#401012

Notre Devoir et la quête de la Parole Perdue

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
Non communiqué
Loge:
:  NC
A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers


Deus Meumque Jus


Rite Ecossais Ancien et Accepté


Ordo ab Chao


Au Nom et Sous les Auspices du Suprême Conseil de France


Liberté – Egalité – Fraternité

Trois fois puissant Maitre et vous tous mes frères Maîtres Secrets.

J’ai l’honneur et le plaisir d’être le premier chez les Maîtres Secrets à graver une colonne pour cette nouvelle année maçonnique. Honneur oui, plaisir ce fut moins vrai parce que le laps de temps qui m’était offert pour préparer cette petite réflexion me sembla un peu court. Le temps qui nous est donné est de toute façon toujours trop court, et il me faut apprendre à faire avec. Ce petit préambule est ma façon à moi de vous demander beaucoup d’indulgence.

Le sujet dont je vais vous entretenir ce soir s’intitule :« Notre Devoir et la quête de la Parole Perdue. »

Je vais vous conter une petite histoire qui est celle de tout le monde ici et plus particulièrement la mienne puisque c’est moi qui vous la conte.

Par une nuit froide de l’hiver 6009 (bien sûr chacun pourra y mettre ses propres dates) je fus accepté à pénétrer dans le temple. Après une cérémonie où mon jumeau et moi étions à l’honneur, un petit carnet plus communément appelé : le memento de l’apprenti nous fut offert, dans ce dernier aux Devoirs de l’Apprenti il est écrit : Respect de la Loi, Assiduité aux Tenues, Amour Fraternel et Tolérance, le Silence et enfin le Secret.

A ce premier degré, comme je suis tenu au silence, aucun risque d’erreur de quelque nature que ce soit, en plus je ne sais ni lire ni écrire. Tout en étant silencieux mais curieux avec les yeux et les oreilles grands ouverts j’ai satisfait à mes obligations et deux ans plus tard, un mot de passe me permit d’accéder au grade supérieur. Ce mot faisant allusion à un passage de la Bible, au Livre des Juges, celui-ci relate l’histoire des Ephraïmites, qui, ne pouvant prononcer correctement le mot de passe étaient égorgés aux abords du Jourdain. Si je suis là ce soir parmi vous c’est que je ne me suis pas trompé dans la prononciation et peut-être même que je suis sans avoir rien fait pour cela du bon côté du rivage condition sine qua non pour pouvoir continuer son chemin sur la voie initiatique.

Quant aux devoirs liés à ce second degré, ils ne sont pas différents de ceux cités précédemment. De nouveaux outils offrent de nouvelles perspectives. Chacun pourra y trouver celui ou ceux qui semblent convenir le mieux à ce qu’il croit être. Pour moi ce sera les Arts Libéraux et plus particulièrement le Trivium avec la Grammaire, la Rhétorique, et la Logique est-ce une coïncidence si ce sont les arts de la parole ?

Le temps s’est encore écoulé et là aussi un mot de passe me permit d’accéder au degré supérieur. Mais ici pas de menaces, ouf, pas de gorge tranchée si mauvaiseprononciation. Lors de maréception, le Très Vénérable Maître raconte une histoire dans laquelle je deviens le personnage central, je deviens Maître Hiram. Je ne comprends pas tout de suite que les trois mauvais compagnons sont les personnifications de mon Ignorance, de mon Fanatisme et de mon Ambition.

Je vous avoue que là c’est un peu compliqué et que j’ai un peu de mal à suivre.

Lors de l’exaltation au troisième degré il me semble que nous sommes réincarnés en Hiram et tout porte à le croire.

Lors de la cérémonie au grade de Maître Secret je deviens un des sept maîtres qui est envoyé à la recherche de la dépouille de Maître Hiram et là je suis censé passer de l’équerre au compas et je deviens détenteur de la clef permettant d’accéder aux mystères parce qu’Hiram revit en moi.

Maintenant je sais qu’un bien précieux et surtout incommensurable se trouve quelque part en moi. Nous savons tous qu’une trop forte Lumière au lieu d’être une aide est un handicap puisqu’elle nous oblige à fermer les yeux, et nous plonge donc dans les Ténèbres. Et c’est sans doute une raison d’être des mots substitués. Des mots qui au fur et à mesure du chemin préparent l’initié à descendre en lui-même. Le chemin n’est pas facile, il peut être escarpé, mais il peut aussi laisser échapper un doux parfum qui invite à la flânerie.

Lors de l’initiation le Trois Fois Puissant Maître nous rappelle que la vie est brève, que le sommet est encore éloigné. De ce fait nous sommes invités à ne pas perdre de temps pour accomplir notre devoir tout en sachant que nous ne l’avons pas choisi que c’est le devoir qui fait le tri. Dois-je m’en réjouir ou pas ? La question ne se pose peut-être pas, ou alors c’est la formulation qui ne convient pas. Il me semble que c’est plus sur un état que la constatation doit se faire.

Suis-je plus heureux ou à défaut ce chemin me correspond-il ?

Suis-je sur la voie de la sérénité ?

Je ne crois pas que quelqu’un choisisse sa vie, je ne n’ai pas eu le don de voir le contenu de mon existence ni celle des autres d’ailleurs. Je dois sans cesse adapter le mieux possible les évènements qui font ma vie. Cela me rappelle une histoire : Un matin le Bouddha alla voir son premier disciple en la personne de Govinda et lui dit que leur chemin se séparait aujourd’hui. Govinda se mit à pleurer ne trouvant pas la faute qu’il aurait pu commettre et ainsi comprendre la décision de son fidèle ami le Bouddha. Gotama voyant son ami d’enfance effondré lui expliqua que depuis longtemps, le disciple vivait la vie du maitre et non la sienne et de ce fait il ne pourrait pas atteindre le Nirvana puisqu’il n’avait pas vécu sa vie il avait vécu celle de son maitre.

N’est-ce pas là l’équivalent de la sentence du premier voyage qui dit :

« Vous ne vous forgerez point d’idoles humaines pour agir aveuglement sous leur impulsion, mais vous déciderez par vous-même de vos opinions et de vos actions.

Vous ne prendrez pas les mots pour des idées et vous vous efforcerez toujours de découvrir l’idée sous le symbole. 

Vous n’accepterez aucune idée que vous ne compreniez et jugiez vraie ».

Comment entreprendre une vraie recherche alors que certains de nos sens sont trompeurs.

« De même que vous ne voyez pas bien, vous ne comprenez pas bien. »

C’est la sentence qui le soir de mon initiation à ce degré m’a le plus interpellé.

Il est difficile d’accepter que sa compréhension soit limitée. C’est comme l’horizon qui est la limite de notre vision, cette même limite s’éloigne au fur et à mesure que l’on avance sur le chemin de nos existences.

Si je vois mal ce n’est pas de ma faute, c’est ma condition humaine qui est défaillante.

Cependant, si j’entends mal, (au-delà bien sûr d’un problème auditif) je comprends mal, mais là c’est moi qui suis en cause, ce sont mes propres limites de compréhensions qui sont en jeu.


Comprendrons-nous un jour. Moïse est sur le Mont Sinaï il écrit l’Alliance sous la dictée de Dieu, il descend tranquillement vers son peuple content de lui apporter La Loi. Mais Moïse a été absent trop longtemps (quarante jours et quarante nuits) le peuple se prosterne devant le Veau d’Or. Moïse de colère casse les Tables, il remonte le Mont Sinaï, il écrit de nouveau mais pas sous la dictée, se serai plus de mémoire. De retour vers son peuple il ne peut clamer les « Ecrits », Moïse est bègue, par contre son frère Aaron est doté du don d’éloquence.

   Moïse a-t’il bien parlé ?

   Aaron a-t-il bien compris ?

Le message a-t’il été bien transmis ?

En Islam le prophète Muhammad est avant tout un homme, il est né homme et il est mort homme. Dans des histoires racontées par ces Compagnons, il est dit, que gens lui rappelaient certaines prières.

Ou encore des « savants » en Islam à l’époque où se questionner n’était pas un risque de se faire tuer bien au contraire, se demandaient si entre la réception et la formulation il n’y avait pas un risque de déformation humaine. C’est un exemple où il n’y a pas de limite à la recherche de la Vérité.

Il faut aussi se rappeler que le mot « Parole » signifie Verbe aussi bien en latin qu’en hébreu. En grec c’est le concept de « logos » raison, sagesse.

Le Verbe est « action », il est créateur de vie et de mort.

Que la Lumière soit ! Et la Lumière fut.

Même si je suis composé de poussières d’étoiles, qu’en moi un élan d’humanité m’anime, je dois construire chaque jour une passerelle vers les autres ça c’est pour ma relation extérieur et puis il y a ma relation avec moi et pour cela il y a vous mes frères. Eh oui, aussi étrange que cela puisse paraitre sans vous il n’y a pas de chemin qui mènerait à moi. Vous êtes mon miroir. Des fois le reflet n’est pas bon, il est plus beau que l’image qu’il est sensé refléter.

Cette recherche de la Vérité, comme nous le propose le Rite Ecossais Ancien et Accepté, est un véritable sacerdoce. Je suis comme Sisyphe condamné, lui pour l’éternité moi pour une vie à essayer d’attraper mon « inaccessible étoile ».

A scruter le nadir et le zénith, à la recherche de ce point lumineux on finit par oublier les chemins caillouteux que l’on arpente parfois sans protection. Le sac d’une vie trop plein de tout, trop plein de rien à douter de tout, de tous de soi. Des fois comme je l’ai déjà dit plus haut trop de lumière nous oblige à fermer les yeux, Mais il arrive aussi parfois que la nuit est trop profonde et que les yeux bien ouverts ne distinguent pas le moindre vers luisant.

Albert Camus a dit il faut imaginer Sisyphe heureux moi j’essaie de l’être.

Trois Fois Puissant Maître et vous tous mes frères Maîtres Secrets.

J’ai dit

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