#406012

La Caverne

Auteur:

J∴ M∴ A∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A. L. G. D. G. A. D. L’U.,
Sous la juridiction


Du Suprême Conseil pour la France


Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33° et dernier degré


Du Rite Ecossais Ancien et Accepté


ORDO AB CHAO
DEUS MEUMQUE JUS


Parler de la caverne, c’est avant tout analyser dans le détail le rituel du 9ème degré.
Le 9ème degré est le premier des grades élus ce sont également les grades de vengeance de la mort d’Hiram.
Après l’assassinat de celui-ci, Salomon désigne parmi quatre-vingt dix Maîtres et officiers, neuf d’entre eux pour rechercher les meurtriers. De là nous retrouverons le titre de « Maître élu des neufs ».
Johaben qui fait partie du groupe est animé d’une ardeur peu commune. Malgré une route longue et sinueuse, il arrive le premier à l’entrée d’une caverne dont l’accès est dissimulé par un buisson. Celle-ci était située près de Jappé au bord de la mer. Une étoile flamboyante semblait immobile à la verticale de la caverne.

Le criminel Abhiram est là, endormi près d’une source. Ce meurtrier est celui qui, à la porte de l’Orient, a abattu le Maître architecte. Il est le fils d’Elah qui s’est soulevé contre Moïse. Johaben, tout à sa colère, le poignarde au cœur, lui coupe la tête. Les neufs élus se désaltèrent ensuite à la fontaine de la caverne.
Avant d’expirer le criminel dans son dernier souffle prononça le mot NEKA qui en hébreu signifie « je suis frappé ». A cela, Johaben lui répondit NEKAM qui signifie « Vengeance ».
NEKAM et NEKA sont devenus les deux mots sacrés du 9ème degré.
Johaben rapporte ensuite la tête à Salomon qui avait exigé que le criminel soit ramené vivant.
Le Roi envisage un instantde faire tuer Johaben tant son courroux est grand. Ce sont les autre Maîtres qui implorent Salomon de gracier Johaben qui par excès de zèle n’a voulu que rendre justice.
Cet excès de zèle est paradoxal car Johaben avait au préalable été choisi parmi les neufs pour son zèle et sa loyauté.
Il va prendre conscience du caractère bestial de son acte et comprendre que la vengeance aveugle qui l’a guidée n’était qu’un acte de pulsion personnel.

Les ténèbres sont illuminées par la clarté de la lune. La présence d’un chien dans la caverne représente l’étranger qui dénonça le criminel et ensuite conduit l’élu. La caverne située à l’intérieur de la montagne sacrée est le lieu de la transmutation alchimique. Couper la tête, c’est séparer deux milieux, c’est rompre avec certitude.
Le poignard, arme d’estoc, très courte, à la pointe acérée, connue au néolithique, frappe comme l’éclair justicier. Venu d’en haut, il foudroie, transperce.
Il est d’ailleurs intéressant de noter que Johaben ne s’est pas servi de son arme personnelle mais de celle de l’assassin effectuant ainsi un retournement de l’arme contre son détenteur initial

On retrouve dans ce grade de vengeance une bravoure et un courage impulsifs.
« Le sort en a décidé et la caverne m’est connue ».
Le Maître doit savoir se maitriser et vaincre ses passions.

Le mythe de la caverne située sous la montagne sacrée et que l’on ne peut atteindre qu’après un long parcours obscur et d’étroits passages, est commun à toutes les religions, mythologies et rituels initiatiques.
Les grands sages naissent au solstice d’hiver dans une caverne et y sont inhumés.
Il faut être dans la chaleur de la terre comme dans le ventre de la mère pour pouvoir éclore comme un œuf philosophale.
Un petit tour dans l’histoire, nous rappelle combien de grottes et de cavernes ont marqué les légendes.

On se plait à imaginer la splendeur de la caverne d’Ali Baba où pour pénétrer, il faut prononcer à haute voix le mot de passe, dont le son vibratoire fait ouvrir les portes de l’imaginaire. C’est en ces lieux que vivent les êtres le plus merveilleux, au sein de ce monde souterrain, les trésors sont jalousement gardés.
La caverne est une des haltes dans le long cheminement évolutif qu’est celui de la rédemption.
Ce monde souterrain intrigue par la richesse féériques de certaines de ses grottes dans lesquelles se sont déroulés tant de mystères depuis les temps les plus reculés.
C’est devant tant de mystères que l’homme réagit. Comme l’écrit Bachelard dans « La psychanalyse du feu » il y a en l’homme un besoin de pénétrer, d’aller à l’intérieur des choses, à l’intérieur des êtres.

Il n’est pas possible de parler de la caverne sans évoquer la célèbre allégorie de Platon (La République, 7ème livre) où des prisonniers reclus dans une caverne considèrent les ombres portées par le feu, comme une réalité lumineuse.
A l’extérieur, à l’opposé de la paroi de la caverne, des hommes montreurs d’objets défilent et leurs ombres se profilent sur le mur de la prison. La réalité de la vie appartient à celui qui séjourne dans la lumière, en dehors de l’antre.
L’homme qui se contente de sa propre vision, sans en rechercher la cause, reste un esclave enchainé, un prisonnier.
Ses sens sont abusés par un reflet. Il faut donc savoir se débarrasser de ses carcans et de ses chaines et lutter contre son ignorance pour avoir accès à la vraie Lumière.
C’est l’écoute aux autres qui permet l’apprentissage, le partage et enfin la tolérance.
Enchainé par ses passions, l’homme déchu n’a qu’une vue partielle du monde, qui reste limitée au domaine du pouvoir et de l’avoir. On communique avec le monde extérieur par les sens, mais ceux-ci ne donnent qu’une vision partielle et partiale des choses.
On peut se demander s’il faut tuer le désir ? On ne peut répondre que par la négative, car c’est un élément vital essentiel. Dès lors qu’il s’agit de tuer le désir caricatural, porté à son paroxysme, que ce soit la cupidité, l’avidité du pouvoir qui est la motivation centrale des assassins du Maître et non pas un désir légitime de Connaissance qui s’élabore progressivement au moyen d’une œuvre persévérante et contrôlée.

On constate également la relativité de la connaissance qui nous apparait graduellement et qui est le fruit de nos efforts.
Ce cheminement n’est accessibles qu’à certains qui sont les élus et qui après avoir découvert la Lumière retourneront à la caverne pour aider leurs anciens compagnons encore enchainés et pour faciliter leur passage dans le monde de la réalité et de la connaissance.
C’est pour moi tout à fait lié à notre initiation maçonnique qui nous ouvre la voie du Sacré, de la connaissance et de la Lumière. Mais le chemin est long, très long, si long…
L’homme enchainé vit dans son état d’illusion. Il ne ressent pas forcément le désir de quitter son lieu d’emprisonnement et de démarrer sa progression.

Notre admission et notre initiation en Maçonnerie sont donc de vraies chances que l’on nous a offertes et nous devons les saisir et être conscient de notre devoir de progression et de transformation du sacré dans notre vie profane.
La caverne, telle que nous l’enseigne et nous la décrit Platon est donc très différente de notre cabinet de réflexion ou nous souhaitons en sortir rapidement pour renaitre et accéder au sacré et à la Lumière.
Le cabinet de réflexion n’est pas le lieu de l’illusion, mais le lieu qui ouvre les voies de l’illumination, ou l’on désire acquérir de nouvelles forces qui nous permettront de nous transcender.

Ce que Platon illustre avec l’Allégorie de la caverne est le chemin du philosophe qui va des représentations incertaines aux vraies idées qui se cachent derrière les phénomènes naturels. Il pense sans aucun doute à Socrate, que les « habitants de la caverne » mirent à mort parce qu’il dérangeait leurs représentations habituelles et leur montrait le chemin d’une vraie vision intérieure.

L’Allégorie de la caverne devient une métaphore du courage du philosophe et de sa responsabilité vis-à-vis des autres hommes sur le plan pédagogique.
Je pense que Platon nous démontre ainsi que le contraste entre l’obscurité de la caverne et la nature à l’extérieur est le même qui existe entre le monde sacré et le monde profane.

Le prisonnier qui parvient à se détacher représente bien entendu le philosophe.
Il commencera par refuser de regarder la lumière, à cause de la souffrance causée par l’éblouissement.
Il ne demandera qu’à retourner dans la caverne car il est difficile de philosopher et de se débarrasser de ses opinions premières.
Avec l’accoutumance, toutefois, il regardera d’abord les figurines qui sont des copies d’hommes ou d’animaux. Sa première tendance sera de les prendre pour la réalité, pour les objets eux-mêmes. C’est une croyance erronée qui est répandue.
Puis, il va parvenir, lentement, à se détacher du monde de l’opinion et de la foi pour se tourner vers le monde intelligible (le monde des Idées). Celui-ci est représenté par le Soleil.

Platon, après avoir décrit la caverne, va montrer qu’il est possible d’accéder à la connaissance (aux Idées). Il va montrer quels sont les divers degrés et étapes nécessaires que l’on doit parcourir pour accéder à cette connaissance.
A ces divers degrés de connaissance, vont correspondre divers degrés de l’être.

En ce qui me concerne, je pense que la caverne de Platon signifie que nos perceptions seules sont insuffisantes pour nous permettre de nous rendre compte de la réalité et surtout d’accéder à une certaine conscience de cette réalité.
L’être humain perçoit, mais également réfléchit et raisonne. Nous avons du mal à aller au-delà de ce que l’on voit. Souvenons-nous de Saint Thomas….

C’est donc pour cela que seuls l’éducation, la culture et l’apprentissage nous guideront sur la voie de la connaissance et de la Lumière.
Nous percevons également ce besoin impérieux de l’autre pour nous guider.Seuls, nous serions restés des prisonniers.
Après notre initiation en Maçonnerie, une voie nous a été ouverte vers la connaissance.
Le travail nous guidera vers ce chemin obscur, long et tortueux et au fil des degrés, nous parachèverons notre apprentissage.
N’oublions jamais que nous nous devons de transmettre notre savoir comme un héritage à nos prochains. C’est aujourd’hui à nous de délivrer nos compagnons de la caverne.

J’ai dis Trois fois puissant Maître et à vous tous Maîtres secrets.

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