Malheur à ceux qui aspirent à ce dont ils sont indignes
Non communiqué
Une lecture attentive du rituel du Maître Secret permet de relever aisément une multitude de sentences. Ces sentences résument l’essentiel de l’enseignement maçonnique en loge de perfection. Elles synthétisent ce qui est signifié ou exprimé en phrase courte et lapidaire qui frappe comme un éclair. L’attention humaine même dans ses errances ne peut y échapper ; de même que la conscience est alertée et prévenue.
Toutes les
sentences ont pour objectif d’éclairer et de donner la direction du
chemin,
sachant que la priorité reste la recherche de la vérité et de la
justice dans
la quête de la parole perdue. Véritables viatiques de l’initié sur la
route du
devoir, les sentences apparaissent également comme des balises sur le
chemin de
la quête de la connaissance afin d’éviter l’égarement ou la chute
fatale du
franc maçon. Ainsi apparaît la sentence « malheur à ceux qui aspirent à
ce dont
ils sont indignes.»
Ce midi, mon morceau d’architecture sera consacré à un commentaire de cette sentence. Commenter, c’est expliquer et justifier. L’explication revient à décrypter les devoirs du Franc Maçon. La justification consistera à mettre en relief les implications de la sentence.
Ainsi, le développement du thème sera articulé autour du plan suivant :
I-Définitions
II-Les devoirs du Franc Maçon
III-Les implications de la sentence
IV- Conclusion
I-Définitions
Trois mots du thème retiennent mon attention.
Le malheur est une situation pénible qui affecte douloureusement quelqu’un, un accident fâcheux, funeste, c’est une malchance.
Aspirer à : c’est porter ses désirs vers un objet ;être porté à faire quelque chose par un profond désir, c’est désirer, prétendre.
Indigne : qui n’est pas digne de quelqu’un, qui ne le mérite pas. Se dit d’une action, d’un comportement qui n’est pas en rapport avec la valeur de quelqu’un. Exemple : c’est indigne de vous d’avoir menti. Se dit d’une conduite avilissante, honteuse, déshonorante, méprisable. Qui n’est pas digne de sa fonction, de son rôle en fonction de la manière dont il s’en acquitte. Exemple : un père indigne, un Franc maçon indigne.
Ces définitions suscitent en moi quelques interrogations : A quoi aspirent le Franc Maçon en général et le Maître Secret en particulier ? Et quand est ce qu’il en devient indigne ?
II-Les devoirs du Franc Maçon aux différents grades
Un des thèmes marquants du rituel de Maître Secret est celui du Devoir, la fatalité du devoir. Mais le devoir n’est pas spécifique au Maître Secret. A chaque degré de la loge bleu correspond des devoirs.
1- Les devoirs essentiels du Franc Maçon aux trois premiers gardes
Les devoirs pour l’apprenti Franc-maçon qui s’engage sur le chemin de la connaissance sont :
–fuir le vice et pratiquer les vertus les plus douces et les plus bienfaisantes.
–garder le silence ;
–combattre les passions qui déshonorent l’homme et le rendent malheureux ;
–se conformer en tout, aux statuts et Règlements Généraux de l’ordre ;
–être régulièrement présent sur les colonnes.
Pour le compagnon, les devoirs sont :
–se connaître soi-même, pour ensuite connaître l’univers et les dieux ;
–tailler la pierre car elle n’est jamais achevée, la perfection n’étant pas de ce monde ;
–glorifier le travail, le faire avec goût en dépensant notre énergie avec intelligence et amour de l’œuvre à accomplir ;
–apprendre à parler, user de la parole correctement sans en abuser, trouver les mots justes pour exposer sobrement notre apport au travail collectif.
Pour le Maître, les devoirs sont :
–être maître de soi-même, tâche ardue qui demande de trouver en toutes choses le juste milieu, que ce soit dans les pensées, les actes et les comportements ;
–d’être assidu, vigilant au recrutement et celui de transmettre aux plus jeunes les éléments de la tradition maçonnique ;
–nourrir son âme à la flamme des anciens.
2- Les devoirs essentiels du Maître Secret : sens et portée
En Franc Maçonnerie, le devoir devient plus grand et plus impérieux au fur et à mesure que l’on évolue. C’est pourquoi, le rituel demande d’admettre sans réticence que «le devoir est la grande loi de la F.°. M.°., inflexible comme la fatalité, exigeant comme la nécessité, impératif comme la Destinée. »
Au terme de ses quatre voyages, le Maître Secret est alors confronté à la nécessité impérieuse d’accomplir le devoir jusqu’au sacrifice suprême. Or, cette route du devoir, bien qu’elle soit ouverte sur les labyrinthes de l’erreur, l’initié pourra la suivre sans crainte de se tromper s’il se conforme à ce qu’on lui a appris : « GARDER LE SECRET, ETRE OBEISSANT ET RESTER FIDELE ». Ces affirmations catégoriques réveillent en nous des résonnances particulières et surtout des questions. Garder quel secret ? Être obéissant à qui ? Demeurer fidèle à quoi ?
Les réponses à ces questions se trouvent dans le rituel et dans le mythe. Garder le secret du langage et de notre tradition ; être obéissant à nos Règles Initiatiques et demeurer fidèle à notre démarche vers la lumière, la connaissance et l’Amour. La connaissance impliquant de surcroît le Devoir de partager et de transmettre.
A ce degré, à la question « qu’est-ce que le devoir ? », le rituel répond que c’est la recherche de la parole perdue ; cela veut dire que toute une partie de la connaissance primordiale nous a été ravie et que notre devoir au cours de notre quête initiatique va consister à retrouver cet état édénique où l’être avait une connaissance immédiate des choses.
La connaissance véritable ne pourra être atteinte qu’après un extraordinaire effort d’unification, aboutissant à la suppression de la dualité qui est en nous. Le chemin est difficile car notre acquit intellectuel s’est fait sur le mode discursif et logique excluant l’intuition et l’analogie. Mais l’homme n’est pas déterminé, il est libre dans ce monde des interactions de manifester sa présence. Dans le champ apparemment clos de la vie, de la connaissance à la mort, l’homme épouse ou non cette liberté, il devient ou non une force agissante qui le conduira à la réalité pour lui rappeler qu’il est réellement fils du ciel et de la terre.
L’homme ne désirant rien qui lui soit pénible, difficile à obtenir, aime parvenir à ses fins avec facilité. Pour ceux qui aspirent à l’initiation totale, il en va autrement. L’accomplissement de son devoir devra se faire dans l’humilité.
III-Les implications de la sentence
Le malheur qui peut surprendre le Franc Maçon résulte de ses actes quotidiens, du défaut de maîtrise de soi, du non-respect des différents engagements ou serments pris.
D’abord, le vrai Maçon doit respecter la parole donnée. Ainsi, aucun engagement ne doit être pris dans la légèreté.En effet, le Maçon court un malheur en acceptant facilement des charges maçonniques qu’il ne peut assumer valablement. Ici, le zèle est à proscrire. Il ne sert à rien de courir après les grades pour les honneurs qui y sont attachés sans se soucier du mérite, de la compétence, et de l’expérience nécessaire pour l’assumer convenablement. Et c’est bien là le grand risque du malheur qui pourrait frapper le frère indigne.
La Franc-maçonnerie n’impose pas comme devoir de faire son salut de toute force en fuyant la réalité de la vie quotidienne, mais de devenir un homme conscient de ses limites et de sa grandeur.
Le Maître Maçon, doit toujours être à l’heure aux tenues et assister les apprentis à préparer le temple. Il doit transmettre la connaissance par l’exemple. Car l’égoïsme qui consiste à considérer que la préparation du temple est un travail d’apprenti pourrait bien lui attirer le malheur. Il en est de même en loge de perfection où le Maître Secret doit venir plus tôt pour préparer le temple.
Le serment prêté nous suit partout même en dehors du temple et nous impose une conduite exemplaire au risque d’être indigne.
Le but étant de lutter contre l’ignorance sous toutes ses formes, il fauttravailler sans relâche au bonheur de l’humanité et poursuivre son émancipation progressive et pacifique. Ainsi lorsqu’on persévère dans la vertu, la vie devient calme et paisible.
Le Franc Maçon en général et le Maître Secret en particulier ne doit jamais oublier le principe de morale sublime : « Ne fais jamais à autrui ce que tu ne voudrais pas qui te fût fais ». Il doit être pénétré du principe qui en découle » : « Fais aux autres tout le bien que tu voudrais qu’ils te fassent ».
Un initié se soumet sans réserve à la loi. Il se soumet scrupuleusement à la législation de tous les pays où il lui est permis de se réunir librement.
La grande route du devoir conduit à la vérité qui est la lumière. La parole perdue est la connaissance du devoir complet connu des anciens initiés. Cette parole perdue n’a pas été retrouvée. Et le maître secret se joint aux frères pour y travailler en suivant scrupuleusement la route du devoir qui est un but vers lequel l’on avance. La recherche du devoir et la ferme volonté de l’accomplir sans songer à une récompense, sans orgueil, ni ostentation, mais pour répondre aux exigences de sa conscience est la caractéristique du 4ème degré.
L’engagement du FM exige qu’il verse jusqu’à la dernière goutte de son sang pour la défense de la franc maçonnerie et pour celle de ses frères : c’est le sacrifice suprême. Celui qui vit sans accomplir son devoir d’évolution et de connaissance, sans s’y adonner de toute son âme, quelles que soient ses obligations du moment, sent sa vie vide, difficile et insatisfaisante.C’est une mise en garde très ferme du rituel à travers les sentences : « Malheur à ceux aspirent à ce dont ils sont indignes ».
« Malheur à ceux qui veulent assumer une charge qu’ils ne peuvent porter ».
« Malheur à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui ensuite, les négligent ».
Au-delà de ces sentences, l’œil présent sur nos tabliers nous indique que tout ce que nous accomplissons et tout ce que nous ne faisons pas est conséquence de notre défaillance dans l’application du Devoir. Cela n’échappe ni à la vigilance du Grand Architecte de l’Univers, ni à celle de notre conscience.
Le cheminement initiatique engagé depuis bientôt une décennie me révèle des qualités et des vertus à même de m’assister à remplir en toutes circonstances mes Devoirs de citoyen, d’être humain et d’initié. Il s’agit de :
–la prise de conscience de moi-même et des autres ;
–l’effort de me défaire de tous préjugés et jugements de valeur ;
–toujours réfléchir avant d’agir ;
– faire tout ce qui est possible pour remplir mes engagements avec un sens aigu de responsabilité ;
–servir et aimer son prochain ;
–se laisser pénétrer d’un devoir de solidarité universelle.
Maître secret, je sais désormais « qu’il n’est nullement besoin d’espérer pour entreprendre, ni réussir pour persévérer. » Je retiens que la grande leçon du 4eme degré est le DEVOIR. Le rituel nous indique clairement la voie à suivre : « le devoir est la grande loi de la Franc Maçonnerie » ; « la route du Devoir mène sûrement à la Vérité » ; « La connaissance est un bien héréditaire qui se transmet. »
IV- Conclusion
Reçu Franc-maçon et initié en homme libre, c’est à dire affranchi, consciemment libéré des préjugés vulgaires, des passions et du fanatisme aussi bien collectif et individuel, j’avance, armé de mes outils, sur la voie étroite de ma quête initiatique.
Chaque réception de grade est importante, car elle est la découverte d’une nouvelle amplitude de l’univers spirituel, d’un nouvel espace de méditation qui élargit progressivement le champ de l’entendement et de la conscience du Maître Maçon en voie de perfectibilité. C’est avant tout l’acquisition de la connaissance et de la prise de conscience de la liberté spirituelle, de l’environnement cosmique, des règles qui conditionnent toute action à savoir : Justice et Devoir.
A l’image de notre Maître Hiram, le maître Secret doit s’engager à être prêt à tous les sacrifices plutôt que de persister dans l’erreur et de faillir à ses devoirs et être traité comme ceux qui aspirent à ce dont ils sont indignes. Le Franc maçon digne se maintient toujours au centre. Tout maçon véritablement digne accomplit son devoir dans le cadre des différents serments ou engagements pris à l’occasion des changements de grade. C’est lorsque la paix envahit l’âme que le cœur s’ouvre et devient le réceptacle, le temple du Grand Architecte de l’Univers en l’homme.
Le devoir comme la liberté ne sont pas accessibles à l’humain. Il s’agit de conquêtes de tous les jours, sans cesse remises en cause et que l’on doit s’efforcer de mettre en pratique dans le vécu quotidien sans découragement.
J’ai dit.
1- Livre de l’Apprenti. Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm.
2- Rituels du Deuxième degré. Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm.
3- Rituels du Troisième degré, Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm .
4- Rituel de Maître Secret 4e degré du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm
5- MAINGUY Irène, 2003 : La symbolique maçonnique du 3ème millénaire de 3 à 7 ans. Editions Dervy, 2ème édition revue et corrigée. Paris.
6- BOUCHER Jules, 1994 : La symbolique maçonnique. Editions Dervy, Paris.
7- CHRISTIAN GUIGUE, 2006, Les planches du Maître, Editions GUIGUE, FRANCE.
8- ROBERT Paul, 1988 : Le Petit Robert 1. Editions les Dictionnaires le Robert. Paris.
9- TONY ALLAN, 2008, Les symboles décodés, Editions Le courrier du Livre, Paris.
10- Points de vue initiatiques (cahier de la Grande Loge de France n° 123 du 4e trimestre 2001.