30° #427012

Patience, Persévérance, Prudence : Trois mots clés pour le CKS

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Patience, Persévérance, Prudence : Trois mots clés pour le C K S

« La patience nous apprend à supporter le destin inéluctable, les défaillances, les erreurs humaines et nos propres contradictions ».

« La persévérance c’est poursuivre sa route avec rigueur et ténacité et ne pas se laisser décourager par les obstacles ou les efforts futurs ».

« La prudence n’est pas faiblesse, hésitation, calcul égoïste ou timoré, elle est la qualité de celui qui prévoit et pourvoit ».

Ces trois phrases sont celles qui définissent ces trois vertus essentielles dans le rituel de réception au 30ème degré.

Mais pourquoi privilégier ce matin ces trois vertus en laissant de côté les quatre autres échelons formant la seconde volée de l’échelle ? La perfection, le courage, l’équité et la sagesse ne seraient-elles pas des vertus aussi louables ?

Si j’avais dû plancher sur ces sept qualités, j’aurais dû certainement faire preuve d’une grande persévérance dans mes recherches pour être exhaustif sur le sujet et vous auriez dû sûrement vous-même faire preuve d’une patience démesurée avant d’entendre la formule « J’ai dit » sortir enfin de ma bouche. Alors, avec prudence, j’ai préféré opter pour les trois qualités me semblant avoir été celles dont j’ai dû faire preuve dans mon cheminement maçonnique…

Nous voici donc en haut de l’échelle, au sommet des connaissances humaines. Mais à quoi serviraient-elles si nous les gardions égoïstement pour nous ? Le rituel nous le confirme : « Ce n’est pas dans les nues que vous devez agir durant votre vie en C K S. C’est sur la terre : vous allez y revenir en descendant de l’autre côté de l’Echelle».

Alors commençons maintenant la descente…

Oublions le barreau « Désir de perfection » pour nous attarder quelques instants sur le suivant :

Dans notre société d’aujourd’hui, nous nous impatientons de plus en plus facilement. De nombreuses circonstances sont sources d’impatience : des attentes qui se prolongent, des contrariétés dans la vie quotidienne, des épreuves qui n’en finissent pas, des personnes, voire même des frères dont les comportements sont agaçants, irritants ou insupportables…

Nous avons besoin de réapprendre ou peut-être d’apprendre la patience. Nous sommes dans une société où la valeur vitesse le dispute à la valeur argent : avions, voitures, trains et autres moyens de transport sont de plus en plus rapides. Les communications se réalisent en fractions de seconde. Il faut aller de plus en plus vite, que tout se fasse immédiatement. Oui mes BBAAFF, nous avons beaucoup perdu la notion de l’attente patiente et nous avons presque oublié que la patience fait partie des qualités essentielles de l’Homme sage !

Pourtant, la patience est une des vertus les plus prisées dans le monde bouddhiste, alors qu’elle est très peu valorisée dans la société matérialiste où sont mises en exergue la rapidité à obtenir ce que l’on convoite. Avec toutes ces choses jetables qui sont produites aujourd’hui, dès que nous ressentons le désir ou le besoin de quelque chose, nous pouvons l’obtenir rapidement et, si ce n’est pas le cas, nous en sommes irrités et contrariés, et nous nous plaignons…

Etre patient, suppose que nous soyons capables de différer les choses, de nous soumettre à des contingences… Que nous puissions repousser les désirs, les envies, les besoins… Les remettre à plus tard.

Mais souvent, cette patience nous est imposée, nous devons la subir, c’est alors une patience contrainte, et être patient ne se pose plus alors en terme de choix lorsque nous devons faire face à l’anxiété, l’angoisse ou la peur…

La patience est sans aucun doute la vertu qui nous manque le plus. Elle est cette qualité qui permet d’atteindre paisiblement les buts que nous nous sommes fixés et de supporter les situations difficiles, les souffrances, les épreuves, l’adversité. Elle n’est pas synonyme de résignation, mais au contraire elle permet de persévérer. Oui, la Patience permet de persévérer : voici un premier élément qui relie Patience et Persévérance.

Si la patience n’est pas synonyme de résignation, elle n’est pas plus synonyme d’attente inactive comme beaucoup de nos contemporains semblent le croire ! Prendre patience, ce n’est pas faire une patience pour tuer le temps et s’en remettre au hasard ! Prendre patience consiste à rester imperturbable en toute circonstance. C’est un état d’esprit qui ne cherche pas à critiquer, comparer ou juger les situations liées aux fortes émotions telles que la haine, la colère, la rancune, le ressentiment, la jalousie, etc.

Bien sûr, il convient d’établir une relation étroite entre patience et attente. Nous patientons toujours en attendant quelque chose. Ce quelque chose, c’est un but, un objectif à atteindre…

La patience n’est donc pas une fin en soi, mais une suite de contraintes, un ensemble d’épreuves, pour nous autres Francs-maçons un long chemin initiatique qui mène à la Sagesse, dernier barreau de notre échelle.

Cependant, il serait faux de croire qu’il suffirait d’être patient pour atteindre la Sagesse mais la patience est nécessaire pour l’atteindre car elle permet de prendre un certain recul, de mettre des mots ou des émotions sur des événements qui arrivent…

Qui nous arrivent…

Elle est nécessaire quand elle permet de ne pas nous précipiter, de ne pas se laisser aller à nos pulsions, à nos envies…telles qu’elles sont tant en nous-mêmes qu’à l’extérieur de nous.

Concluons provisoirement avec cette citation de Bouddha :

« Il n’y a pas de négativité qui soit pire que la haine et il n’y a pas d’ascèse qui soit meilleure que la patience. Pour cette raison, il faut sans cesse cultiver toute forme de patience ».

Descendons maintenant au barreau suivant :

La Persévérance

Pour cette vertu, une question se pose tout de suite très vite :

Pourquoi la persévérance doit-elle faire l’objet d’une attention particulière au grade de Chevalier Kadosh alors qu’avant même notre initiation nous l’avons touchée du doigt ou plutôt aperçue subrepticement et que le Vénérable et les Surveillants se sont chargés de nous en rappeler l’importance aux grades de compagnon et de maître ?

Rappelons ici que le grade de Chevalier Kadosh est le dernier grade initiatique du REAA et qu’en tant que tel, il se doit de rappeler dans son rituel toutes les qualités que les initiés que nous sommes devenus ont pu acquérir tout au long de notre cheminement maçonnique en 30 degrés.

Lors de notre initiation comme apprenti, il nous a été dit de persévérer. Non seulement la persévérance est la première vertu apparaissant aux yeux du futur initié mais cette vertu nous est sans cesse rappelée à tous les degrés de la maçonnerie bleue.

A peine entrons nous dans les mystères des grades de perfection que la persévérance nous est une nouvelle fois rappelée comme l’une des qualités essentielles du franc-maçon accompli. Au 4ème grade, le Trois Fois Puissant Maître nous dit lors de l’initiation :

« Dès lors, le cheminement initiatique révèlera au maçon des qualités et des vertus à même de l’assister pour remplir en toute conscience ses devoirs de citoyen, d’être humain et d’initié et qu’en conséquence, il doit œuvrer avec persévérance, détaché du fruit de l’action ». La devise du grade de Maître Secret n’est-elle pas : « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer »…

Nous sommes aujourd’hui Kadosh et il nous est rappelé que la persévérance est une vertu essentielle. Ces trente degrés franchis n’auraient-ils donc servis à rien ou presque ? Serions-nous revenus à la case départ ? Aurions-nous fait tout ce chemin en vain ?

Bien entendu, il n’en est rien ! Le fait d’en être arrivés au grade où nous sommes prouve de facto que nous sommes des maçons oh combien persévérants !

Tels des compagnons entamant les fondations d’une cathédrale, nous savions dès le départ que l’œuvre à entreprendre était longue et gigantesque. Telle la construction d’une cathédrale, le Chemin de la Lumière est long, très long et nécessite un travail dur et constant, une persévérance à toute épreuve. Nous savons tous, mes BB AA FF que la recherche de la Parole Perdue, la recherche de la vérité sont des labeurs sans fin et que l’on peut s’en approcher mais sans jamais les atteindre.

Il me revient maintenant une citation attribuée à Sénèque et qui, un temps, m’avait mis un doute dans l’esprit :

« Errare humanum est ; perseverare diabolicum », autrement dit : « L’erreur est humaine ; persévérer est diabolique ». Ainsi donc, dans une première lecture et traduction littérale, la persévérance serait un vice et non une vertu. Heureusement non mes BB AA FF car ce qu’a voulu dire Sénèque a un tout autre sens. C’est seulement persévérer dans l’erreur qui relève du diable.

Nous autres Francs-Maçons, Chevaliers Kadosh, nous persévérons non dans l’erreur mais bien dans la recherche de la Vérité. En ce sens, la persévérance est donc bien une vertu, nous pourrions même ajouter, une vertu capitale du franc-maçon.

Il n’est que de considérer le grand nombre de loges, toutes obédiences confondues, qui ont intégré le terme Persévérance dans le titre même de leur Atelier : En France : Loges Persévérance aux Orients de Vanves, Saumur, Arles et Grenoble mais aussi à l’étranger Loges Persévérance à Bombay, à Yaoundé, à Libreville, à Genève, à Tournai, à Cuba et à Haïti pour ne citer que quelques pays…

Dans d’autres loges, la Persévérance est associée à d’autres vertus : Sagesse et Persévérance à l’Orient de Brive ; Persévérance et Vérité à l’Orient d’Ollioules ; Constance, Persévérance et Vérité à l’Orient de Rouen et je pourrais comme cela continuer la liste sur quelques pages supplémentaires mais ces exemples suffisent à démontrer que la Persévérance est une vertu maçonnique universelle partagée par l’ensemble des Frères de par le monde.

Avec courage, mais toutefois aussi avec prudence, sautons allègrement deux barreaux pour atterrir sur celui de Prudence justement.

La Prudence

Sur l’échelle mystérieuse, la prudence se trouve sur la volée qui descend, en avant dernière position juste avant le barreau sagesse. Cela tombe très bien car, étymologiquement, une des significations du mot latin « prudentia » est sagesse.

Le Livre des Proverbes inclus dans la Bible n’enseigne-t-il pas :

« Possédez la sagesse, parce qu’elle est meilleure que l’or ; et acquérez la prudence parce qu’elle est plus précieuse que l’argent ».

Si la Prudence n’est pas une vertu théologale, elle n’en est pas moins une des quatre vertus cardinales…

Si les vertus théologales se retrouvent dans les cartouches « Foi, Espérance et Charité », au 18ème degré, au 4ème degré, la prudence est associée aux 3 autres vertus cardinales. Dans le rituel d’initiation de Maître Secret, il est dit : « que la force nous porte, que la prudence nous guide, que la justice nous inspire, que la tempérance nous aide ».

Tout comme la Persévérance, la prudence, nous apparaît déjà dans le cabinet de réflexion. En effet, le mot vigilance nous incite tout naturellement à la prudence.

C’est cet enseignement qui nous est rappelé au grade de Chevalier KADOSH dans le rituel. Les maçons que nous sommes depuis longtemps savent bien qu’ils doivent faire preuve de prudence pour « tirer les leçons de l’expérience ».

La prudence est une vertu intellectuelle, morale et capable de choix. Elle indique à notre pensée la règle et la mesure, une sorte de sagesse pratique, une disposition à agir accompagnée de raison, face aux dangers, aux sollicitations, et elle s’impose à nos émotions fondamentales.

Comme je l’ai fait pour la Persévérance, je pourrais citer de très nombreuses Loges françaises ou étrangères ayant intégré le terme Prudence dans le titre même de leur Atelier.

Pour conclure sur ce barreau, j’emprunte un extrait d’une planche d’un de nos BB AA FF : « N’oublions pas de nous servir du barreau Prudence en empruntant la volée descendante ou nous risquerions de chuter sans être passés par le barreau sagesse ».

Si j’ai choisi ces trois vertus que sont la patience, la persévérance et la prudence, c’est qu’elles peuvent être à la fois qualités et défauts : Un manque de patience est synonyme d’impétuosité, trop de patience synonyme d’inaction ; Un manque de persévérance est synonyme d’abandon, trop de persévérance synonyme d’obstination ; Un manque de prudence est synonyme d’insouciance voire d’inconscience, trop de prudence synonyme de lâcheté, voire de manque de confiance en soi.

Si donc être trop patient, trop persévérant et trop prudent peuvent être assimilés à des défauts, il n’en est pas de même des quatre autres qualités de la volée descendante que sont la perfection, le courage, l’équité et la sagesse. En effet, nous autres francs-maçons ne seront jamais assez perfectionniste, assez courageux, assez équitables ni surtout assez sages…

Ces trois qualités que je considère comme des vertus, j’ai essayé, autant que faire se peut de les acquérir et de les posséder tout au long de ma vie.

J’ai commencé ce balustre par les définitions de la Patience, de la Persévérance et de la Prudence que l’on trouve dans notre rituel. Je le terminerai par deux proverbes américains particulièrement profonds et qui font que pour moi, ces trois qualités sont les trois piliers fondamentaux de la Sagesse, dernier barreau de notre échelle mystérieuse : Le premier : « Face à la roche, le ruisseau l’emporte toujours, non pas par la force mais par la persévérance ».

Le second : « En période de prospérité : prudence ; dans l’adversité : patience ».

J’ai dit T F P G M

S et M M

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