#403012

Au degré de Secrétait Intime les dangers sur le chemin de la Connaissance ont été signalés Qu’en pensez-vous ?

Auteur:

G∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
LE PARVIS CHAMPENOIS

ALGDGADLU
Rite Ecossais Ancien et Accepté
ORDO AB CHAO
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
Liberté-Egalité-Fraternité

Dans le fil rouge qui relie les degrés entre eux, il me parait important de faire un bref rappel sur le 5°degré, celui de Maitre Parfait.

Lors de l’initiation à ce degré, l’impétrant effectue 4 voyages, la pointe de l’épée sur le cœur et la corde au cou, rappel d’une menace sur la vie en cas de manquement au serment.

Le chemin initiatique est plein de dangers à tous les degrés.

Que l’on se tranche la gorge, arrache le cœur, qu’on soit mis au tombeau, menacé d’épées ou que les décors de la loge soient parsemés de larmes sur fond noir, tout engage à beaucoup de prudence et d’effroi.

Les crimes, les cadavres se succèdent sans oublier les accidents de chantier dans l’usage des outils symboliques, tout doit nous rendre très circonspect sur nos agissements.

Ceci s’analyse à un premier niveau de découverte des légendes maçonniques et des récits bibliques et nous revoie à notre propre vécu.

Ne pas craindre son inconscient, faire taire nos angoisses, comme Hiram le fait, en acceptant une mort temporaire pour renaître, lucide, avec en soi des parcelles divines, tel est notre lot.

La traversée des grades nous propose un chemin d’identifications multiples ; chacun des personnages proposés à notre réflexion, vivent une histoire précise où ils doivent résoudre leur problème de fond, pas à pas.

C’est le cas de Johaben dont nous allons suivre les étranges tribulations dans les degrés suivants.

On remarquera que le souci majeur n’est plus la construction du Temple, puisque le secrétaire intime a un rôle différent de celui du bâtisseur, nous entrons de plein pied dans le mythe de la Parole Perdue.

Avec la disparition d’Hiram Abi, le ternaire est rompu ; ne reste plus que Salomon et Hiram de Tyr.

Le mot ne peut plus être reconstitué, car la Parole ne circule plus, en quelque sorte, nous n’avons plus « le mot pour le dire ».

Il est donc impérieux de reconstituer ce ternaire ; c’est le rôle attribué à Johaben, auquel le maçon est invité à s’identifier.

Au 6ème degré, nous sommes face à une confrontation entre 3 expressions individuelles, apparemment contradictoires et qui ne sont plus capables de converger vers un Nous collectif.

Nous sommes désormais dans le chaos de l’action et de la parole désordonnée qui nuit à la compréhension du Soi et du monde.

L’irruption du Secrétaire Intime avec le cocasse de la situation, puisqu’il est surpris, caché derrière un rideau, s’analyse comme une nécessité.

D’autant plus que Johaben s’inscrit dans un cycle d’initiation chevaleresque, où, comme vassal de Salomon, il a le devoir de le protéger, au péril de sa vie.

C’est donc animé par l’esprit du combattant que Johaben estime, à tort que la vie de son suzerain est menacée et qu’il veut châtier l’insolent Hiram de Tyr.

Selon Jung, pour parler, il faut être 3 :

-le Moi, l’énonciateur
-l’intercesseur (animus ou anima selon le sexe)
-et le Soi.

Salomon, le Moi, est malmené par le Soi tumultueux d’Hiram de Tyr, en proie à la colère et à l’agressivité. Nous trouvons ici le thème très contemporain de l’accueil de l’étranger.

Salomon, persuadé que le brassage des peuples est source d’harmonie universelle, n’hésite pas à commercer avec ses voisins, à épouser des princesses étrangères et à solliciter les talents d’artisans d’autres pays.

Cette volonté d’ouverture politique et économique ne se fait pas sans confrontation avec des mentalités et modes de pensées desquels il n’est pas totalement familier, tout en gardant la foi dans la possibilité d’amélioration de l’Homme.

Johaben, qui a des raisons d’avoir peur, compte tenu des menaces qui pèsent sur son avenir, va devenir médiateur et invité à reconstituer le ternaire indispensable à la circulation de la parole.

Mais il agit, sans trop réfléchir, avec l’ardeur du néophyte, comme chaque frère au début de chaque cycle ; il se met en danger de franchir une nouvelle porte alors qu’il n’y est pas encore convié ou ne s’en est pas montré digne avant d’avoir prouvé sa vaillance et son attachement à son roi.

Gardons nous de confondre l’étude au sens intellectuel avec l’étude procurée par le vécu, par l’épreuve, par la méditation sur le cosmos intérieur et extérieur.

J’oserai dire qu’il faut « laisser respirer notre âme » ! Donc rester « branché » avec soi-même, par delà la dramaturgie des situations.

A ce moment de ma réflexion, je me repose la question des sujets de planche qui sont imposés aux apprentis.

Si j’admets l’intention didactique de cette pratique, nous constatons que ces sujets peuvent être appréhendés comme « extérieurs » au vécu des Frères et traités de façon très intellectuelle, alors que l’essentiel est dans le vécu.

Nous retrouvons d’ailleurs cette fameuse ardeur du néophyte, comme au 1°, 4°, 6° degré et plus par la suite, qui dans le souci de trop bien faire se montre maladroit et ici, apparemment indiscret.

C’est ainsi que Johaben se trouve confronté avec le dragon, dans la personne d’Hiram de Tyr furieux et menaçant, et face au mythe de la réconciliation du Moi et du Soi.

Salomon, dont la sagesse légendaire, a été mise à l’épreuve, puisqu’il condamne d’abord, puis pardonne ensuite, après avoir écouté Zerbal, capitaine des gardes, va arrêter le bras armé qui menace Johaben et présider à une réconciliation salutaire.

Mais nous savons tous qu’on ne peut rassembler que ce qui est épars, dans le but de concilier les contraires.

Et le danger de prêter aux autres les sentiments que nous éprouvons nous-mêmes plane toujours.

Cette mythologie des personnages, leurs combats, leurs errements, leurs victoires s’inscrivent dans la saga maçonnique porteuse d’enseignements à chaque épisode.

L’angoisse et la culpabilité se transforment ainsi en Devoir, et la force de cette obligation mesure bien le degré de puissance destructrice des sentiments négatifs initiaux.

Le Devoir porte désormais sur la recherche d’un objet perdu avec la mort du père, en l’occurrence la Parole.

Il s’agit de sublimer ses pulsions en analogie avec l’alchimie ; au lieu de se lamenter sur la disparition du père, ou sur le meurtre commis, il faut à notre tour devenir le père.

Quel bel exemple Maître Hiram offre à notre méditation :

Brusquement agressé par les mauvais compagnons, il doit, en un instant, juger de la situation, décider : livrer ou non le mot des Maitres ? Fuir ou se battre ?

Chemin laborieux du quotidien où nous sommes soumis à des agressions multiples :

Face à une violence qui nous est faites, le danger d’une réponse aussi violente nous assaille ; nous pouvons perdre notre maitrise et sombrer dans le chaos ; garder un temps de réflexion et une distance de sécurité pour prendre une décision argumentée.

Nous sommes comme Salomon partagés entre l’envie forte et soudaine de tuer Johaben et la contrainte morale de ne pas abuser du pouvoir.

Ne pas céder à la violence, amoindri la tension, mais ne l’efface pas ; il peut subsister une frustration qui saura resurgir dans d’autres circonstances.

Il est possible de résumer les actes fondamentaux de la Loge de perfection en 5 thèmes fondamentaux :

-construire : c’est-à-dire se construire
-tuer : retrouver les fondements psychiques du sacrifice et de la régression vers le soi
-se relier : ou communier comme acte de fraternité
-chercher : la quête étant le but
-juger/décider : Trancher le conflit des opposés et le rôle du moi

Au 6° degré nous pouvons relire ces 5 thèmes, puisque Johaben comprend que le bien et le mal sont en lui, comme dans chaque homme, que le risque d’être mis à mort entre dans son devoir, que se relier dans l’intime de soi et des autres est un chemin obligé, que chercher sans cesse sera son destin et qu’il lui faudra assumer ses choix sans défaillir.

De plus l’association de Secrétaire Intime associé à celui de Maître par curiosité suggère que nous sommes désormais dépositaires de secrets qui sont au cœur de nous-mêmes et que nous devons passer maitres de nous-mêmes par l’exercice de la curiosité sur nous-mêmes, curiosité symbole de recherche de la vérité.

A l’instar de Georges Sand et dans la même veine que le sujet de cette planche, nous sommes donc « invités à mourir de curiosité ».

Tout parait idéalement résolu puisque l’attouchement rappelle le ternaire retrouvé :

-Berith ou alliance
-Neder ou promesse
-Shelemoth ou perfection.

Nous pourrions conclure à l’harmonie retrouvée, puisque la tension s’est dénouée, que le ternaire fonctionne à nouveau.

J’emprunte à Umberto Eco cette citation :

« Il n’y a rien de mieux qu’imaginer d’autres mondes pour oublier combien est douloureux celui où nous vivons. Du moins, c’est ce que je pensais alors.je n’avais pas compris que, à imaginer d’autres mondes, on finit par changer aussi celui-ci ».

Cependant, le Mot n’est toujours pas retrouvé et subsiste une tension résiduelle qui va, à nouveau s’exacerber plus tard, mais ceci est une autre histoire à d’autres degrés !

J’ai dit.

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