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Regards d’un Chev Ks sur l’Humanisme

Auteur:

C∴ A∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
T F P G M et vous tous Ill et Parfaits Frères Chev Kad.

Ne vous attendez pas à une apologie de l’Humanisme, ou à un survol historique notamment à partir de la Renaissance, de l’émergence amenée par les penseurs et philosophes occidentaux – ((des humanistes comme : Giovanni Pico della Mirandola -1463-1494, Angelo Politien – 1454-1494, Juan Luis Vivès-1492-1540, Désiré Erasme – 1467-1536, Guillaume Budé – 1468-1540, fondateur sous François 1er du collège des trois langues – latin-grec-hébreu – devenue Le Collège de France, Léonard de Vinci – 1452-1519, Gérolamo Cardan -1501-1576, François Rabelais – 1494-1553, Michel de Montaigne – 1533-1592, etc.)).

De la considération de l’être humain en tant que tel, puis de l’ensemble du groupe humain, donc de l’humanité, pour aboutir à une manière de penser qu’est la philosophie humaniste occidentale de notre époque.

Les termes sont apparus dans notre langue à des époques différentes, et leurs sens en adéquation aux préoccupations intellectuelles et culturelles du moment.

(Par exemple sont apparus les mots : humain en (1130), inhumain (1373), humainement (1130), humaniser (1559), humaniste (1539), humanité (1120), humanitaire (1833), humanitarisme (1837), humanisme etc.)

En ce qui concerne la datation du terme humanisme, celui ci est apparu historiquement en 1765, d’après le linguiste et historien de la langue française Ferdinand Brunot. Mais pour ce qui est de l’apparition de ce mouvement de pensée, l’époque déterminante est plus floue. Pour des historiens de la Renaissance comme André Chastel, (L’âge de l’humanisme), il est difficile d’assigner une date à un mouvement d’esprit, à une tendance générale d’une conception du Monde. M. P. Gilmore, (Le Monde de l’Humanisme) autre historien, situe l’apparition de l’humanisme à partir de deux événements pour lui dramatiques : le premier est l’achèvement du processus de désunion des deux chrétientés, l’orientale et l’occidentale, au moment de la prise de Constantinople par les Turcs en 1453, et le second événement est marqué par la désunion de la chrétienté occidentale issue de la doctrine de Martin Luther en 1517.

Après les recherches faites en fin du 19ème siècle dans ce domaine, de nos jours, on s’accorde à ce que l’emploi du mot « humanisme » soit réservé particulièrement aux spécialistes de la Renaissance je cite « pour désigner à la fois une période socioculturelle, la puissance de transformation qui a restructuré alors l’image du monde, et la conception de l’homme, qui s’est progressivement imposée grâce à ces agents de transformation que furent les humanistes eux-mêmes ». Ceux-ci puisant essentiellement à la littérature gréco-latine des anciens, leur inspiration dans tous les domaines d’investigation.

Actuellement, on parle à tous les niveaux, « d’humanitaire » et moins, ou, plus du tout « d’humanisme ». L’humanitaire apparaît comme la panacée de l’humanité, comme le seul remède à la fois allopathique et homéopathique, contre le fléau des insuffisances politiques – économiques – administratives des organisations de nos sociétés. L’humanisme est aussi promulgué comme thème primordial dans des déclarations de foi, prêchées par des religions qui historiquement ont contraint les hommes à une simple dimension de sujets soumis à leurs dogmes. Le même schéma est repérable en politique. C’est dire que ce terme est employé en fonction de la stratégie, de l’émetteur, de l’effet escompté sur les affaires du monde. Terme qui frappe l’imaginaire et qui procède souvent du pathos. L’Humanisme couvre l’espoir d’une vie meilleure pour la majorité d’individus de culture occidentale. Ce terme n’est pas universel.

Mon intervention bien modestement portera, par quelques considérations d’un Chev Ks, sur l’entendement dans notre culture occidentale, du mot « humanisme », sur son « sens », et non sur la capacité intellectuelle individuelle et collective d’appréhender la pensée humaniste. Je m’en tiendrais à vous présenter, simplement quelques réflexions sans refaire un parcours rétroactif et exhaustif, de son avènement et de sa place dans la dialectique actuelle. Ce qui entraînerait une pléthore d’investigations et d’interrogations sur le vécu de l’humanisme actuel, entre son dévoiement à des fins bassement politiciennes, à sa récupération par des organismes religieux ou caritatifs à fin de propagande et à sa métamorphose d’idéologie en action pour servir de support médiatique à des entreprises mercantiles de tout genre : on parle d’une façon coutumière de « business humanitaire ! »

Tout mouvement progressif, de la pensée humaine, se heurte à l’incompréhension, au refus, à l’interdiction, de ce que l’on nomme communément « l’ordre établi » ou « le bon droit ». Malgré cela, et je dirais même à cause de cela, l’avancée de l’esprit est, et reste irréversible, car elle est en adéquation avec l’évolution, des choses, des espèces, de la vie.

De tous temps de forts courants d’irrationalismes, où se mêlent à vrai dire des influences très diverses, sont présents dans la pensée humaine. L’époque contemporaine n’y échappe pas, bien au contraire. Cet irrationalisme agit toujours en définitive afin de disqualifier les prétentions qu’ont la raison et le génie humain de régler et d’administrer la vie des hommes. Mac Aurèle écrivait : « Si dans ton action présente, tu obéis à la droite raison avec attention, avec énergie et avec bienveillance…etc. alors tu vivras heureux ».

Avec l’irrationalisme, la clarté et la liberté de la pensée sont étouffées, la conscience individuelle et le libre arbitre sont phagocytés, la responsabilité bafouée, en fin de parcours l’individu devient un « produit manufacturé et standardisé », puisque pour l’irrationalisme c’est en deçà de la pensée rationnelle, dans les eaux sombres d’une conscience autant mystique que mythique que réside le grand secret des hommes.

La conséquence va de soi : s’il en est ainsi, la raison n’a pas qualité pour définir l’entreprise humaine et pour la conduire. Echec donc de Galilée et de Descartes ? Et par conséquent échec de l’humanisme traditionnel ? Qui proposait à tout individu les normes universelles d’une conduite rationnelle, toute entière éclairée par la lumière naturelle de la raison et de la sensibilité humaine, égales et sereines. Echec de l’Humanisme qui prétendait aussi de ne donner aux hommes, d’autres maîtres qu’eux-mêmes, d’autres secours qu’eux-mêmes et d’autres espoirs qu’eux-mêmes ? Mais échec aussi, aux formes plus modernes de l’humanisme qui investit l’histoire des sociétés, qui rejette les divinités de la peur et du hasard, qui parle de phénomènes encore inexpliqués donc de lois à découvrir et non pas de mystères à vénérer ? Enfin échec aussi à l’humanisme, qui a soif de connaissances et qui propose aux hommes la grande tâche de forger eux-mêmes et de concert, leur devenir ? Cet irrationalisme amène-t-il également l’échec de la quête des Franc-Maçons, qui faisant aimer notre Ordre par l’exemple de leurs qualités « …préparent par une action incessante et féconde, l’avènement d’une humanité meilleure et plus éclairée » ?

Comme le mentionne Emile Littré, en deuxième sens du mot, l’humanisme est une théorie philosophique qui rattache les développements historiques de l’Humanité à l’Humanité elle-même. Ce mouvement historique, cette force socioculturelle, apparaissant à l’époque de la Renaissance par un retour aux sources si je puis dire gréco-latines de la pensée occidentale, n’exprime pas pour autant une école de philosophie bien déterminée et figée, mais une façon de voir les hommes dans leurs multitudes et diversités, dans leurs modes de vie et leurs adaptations à leurs milieux naturels différents, ceci avec un état d’esprit tout orienté vers un bien être collectif.

En quel sens doit-on entendre l’actualité de ce terme ? En un sens propédeutique, pour se donner les moyens de lui donner de la vigueur ? Comment expliquer cet effacement, cette érosion dans l’esprit collectif ? L’humanisme n’est-il pas sur le plan sociétal consubstantiel avec la démocratie ? Celle ci ne subit-elle pas aussi une certaine érosion ? La voie des rhéteurs prime, celle des hommes est étouffée. L’humanisme et la démocratie réclament un effort collectif de compréhension de soi et de l’autre, car à mon sens l’enjeu est plutôt de révéler la société à elle-même, de donner sens et forme à un monde dans lequel les individus ont une difficulté croissante à s’orienter. C’est, dit le Chev K S « de parfaire notre Connaissance pour mieux approcher la Vérité, c’est intégrer Connaissance et Sagesse dans de justes lois pour régir la société humaine. C’est réparer injustices et maux engendrés par les excès de tous les pouvoirs ». Le grade de Chev K S est un grade d’action : « Savoir, Comprendre, Agir ».

L’humanisme de nos jours reste mouvement, mouvement de pensée, mouvement du penser et mouvement d’actions sociales. Il devrait rester mouvement de pensée en fonction des nouvelles lectures de notre monde par l’éclairage de l’avancée des connaissances, et reste mouvement dans l’action par la prise de conscience de l’étendue planétaire de la notion de solidarité humaine, dans les divers domaines couvrant la survie des espèces et même la vie tout court !

Tels que : l’alimentation, l’eau, la biodiversité, l’énergie, le climat etc. Domaines qui touchent à échéance, la survie de notre espèce.

En définitive, rêveuse ou pratique, toute pensée humaniste ne peut avoir d’autre contenu que le monde tel qu’il est. Mais l’humanisme n’est pas que discours, il est total ou complet, quand il procède à la fois du domaine de la réflexion mais aussi du domaine de l’action. La philosophie de l’humanisme, me semble-t-il, n’est pas une philosophie centrée sur des idées abstraites, mais sur l’homme concret, vivant pleinement son époque.

J.P. Sartre pense qu’un autre sens de l’humanisme est au fond ceci : « L’homme est constamment hors de lui-même, c’est en se projetant et en se perdant hors de lui qu’il fait exister l’homme et, d’autre part, c’est en poursuivant des buts transcendants qu’il peut exister », il écrit par ailleurs : « …Mais si vraiment l’existence précède l’essence, l’homme est responsable de ce qu’il est…il est responsable de tous les hommes…en me choisissant, je choisis l’homme » (Tiré de la conférence d’octobre 1945 : L’existentialisme est un humanisme).

Je pense que l’homme après s’être « construit », s’être réalisé, s’être constitué (dans le sens maçonnique du terme) en être social, peut se transcender, dans le sens de se dépasser, mais…seulement par la suite. Il n’a besoin d’aucune transcendance dans le sens d’assujettissement « par le haut », pour se réaliser pleinement en homme de la Cité. La signification de la devise du Chev du Soleil dépouillé des métaux qui l’alourdissent et dégagé des préjugés qui l’aveuglent, est « que l’homme éclairé par la Raison pénètre aisément l’obscurité et l’ignorance de la superstition ». Et ce Chev promet de consacrer ses forces à combattre l’injustice, la superstition et le fanatisme en progressant sur le chemin de la Connaissance et vers la Liberté et la Vérité ; prémisse pour moi de la devise du Chev K S « Fais ce que dois, advienne que pourra ».

La base inébranlable d’un humanisme entier, réside à mon sens dans cette unité originaire et permanente de l’Univers et de notre espèce. Toutes les variétés d’inhumanité ont en dernière analyse leur origine dans la méconnaissance ou la trahison de cette fondamentale unité, de ce contrat univoque et universel. Si en effet, on enlève toute pensée d’humanisme à son terrain, à ses conditions naturelles et sociales, si on fait de la conscience individuelle et collective une existence séparée du milieu, il est bien inévitable que cette pensée, et que cette conscience soient impuissantes à déchiffrer l’Univers, et que l’inhumanité prolifère en tant que supplétif. On ne peut à mon sens, dans toute démarche philosophique et particulièrement humaniste (qui fonde son système sur l’homme, sa situation et sa destinée dans l’Univers) et dans l’action humanitaire (qui intéresse l’humanité, qui s’occupe des intérêts de l’humanité), on ne peut donc faire une rupture initiale et irréductible entre l’Univers et la pensée, sans irrémédiablement réfuter l’existence même de toute pensée (de toute pensée libre dans son milieu naturel).

En conséquence, étant en adéquation avec la mouvance de la vie, tout humanisme est condamné à se renoncer, pour se muer en quelque sorte et suivre l‘évolution. S’il prétend se définir et se constituer à priori par une pensée séparée de l’Univers, s’il méconnaît les conditions naturelles et sociales évolutives de son avènement, s’il ignore son histoire, alors  il est menacé de mort. Il est menacé de mort en devenant un dogme en fracture avec la société qui ne cesse d’évoluer. Il est obsolète à terme et en opposition avec l’avancée de la vie. Car il me semble que tout humanisme est voué au désespoir et au scepticisme nihiliste, s’il s’abstrait arbitrairement de l’ensemble de la pratique humaine sans laquelle cet humanisme ne serait pas. En fait, je pense qu’il n’y a pas d’école de pensée, de philosophie éternelles, en ce sens qu’il ne saurait y avoir un corps de doctrines qu’il suffirait d’apprendre pour y trouver des solutions toutes faites aux problèmes que les hommes se posent. Si on peut par contre philosopher éternellement, il faut penser aussi que pendant ce temps, des hommes, nos semblables, nous, vivent accablés de désespoir ou drogués d’espérances et n’ayant de cesse que la mort. Philosopher c’est s’adresser à tous les hommes.

L’humanisme uniquement pensé n’est pas effectivement total, n’est pas complet, il reste en état de projet. On en parle beaucoup, même savamment, mais il n’y a aucune application, aucune concrétisation si l’on en reste au stade réflexif. Il satisfait la tranquillité de la notoriété due au discours, et si l’on est sincère, il ne permet pas d’atteindre la sérénité de l’esprit ni la paix du cœur. Cela peut être un beau fruit, mais un fruit sec. Cet humanisme là est formel et vain. Il ne peut compenser sa stérilité de fait, que par l’exutoire méditation de l’homme en lui-même ; qui est nécessaire certes, mais pas suffisante. Là même où le philosophe refuse le partage, son humanisme se désincarne. Car en fait, il s’agit d’avoir l’ambition d’édifier la cité juste, propice à l’épanouissement de chacun dans le bonheur commun, au lieu d’aménager une civilisation intérieure et protégée, une civilisation qui se retranche dans les limites de l’individu. Cela fait partie des devoirs d’action sur la Cité de tout Chev K S. Il s’agit aussi d’améliorer la condition humaine, au lieu de former les hommes a supporter patiemment l’infortune. L’humanisme est vivant, car il procède de la vie de l’espèce humaine dans et avec son environnement naturel évolutif.

Dans le bulletin n° 125, du G C D R, notre F Pierre Martin écrit : « Il y a ainsi une filiation dans l’état d’esprit qui rejette la pression de l’angoisse et le recours aux dieux, et à une aide sacrée pour analyser le problème et prendre en main son propre destin. C’est la naissance et le développement de l’Humanisme, qui cherche, sans accepter la facilité de l’autorité et de la croyance, qui supporte le doute et en a même besoin pour une remise en cause ». Il ajoute plus loin : « L’humanisme ne fait pas de l’homme un Dieu ».

En fait l’humanisme ne peut pas être non plus une croyance. C’est en quelque sorte un vécu permanent d’états de faits conjoncturels (états de faits: moraux, intellectuels, politiques, philosophiques, culturels…etc.). Partant, ce vécu doit rester en constant état de veille contre toute déviance, dépravation, dévaluation et doit partir en lutte contre toute force d’anéantissement. En effet, ces états de fait sont évolutifs. Les hommes, ces êtres altérables, évoluent et sont capables d’altérité; la nature est mouvement et se transforme. En fait l’Homme, avec un grand H, n’existe pas. Il n’y a que des hommes qui ne sont que ce qu’ils sont devenus jusqu’à présent. Les hommes dans leurs diversités, dans leurs différents modes de vie sociale, méritent respect, dignité, attention, considération et amour ; alors là, quand il y a pluralité des êtres, on peut parler d’humanisme. La vie est sacrée, (dans le sens d’inviolabilité) peut importe ses formes, puisque nous sommes, nous les hommes, issus de son évolution. Ce qui est sacré aussi en ce qui concerne notre espèce, c’est l’amour des hommes entre eux. Ce qui est respectable c’est la dignité de la nature humaine. Ce qui mérite attention, c’est l’évolution progressive positive de la vie sociale. Enfin ce qui doit être pris en considération c’est la volonté des hommes de se gérer par eux-mêmes dans leur environnement. L’ensemble pouvant à mon sens apporter un caractère plus « humainement vrai » à l’humanisme.

Dans un article, André Comte-Sponville l’exprime ainsi : « Qui voudrait se mettre à genoux devant un ruban d’ADN ? Devant l’humanité ? Il semble qu’on aurait envie de la plaindre plutôt que de l’adorer, de l’aider plutôt que de croire en elle. C’est aussi plus urgent. La morale importe davantage que la foi. …il ne s’agit pas de croire mais d’aimer, et non « l’homme » ou « l’humanité » mais ces pauvres individus-tous différents, tous petits – que nous sommes ».

L’Homme (les hommes) est déterminé dans sa constitution, par rapport à une époque de son évolution, il est tel quel, et il vit dans un champ d’action en voie de constante détermination, mais dans un champ d’action fini à son échelle. L’infini n’est pas le domaine d’action de l’être vivant. Il en est de même, quand il commerce avec ses semblables, ses échanges sont déterminés. Sa vie coutumière, est bien un ensemble d’actes physiques et intellectuels (pour résumer très court), qu’il corrèle avec la vie de ses semblables. Mais si ces actes peuvent se mesurer, dans le sens quantifiable du terme, il n’en est pas de même pour les particularités de son affect, de son esprit d’être humain que sont, par exemple les vertus. Les vertus comme la générosité, le courage, la justice, la tolérance, l’amour…ne se mesurent pas, au sens objectif du terme. Elles marquent par contre une distanciation, et en cela elles n’échappent pas à la mesure dans le sens de modération, dans le sens relativiste du vécu. Enfin elles n’échappent pas à la mesure, dans les rapports si je peux dire de moyennes et d’extrêmes raisons du domaine de l’harmonie, de l’harmonie en toutes choses. Là, comme les vertus, dans le cadre où il est considéré comme la cause des effets qu’il produit, on peut penser, que l’humanisme est une éthique de la mesure.

S’il y a vécu permanent, il y a observation, réflexion puis action dans les domaines humains. Il y a donc analyse des faits, synthèses des idées et choix dans les activités. Or il est toujours délicat sinon difficile de retenir l’essentiel de tout ce qui parait important, ceci au niveau de l’observable, de la réflexion et de l’action. Car en fonction de l’adaptation au milieu et du développement socioculturel des ethnies, le vécu des hommes est différent, et par voie de faits : il y a risque de heurts et de conflits. En fait la question quelque peu latente permanente mais indubitable est : Comment combattre l’inhumain ? N’est-ce pas le rôle notamment du Chev K S d’y pallier, puisque son grade est un grade d’Action ? Dans les faits, à toute époque, cette question reste d’actualité, puisque l’humanisation (la civilisation) est toujours en voie d’achèvement.

L’unité de l’espèce veut dire: égalité civile, politique et sociale de tous les êtres humains. Je prends donc ce terme dans le sens de la recherche unitaire sur les plans sociaux et des conditions de vie, aussi bien des individus que des groupements humains. Il est bien entendu, et patent, que les différences de modes de pensée et les facteurs de motivation de vie sont et resteront, non seulement les incitations et les conditions à tout développement dans l’amélioration morale et sociale, mais aussi, sont et resteront la marque de la richesse d’adaptation de notre espèce, dans son éveil et sa marche vers une meilleure compréhension de son environnement global.

L’humanitaire, forme active de l’humanisme, primant de nos jours, ne peut pas être considéré comme un rachat, un apaisement de la conscience collective, une charité a posteriori et libératoire de tout compte. Ce serait là, prendre les hommes comme désincarnés, des hommes amorphes, vides de toute sensibilité. Ce serait les prendre comme des produits dont on entretiendrait, à moindre frais bien entendu, la durée de vie afin de prolonger leur usage. L’humanitaire à notre époque se présente principalement, me semble-t-il hélas, comme une action thérapeutique de masse, médiatisée au possible, en vue d’une vague sauvegarde de l’espèce, et surtout en vue de la promotion médiatique des décideurs. Remède réparateur des erreurs du passé, l’action humanitaire, loin d’être sans nécessité et sans raison, procure une sorte d’autosatisfaction tranquille à ceux qui la regardent se dérouler sans rien faire ; procure de la haute satisfaction à ceux qui la commanditent aux noms de grands principes, procure beaucoup de peine et d’interrogations à ceux qui s’y dévouent, enfin l’action humanitaire instaure un sentiment de précarité et de dépendance à ceux qui la reçoivent. Là, ce curatif est plus difficile à assumer que le préventif, et sur le plan intellectuel, cette morale de l’extrême urgence et une morale de l’extrême confort. Donc, bien loin de la rejeter, je dirai que l’action humanitaire adressée dés que la nécessité s’en fait pressentir aux hommes à fin d’accompagnement pour résoudre par eux-mêmes leurs problèmes spécifiques, se doit, d’être avant tout le reflet de la pensée humaniste préalable. Partant, l’action humanitaire sera une action de hautes valeurs morales. Gouverner c’est prévoir, et non pas gérer seulement les états de fait, dans l’immédiateté, l’impulsivité, sous les feux médiatiques.

A y bien réfléchir, de nos jours, l’humanisme est avant tout une manière de se comporter, d’effacer les frontières, toutes les frontières, du privé et du public, intérêts collectifs et individuels. En son nom, les despotes côtoient les démocrates, l’intérêt du dirigeant est synonyme de l’intérêt de son pays, toutes les morales se valent, les pensées sont formatées en un seul langage… Dans ce contexte, l’humanisme ne peut plus être une valeur en soi, puisque le mélange des genres vaut pour règle de vie.

La Cité somnolente s’endort alors profondément. Déjà en veille sur elle, le Chev Ks Homme de la cité, doit me semble-t-il s’éveiller lui-même ; donner sens à ses réflexions, à ses pensées, mettre à leur juste niveau le bien et le mal, avant de préparer de justes lois aidé par la raison et la science.

Pas facile du tout ; car parfois et même souvent, ce Chev est à la fois juge et partie.

Je terminerai par cette citation de Jacques Monod qui résume, à mon sens, le bien fondé de tout humanisme :

« Aucun système de valeurs ne peut prétendre constituer une véritable éthique, à moins de proposer un idéal qui transcende l’individu au point de justifier qu’il s’y sacrifie.

Par la hauteur de son ambition, l’éthique de la connaissance pourrait satisfaire cette exigence de dépassement.

Elle définit une valeur transcendante, la connaissance vraie et propose à l’homme de la servir par un choix délibéré et conscient.

Cependant elle est aussi un humanisme car elle respecte dans l’homme le créateur et le dépositaire de cette transcendance ».

Je finirai enfin, par cette question posée au tout début de l’épilogue de l’ouvrage collectif intitulé : La plus belle histoire du Monde : de H. Reeves, J. De Rosnay, Y. Coppens et D. Simonnet.

« A l’étroit sur leur petite Terre, menacés par leur propre puissance, les êtres conscients et curieux lèvent les yeux au ciel et interrogent, anxieux : comment cette belle histoire du monde va-t-elle continuer ? »

J’ai dit.

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