4° #401012 L’ombre et la lumière sont les deux éternelles voies du monde Auteur: H∴ A∴ Obédience:Non communiqué Loge: : L’Echo à l’Orient de Nîmes La nuit contient la promesse du jour, comme l’hiver celle du printemps, la vie se prépare dans l’obscurité du ventre de la terre où la graine d’apparence morte va germer pour renaître au soleil en superbe moissons.C’est aussi dans le noir absolu de l’utérus que l’enfant prend forme et vie, si bien que, au-delà de ce symbolisme négatif, murmurent de secrets espoirs de renaissance.Etre dans les ténèbres, c’est par définition être privé de lumière. Au début de l’étude de la lumière, une question fondamentale se posait aux savants. La lumière est-elle composée d’ondes ou des particules ?Les grecs, en observant le ciel avaient constaté que la partie la plus brillante de la lune était tournée vers le soleil. Si la lumière arrive du soleil, c’est qu’elle se déplace. Là où la lumière ne va pas, ce sont les ténèbres. directes et efficaces, la lumière se déplace et les ténèbres sont absence de lumière. J’ai bien dis absence de lumière et non : opposé de la lumière.Il a fallut le XVIIème siècle et le discours de Descartes sur la lumière pour avoir une approche plus scientifique.La lumière dans ses différentes manifestations nous permet d’appréhender le monde. C’est grâce à elle, que nous percevons formes et couleurs. Nous la voyons, nous la sentons, sa chaleur nous touche.Elle nous permet de nous situer dans l’espace, et finalement de former un ternaire : la source lumineuse, l’objet éclairé, et l’observateur.La fameuse loi du miroir l’énonce : l’angle d’incidence est égal à l’angle réfléchi. L’angle sous lequel vous voyez les choses, induit le rapport qu’ont les autres avec vous.Au-delà de la lumière du soleil, ou de la lumière artificielle que nous produisons, il y a la lumière qui nous éclaire intérieurement. Si l’on accepte cette idée, l’on voit alors que l’on peut être enfermé dans la pièce la plus sombre et quand même être baigné dans la lumière. A contrario, être sous le soleil le plus éclatant tout en étant dans les ténèbres. C’est la recherche de cette lumière intérieure qui sépare le profane de l’initié.La lumière, c’est apprendre les choses qui peuvent exister, être capable de les reconnaître, savoir ce qui peut être fait avec, et pouvoir les associer. Elle nous aide à tirer les leçons du passé et à construire l’avenir.La lumière est inscrite dans l’histoire de l’humanité, en mouvement de la matière à l’esprit.Au début, à la genèse était le chaos. Le créateur décide d’extraire la lumière des ténèbres. Le jour et la nuit cohabitent et ne sont qu’un avant d’être deux. Donc, Dieux sépare la lumière des ténèbres, et comme la lumière était bonne, il fît le premier jour, et comme tout le monde le sait, dieu dit : « que la lumière soit » et la lumière fût.Cet extrait de la bible n’est pas sans rappeler l’ouverture de nos travaux.Le rituel d’initiation au grade d’apprenti est le premier discours maçonnique que le profane perçoit. Il est construit autour de l’idée de la lumière, il dynamise l’initiation en la mettant en mouvement. Etre initié, c’est justement recevoir la lumière.Le mémento du Maître secret nous précise que « LA VERITE » est la lumière placée à la porté de tout homme qui veut ouvrir les yeux et regarder la grande route du devoir. La lumière, reçue lors de notre initiation est un droit d’entrer à la lumière des tenues. Cette lumière reste en nous avec plus ou moins de force.Pour exploiter cette lumière, un outil peut nous aider à tracer les limites entre la matière et l’esprit, c’est le compas, notre compas. Le rayon lumineux de notre esprit éclaire notre champ d’action, au-delà, c’est comme de l’autre côte de la porte : il fait noir.Si nous posons la pointe du compas en nous-mêmes, nous pouvons tracer le cercle de notre rayonnement. Nous sommes à la fois l’étoile et le berger, les ténèbres et la lumière. L’immobilité ne nous permet pas de nous trouver. Seule la mise en mouvement de notre volonté peut nous éclairer, comme le berger décide d’avancer pour aller vers son étoile.Le V M S cherche à travers les voyages, la vérité et la parole perdue. Cette vérité est notre chemin qui doit nous permettre de voyager jusqu’au bout de nous-mêmes afin d’y retrouver la lumière, notre lumière. Nous sommes tous porteur d’une étincelle de cette énergie transcendante.Cette lumière est en quelque sorte la découverte d’une vie dédiée aux mystères de la franc-maçonnerie, donc au perfectionnement de sa connaissance symbolique.Le grade de V M S nous donne une clef, elle n’est pas en métal, elle est en matière organique, l’ivoire, symbole de pureté par sa couleur, elle n’ouvre aucune porte matérielle, mais représente l’outil qui ouvre ou referme les portes de la connaissance ainsi que la lumière de nos frères, et doit nous permettre de rayonner vers l’extérieur.Le voile du V M S nous plonge dans une lumière diffuse, nous ne sommes plus dans les ténèbres mais dans l’ombre. Il nous rappelle que nous n’avons pas acquis toutes les connaissances, et qu’un long chemin reste à parcourir sur notre voie initiatique.L’ombre est immatérielle : c’est pourquoi les âmes des morts sont bien souvent des ombres Mais l’ombre a d’autres valeurs symboliques. L’ombre est d’une part ce qui s’oppose à la lumière, mais aussi l’image des choses fugitives, irréelles et changeantes.L’ombre a besoin de la matière, pour s’y projeter. Les règles de la projection des ombres ont toujours fasciné le monde artistique. En Asie, les ombres chinoises remontent à des temps très anciens. Elles ont évolué en différentes formes de théâtres et d’animation. Le plus connu est sans doute le théâtre des ombres d’Indonésie. Pour le photographe, l’ombre adoucie la lumière, leur donne leur donne du relief au sujet, et l’inscrit dans la réalité, Depardon est un grand Maître en ce domaine.L’ombre se laisse difficilement saisir. Dans les rêves, elle peut s’apparenter à un personnage sombre, menaçant, au visage caché, certains tableaux de DE CHIRICO l’illustrent parfaitement, où seule une ombre laisse deviner la présence angoissante d’un personnage qui se tient hors du champ.C’est à travers elle, que les hommes ont découvert les rudiments de la géométrie, les ombres portées ont permis de mesurer le temps, tel le cadran solaire. L’ombre étant indissociable de la lumière, l’un rythme l’autre, et ils permettent le décomptes des jours.L’ombre n’est pas une chose, c’est une absence, mais une absence indispensable, qui nous enseigne sur ce que nous ne pouvons toucher.Sans ombre, nous ne reconnaitrions pas grand-chose du monde qui nous entoure, et encore moins de l’univers. L’ombre est une énigme, qui a fasciné les astronomes et les savants, bien avant qu’ils ne maîtrisent la théorie des corps célestes et de la lumière.L’ombre nous met face à ce que nous n’aimons pas, ce que nous rejetons, ce que nous refusons de voir, cette appréhension peut être aussi le reflet de nos cauchemars, de nos peurs. Mais l’affronter, c’est tendre vers la guérison, si tant est qu’on la considère comme une maladie. Pour cette raison, notre passage dans le cabinet de réflexion nous plonge vers ce côté obscur de nous même, créant un moment rare de réflexion, inattendu mais réaliste. L’ombre peut être aussi illusion. La situation des prisonniers à l’intérieur de la caverne décrite par Platon dans la « République » une métaphore pour décrire la condition humaine. Ils ne voient que des « ombres » animées. Ils vivent dans l’illusion, puisque ce qu’ils voient, ce qu’ils croient connaître, n’est en réalité que « l’ombre des choses réelles, leurs apparences. Une fois sorti de la caverne, le prisonnier ne peut pas immédiatement « contempler » le soleil : sa vision des choses se déroule par étapes, de la caverne vers le monde extérieur, et par là même de l’ombre à la lumière. Cette progression est en fait une métaphore du chemin que chacun doit emprunter pour sortir de l’illusion et accéder à la vérité.« Ce qui est caché est encore une part immense de vérité ; si ce n’est pas, même la vérité entière » – Jean MourguesMais qu’est-ce que la vérité ?– Y a-t-il seulement une vérité ?– Faut-il être initié pour atteindre la vérité ?– Faut-il renoncer à chercher la vérité ?Autant de questions qui nous interpellent. Nous ne pouvons pas et ne devons pas être indifférent à la vérité. Nous devons accorder un soin particulier à la recherche de la vérité, car cette question existentielle du « chercheur » répond à ce que nous sommes, à la condition qui est la notre. Ce que nous sommes, se mesure à l’échelle de la vérité que nous pouvons connaître et vivre à la fois. Il est humain, de vouloir connaître, c’est-à-dire comprendre « ce qui est » et sortir de l’ignorance, ce qui peut nous plonger dans l’égarement, Nous devons sortir des ténèbres et nous diriger vers la lumière.L’ombre et la lumière sont étroitement liées, sans lumière, il n’y a pas d’ombre l’un ne peut exister sans l’autre.Sans lumière, on ne peut pas se souvenir du passé et l’on ne peut pas penser à son avenir. Sans lumière, les individus ne se comprennent plus, il s’ensuit la haine et la guerre. L’incapacité à communiquer engendre l’ignorance, l’ignorance engendre la peur, la peur engendre la violence.Un manque de lumière peut amener un bien-être tout à fait relatif, parce que l’on n’a pas conscience des menaces et des enjeux.Mais la lumière brûle aussi comme le feu, Elle brûle les insectes qui la touche, et symboliquement, la lumière brûle les hommes qui s’appropriant le savoir et le pouvoir, se prennent pour Dieu lui-même. Icare, grisé par la puissance de son vol, s’approchant trop prêt du soleil, fit fondre la cire de ses ailes et tomba dans la mer.Ombre et lumière sont deux concepts totalement liés dans la symbolique maçonnique, ils en sont des éléments incontournables dans les grades qui me sont connus, du 1er degré au 14éme degré.Je n’en citerai qu’un :Instruction au grade d’Intendant des bâtiments :Question : Pourquoi avez-vous été reçu ?Réponse du récipiendaire : Pour dissiper les ténèbres et me procurer la véritable lumière pour diriger mon cœur et éclairer mon entendement.« Lumière et ombre sont les deux éternelles voies du monde »L’image est parlante, voie aurait pu s’écrire voix, nous quittons le monde profane pour celui du spirituel, en empruntant la voie royale.Les chemins qui mènent à l’accomplissement de soi sont à la fois en nous et hors de nous. Maîtriser ce couple Lumière-Ombre, c’est se donner les chances de mener à bien notre projet maçonnique, notre projet de vie.Toutes les religions, tous les mythes, toutes les légendes sur la création du monde sont fondées sur la dualité du bien et du mal, sur l’ombre et la lumière.Le prophète Zarathoustra (ou Zoroastre), grand oublié de l’histoire des religions, créateur du monothéisme, il y a 3 700 ans selon certains historiens, nous chante à travers ses 17 Gathas les louanges de son Dieu Mazda Ahura, créateur de la justesse.Selon lui, l’homme peut choisir entre deux formes de pensées qui mènent à deux façons de vivre : le bien et le mal. Zoroastre enseigne la pensée évolutive, juste et radieuse, en opposition à la pensée stagnante et sombre afin de rendre les hommes, les animaux et les plantes, heureux et épanouis.Générer la lumière, éclairer au sens propre comme au sens figuré, c’est aussi engendrer l’ombre. Cette dualité universelle illustrée par le Ying et le Yang et pour nous Francs maçons, par le pavé mosaïque, nous rappelle le caractère indissociable du blanc et du noir, clarté et obscurité, positif et négatif, vérité erreur.Cette opposition est matérialisée par la couleur blanche et la bordure noire du tablier du M S, L’œil sur la bavette est le symbole du soleil, archétype de la Lumière.« Lumière et ombre sont les deux éternelles voies du monde ».« Reconnaissance – rituel du 4ème degré ».Mais l’on ne passe pas de l’ombre à une lumière absolue, mais à un jeu d’ombre et de lumière maîtrisée. L’ombre est nécessaire à la mise en exergue de la lumière, elle favorise le discernement et donne du relief à la vie.En conclusion, malgré mes 16 ans de maçonnerie, je ne sais pas si je suis plus éclairé qu’auparavant, Néanmoins, la voie initiatique à stimulé en mois le sens de la justesse, de la clairvoyance, ce qui m’a aidé à apprivoiser, à contrôler l’ombre qui m’entoure.Mon cheminement maçonnique me permet de circonscrire cette part d’ombre et d’ignorance qui est en moi et d’intensifier la lumière de la connaissance dont les Frères me gratifient. Quant à savoir si je prodigue un éclairement, je ne peux le dire ; la seule chose que je sais c’est que comme le disait saint Exupéry, « On ne voit vraiment qu’avec le cœur, car l’essentiel est invisible à nos yeux ».J’ai dit.V M S Navigation des articles Planche Précédente "Le cartouche du 4ème degre" Planche Suivante "Le Maître Secret et les sentences du 4ème voyage"