur, la bonté première.
Pour schématiser on pourrait dire que c’est le passage de l’Avoir à l’Etre, l’être étant la sagesse englobant en elle-même la force, la gloire et l’abondance.
« Heureux l’homme qui a trouvé la sagesse, et l’Homme qui acquiert l’Intelligence…de longs jours sont dans sa main droite et dans la gauche, richesse et honneur » (Livre des proverbes III, 13, 16).
« Sois toujours véridique et fuis le mensonge… » « Adore l’Etre suprême, mets ta confiance en lui… »
Mothek ou Mathok, la Douceur. Si le rituel prévoit de consacrer un degré de l’Echelle à la Douceur, c. a. d. prévoit dans le mode d’emploi de l’ascension la douceur, c’est certainement en conformité avec les deux montants qui stipulent l’Amour de Dieu et l’Amour de son Prochain.
En définitive, le C K doit apprendre la compassion, aidé au soulagement de la souffrance d’autrui. Peu à peu le Maçon réalise l’interpénétration de chaque degré de l’Echelle.
Chaque échelon loin d’être un barreau isolé tout en étant un travail complet à lui tout seul appartient à un plan précis et détaillé. Même si le C K arrive à mettre en pratique la Justice-Tsedaka-l’Amour de Dieu, l’Amour du prochain, le taureau blanc et la douceur, toutes ces conditions resteraient vaines s’il n’est pas détenteur de la Foi-Emounah-permettant à la quête initiatique de fonctionner à plein régime.
« Soulage les êtres malheureux… »
« Adore l’Etre suprême, mets ta confiance en lui et rejette les prétentions des faux dieux… » « Fais à tous les hommes ce que tu voudrais qu’ils fassent pour toi… »
Emounah, la Foi ; Ce chemin peut être appelé la voie du Cœur. En effet, lorsqu’on parle de cette voie du cœur, un concept s’y substitue, celui de l’affectif, du sentiment, de l’amour au premier degré. S’il n’en demeure pas moins un des moteurs de la vie humaine, celui-ci se décline aussi en plusieurs degrés dont le plus élevé est le canal qui relie l’Etre Intérieur de l’Homme au Cosmos. Il peut même y être associé le Plan du G A D L U.
Une fois pénétré de cette Vérité, le C K met en pratique ce qu’il a commencé à apprendre en Chapitre, niveau du rite où l’Amour est non seulement le dénominateur commun des trois vertus théologales – Foi – Espérance – Charité – mais aussi le moteur.
Le K sait que la Voie Royale pour accéder au sommet de l’Echelle passe par le Cœur, cordon ombilical de l’Homme qui relie son être Intérieur au Cosmos et par conséquent au G A D L U.
C’est la voie de « la vraie connaissance, la gnose de Dieu et des mystères divins, de tout ce qui peut être compris sous la désignation de science de l’ésotérique… ».
L’Univers étant Saint, il reste à l’homme de le devenir à son tour ou plutôt de le Redevenir car c’était bien son état avant la chute et son expulsion du jardin d’Eden. « Aime ton prochain comme toi-même… » « Adore l’Etre suprême, mets ta confiance en lui… »
Kamal Sagghi ou Hamah Scheal, le Soleil au-dessus de nous ; Dans la Genèse il est dit : « Dieu dit…que la lumière soit et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne et Dieu sépara la Lumière d’avec les ténèbres. Dieu appela la lumière jour et les ténèbres nuit. Ainsi il y eut un matin et il y eut un soir : Ce fut le 1er jour ».
Je voudrais de nouveau citer Annick de Souzenelle qui dans son livre Alliance de Feu nous dit : « L’homme créé au sixième jour, mâle et femelle, est celui qui en tant que mâle se souvient de son féminin, lequel est réserve d’informations. Etre mâle c’est acquérir une nouvelle force et faire ne plus grande lumière qui permettra à son tour de descendre plus profondément encore…jusqu’au noyau, germe divin dont est le féminin ». (Page 13).
Le C K foulant les lettres Hamah Scheal se souvient des étapes qui lui ont fait mention de la lumière et du soleil :
– au 4 D L’éclat du jour a chassé les ténèbres et la grande lumière commence à apparaître.
– au 20 D J’ai été purifié par le fer et par le feu (feu divin du soleil) pour atteindre la Vérité.
– au 24 D Il est devenu éclairé en étudiant le Livre de la Loi Souveraine et Immuable qui est écrit en caractères ineffables et lumineux.
– au 28 D Il n’est qu’une seule lumière qui brille sur les hommes qui ont le bonheur d’abandonner les ténèbres de l’ignorance et des préjugés pour chercher à atteindre la Vérité.
Le soleil est au dessus de nous car depuis l’antiquité il a toujours été considéré comme un Dieu. (Culte de Râ en Egypte).
Il est au dessus de nous car il est En Nous.
Ce soleil au dessus de nous nous encourage et nous guide par l’intermédiaire du soleil qui est en nous. Nous comprenons mieux pourquoi Hamah Sheal est conjoint à Emounah, la Foi, et pourquoi tous les échelons de cette Echelle tout en étant gradués s’imbriquent néanmoins les uns dans les autres.
Si la pensée est juste (Tsedakah), enrobée toutefois de douceur (Mathok) et renforcée par la certitude absolue (foi) et le tout sous la coupole du soleil au dessus de nous et en nous, alors la réussite (Action) qui en découle sera juste et sans effort car non le fruit d’un savoir exigé par une ambition par uniquement par la volonté vraie de transformation de l’homme en son Etre ; Avec pour finalité pour le C K d’entrevoir dans la mort…un autre soleil.
« Sois toujours véridique et fuis le mensonge… » « Adore l’Etre suprême, mets ta confiance en lui… »
Sabbal ou Sebel, la Patience dans l’Adversité ; Je cite Saint Jean Climaque : « La douceur est la gardiennage de la patience, la porte de l’Amour ou plutôt sa mère, principe de la prudence et du discernement ».
Plusieurs cas de figure peuvent se présentaient à l’Homme :
– Le coup du sort est négatif, le plus courant. Un événement s’abat sur l’homme tranquille et semblant à l’abri de cette adversité : problème de santé, de famille…l’être accuse le coup ou s’effondre et il lui faudra du temps et de la patience pour passer ce cap.
– Le coup du sort est positif, la vie se trouve transformée soudainement grâce à une cause inattendue (gain important d’argent, sauvé d’un sinistre…).
-Le coup du sort est négatif mais s’induit d’un résultat positif. Le choc devient pédagogique et son but est de permettre au C K. D’aller de la périphérie au centre de soi-même.
Grâce à sa volonté, le C K doit s’efforcer d’assimiler l’événement même si celui-ci est douloureux pour son être afin d’exacerber sa raison et tenter de comprendre ce signe du destin et surtout d’essayer de s’en prémunir lors de possibles répétitions. Cette notion de patience sur l’adversité, c’et aussi l’enseignement du Zohar, étude, application et respect de la Loi qui permettra à l’homme de retrouver son Etat Primordial (Vitriol) (Jardin d’Eden).
« L’homme est un roseau, mais un roseau pensant » (Pascal). Tout en se tenant droit devant l’adversité, cela n’empêche pas le C K de se courber pour laisser passer le danger. C’est le chemin direct vers la sagesse, l’intelligence et la compréhension (dernier échelon de l’échelle).
« Sois patient et supporte les défauts des FF… » « Supporte l’adversité avec résignation… »
Hochmah, Binah, Tebounah, la Sagesse, l’Intelligence et la Compréhension. Nous voici arrivés au terme du versant ascendant de l’Echelle qui fait appel pour la dernière fois à un vocable hébraîque et cabalistique.
Le C K A accès au triangle supérieur de l’Arbre séphirotique, monde de l’Emanation dont le sommet est Kether (la couronne). Le C K qui a franchi les sephirots inférieurs se trouve en accord avec la Vie, a résolu tous ses conflits et se positionne comme le dit les textes sacrés Ici et Maintenant.
Le Chev est en position de recevoir consciemment l’énergie cosmique. Il faut qu’une porte s’ouvre et qu’il ait la Liberté de Passer, aller plus loin pour tuer le désir : Etre et seulement cela c’est son devoir. Mais que reste t-il alors une fois que le F C K. Est arrivé au bout du « chemin humain » ? Tout certainement puisque rien n’a été enlevé mais plutôt Révèle – Vivifie.
Le C K devient un Eveille dirigé doucement par la Foi et pour consolider en lui la Sagesse et l’Intelligence, il doit se mettre en position de Compréhension (Tebounah). Cette compréhension est un Etat de Recevoir, sorte de lieu où la sagesse, l’Intelligence et l’Amour coulent à flots.
Le tout est encadré par l’Amour de Dieu et l’Amour du Prochain comme énoncé ci-dessus. Quant au versant descendant, il est consacré, comme pour le Comp au 2ème degré, à la science, enfouie et tout aussi résumée à l’intérieur des sept Arts Libéraux. Nous avons là le mode d’emploi complet de la réintégration de l’Homme. La ruine de l’âme humaine concerne l’être dans son état le plus grossier alors que son Elévation, sa Transformation et sa Transmutation, ne relève que de la quête Initiatique, condensée dans l’Échelle mystérieuse.
Le Phoenix
Comme cet oiseau
brûlé
Qui renaît de ses cendres,
Comme cet oiseau sacré
Ressemble à s’y méprendre
A ta vie, à ton sort,
Depuis le temps qu’on crie ta mort.
Comme cet oiseau maudit
Par ceux qui disparaissent,
Ta tête est mise à prix
Chaque année dans la presse
Et ta vie et ton sort
Défient tous ceux qui crient ta mort,
Et ta vie et ton sort
Défient tous ceux qui crient ta mort.
Comme cet oiseau porteur
Du sang de tous les hommes,
Comme lui tu as le cœur
Offert à ceux qui donnent
Et ta vie et ton sort
Font un torrent de l’eau qui dort,
Et ta vie et ton sort
Font un torrent de l’eau qui dort.
Comme cet oiseau perdu,
Solitaire et sans âme,
Tu n’aurais pas vécu
Sans l’amour de ta femme
Et ta vie et ton sort
Seront pour elle jusqu’à ta mort,
A la vie, à la mort
Je serai là jusqu’à ma mort.
A la vie, à la mort,
Je te suivrai jusqu’à ma mort,
A la vie à la mort. Michel SARDOU.
Le Phénix, oiseau fabuleux qui renaît toujours de ses cendres, est le symbole de résurrection le plus répandu dans le monde. Sa légende trouve son origine à Héliopolis, ancienne ville égyptienne où l’on vénérait le dieu du Soleil, Râ, dont le héron Bénnou (nom du Phénix en Egypte), serait une incarnation.
Les mythes diffèrent sur quelques points de détail – la couleur du plumage, par exemple -, mais ils relatent tous à peu près la même histoire. Le Phénix, unique oiseau de son espèce, était un animal fabuleux, doté d’une longévité miraculeuse (cinq cents ans ou plus, d’après certains auteurs), qui avait le pouvoir de renaître de ses cendres.
Quand l’heure de sa fin approchait, il se construisait un nid d’herbes aromatiques, puis s’exposait aux rayons du soleil et se laissait réduire en cendres.
Trois jours plus tard, il renaissait. Alors qu’il ne représentait, au début, que l’apparition et la disparition cyclique du soleil, le Phénix devint rapidement un symbole de résurrection ; il incarne l’âme ou l’immortalité dans les différentes iconographies. Les créatures ailées figurées au-dessus d’un bûcher funéraire ou s’échappant du corps d’un défunt ne sont pas toutes, pour autant, un phénix. Il peut s’agir d’un autre oiseau, un aigle, par exemple, qui symbolise parfois l’âme des empereurs.
L’Oiseau, symbole de la résurrection du chaos est très fréquent en Chine et au Japon et constitue un parallèle intéressant avec le Phénix mythique des Égyptiens et plus tard avec celui des Grecs et des Romains.
D’une façon générale, l’Oiseau est le symbole de l’âme, de la renaissance, mais aussi de l’esprit et de la lumière. Dans la tradition chinoise, l’oiseau légendaire Feng-Huang (ci-contre), qui symbolise le bonheur conjugal, est l’équivalent du Phénix ; il est issu de l’union des forces solaire et lunaire.
Nombreuses sont les illustrations où l’on retrouve le symbole quasi universel de l’âme métamorphosée en oiseau après la mort. Et si le mort n’apparaît pas toujours sous l’apparence d’un oiseau, il n’en demeure pas moins associé à des êtres mythiques ailés, des anges ou des insectes. Le symbolisme de l’oiseau a donc un rapport étroit avec l’âme désincarnée que l’on suppose capable d’évoluer dans les airs avec l’aisance de l’oiseau. Les oiseaux des morts, chouettes, corbeaux, faucons, relèvent aussi de ce symbolisme.
Dans la religion de l’ancienne Egypte le bâ est la partie de l’âme qui, sous l’apparence de l’oiseau, vole vers le ciel, tandis que le ka, demeure dans la momie. Les harpies et autres créatures ailées emportent les âmes vers les champs de l’au-delà, et les anges, dans la tradition manichéenne et chrétienne, accompagnent les âmes vers le ciel et vers la lumière divine. Chez les Mayas ou chez les peuples shamanistes d’Asie centrale on pensait que l’âme, au moment de la mort, s’envolait par la bouche sous forme d’un oiseau.
Le guide des morts tel Hermès chez les Grecs, peut revêtir aussi l’apparence d’un chien ou d’un loup, ainsi que le représente la mythologie égyptienne avec Anubis à la tête de chacal. Ce guide des âmes pouvait être celui des destinées, apparaissant sous les traits d’un bon ou d’un mauvais génie qui accompagne l’homme sa vie durant et jusque dans l’au-delà, où il se faisait alors l’avocat de l’âme devant le juge des morts. L’idée que l’homme mythique se faisait du grand voyage dans l’au-delà était celle d’un cheminement aussi pénible que périlleux. Toute représentation de l’au-delà repose nécessairement sur des concepts et des dimensions du monde terrestre. Les dieux descendent de hauteurs inaccessibles pour se rendre sur la terre, d’où part un chemin qui mène l’homme vers les enfers ou vers un au-delà libérateur qui, à son tour, ressemble au ciel. Des chemins ascendants et descendants permettent aux âmes de franchir le passage de la mort. Au cours de leur voyage, elles arrivent au séjour des morts que le mythe plaçait souvent dans les nuages ou dans la lune. Le voyage dans l’au-delà mène dans un monde inconnu, par un chemin hérissé de dangers et d’obstacles, d’autant plus menaçants qu’ils sont imprévisibles. Des rites et des cérémonies furent donc instaurés pour assurer la protection des âmes durant leur voyage vers l’au-delà.
Dans une barque du soleil, le dieu-soleil Râ à tête de bélier navigue sur le Nil en direction de l’est. Selon le Livre des Morts égyptien, la traversée nocturne du soleil symbolise le cheminement de l’âme à travers les enfers, vers la renaissance. Dans l’Irlande celtique on amenait les morts au pays des âmes en un dernier voyage par la mer. Les Vikings avaient également fait du bateau un don funéraire pour la grande traversée. La conduite des âmes revêt une grande importance dans le shamanisme et dans le rituel funéraire tibétain ; en Egypte, les dons funéraires symboliques d’une grande richesse avaient pour fonction d’assurer à 1’âme un certain bien-être dans l’autre monde, ainsi que le prouvent les pyramides et les chambres mortuaires de la Vallée des Rois.
Le phénix se trouve également au centre de la coction hermétique et manifeste la supériorité tardive du fixe sur le volatil, à force que l’alchimiste cuise et décuise sa matière, selon la formule Solve et Coagula, qui résume entièrement l’alchimie.
Il faut qu’une porte s’ouvre et qu’il ait la Liberté de Passer, aller plus loin pour tuer le désir : Etre et seulement cela c’est son devoir. Mais que reste-t-il alors une fois que le F C K est arrivé au bout du « chemin humain » ? Tout certainement puisque rien n’a été enlevé mais plutôt Révèle – Vivifie.
Le C K devient un Eveille dirigé doucement par la Foi et pour consolider en lui la Sagesse et l’Intelligence, il doit se mettre en position de Compréhension (Tebounah).
Cette compréhension est un Etat de Recevoir, sorte de lieu où la sagesse, l’Intelligence et l’Amour coule à flots.
Le tout est encadré par l’Amour de Dieu et l’Amour du Prochain comme énoncé ci-dessus. Quant au versant descendant, il est consacré, comme pour le Compagnon au 2ème degré, à la science, enfouie et tout aussi résumée à l’intérieur des sept Arts Libéraux. Nous avons là le mode d’emploi complet de la réintégration de l’Homme.
La ruine de l’âme humaine concerne l’être dans son état le plus grossier alors que son Elévation, sa Transformation et sa Transmutation, ne relève que de la quête Initiatique, condensée dans l’Échelle mystérieuse. Il se remémorera ce qu’il a déjà connu, à savoir le Trivium : Grammaire, Rhétorique, Logique, et le Quadrivium : Arithmétique, Géométrie, Musique et Astronomie.
Il n’est donc pas impossible d’assimiler ces deux montants, le premier à la conscience et le second à la science, ce qui répond de ce fait à ce qui est devenu une maxime :
« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
Réaliser sa conscience et assimiler la science fait de l’homme un Initié Parfait, du moment que l’une ne peut aller sans l’autre.
En même temps que l’harmonie, il aura réalisé l’Unité en lui.
Et si le dernier échelon ascendant est qualifié de Sagesse, Intelligence et Compréhension, autrement dit, étape ultime avant l’Ordo Ab Chao, il n’en reste pas moins que l’ensemble des échelons, aussi bien ascendants que descendants, réunissent à eux seuls l’harmonie.
Cette Unité, synonyme de Sagesse, est impossible à atteindre sans l’Intelligence ni Compréhension, l’une n’allant pas sans l’autre.
S’il a ce bonheur, le C K pourra sereinement affronter ce « passage » que l’on nomme la mort.
Loin d’être une fin et un anéantissement, comme pourraient le penser certains, ce Moment peut être considéré comme une Résurrection, au contraire de l’humain, quittant un état et un lieu provisoire, pour retourner dans sa véritable patrie.
Je cite l’enseignement talmudique : le mort est laissé nu enveloppé dans un linceul entouré de dix personnes adultes (ayant fait leur communion) priant pour que l’âme symbolisée par une étoile s’échappe de ce corps mort et remonte vers la voie lactée…et la kabbale d’ajouter qu’il n’y a pas plus d’étoiles hier que demain.
La croix de vie égyptienne, l’Ankh, le montre ou plutôt le démontre… Le trait vertical pourrait symboliser la vie humaine ; le trait horizontal, la mort, et l’anse au-dessus, le passage dans le Tout Universel.
L’Humain est-il un état spécifique à la Terre ? Rien ne le prouve bien que les apparences pourraient le laisser penser ! Mais l’Homme faisant partie intrinsèque de la Création, donc du Cosmos tout entier, il n’est pas certain que cet aspect de la Création ne se limite qu’à une boule de terre même aussi gigantesque.
Cette digression, considérée comme parenthèse, étant fermée, gardons à l’esprit que rien n’est jamais acquis et que le Kadosch, tout Chevalier qu’il soit, devra sans cesse revenir s’imprégner des enseignements précédents dispensés en Loges de Perfection et en Chapitres.
Au trentième degré, il se trouve qu’intervient une échelle dans l’échelle avec les mêmes caractéristiques, à savoir que chaque échelon dépend du précédent – le premier, Tsedakah, étant une suite sinon logique, en tout cas souhaitée du 29e degré – et annonce le suivant (une résonance hermétique et symbolique du passé qui appelle le présent, lui-même appelant l’avenir…).
Pour atteindre cet Absolu, il sera obligatoire pour le C K de revenir à Tsedakah, ainsi qu’à tous les autres.
On s’aperçoit donc qu’il s’agit d’une échelle dans l’échelle, la dernière, concentrant en elle-même le vaste chantier de perfectionnement ayant pour objectif une métanoïa, un retournement complet de l’être, vu de l’intérieur et, par conséquent influençant ipso facto l’extérieur.
Nous avons là la preuve, que tous ces degrés sont des « arrêts sur image » et qu’ils sont tous contenus en potentialité, non seulement dans les trois premiers, mais même avant car, dans le cabinet de réflexion, le futur initié prenant connaissance de la formule Vitriol :
« Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem, – : « visite l’intérieur de la terre et en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée ».
Tous ceux qui ont gravi patiemment ces degrés savent pertinemment que c’est bien d’une Rectification perpétuelle dont qu’il s’agit, rectification favorisant notre progression Initiatique. Le versant descendant de l’échelle nous rappelle non seulement le programme de travail du deuxième degré (par le Triangle : – Grammaire, Rhétorique et Logique – et le Carré : Arithmétique, Géométrie, Musique et Astronomie, mais nous démontre de façon évidente notre condition d’éternels compagnons.
Quant à la Maîtrise, c’est l’Ordo Ab Chao, la Voie de l’Absolu, l’Eveil ou le moment de la Réintégration, selon l’expression de Martinez de Pasqually.
Dans son difficile Traité sur la Réintégration, ce dernier préconise en substance la chute de l’homme hors du domaine spirituel, dans la matière d’où il doit maintenant accomplir son retour vers l’Esprit. Ceci explique le mot de Réintégration.
Ainsi, si comme toute la laisse présagée, Hébreux et Égyptiens sont en filiation directe. Tout remonterait donc à l’Enseignement Sacré de l’Égypte. Dans ce cas, chaque lettre hébraïque, en plus du sens caché ou sous-entendu qu’elle renferme, aurait des correspondances avec certains hiéroglyphes, au point que Messod et Roger Sabbah y consacrent tout un chapitre, illustré des graphismes des deux alphabets.
Ces graphismes sont pour le moins surprenants et troublants, à tel point que, forts de leur démonstration avérée, ils n’hésitent pas à dire :
« L’écriture hébraïque correspond à une adaptation de l’écriture egyptienne ; elle est un alphabet « hébraïco-hiéroglyphique ».
Et certaines lettres qui n’ont pas été transformées sont de véritables hiéroglyphes ». (Cf Les Secrets de l’Exode en Livre de Poche, p.24).
Le Gd Rabbin Ouaknin sans avoir lu cet ouvrage nous dit avec coïncidence :
« La Langue hébraïque est « la langue sainte » (lachone haqodèch) parce que les lettres hébraïques possèdent une force créatrice extraordinaire, une énergie telle qu’elles sont les outils primordiaux de la Création ». Mystères de la Kabbale (p.274).
De ce fait, il nous semble que, encore une fois, si la Tradition occidentale est « hébraïco-hiéroglyphique », cela expliquerait la raison de la présence de lettres hébraïques sur le montant ascendant de l’Échelle mystérieuse, alors que sur le versant descendant, les caractères sont écrits dans la langue de chaque pays.
Cela supposerait que le Chevalier, entamant son voyage dès le premier échelon de la Tsédakah, se laisserait guider par sa conscience, aidé en cela par l’énergie intrinsèque de chaque lettre d’une part pour elle-même et, d’autre part, assimilée à la nature et à la composition de chaque vocable réunissant tout un lot d’énergies.
Le tout, multiplié par sept échelons et deux montants, représente ainsi une force énergétique colossale !
A chaque Chevalier, selon ses propres forces, de peaufiner, de purifier et par conséquent d’ouvrir de plus en plus sa conscience, afin d’avoir la stature et la capacité d’endosser une telle somme d’énergie qui lui servira plus tard pour transmettre, en descendant l’autre versant de l’Échelle.
Ayant très peu de compétence en langue hébraïque surtout accompagnée de son inhérente guématria, ni de compétence non plus en alphabet hiéroglyphique, je m’empresse de préciser que ce ne sont que des questions et que même si ce raisonnement paraît cohérent, il n’est question que de suppositions de ma part.
Au mieux peut-être, se pourrait-il être une hypothèse de travail, éventuel support à des méditations !
Mais revenons à l’Echelle Mystérieuse. René Guénon résume très bien le propos :
« Elle est comme un pont vertical s’élevant à travers tous les mondes et permettant d’en parcourir toute la hiérarchie en passant d’échelon en échelon ; et en même temps, les échelons sont les mondes eux-mêmes, c’est-à-dire les différents niveaux ou degrés de l’Existence Universelle ». (Symboles Fondamentaux de la Science Sacrée, p.337).
C’est ainsi que chaque échelon représente un état particulier de conscience, de la même façon que, dans les Mystères de Mithra, les sept échelons de l’échelle étaient mis en rapport avec les sept planètes formées des métaux correspondant à celles-ci.
Il est intéressant de noter ce que rapporte J. M. Ragon :
« L’Or était jugé pour la matière, ce que l’Éther du huitième ciel était pour les âmes ; et les sept métaux connus alors, appelés chacun du nom d’une planète, formaient l’échelle ascendante de purification matérielle qui correspondait aux épreuves morales des sept cieux ». (Maçonnerie Occulte et Initiation Hermétique, (p.23).
On a trop aisément admis que c’était le symbole même de l’itinéraire posthume.
Le C K peut aussi être assimilé à l’initié orphique qui montait véritablement en haut d’une échelle de façon à figurer son entrée dans le chemin de l’âme. Nous avons ainsi la preuve du bien-fondé de la présence de ce symbole au sein du R E A A qui démontre que ce Rite est bien un Rite initiatique en y intégrant cette échelle et qu’à l’inverse, si elle n’y figurait pas, il lui manquerait un élément essentiel et symbolique invitant l’initié à chercher ailleurs.
On pourrait donc dire que toutes les garanties y sont réunies, d’autant que, au vingt troisième degré, Chef du Tabernacle, le Trône situé dans le Sanctuaire est placé sur une estrade à sept degrés, et qu’au vingt sixième degré, Écossais Trinitaire ou Prince de Mercy, une échelle plus courte, de trois échelons, représentant la Foi, l’Espérance et la Charité, préfigure et annonce celle du trentième.
Enfin, autre correspondance de l’échelle qui pourrait avoir un rapport avec l’Échelle mystérieuse du Kadosch, les Pirké Aboth, textes des Pères Juifs, mentionnent que « Dieu créa l’univers au moyen de sept choses : la science, l’intelligence, la vigueur, l’avertissement ou la limite, la justice, la grâce et la miséricorde ». (Cité par Henri Serouya dans La Kabbale p.95).
Il ne serait pas impossible d’y voir des corrélations avec certains, pour ne pas dire tous les échelons du versant hébraïsant.
Bien avant l’échelle, on s’aperçoit de l’adéquation du Rite avec la Tradition Primordiale, au travers d’autres symboles identiques, notamment celui du pont. Dans certains degrés, il y a pour le postulant une « liberté de passer » où, si l’on veut, une autorisation de franchir un pont.
Un autre degré a pour appellation « Grand Pontife », qui signifie « constructeur de pont ». J’entends déjà les sarcasmes de certains, ironisant sur une comparaison facile due la plupart du temps à l’ignorance, entre cette appellation pompeuse et donc ridicule dans leur esprit, et la fonction de Souverain Pontife.
Or que ce soit dans l’un comme dans l’autre cas, il s’agit forcément bien de créer une passerelle entre le ciel et la terre, et si la fonction représente un privilège en matière initiatique il s’agit plus de devoirs que de droits. Celui qui a la chance d’en être arrivé là le doit uniquement à son propre travail intérieur et non à une élection, sauf celle du G A D L U.
Ce travail lui permettra non seulement de le franchir lui-même, mais aussi et surtout d’aider autrui à entreprendre le même itinéraire, en fonction de ses capacités.
La fonction de Souverain Pontife devrait être également réservée à un Initié véritable, à qui il est confié une théocratie (Du grec theos, dieu et kratos, pouvoir. La théocratie est la forme de gouvernement dans laquelle l’autorité est d’essence divine) englobant les trois pouvoirs : royal, sacerdotal et prophétique, dont la tiare est le symbole concret.
Malheureusement, l’histoire a souvent montré que l’élection en question n’était pas toujours inspirée par l’Esprit Saint. C’est ainsi que, un peu partout, le pont a précédé l’échelle et que, peu à peu les deux symboles se sont fondus en un seul. « Ce symbolisme est solidaire, d’une part, du mythe d’un pont (ou d’un arbre, ou d’une liane) qui reliait autrefois la Terre avec le Ciel, et grâce auquel les humains communiquaient sans peine avec les dieux, d’autre part, il est solidaire du symbolisme initiatique de la « porte étroite » ou d’un « passage paradoxal »…
On a affaire à un complexe mythologique dont les principaux éléments constitutifs seraient les suivants :
Aux temps paradisiaques de l’humanité, un pont reliait la Terre au Ciel et on passait d’un point à l’autre sans rencontrer d’obstacles parce qu’il n’y avait pas la mort ; Une fois interrompues les communications aussi faciles entre Terre et Ciel, on ne passa plus sur le pont virtuellement « qu’en esprit », c’est-à-dire en tant que mort ou en contemplation… !
Le fait important ici, c’est que nombre de rituels sont censés « construire », symboliquement, un « pont » ou une « échelle », et ceci par la force même du rite… Vus sous un certain angle, tous les rites initiatiques poursuivent la reconstruction d’un « passage » vers l’au-delà et, l’abolition de la rupture des niveaux qui est propre à la condition humaine après sa chute ». (Mircea Eliade, Le Chamanisme, Payothèque, p.375-376).
Remonter vers le haut, sans avoir à utiliser une échelle, peut se faire par un escalier, et c’est en cela que le symbolisme est plus approprié et plus conforme.
En effet, l’escalier même raide peut sous-entendre une certaine notion de confort. L’échelle, quant à elle, oblige celui qui monte à se tenir par les mains aux deux montants, ce qui nécessite un effort certain, qui peut ne pas exister avec l’escalier que l’on peut monter sans avoir à se tenir à sa rampe.
D’autre part, « l’échelle donne plus clairement que l’escalier l’idée de niveaux successifs puisqu’un vide sépare chaque échelon du précédent et du suivant.
L’échelle est enfin un objet très présent dans la vie matérielle, ce qui permet de concrétiser la notion de montée spirituelle sur une image à laquelle chacun peut se référer par expérience ». (Christian Heck, L’Échelle Céleste, Flammarion, Champs, p.12).
Il y a donc non seulement effort, mais graduation dans l’effort.
Même si, en tant qu’objet réel, il est possible éventuellement, et pour gagner du temps ! De gravir les échelons deux par deux, cela devient pour le moins périlleux, pour ne pas dire impossible dans le domaine initiatique. En effet, il serait possible de penser que si nous désirons atteindre quelque chose qui se trouve au troisième échelon, il ne sera nécessaire de monter sur l’échelle, puisqu’il n’y aurait qu’à tendre le bras pour le saisir compte tenu de la faible hauteur.
Alors, à quoi servent ces trois premiers échelons ? Ils deviennent inutiles ! Mais si ce que nous convoitons se trouve plus haut, à partir du quatrième, alors les trois premiers sont non seulement utiles, mais deviennent indispensables, car si les trois premiers n’étaient pas là, le quatrième ne saurait exister, et raison de plus pour le cinquième et les suivants.
Si ce raisonnement peut paraître stupide pour un objet d’intérêt tout relatif, le même raisonnement devient philosophiquement constructif vis-à-vis du même objet en tant que symbole.
Le métier du maçon est de sceller des pierres ou des briques par le ciment, ce qui n’explique rien quant à l’ouvrage à bâtir, et cela doit correspondre à un besoin, un plan, un tracé. Avec ce plan, il sait maintenant qu’il doit construire quelque chose et il agira donc en pleine connaissance.
Le maçon peut bâtir avec ses pierres ou ses briques toute la journée, il ne saurait construire sans la présence du plan.
« Construire » exige donc des connaissances et entraîne des conséquences : la construction devra correspondre au plan et être dirigée en long, en large, en hauteur. Le dirigisme fait partie du déterminisme.
Reste l’évolution de l’ouvrage, qui comprendra l’espace, l’espèce, l’étendue. C’est seulement ces cinq conditions remplies que l’œuvre connaîtra sa forme véritable et conforme. Ce sera la fin du travail et l’œuvre pourra être estimée à sa juste valeur.
Concernant l’Échelle mystérieuse, le raisonnement me semble à fortiori valable et surtout incontournable : chaque échelon correspond au « bâti », l’ensemble de l’Échelle devient la « construction ».
En effet, de par sa teneur, l’Échelle représente le plan, et en aucun cas il ne peut être question d’occulter, de supprimer, d’ignorer ou de transgresser les premiers barreaux !
Il en est de même pour la grande échelle que représente le Rite tout entier et qui permet dans son ensemble, d’offrir au postulant la matière pour construire véritablement son propre Temple intérieur.
« Que le Christ habite dans vos cœurs par la foi, pour qu’enracinés dans l’amour et fondés dessus, vous soyez de force à comprendre, avec tous les saints (kadoshim), quelle est la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur, et connaître cet au-delà de la connaissance qu’est l’amour du Christ, pour que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu ». (Paul, Épître aux Éphésiens, III, 17-19).
Il doit être bien compris que le mot Christ est relatif à un état latent, mais réel, à l’intérieur de chaque être humain, ayant pour synonyme étincelle ou petite lumière, lieu où se trouve l’Amour en potentialité et devenant par là même le socle de l’édifice de notre propre Temple.
Dans la Tradition Orientale, Bouddha signifie exactement la même chose. En effet, si le mot Bouddha signifie Eveillé et si celui de Christ veut dire « Oint », il me semble que il y a similitude quant au résultat et à la réalisation.
Ceci est la preuve si besoin était que la nature humaine est identique sous toutes les latitudes, et que toutes les traditions parlent de la même chose, chacune avec la terminologie qui lui est propre. L’objectif est, à terme, la lente remontée de l’Humanité afin de reconquérir patiemment l’état édénique qu’elle a connu avant le mythe de la chute d’Adam. D’où ce symbolisme de l’Échelle.
C’est ainsi que, depuis la plus haute antiquité, l’Homme se souvient des cieux, et espère conquérir, pour les uns ce lieu, pour les autres, cet état.
Ils ont toujours eu l’échelle comme symbole, sous forme de textes, de peintures ou parfois d’amulettes :
Les textes des pyramides montrent les dieux aidant le roi défunt à gravir les derniers échelons… Des idées pareilles se retrouvent ailleurs, aussi bien en Chine qu’en Europe… Bien des gens continuaient à placer dans les tombeaux de petites échelles de bronze, qui rappelaient encore la foi naïve d’un âge d’ignorance.
Ce moyen d’atteindre les espaces supérieurs a été mis à la disposition du mort dans maint tombeau de la frontière du Rhin. Dans les Mystères de Mithra, « une échelle formée de sept métaux différents, surmontée d’un huitième degré, était l’emblème de l’ascension de l’âme à travers les sphères des planètes jusqu’à celle des étoiles fixes, chacun de ces métaux étant mis en rapport avec un des astres errants ». (Franz Cumont, Lux Perpetua, p.282).
A ce sujet, il est intéressant de noter que : « En 1917, quelques membres de la Société Astrologique et de la Maçonnerie Mixte ont fondé l’Ordre Maçonnique Astrologique Humaniste, qui prospéra jusqu’à l’invasion hitlérienne.
Cet Ordre, parfaitement régulier, se composait de 7 grades dédiés, comme l’échelle initiatique des Mystères de Mithra, aux 7 planètes : Apprenti, Compagnon, Maître, Maître Élu, Chevalier Rose-croix ou Gardien, Chevalier Kadosch ou Penseur, Grand Maître Fondateur » (J.M. Ragon : Maçonnerie Occulte et Initiation Hermétique, Extrait de la Préface écrite par A. Volguine).
Quelle que soit l’époque, quelle que soit la tradition, les pays, les civilisations, antiques ou proches de nous, quelle que soit la manière : qu’il s’agisse d’un songe (Jacob), d’une règle de vie (Jean Climaque, qui contient trente six degrés), toutes ces échelles sont des échelles simples.
A notre connaissance, seule l’Échelle mystérieuse du C K est double ! Il semblerait que la signification de celle-ci, en tant que symbole, soit différente de celle des autres. Au même titre que l’échelle de Jacob, toutes les échelles, non seulement sont faites pour conduire au ciel, mais encore sont destinées aux âmes seules, sorties de leurs corps, et accompagnées d’entités telles que des anges dans des songes, transes, extases ou des visions – c’est le cas de Jacob, de Perpétue, des chamans, des rites mithriaques.
Ces âmes peuvent aussi être sorties de leurs corps parce que, tout simplement, le moment de la mort est venu, auquel cas elle participe aux rites funéraires – anciens Égyptiens, et fonction eschatologique chez d’autres peuples. Une maquette d’échelle était souvent placée sur, ou près du corps dans le tombeau, et une composition spéciale était préparée qui avait pour effet que l’échelle devienne le moyen d’ascension du défunt vers le ciel ; en témoigne ce texte écrit pour le décès du Pharaon Pépi, à l’adresse de l’échelle :
« Hommage à toi, ô divine Échelle ! Tiens-toi droite, ô Échelle de Horus, par laquelle Osiris fut prêt à paraître dans les cieux ». Osiris ressuscité est souvent représenté dans l’art égyptien comme une échelle avec les bras tenant le Crochet et le Fouet. Il n’y a rien de tel dans le symbolisme de l’Echelle mystérieuse du Chev Kad. Celle-ci est destinée également à des âmes mais à des âmes encore incarnées ; Autrement dit, il s’agit d’un symbolisme adapté à des êtres vivants de la Terre et pour des êtres vivants sur cette planète.
Sa condition d’échelle double suppose une stabilité certifiée, alors que celle d’une échelle simple peut paraître précaire et sujette à des glissements ou à des appuis incertains. Ces hommes qui l’empruntent sont là pour se perfectionner, se connaître eux-mêmes, et atteindre, le plus loin possible, leurs propres capacités d’élévation spirituelle.
Il semblerait qu’il y ait analogie de position entre l’échelle ancrée sur le sol, compte tenu de son aspect double et l’initiation du Chevalier qui entreprend sa quête sur terre, les pieds soudés au sol, et la tête dans les étoiles.
En effet, l’état paradisiaque, ou édénique, n’est pas à attendre quelque part, après la mort, mais se gagne sur Terre, Ici et Maintenant.
Si ce n’était pas le cas, on ne comprendrait pas ce que viendrait faire l’Humanité sur une planète quelconque, s’il n’y avait pas de plan préétabli.
Comme disait Einstein :
« L’être humain est une partie du tout que nous appelons univers, une partie limitée par le temps et l’espace ».
Il fait l’expérience de lui-même, de ses pensées et de ses sentiments comme des évènements séparés du reste, c’est là une sorte d’illusion d’optique de sa conscience.
Cette illusion est une forme de prison pour nous, car elle nous restreint à nos désirs personnels et nous contraint à réserver notre affection aux quelques personnes qui sont les plus proches de nous.
Notre tâche devrait consister à nous libérer de cette prison en élargissant notre cercle de compassion de manière à y inclure toutes les créatures vivantes et toute la nature dans sa beauté. (Cité par Matthieu Ricard et Trinh Xuan Thuan : L’Infini dans la Paume de la Main, p.105).
Cela montre bien l’urgence à travailler sur soi dès maintenant, afin de regagner, patiemment, ce que l’on pourrait appeler son retour.
D’autre part, et c’est là la deuxième particularité de cette Échelle mystérieuse, s’il y a une montée supposée, il y a aussi une descente obligée qui, aussi étrange qu’il y paraisse, fait aussi partie du programme de retour d’exil, l’illusion qui nous emprisonne. Les anges aussi montent et descendent, sur l’échelle de Jacob et sur d’autres.
Mais ces anges, vus en songe, sont des êtres appartenant à d’autres hiérarchies et qui, s’ils peuvent être des guides pour les hommes, ne sont pas pour autant des hommes : soit qu’ils aient dépassé cet état par leur travail de remontée, dans un temps indéterminé, soit qu’ils n’aient jamais connu l’incarnation. Il n’y a donc pas identité de vue ni d’action dans ces deux cas de figure.
Le K ou Chevalier Pèlerin, est en ascension spirituelle et, une fois atteint le sommet doit redescendre car sa tâche n’est pas terminée.
Une partie de son Devoir est d’aller au plus haut niveau de perfection qu’il pourra atteindre, et l’autre partie de ce même Devoir sera de retourner vers les siens, ses FF et SS, pour les attirer à lui et les guider sur la voie de l’éveil.
Autrement dit, si l’échelle simple peut être considérée comme eschatologique, l’échelle double, elle, est un symbole d’Action, participant en cela à la continuité de la Création qui ne cesse de progresser, malgré les sept jours mythiques de la Genèse. Cette échelle est dite mystérieuse, et par conséquent laisse entrevoir une notion de secret, au même titre que les nombres permettant d’ouvrir les travaux, dans certains Rituels.
Ce secret est double car il concerne les initiés de rang inférieur, et a fortiori les profanes, non pas en raison d’un mauvais usage éventuel risquant de déstabiliser l’Ordre du Monde, mais simplement par incompréhension, selon le vieil adage que « trop de lumière éblouit ». Mais pas seulement !
Il y a un autre aspect du secret, concernant les choses d’En Haut, autrement dit les Lois de la Nature, dont la première se trouve être justement le premier échelon : Tsedakah, la Justice. La connaissance, la compréhension (Tebounah), l’assimilation et la mise en pratique de ces Lois, constituent La Règle, permettant les relations de l’Homme entre le visible et l’invisible, chose inaccessible au genre humain de base. Pour être encore plus précis, et plus affiné, rejoignons Annick de Souzenelle qui, dans son introduction de « Alliance de Feu », nous propose une explication, en même temps qu’un plan de travail, concernant cette Échelle mystérieuse, lorsqu’elle écrit :
« Un échelon émergé des ténèbres, devenu lumière, est un champ de conscience intégré, il est accompli. Les échelons qui restent à gravir sont encore dans les ténèbres. Ceux sont des terres intérieures encore inexplorées, des champs de conscience fermés, inaccomplis ».
En corollaire, tout ce qui est encore inaccompli est ignorance, au point que l’âme s’ignore elle-même, et en même temps, n’a pas conscience de son ignorance.
Ignorant le Bien dans sa véritable nature, elle est persuadée baigner dans la quintessence du Bien et du Vrai, alors qu’elle peut être captive de toute espèce de mal.
Le résultat est que l’homme, ignorant, se complaît dans cet état d’inconscience. Avant la découverte du Réel, l’homme vit dans la nuit. Il croit avoir la lumière mais celle-ci est ténébreuse.
Cette Échelle mystérieuse qui, à elle seule est un résumé de la grande Échelle du Rite, non moins mystérieuse d’ailleurs, pourrait donc être schématisée par le titre du célèbre roman de Céline : « Voyage au bout de la Nuit ».
Cette nuit s’éclaircira enfin, peut-être au dernier échelon…
C’est la promesse que fait Hermès Trismégiste à un disciple déclarant vouloir connaître Dieu :
« Tiens bien dans ton intellect tout ce que tu veux apprendre, et moi je t’instruirai ».
Et Festugière d’ajouter :
«On ne peut souhaiter connaissance plus complète. Cependant, ce même Dieu qui se révèle est dit : inexprimable, ineffable. Il est donc à la fois connaissable et indicible. Et nous percevons aussitôt que la connaissance qu’on en a est d’un autre mode que la connaissance normale de Dieu, par les seuls moyens de la raison ». (R.P. Festugière, La Révélation d’Hermès Trismégiste, vol.4, p. 56).
C’est tout le sujet, programme de l’Échelle mystérieuse du C K nous comprenons ainsi pourquoi cette Échelle est qualifiée de mystérieuse.
Celui qui la gravit affronte par conséquent l’aventure de l’Inconnu. Dans le même temps, simultanément, et en quelque sorte a contrario, il affronte l’aventure de la connaissance de Soi, première étape d’une sainteté non pas béatifique, mais d’une sainteté dans l’Action. Justement Kadosch veut dire : Saint.
Encore faut-il savoir de quelle sainteté il s’agit.
Certainement pas de cette soi-disant sainteté romantique entourée de pétales de roses et de cantiques mêlant les alléluias aux ora pro nobis…Non, Non et Non. Il s’agit d’une sainteté combattante, mêlée d’action, de doutes, de coups du sort, d’Amour aussi.
A ce sujet, il y a ressemblance dans les termes, entre le verbe « kâbosch » signifiant en hébreu : vaincre, conquérir, et le mot « kadosch » qui veut dire : saint. Une maxime, que l’on peut considérer comme une règle de vie, est inscrite sur un étendard à fond vert, présent pendant la durée des travaux : « Vincere aut Mori », vaincre ou mourir.
Il y aurait donc analogie car le même verbe kâbosch, s’il signifie : vaincre, conquérir, est aussi traduit par : dompter, assujettir.
Et Annick de Souzenelle de préciser :
« Notre mental perverti ne conçoit la victoire qu’au terme d’un rapport de force. Or l’Homme devra se rendre maître de chacune de ses terres intérieures en les pénétrant amoureusement ». (Alliance de Feu, Vol.1 p.403) Ceci est semblable aux anciens Templiers, dont le Rituel du 30e degré s’inspire, semblable également aux Esséniens. En effet, dans l’Histoire Abrégée de la Franc-maçonnerie de Robert-Freke Gould, on peut y découvrir ceci :
« Il n’y avait pas de distinctions entre eux (les Esséniens). La seule différence de classe qui existait provenait des grades ou des ordres, entre lesquels étaient répartis les membres, et la sainteté était la base unique de cette répartition ».
Un peu plus loin, chose étrange, on peut lire ceci : « Ceux qui étaient admis à ce grade suprême recevaient une triple règle de conduite : l’Amour de Dieu, de la Vertu et de l’Humanité». (p.20).
N’y voyons-nous pas là une similitude avec, sur l’Échelle mystérieuse, Oheb Eloah, l’Amour de Dieu, et Oheb Kerobo, l’Amour du Prochain ?
Quant à la phrase souvent rencontrée : « fuir le Vice et pratiquer la Vertu », elle est le leitmotiv ou dénominateur commun de tout Rite Écossais.
Les Esséniens étant antérieurs au Christianisme, le mot sainteté prend donc une autre connotation, la même que celle que doit avoir le C K.
Comme le dit Aldous Huxley dans sa Philosophia Perennis :
« Le saint est un homme qui sait que chacun des instants de notre vie humaine est un instant de crise ; car nous sommes appelés à tout instant à prendre une décision de toute importance, à choisir entre le chemin qui mène à la mort et aux ténèbres spirituelles, et le chemin qui mène à la Lumière et à la Vie… Afin de se rendre apte à faire face aux nécessités soudaines de son mode de vie, le saint se soumet à un entraînement approprié de l’esprit et du corps, de même que le fait le soldat ». (Points Sagesse, p.60).
C’est ce qu’ont fait les Templiers, pétris de force et de douceur. La douceur se conquiert ! La force est le Taureau, la douceur est ce même taureau, mais blanc : Shor Laban en hébreu, ou encore la vigueur dans les Pirké Aboth.
Au vingt-huitième degré, le Chevalier du Soleil découvre par la septième Vérité Gnostique, que l’Analogie est l’unique clé de la Nature.
Dans la Science des Symboles, René Alleau précise que :
« Au sens premier, …l’analogie désigne la comparaison de deux rapports entre quatre termes pris deux à deux… Dans tous les cas où il s’agit d’unifier des objets ou des domaines différents en les reliant par une similitude de rapports, l’analogie intervient comme un processus exploratoire et unificateur capable de dégager des perspectives d’ensemble et des relations harmoniques ou régulatrices que la logique de l’identité ne permet pas, à elle seule, de pressentir et de rechercher ». (p.84).
Un peu plus loin, le même René Alleau dit que :
« L’identité absolue est purement idéale, donc expérimentalement inexistante dans le monde empirique ». Enfin : « L’analogie volontaire et consciente commence par une réflexion sur les similitudes » (p.85).
Or il se trouve que, dans notre propos, c’est le cas : Comparaison de deux rapports entre quatre termes pris deux à deux : Shor Laban ou Taureau Blanc, Force et Innocence. Analogie volontaire et consciente en tant que C K plongé dans l’Action, c’est la première étape incontournable servant à la fois de préambule et de levier aux autres, c’est à dire être conscient et agir consciemment.
De la même façon que précédemment, par Tsedakah la Justice, il connaît la loi de cause à effet, ainsi par Shor Laban, son action ne laissera plus de place au hasard ; ou, pour être plus précis, il deviendra conscient que ce hasard-là n’existe pas et n’a jamais existé.
Il sera volontairement conscient que l’action qu’il entreprendra, soit sur lui-même, soit dans le monde, engendrera consciemment des répercussions. C’est la raison pour laquelle il est précisé au Chev qu’il est seul responsable devant sa conscience, mais riche toutefois de Connaissance et d’Amour.
Ce sera donc par degrés de comparaisons, de similitudes et de correspondances, qu’il gravira chaque échelon en en mesurant bien sa teneur et sa consistance à chaque fois et ce, jusqu’au dernier barreau de sa propre Échelle mystérieuse intérieure.
Si, comme le dit la vérité gnostique en question, l’analogie est l’unique clé de la Nature, cette clé servira à ouvrir, à déverrouiller les portes de sa prison, en sachant toutefois qu’il est à la fois le prisonnier et son propre geôlier.
La cage dans laquelle il se trouve, a été construite par lui-même à son insu. Il devra s’en défaire consciemment.
Mais la méthode de l’analogie sert aussi à percer certains mystères de la Nature, mystères qui ont toujours existé et pour lesquels il n’est pas responsable.
Le paradoxe veut que, en soulevant peu à peu le voile de la Nature, ce soit à ce moment-là que, justement, les cadenas disparaissent et que les portes s’ouvrent. Deuxième paradoxe, mais qui n’en fait qu’un : c’est au moment où les portes s’ouvrent qu’il descend au plus profond de lui-même, à la découverte du Soi.
Et le paradoxe fait que, plus il descend, plus il accélère son ascension sur l’Échelle mystérieuse qui le conduira à frôler l’Absolu, une fois parvenu au sommet. Toujours par analogie, ce travail du fil à plomb qui consiste à creuser, à perforer l’être, est en fait celui de l’aigle s’élevant de plus en plus haut pour aboutir à des hauteurs insoupçonnées ! « L’Esprit, aussi bien que les métaux et les éléments, peut être transmuté d’état à état, de degré à degré, de condition à condition, de vibration à vibration ». Le Kybalion.
Parler d’Alchimie évoque immédiatement le concept de transmutation, de changement des métaux vils en or, en quête d’une maîtrise de la Nature, et peut-être d’une augmentation de richesses pour l’intéressé qui s’y adonne. Vieux problèmes qui ont interpellé toutes les époques et les civilisations.
C’est ainsi que les écrits fleurissent, depuis la plus haute antiquité de la Chine, jusqu’à l’Occident, en passant par les Arabes, traités allant du plus élaboré jusqu’au plus fermé, le Munis Liber (Livre Muet). De nombreux auteurs et non des moindres ont cru devoir « expliciter de façon cachée » le mécanisme du Grand Œuvre, mode d’emploi mis à la disposition de tout un chacun, sans distinction de race ou de religion, désireux d’approfondir les mystères de la Nature et d’en faire son profit.
La célèbre Table d’Émeraude, socle de cette entreprise, précise :
« Il est vrai sans mensonge, certain et très véritable que ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose. Ainsi toutes choses ont été et sont venues de l’Un, ainsi toutes choses sont nées de cette chose unique. Le soleil en est le père, la lune en est la mère, le vent l’a porté dans son ventre ; la terre est sa nourrice… Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais, doucement, avec grande industrie. Il monte de la terre au ciel et derechef il descend en terre et il reçoit la force des choses supérieures et inférieures. C’est alors la force de toute force, car elle vaincra toute chose subtile et pénétrera toute chose solide. Ainsi le monde a été créé. De ceci seront et sortiront d’admirables adaptations, desquelles le moyen en est ici. C’est pourquoi j’ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde. Ce que j’ai dit de l’opération du soleil est accompli et parachevé ».
Forts de cet enseignement, les candidats se sont lancés dans des « pantagruéliques pronostications » (pour ne citer que Rabelais qui, sous le couvert du conte populaire et drôle se révèle être un Initié parfait), afin de découvrir le commencement de toute industrie : la teneur de la « matéria prima » sans laquelle toute opération s’avère vaine, y compris la découverte de la « quintessence » !
Loin de nous l’idée d’épiloguer sur cet artifice selon lequel pour les uns, l’Alchimie est essentiellement opérative, spagyrique, et pour d’autre seulement spéculative, initiatique et spirituelle.
Pour ma part, je ne vois pas pourquoi et à quel titre tout être humain désireux d’entreprendre ce genre d’opération, serait susceptible d’accéder aux mystères de la Nature si, auparavant, il ne s’est pas transformé lui-même… La remarque nous semble d’une logique imparable.
C’est la raison pour laquelle il faut commencer par le commencement, afin de remonter patiemment la pente conduisant au Paradis Perdu. Les alchimistes pressés rétorqueront que Dieu a créé l’homme à son image. Il est vrai ! Mais cela ne veut pas dire que, sous l’effet de ce que l’on pourrait appeler un caprice, cet homme-là soit en mesure subitement de s’aligner sur les possibilités de Dieu.
Et si, de tous temps, les textes dits hermétiques ont été et sont toujours recouverts d’un voile opaque, c’est bien pour protéger la Science hermétique contre des abus qui ne manqueraient pas de voir le jour, ainsi que l’homme lui-même, serment qui va de pair avec la transmutation de l’aspirant, s’engageant d’abord à sa propre purification, physique et mentale, avant de voir apparaître le moindre résultat tangible.
Thomas d’Aquin disait sans cesse : « Ora et labora ! » « Prie et travaille » : ce qui signifie : Mets toi en osmose véritable avec le Divin, et il sera toujours temps d’aviser par la suite.
Cet état de fait n’ayant qu’une issue certaine, la souffrance de soi-même et des autres, la tâche urgente d’un être humain est d’y mettre un terme.
La méthode pour y parvenir consiste à développer l’amour et la compassion, et à extirper l’ignorance en suivant la voie de l’Éveil. On se rend compte que, au fil des jours et des années, un changement s’opère, qui engendre une joie rare. (Mathieu Ricard et Trinh Xuan Thuan, op.cité, p.17).
La matière et l’esprit sont entremêlés dans un état post-adamique de contamination, d’où la nécessité alchimique qui est un processus de purification par la séparation. Les Sept Arts Libéraux, sont conçus et pensés pour arriver aux mêmes effets :
Purification de l’âme pour atteindre le Royaume intérieur.
Le postulat que la Substance de l’Univers est unique : ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, le microcosme est identique au macrocosme, le visible à l’invisible. La matière reflète l’Esprit dont elle émane. Ces règles : Un dans le Tout – expliquent la loi d’analogie. On comprend alors comment l’opération alchimique lie étroitement entre eux l’univers, l’opérateur et la substance à parfaire. Elle renouvelle le processus divin de la Création.
Dès que le profane est enfermé dans le Cabinet de Réflexion, il se trouve en face des célèbres symboles : le soufre, le sel, le mercure, un coq et la formule Vitriol, initiales de la maxime citée précédemment.
Le programme est déjà annoncé, suffisamment pour savoir que c’est l’ouverture à l’Art Royal, édification du Grand Œuvre, après une mort, symbolique certes, mais incontournable.
Au fur et à mesure des échelons, le Rite le conduira peu à peu vers sa propre Pierre Philosophale, par étapes graduelles dont chaque avancée est conquise de haute lutte. Il ne s’agit donc plus de portes ouvertes, mais de portes fermées, pour ne pas dire verrouillées, et que justement, il s’agit d’ouvrir. Ce n’est plus pareil !
Les profanes que nous étions, avons senti et obéi à un appel venu de l’intérieur. Bien qu’obéissant à cet appel, résultat d’un déclic interne, nous ne connaissions pas néanmoins la teneur de l’aventure. Ce n’est que grâce au silence imposé de l’apprentissage que nous avons découvert d’autres facettes à la vie humaine, inconnues dans notre quotidien.
A partir de ce moment le travail a commencé, pour ne finir jamais, autrement dit : le chemin alchimique de sa propre transformation.
Ce chemin qui mène à la transmutation est aussi, lui-même, la transmutation.
Rappelons-nous Lao Tseu : « Le but n’est pas le but, mais la Voie ! ». Le Rituel nous montre le chemin de façon symbolique et, en aucun cas, il nous faut confondre la carte et le territoire. L’aspirant à la Libération doit savoir que des béquilles sont des béquilles, qu’un symbole est un symbole et qu’une clé est une clé. La clé n’est pas la porte, la porte n’est pas le Temple, le Temple n’est pas le Sanctuaire. Le Rituel peut être assimilé à la carte ; mais il est certain que le territoire est à la fois notre être, en même temps que la longueur inconnaissable de notre vie. Le but sera donc de découvrir la clé permettant d’ouvrir la porte de notre Temple et, à travers lui, de pénétrer dans notre propre Sanctuaire.
Nous pouvons rapprocher ou comparer cette élaboration alchimique à une autre merveille, alchimique elle aussi, de la Nature : la formation intra utérine d’un enfant et sa naissance au monde, fruit de l’amour. N’est-ce pas un processus alchimique ? Que serait-ce alors ? Deux cellules minuscules, mâles et femelles, qui se transmutent en un être humain complet. On pourrait rétorquer qu’il s’agit d’un phénomène naturel ! Certes ! Mais arriver au Corps du Christ ou de Bouddha, appartient aussi à la Nature, à la différence que le premier phénomène se réalise automatiquement, tandis que le second s’atteint consciemment, lui aussi fruit de l’Amour et aboutissement à l’Amour !
Jean l’a relaté dans son Évangile, en parlant de jésus : « Qui se fie à moi fera les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes encore ». (XI V, 12).
Le Trivium, extrait des Arts Libéraux, atteint sur l’Échelle mystérieuse, une autre dimension par rapport à celle qu’il avait lorsque le Compagnon les avait appréhendés à son époque. C’est la science de la Parole propre à l’Humain.
C’est l’expression, c’est le dire par lequel tout l’être transpire, même si ce dire est silencieux, parce qu’intérieur. Ce dire n’est plus le soliloque spécifique au profane, qui souvent l’envahit, au point d’interférer sur ses émotions, lesquelles agissent sur son comportement. Sa place dans l’Édifice passe obligatoirement par le dire, à la condition expresse de pratiquer le désintérêt des dires et des actes des hommes.
Dans son petit opuscule sur Le Grand Œuvre, Grillot de Givry l’explique parfaitement :
« Livré à toi-même, tu t’es caractérisé par le désordre des idées et le désordre des actes. Le spécifique à ce désordre est la rentrée en toi-même. La rentrée en toi-même exige l’effort de volonté continu et durable. L’effort de volonté continu et durable nécessite une règle de vie. La règle de vie comporte une série d’actes spirituels qu’il te faut accomplir scrupuleusement ». (p.14)
Ayant dépassé le cadre scolaire proprement dit, de l’oral et de l’écrit, Le Trivium – Grammaire – Rhétorique – Logique – fait maintenant partie des actes spirituels qu’il faut accomplir en s’aidant de la volonté. C’est toute la quête initiatique condensée en trois parties qui n’en font qu’une, sorte de trinité à l’échelle de l’homme, en regard de toutes les trinités divines définies dans toutes les religions du monde, Trinité du Sacré pourrait-on dire. Avec le Trivium, l’homme tient à sa disposition l’Univers Complet, alors que, Compagnon, il apprenait à parler et à mettre ses pensées en ordre afin d’être cohérent et concis. Ce qui était valable à ce moment et qui n’était que plafonné, limité, devient porte de l’Infini pour le C K.
De ce fait, il entre de plain-pied dans le processus de Création, grâce au son émanant de la parole, et à ses pensées percutantes qui atteignent leurs cibles. Toutefois, s’il y a démarcation entre Trivium – Grammaire – Rhétorique – Logique – et Quadrivium – Arithmétique – Géométrie – Astronomie – Musique -, il s’apercevra que tout est dans Tout, car Parole dit Son, autrement dit Musique, laquelle est Nombre et Arithmétique, en rapport avec l’Astronomie – musique des sphères – et la Géométrie.
Le Rituel de ce degré prévoit, et l’expression a souvent été citée, que le C K est à lui seul, un univers complet. Une alternative s’impose à ce sujet, et il est légitime de s’interroger, car personne ne précise ce que signifie exactement « univers complet », et surtout à quelles limites cela correspond. Cela sous-entend que chacun est libre d’accorder à ces deux mots la signification qui lui semble la meilleure, ou celle qui lui convient le mieux.
La première hypothèse : Le C K, suffisamment métamorphosé, a réussi ce que certaines sciences appellent la sortie hors du corps, expérience tout à fait naturelle si elle n’est pas provoquée prématurément. Ce phénomène peut arriver sur une table d’opération pendant l’anesthésie, ou à la suite d’un accident provoquant un choc violent. Indépendamment de ces cas de figure, si l’individu est bien préparé et s’il arrive à maîtriser cette expérience, il pourra commencer, à partir de là, ce que l’on appelle le voyage en astral.
Dans ce cas, l’âme est reliée au corps par une sorte d’élastique appelé corde d’argent et qui, paraît-il, se tend à l’infini. La mort serait la rupture de cette corde. Pour les lecteurs curieux, ils pourront trouver de plus amples renseignements dans la Cosmogonie des Rose-croix de Max Heindel. Encore une fois, ce petit jeu est formellement déconseillé si l’élève n’est pas prêt, sous peine de voir sa santé mentale sérieusement endommagée, et sans retour.
Si donc le Chevalier est apte, le voyage est entrepris, univers complet, et il s’agit de l’Infini.
Dans ce cas l’expression Ordo Ab Chao, se voulant être une frontière inaccessible à l’humain, n’a plus sa raison d’être, et toute l’Astronomie est à sa disposition, dans le sens qu’il peut naviguer parmi tous les mondes, univers complet.
La deuxième hypothèse est d’une part qu’elle est sans danger, et d’autre part, que nous ne savons pas à quel endroit précis nous en sommes de notre évolution.
Proclus paraphrase la célèbre maxime d’Hermès dans la Table d’Émeraude, et confirme par là, que l’homme en tant que microcosme est le reflet exact, à son échelle, du macrocosme.
Autrement dit, tout est en lui et, grâce à sa quête initiatique englobant les deux versants réunis de l’Échelle mystérieuse, à la fois la science et la conscience, le Chevalier se trouve en présence de l’Univers complet. Cet univers est d’ailleurs devenu sa propre conscience, élargie au maximum, c’est-à-dire, riche de connaissance et d’Amour. Inversement, sa propre conscience s’est agrandie jusqu’à prendre la dimension de l’univers, ce qui a fait dire à Corneille, dans Polyeucte : « Je suis maître de moi comme de l’Univers ».
De la pensée et de l’action juste, Tsédakah, à la Sagesse, l’Intelligence et la Compréhension, Hochmah, Binah et Tebounah, le Kad est devenu le Maître de la Parole par le Trivium, le Chevalier du Nombre, le Géomètre qui aspire à se fondre dans ses mondes intérieurs par l’Astronomie, Astronomie intime pourrait-on dire. La Musique l’aidera à synthétiser le tout.
« La grande Musique n’a guère de son » Tao Td King.
Si je veux considérer la Musique à part dans le Quadrivium, c’est parce que je pense qu’elle est une énergie, au même titre que l’électricité, qui a sa source, comme toutes les énergies, dans l’invisible et se manifeste, grâce à sa création, à travers les hommes. Entre le créateur et la créature, l’Art, devenu de ce fait manifestation du sacré, est la voie médiatrice de l’harmonie cosmique, de même que la musique de la Vie est, dans le silence de l’homme, véritable chemin initiatique qui introduira à la compréhension du microcosme humain, ce qui fera de l’homme, comme l’ont dit les anciens Chinois, le fils du Ciel et de la Terre.
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu » dit Saint Jean au début de son prologue.
C’est une façon claire de montrer que le Son est à la base de la Création, en tant que vibration, et c’est de la vibration en tant que chaos initial que va s’organiser, pour ne pas dire se déduire, l’ordre. La Musique est donc un langage universel subordonné à un phénomène physique, lui-même régi par une loi de la Nature, phénomène lié à la vibration des corps sonores. Il n’est donc pas surprenant de constater que, si dans la Nature, tout est vibration, l’homme étant lui-même émetteur et récepteur de vibrations, ait cherché à communiquer avec la Nature.
Dans ce contexte, communiquer signifie accommoder ses propres vibrations avec celles de la Nature, manifestée et non manifestée, à l’origine de laquelle se trouve le Principe. Il n’est donc pas surprenant non plus de constater que, si la pensée de l’homme est une vibration par excellence, le moyen le plus adéquat pour entrer en communion avec le Principe, est d’utiliser le Son qui, se transformant en sons organisés, devient Musique. Le Son, comme la Lumière, a été donné à l’homme à l’état brut, pour lui permettre de le domestiquer afin de remonter le courant jusqu’à sa propre Vérité. Chez l’homme l’expérience du Son a commencé par la voix grâce à laquelle il a pu s’apercevoir qu’il pouvait s’adresser à l’Éternel. De ce fait, il découvre à l’intérieur de lui une grandeur cachée lui permettant de s’évader épisodiquement à la fois de sa prison de chair et de celle de son mental.
D’une part, il peut mettre toute son âme dans le chant et en faire une œuvre d’Amour : c’est le sens Terre-Ciel, symbolisé par A ; d’autre part, il peut se laisser pénétrer par l’influx divin, ce qui conduit au chant magique, et obtenir un effet désiré : c’est le sens Ciel-Terre, symbolisé par V. Par l’interférence de ces deux symboles, il peut désormais se situer au milieu et devenir par conséquent un canal d’énergies entre la Terre et le Ciel, ce qui donne : (avec un point au milieu) autrement dit le Sceau de Salomon.
Il est inutile de développer ce que d’autres ont déjà fait, et qui est connu de tout le monde, à savoir que : le Un représente l’Éternel, indivisible parce que contemplant sa propre face. Dès qu’il se divise en lui-même, alors le Monde se crée, par le Logos, pour en arriver au trois et au quatre, où se situe l’homme.
Le C Alchimiste travaille à sa transmutation, et ce dès le premier degré où il est mis en présence des quatre éléments : le Feu, l’Air, l’Eau, la Terre également symbolisés dans ces nombres progressant en triangle ; les quatre forment le triangle Dix, ou Décade de Quatre, ou Tétractys.
La clé de la Nature étant l’analogie, ne l’oublions pas, l’Initié devra essayer de remonter ce triangle. Il doit trouver le Son qui lui est propre, qui lui a été attribué à la naissance et qui, identique au Soi, est tapi au fond de lui. Ce Son est son état vibratoire, qui se situe à la limite de ce qui est chez lui le manifesté, flirtant avec le non-manifesté, en harmonie parfaite avec son triangle intérieur et les cinq polyèdres réguliers dont parle Platon dans le Timée.
Il attribue au ciel la figure du corps appelé « dodécaèdre », autrement dit corps de douze pentagones, lequel ne se peut former sans la divine proportion. Et de la même manière il assigne à chacun des autres éléments sa forme propre : au Feu la figure pyramidale dite tétraèdre, à l’Air la figure dite octaèdre, à l’Eau la figure dite icosaèdre et à la Terre la figure cubique dite hexaèdre.
En ayant découvert son état vibratoire, le Chevalier est au centre de son Cercle, au centre de l’Idée (comme énoncé nos Rituels). Les Rituels sont portés à la connaissance du postulant au moment de la cérémonie d’initiation, mais ils ne sont pas clos lorsque celle-ci est terminée. Bien au contraire ! Ils doivent être vécus et même revécus sans cesse pour s’en imprégner, les pétrir dans sa propre nature et les laisser agir comme un onguent pénétrant dans la peau. Dans le cas contraire, ce Rituel serait un « médicament effervescent » qui aurait oublié de fondre ! Ainsi, revenu dans son intimité, le C K a tout loisir de reprendre son voyage jusqu’au centre de son Cercle, à équidistance de tout point sur la circonférence.
Situé à cet endroit précis où se révèle la Présence, dans cet état de conscience parfaite, il pourra percevoir Sa note. Comme pour le premier contact avec le Soi, celui-ci sera fugace. Cette note sera à peine audible, mais il la reconnaîtra sans jamais encore l’avoir entendue, au même titre que la voix de sa conscience.
C’est le Son primordial, de la même façon que, lorsqu’il est né au monde, il a expulsé ce que les pédiatres appellent le cri primal. Ce cri, peut-être identique à celui de tous les nourrissons, est propre à l’être qui naît. Et il y a naturellement une différence avec les autres. Pour le Son primordial dont il est question au centre de son propre Cercle intime, il s’agit de la même propriété. Encore une fois, ce centre est la voie du Cœur, et le Son primordial vient de ce canal. Si cette voie du Cœur est le centre de l’homme, elle est en même temps un axe.
Afin de replacer l’homme dans le Cosmos et de donner toute sa dimension à son axe, rappelons que le but de la construction d’un Temple, qu’il soit œuvre d’architecture ou l’Homme symbolique lui-même, est de retrouver à travers la perfection géométrique, son plan céleste. Cette construction, son orientation témoignent des échanges énergétiques cycliques entre Ciel et Terre qui ne peuvent s’effectuer qu’en raison de cette harmonie.
L’ordre s’étend à partir d’un Axe ou Pilier qui symbolise dans l’édifice, le Centre et son développement dans le temps, tandis que la structure à base cubique est un développement du Centre dans l’espace. L’Axe issu de la Terre touche le Ciel.
Sans la Géométrie intérieure de ce Cercle invisible, il ne peut être question d’entendre quoi que ce soit : c’est un pas de plus vers l’Harmonie de l’Amour, assimilée à la Musique des sphères. A ce propos, rappelons que la Tétraktys sert de base à la formation de la gamme musicale, source de la mélodie. Ses quatre nombres sont contenus dans les rapports exprimant les trois accords fondamentaux de l’octave, de la quinte et de la quarte, base de toute harmonie musicale et en rapport direct avec l’harmonie universelle résidant elle-même dans la grande Tétraktys. Nous retrouvons ainsi cette métaphore des poupées russes démontrant que tout est dans Tout.
Arithmétique, Nombre, Géométrie sont étroitement solidaires de l’Astronomie et par conséquent de la Musique des Sphères.
Fort de son combat mené tout au long des sept échelons, de Tsédakah à Tebounah, le C a maintenant vaincu et dépassé le stade de l’Avoir pour devenir celui de l’Être. La conjonction des deux montants de l’échelle fait maintenant qu’il est riche de Connaissance et d’Amour.
Il sera le Vivant dont parle Jésus dans l’Evangile (que celui qui cherche ne cesse de chercher jusqu’à ce qu’il trouve et quand il aura trouvé il sera bouleversé et étant bouleversé il sera émerveillé et il régnera sur le Tout. Le Chev devenu Kad C’est-à-dire Saint peut dire maintenant : Voila qui est fait.
Il me semble légitime de se poser la question de savoir si dans les années qui sont imparties à l’homme, même si l’espérance de vie s’accroît de plus en plus, il aura le temps de gravir l’Echelle de façon définitive et effective. Aura-t-il l’Ame suffisamment trempée pour affronter ce qui est requis de la part du Divin pour prétendre remonter jusqu’à la source de l’homme primordial ?
D’où viens-je ? Où vais-je ? Qui je suis ? That is the question !
A