31° #428012

Souverain tribunal

Auteur:

J∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A ce degré, il est question d’un « souverain Tribunal ». La première réflexion qui me vient à l’esprit, est forcement d’essayer de définir quel est le rôle de ce tribunal, quelles sont ses prérogatives et qui doit-il juger ? Quel est son rôle ? Serait-il de veiller à ce qu’aucun Frère de quelque degré qu’il soit, ne s’écarte de ses devoirs, du respect du rituel de son grade et de la Règle. D’éviter et sanctionner au besoin, toutes erreurs et déviances de fonctionnement ?

Mais en fait, ce n’est pas le cas, et cela est parfaitement spécifié dans notre rituel : « Le Souverain Tribunal au sein duquel vous aurez désormais l’honneur de siéger n’est pas, en dépit de son titre, l’instrument judiciaire de l’instance suprême de l’Ordre. Sachez que le Suprême Conseil ne délègue jamais sa justice, mais celle-ci néanmoins puise son inspiration dans ce Temple où règnent l’Idée Juste, l’Equité et la Miséricorde ».

Alors ?

Force est de constater que la fonction d’un « inspecteur » est bien de surveiller, celui d’un « Inquisiteur » de se livrer à des recherches minutieuses, rigoureuses et si besoin, arbitraires et enfin celui de « Commandeur » d’exercer le commandement d’un ordre chevaleresque.

Où est l’explication de ce paradoxe ?

Nous pouvons peut-être trouver une possible explication de cette divergence dans les cahiers de 1805 où le livret d’instruction nous indique à la question :

– Quels sont les devoirs d’un Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur ?
– C’est de prendre les décisions impartiales en toutes occasions. Il doit donner le bon exemple, se montrer modeste, savoir écouter avec patience. Il doit devenir un éducateur un protecteur et un guide tout en étant un censeur.

Certes, voila qui est clair. Mais les décisions juridiques, comme nous l’avons vu, étant du domaine de compétence du Suprême Conseil, reste donc que les autres obligations.

Voila le devoir d’un titulaire du 31ème degré, mais ce devoir il devra l’assumer seul, puisque le grand tribunal ne fonctionne pas comme ça.

Que représente alors le grade de Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur ? Revenons aux cahiers de 1805 qui précisent :

– Ce n’est pas une récompense pour le travail maçonnique effectué, mais c’est le point de départ d’un nouveau cheminement initiatique en vue d’atteindre un nouvel état de spiritualité conduisant à la réalisation complète du Principe qui est en lui.

Ce grade n’est donc qu’une étape, qu’un point de départ. Mais alors, son véritable rôle est-il de veiller sur ses Frères, être leur juge et leur mentor, ou poursuivre son propre chemin initiatique ? Forcement les deux.

N’oublions pas que lors de notre initiation, le Très Parfait Président nous rappelle :

« Nous ne doutons pas qu’ayant été consacrés Grands Elus Kadosch vous connaissiez parfaitement la teneur de chacun des degrés, du 1er au 30ème inclus. Nous ne vous ferons pas l’injure de vous interroger à leur propos. Ce sont vos actes, vos pensées, même les plus secrètes, bref tout ce qui a trait à votre comportement en tant que détenteurs des 30 premiers degrés du R.E.A.A. qu’il vous appartient d’évoquer en vous-mêmes.

En passant en revue les huit étapes marquantes de votre vie maçonnique vous procéderez ainsi à votre examen de conscience à l’instar de celui que vous subirez peut-être plus tard, au moment d’aborder l’ultime épreuve du Passage à l’Orient Eternel ».

Nous avons examiné les huit colonnes pour nous remémorer les huit étapes marquantes de notre vie maçonnique. N’est-ce pas là, la condition nécessaire de ce rappel de notre cheminement initiatique, pour être à même d’assumer pleinement par nos acquis, le premier engagement du Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur celui d’être un guide pour ses Frères.

Quant à la question « qui doit-on juger ? », de toute évidence la réponse se trouve dans notre Rituel :

« Eh bien, nous allons vous faire subir la Question! »

Mais dans cette procédure, vous serez vous-mêmes vos propres inquisiteurs et vos propres tourmenteurs, car le Tribunal devant lequel nous vous faisons comparaître est celui de votre propre conscience.

Nous vous suggérerons simplement des questions en vous demandant de vous les poser à vous-mêmes et d’y répondre dans le secret de vos cœurs. A l’issue de cette épreuve il vous suffira de faire savoir à ce Souverain Tribunal si vous plaidez « coupable » ou « non coupable ».

A l’introspection demandée, une seule réponse, un seul verdict semble logiques, face à la balance de justice : « Je me reconnais indigne ».

Il s’agit bien d’un jugement, d’un auto jugement, le notre.

Concernant le prolongement de notre quête, puisque nous avons eu l’insigne honneur d’avoir, après l’indulgente plaidoirie du Grand Orateur teintée, tout de même, d’une hésitation certaine, un verdict favorable de la part de nos Très Eclairés Frères, il nous faudra à présent comprendre la justification des mots sacrés du grade « Justice, Equité ».

Mais aussi, tenir compte des recommandations concernant la mission du Souverain Tribunal, en nous imprégnant de la triple signification : initiatique, éthique et métaphysique.

Les Mots sacrés d’un grade recèlent toujours ses symboles fondamentaux, et il me semble que ceux-ci collent parfaitement à la mission que s’impose un « Souverain Tribunal ».

Guizot disait : « La justice nous sépare, en quelque sorte, nous isole, nous défend contre chacun et contre tous, comme s’ils étaient ou pouvaient devenir nos ennemis ».

Quant à l’équité, concept mystérieux et vague, fortement ressenti pourtant, qui dépasse dans les aspirations qu’il suscite ce que son étymologie évoque : le traitement égal des hommes, le respect absolu de ce qui est dû à chacun. Je la placerai plus près de la « vraie justice » que le droit lui-même. L’équité met en lumière l’inévitable imperfection du droit ; elle peut être invoquée dans diverses circonstances : elle sert à compléter, corriger ou humaniser les règles du droit.

C’est pourquoi à la demande « Justice », nous répondons « Equité ».

Des enseignements de la triple signification de la cérémonie de consécration, je dirai :

Sur le plan initiatique, je considère qu’effectivement nous passons sur un autre plan, le Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur est appelé à faire la synthèse de tout ce qu’il a appris dans les degrés antérieurs avant de poursuivre sa quête initiatique. C’est en effet dans l’approfondissement des enseignements symboliques que véhicule la tradition qu’il pourra prendre conscience de la Loi Universelle.

Pour l’éthique, il faut convenir que l’introspection que nous impose la cérémonie d’initiation, nous recadre dans la conduite morale de nos aspirations de Franc-maçon.

Coté métaphysique, il faut reconnaître que la symbolique de la consécration au 31ème degré nous invite à une recherche rationnelle des fondements des degrés précédents et plus encore à la prise de conscience du chemin parcouru et du trajet qui reste à faire pour espérer approcher, pourquoi pas, l’état d’homme « spirituel » qui est le but de l’initiation écossaise.

Très Parfait Président, mes Très Eclairés frères,

J’ai dit.

Bibliographie :
– Les degrés ultimes (Guérillot).
– Le Rite de perfection (Guérillot).

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