#401012

Loi unique et multiple

Auteur:

P∴ P∴

Obédience:
SCDF
Loge:
Non communiqué

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Ordo AB Chao
Deus meumque Jus
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil pour la France
Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
Du 33é et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté
Trois fois puissant Maître et vous tous mes frères Maîtres secrets

« Quelque admiration que t’inspire le spectacle de l’Univers, seule est réellement admirable la Loi unique et multiple qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail ».

Ce thème sur lequel il m’a été demandé de vous présenter un travail est extrait du rituel du 4° degré, en page 31. C’est la phrase prononcée à l’intention du candidat à la réception à l’issue de son 3 voyage.

1 – La phrase :

A la première audition de cette phrase, je me souviens avoir fait le lien avec le deuxième degré et le «spectacle des merveilles de la nature» :« Comment avez-vous été conduit à cette connaissance ?»

«Par le spectacle des merveilles de la nature et avec le secours de l’intelligence dont m’a doué le Grand Architecte » nous dit le rituel du 2° degré.

Or, nous observons que percevoir le spectacle de l’Univers nécessite de bien voir. Or, au 4° degré, nous ne voyons pas bien et nous ne comprenons pas bien, nous dit le rituel.

Cela ne signifie pas pour autant que le Compagnon voit mieux que le MS ils ne sont pas placés au même endroit et n’ont donc pas le même angle de vision : le Compagnon travaille à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, dans la loge, alors que le MS travaille devant le Saint des Saint, c’est-à-dire quasiment en présence du Grand Architecte.

J’ai pensé également à l’astronomie où chaque étoile, prise individuellement comme un détail de la vision que l’on a lorsqu’on observe le ciel, obéit aux lois de l’ensemble de l’univers.

En astronomie comme pour les autres sciences, nous avons des connaissances, mais ne savons généralement pas que l’ensemble de ces connaissances doit être ramené à l’unité.

En fait, la première difficulté de la compréhension de cette phrase me semble résider dans le passage du multiple à l’unité, problématique que nous connaissons bien dans nos travaux habituels.

Nous devons faire la différence entre nos petites observations multiples, et leur sens qui est unique et qu’il nous faut ramener à la Loi Unique.

C’est ce que tentaient les anciens grecs : créer l’harmonie avec le cosmos, ordonnancer le chaos apparent et créer un ordonnancement générant l’ordre.

La deuxième difficulté de la compréhension vient du fait que nous devons éviter de simplifier à l’extrême : ne perdons pas de vue que le Loi Unique n’est composée que de lois multiples.

A l’intérieur de l’unicité, il n’y a que la multiplicité. C’est souvent le lien que nous faisons entre macrocosme et microcosme.

L’homme, microcosme, est créé à l’image unique de Dieu, unique et non pas multiple. C’est en cela que l’effet miroir nous permet de dire que ce qui est en bas est comme ce qui est en haut.

En nous familiarisant dès le premier degré avec le pavé mosaïque dont les dualités noires et blanches sont ramenées à l’unité, nous percevons assez facilement le noir et le blanc comme constituant d’un tout unique.

2 – La Loi :

La phrase amène une autre question : de quelle Loi parlons-nous ? Quelle Loi peut être à la fois unique et multiple ?

Loi Humaine :

Il ne s’agit naturellement pas de la loi humaine, souvent définie lors de conflits d’intérêt par des hommes qui n’ont rien d’inspiré, et dont la mise en œuvre réelle dépend d’avantage de conditions politiques que de la morale. Le droit sociétal nous permet à peine de vivre ensemble.

Loi naturelle :

S’agit-il de cette perception récente et moderne de la Loi que l’on appelle « Loi Naturelle » ?

C’est la doctrine scientifique en vigueur : il y a une loi unique : pas de différence entre moi et le cosmos, entre moi et la création. Nous sommes constitués d’atomes et de particules, notre ADN est très proche de celui des autres êtres vivants.

Pour les défenseurs de cette théorie, l’âme est une conception humaine.

Pour eux, la nature est bonne, et, à l’instar de J.J. ROUSSEAU, l’homme est bon, c’est la société qui le corrompt. Il faut défendre tout ce qui est naturel, « écologique » dit-on de nos jours.

Ce faisant, on oublie que la nature n’est pas toujours bonne : elle produit des poisons, des champignons vénéneux. Elle pousse même le vice jusqu’à mettre des noyaux et des pépins dans les fruits sur lesquels on se casse les dents !

L’homme est curieux : il ne veut pas d’OGM, mais veut des mandarines sans pépins, qui ne peuvent donc pas se reproduire, et des fruits sans ver bien que non traités.

Plus sérieusement, il suffit de voir un nouveau-né atteint d’une maladie incurable pour se rendre compte que la nature n’est pas toujours bonne.

Loi divine :

Il s’agit de la Loi révélée par le décalogue. On agit au nom de Dieu.

Le problème est que souvent l’homme s’autorise tous les actes au nom de Dieu, et ceci quelle que soit la religion : toutes les religions ont leurs extrémistes. Cela débouche naturellement sur la non-reconnaissance de la loi humaine dans la société.

Rappelons que la démarche religieuse consiste généralement à se soumettre aveuglément à la volonté divine, ce qui est relativement passif, alors que la démarche initiatique est plus active et nécessite que nous y collaborions par nos actes, au quotidien.

Loi « Maçonnique » ?

Avons-nous une conception maçonnique de la loi, ou existe-t-il une loi que je qualifierais de maçonnique, même si elle n’est pas formulée comme telle ?

Je défini la Loi maçonnique comme étant celle de la voie du milieu, la voie de la conscience.

On peut critiquer la Loi humaine, mais elle est nécessaire à l’équilibre de la société, et ses erreurs ne nous empêchent pas de mener des actions pour tenter de l’améliorer.

On peut être émerveillé par la nature, la laisser faire ; mais il faut être conscient que la nature est parfois féroce.

On peut décider de suivre la voie de la révélation,  mais il faut rester vigilant face aux extrêmes et aux dérives sectaires.

La Loi « Maçonnique », que je devrais plutôt qualifiée de Devoir, serait pour moi  celui qui consiste à mettre de l’ordre dans le chaos de ces lois.

J’en conclus donc que ce que je désigne arbitrairement sous le vocable de « Loi Maçonnique » se transforme en Devoir et que ce Devoir ne saurais se soumettre aveuglément, et seulement après examen, ni à la Loi divine, ni aux lois parfois absurdes de la société.

Ce Devoir, à la différence de la Loi n’est pas codifié puisqu’il relève de la conscience ; la conscience étant un regard très bien exprimé par Victor Hugo lorsqu’il parle de l’œil qui regarde Caïn.

Il reste, dans ces conditions, à agir et à travailler.

Ce n’est pas facile. Comme il a été dit, « ce n’est pas le chemin qui est difficile, mais le difficile qui est le chemin. »

3 – Rechercher l’idée sous le symbole :

Lors de ma réception au 4°, on m’a effectivement lu le texte objet de mon travail de ce jour.

Mais on ne s’est pas arrêté là.

On m’a notamment dit qu’il fallait rechercher l’idée sous le symbole.

Il me parait en conséquence un peu curieux d’avoir pour sujet de travail une phrase dont la formulation littérale est affirmative et laisse peu de place à l’interrogation.

Dans cette phrase, quel est le symbole et quelle est l’idée qui se cache dessous ?

Le symbole que j’y perçois comme étant le plus fort est celui de la complémentarité entre le multiple et l’unique. Il nous arrive à tous d’avoir l’intuition fugitive de l’unité quand le génie parle. Le problème est que le génie se tait souvent, et qu’on ne peut pas vivre en permanence avec cette connaissance unitaire. Si la Loi unique et multiple régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail, elle doit régir ma vie personnelle dans son ensemble et dans son détail, ma vie personnelle faisant partie du « toute chose » de la formulation.

4 – Ultime expérience personnelle de l’Unité :

Lors de nos rituels cette intuition que j’évoquais, le génie qui parle, est souvent déclenchée de façon cyclique, lors que la réception à un degré par exemple. Nous acquérons alors progressivement une vue unitaire sur le degré qu’on vient de quitter. C’est la fin d’un cycle.

La fin d’un cycle maçonnique, c’est souvent la mort qui nous permet de naître à autre chose. Cela, c’est pour notre vie en Loge.

Néanmoins, lorsque nous naissons à autre chose, nous ne quittons jamais complètement ce que nous étions avant : il y a toujours une part de passé en nous.

Nous entendons souvent nos Frères dire que le passage à un nouveau degré a eu pour conséquence une meilleure compréhension du degré qu’ils ont quitté.

Je crois que c’est la même chose dans la vie de chaque homme. C’est souvent lorsque le souvenir survient hors des passions que le recul nécessaire à la compréhension s’installe.

Nous n’imaginons pas les surprises que nous réserve notre passé !

J’ai pris conscience tardivement de l’origine de ma Foi.

Lorsque j’étais enfant, ma famille et moi vivions dans le dénuement, la faim et la violence. Lors de mes prières d’enfant, je demandais  en conséquence au bon Dieu la richesse, la prospérité en quelque sorte. Dieu n’a pas exaucé mes prières, mais le Grand Architecte m’a répondu en me donnant un cerveau et des muscles pour travailler.

J’ai demandé parfois la force de faire face, et il m’a donné des difficultés et des obstacles à surmonter pour me rendre fort. Aux faveurs que je demandais dans mes prières, le Grand Architecte a répondu en me donnant des potentialités. C’est en prenant conscience de ces choses qu’est née ma Foi en Lui, alors que j’étais plus jeune. Plus tard, lorsque j’ai recherché un minimum de sagesse, la vie m’a offert des problèmes à résoudre, que j’ai pu résoudre. J’ai appris alors à espérer face aux épreuves de la vie et à avoir confiance en moi.

Lorsqu’enfin j’ai recherché l’Amour de mon prochain, la vie m’a donné des gens à aider dans leurs problèmes. J’y ai ainsi découvert ce qu’est la charité mise en œuvre dans l’action. Je n’ai rien reçu de ce que j’ai demandé, mais reçu tout ce dont j’avais besoin.

J’y vois le signe qu’effectivement, si la Loi unique et multiple régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail ; elle régit également ma vie personnelle dans son ensemble et dans son détail. Cette prise de conscience m’a permis de vivre ma vie sans peur, et d’affronter tous les obstacles pour tenter les surmonter. Ces expériences peuvent paraître obéir à des Lois multiples, elles obéissent en réalité à une seule Loi : l’amour, l’amour de la vie, l’amour du Grand Architecte, l’amour de son prochain, l’amour de soi.

5 – Conclusion :

Nous n’avons pas toujours conscience des bienfaits que nous recevons ou du  potentiel que nous avons en nous.

C’est sans doute pour cela que l’ennemi de notre progression est en nous et qu’il nous est montré dans le miroir lors de la cérémonie d’initiation au REAA. Ce miroir ne représente que notre image, et non ce que nous sommes.

C’est aussi pour cela que le « Bien voir » est important et consiste principalement à voir la part de Dieu en chaque homme. C’est connaître par l’intelligence, voir le fond des cœurs.

Je dois avouer que s’il m’est concevable de rechercher la part de Dieu en chaque homme, je rencontre des difficultés à envisager qu’il puisse aussi y avoir une part de Dieu en moi.

J’ai questionné la loi humaine
J’ai questionné la loi naturelle
J’ai questionné la Loi divine
J’ai questionné notre Devoir
J’ai questionné mon passé
J’ai questionné mes intuitions qui nous échappent, comme nous échappe la Vérité
J’ai questionné ma Foi
J’ai questionné ma conscience
Je ne sais pas qui a tracé ces lois en moi, mais elles sont présentes en moi, comme la Loi unique est présente en chaque être humain.
Le questionnement de cette liste de points multiples ne mène à rien si nous sommes incapables de recréer en nous l’Unité de tous ces points.
Je conclurai par cet écrit de Marcel Proust – A la recherche du temps perdu.

« Le vrai futur est la métamorphose de tout le passé vécu. C’est ainsi d’ailleurs que ce qui est advenu et qui adviendra forment un éternel présent. Sans rien oublier, Dieu accompagnera tout, recueillera tout, pour finalement tout transformer ».

Nous pourrions compléter cette citation par « pour finalement tout transformer », jusqu’à la mort qui est la loi ultime et unique applicable à tous.

J’ai dit,

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