Après la mort du vieil homme, est-il possible d’éveiller le Maître ?
A∴ M∴ D∴
Dignitaires qui siégez à l’Orient et vous tous mes FF MM Elus des 9 en vos grades et qualités.
C’est toujours un plaisir renouvelé de faire un devoir conscient. Ce travail que je vous présente ce midi dont j’ai reçu partiellement mon salaire a pour thème « Après la mort du vieil homme est-il possible d’éveiller le Maître ? »
Mes frères, plus l’homme devient responsable de son Etre, plus celui-ci s’éveille et se dresse en lui comme un obélisque avec au sommet un cœur d’amour. Plus l’axe est solide, plus le cœur est vivant et plus l’homme souffre, plus la recherche devient difficile et la situation ambigüe.
L’homme dans son microcosme, est aussi puissant que le macrocosme. La clef de sa puissance n’est-il pas dans la recherche de lui-même, car cherchant à se connaitre lui-même, il connaitra ses potentiels. Je ne suis qu’un apprenti qui ne demande qu’à apprendre.
Pour développer ce thème, je propose la démarche suivante :
1 ) Le concept de vieil homme et
sa réalité.
2 ) La mort du vieil homme : mécanisme et moyens.
3 ) L’éveil du maître :
mécanisme et moyens.
4 ) Passer du vieil homme au statut de maître ?
5 ) Mon impression personnelle.
1) Le concept de vieil homme et sa réalité
Y- a-t-il un vieil homme autre que nous même ? Qui est-il ? Il est très compliqué de le démasquer parce que caché et confondu avec nous même. Le vieil homme est composé des vieilles habitudes, les religions, les écoles, la société elle-même, tout ce qui est vulgaire, l’ignorance, le fanatisme, les fausses croyances, l’ambition démesurée, la partie en nous qui nous maintient dans les ténèbres constituent le vieil homme. Nous sommes à la foie l’étranger et l’inconnu de nous même. C’est une partie de nous même qui nous est inconnue et que nous devons découvrir en nous plongeant dans les profondeurs de notre inconscient. Nous sommes des pèlerins, non pas au sens où nous ferions, par dévotion, un voyage en un lieu saint, mais au sens où nous faisons un voyage à l’intérieur à la découverte des terres inconnues d’où nous viennent certaines pulsions, certains désirs nous poussant à des actions dont nous ne sommes pas toujours fier. Ces inconnues représentent également les forces de la nature que l’homme doit vaincre au fur et à mesure de l’émergence de sa conscience.
Nous sommes à la foie l’étranger et l’inconnu de nous même. C’est une partie de nous même qui nous est inconnue et que nous devons découvrir en nous plongeant dans les profondeurs de notre inconscient.
2) La mort du vieil homme : mécanisme et moyen
Cette mort commence par la prise de conscience de son état, de son être, chose pas du tout facile. Il faut un changement radical d’habitudes, de comportements, de visions et d’approches. La mort en question n’a rien de matérielle, très difficile, très long, et purement subtile. Arrivé au bout de la dispersion de ses raisonnements, le Maître, comme le lui suggère le rituel du neuvième degré, se mobilise sous la houlette d’un étranger et s’oriente délibérément vers le centre, vers sa caverne, là où est le secret de l’existence. Le fondement incompréhensible à son niveau, d’une universalité, d’une force qui organise et édifie, d’une élévation intérieure résultant d’un état nouveau. Il sait que cette mutation indispensable est source de la vie fondamentale de son Etre. De cet Etre dont il parle beaucoup mais dont il ne perçoit pas encore les nouveaux réflexes d’ouverture sur une vie tout autre. Il a pour mission de gérer le patrimoine que Dieu, lui a confié et qu’il lui appartient d’en prendre soin avec le même état d’esprit que son propriétaire, c’est-à-dire avec une miséricorde infinie, avec beauté, sagesse et amour, attributs de la création. Le neuvième dégréé nous enseigne qu’il faut faire face à soi même à ses problèmes. Un symbole très fort, le POIGNARD nous édifie. Il doit être retourné contre moi-même. Dans ma caverne le poignard est l’arme qui retourné contre moi-même me permettra de me débraser progressivement du vieil homme et de me libérer de son emprise. Le plus formidable défi auquel est enfin confronté le Maître: s’il veut atteindre la Connaissance, quoi qu’il fasse il doit conserver en permanence la conscience de son Etre intérieur. Or de par son existence, l’homme-animal ne peut pas être transcendé par l’éveil futur d’un Etre atemporel, détaché du monde, mais par la manifestation actuelle et immédiate d’un Etre dont il ne peut pas avoir conscience.
L’homme est une machine avec un début et une fin. Il a une existence dans le temps et ne peut comprendre que le temps, hors du temps l’homme machine devient néant métaphysique, solide éternelle, mort perpétuelle.
L’avenir de l’homme est vraisemblablement dans une éternité qui n’a rien à voir avec l’homme-machine mais que celui-ci s’efforce de comprendre. C’est probablement cette ambiguïté qui fausse le jeu de la connaissance, qui brouille l’esprit initiatique et qui perd l’homme : celui-ci meurt en fin de compte alors qu’à chaque instant, il renaît d’une mort que sa mémoire efface perpétuellement.
3) L’éveil du Maître : mécanisme et moyens
La vie mortelle occupe tout le champ sensible et les hauteurs spéculatives perdent de leur force, de leur réalité avant de se répandre dans la vallée terrestre. Parce que la pensée ne peut saisir ce qu’elle ne connaît pas, parce que la pensée est limitée à la pensée, elle ne peut pas communiquer au chercheur une perspective qui, pour le moment, semble encore intransformable en réalité. La réflexion qui se constitue seulement autour de pensées futiles, ou qui répond uniquement à l’expression extérieure de l’homme, ne peut rien éveiller.
Le raisonnement peut conduire à la notion de conscience, mais seul le dépassement du mental conditionné pourrait transformer une notion en réalité active et transcendante. La réflexion est absolument nécessaire à la compréhension du chemin initiatique révélé par l’intuition. Mais à notre niveau d’évolution spirituelle, la réflexion n’est pas encore prise en charge avec objectivité par l’intelligence supérieure de l’Etre et se heurte à l’ego déformateur et à l’agitation du mental ordinaire.
Informer la pensée, comme l’a fait le rituel précédent, de l’existence de cinq Intendants régnant sur cinq bâtiments ou cinq étages qui constituent l’homme fondamental est un moyen d’orienter l’action métaphysique comprise par la pensée statique. Seule l’actualisation consciente par un vécu concret et adéquat développe la potentialité mystérieuse comprise en l’homme-animal. Le devoir de mettre en pratique la qualité de sa vie intérieure peut transformer une cérémonie d’initiation en victoire effective sur un processus de chaos, de mort et de corruption.
C’est pour quoi, après que j’ai fait le vide de tout ce qui est mauvais en moi, il faut remplacer le vide par les principes et vertus cardinaux de la franc- maçonnerie. C’est donc l’heure de creuser des tombeaux pour les vices et ériger des temples pour les vertus.
4) Passer du vieil homme au statut de maître
Il n’est pas facile, comme dans la vie en général, rien n’est gratuit, tout a un prix qu’il faut payer. Etre maitre, c’est accepter qu’il y est des épreuves et des difficultés qu’il faut surmonter à tout prix. Les mauvais compagnons sont permanents. Boire sa coupe. Etre déterminé à gagner le combat, ce combat qu’il faut mener avec vigueur contre soi-même, avec succès et des échecs.
Bien souvent et fort longtemps les automatismes du passé surgissent dans le présent et de nombreuses luttes contre eux sont nécessaires pour que le futur soit vraiment différent et que s’ouvrent les perspectives nouvelles. Au neuvième degré, la perspective du maçon est de devenir un Elu. Dans le langage théologique, l’Elu est un homme appelé par Dieu à jouir d’une béatitude éternelle. Il faut prendre le sens d’Elu dans une acception plus ordinaire désignant une personne prédestinée à réaliser quelque chose d’important mais qui sait aussi que la réussite est difficile et incertaine, comme le laisse entendre Matthieu dans sa célèbre parabole évangélique de l’invitation au banquet : « Il y aura beaucoup d’appelés et peu d’élus ».
Autrement dit, dans la compétition à l’initiation, peu obtiennent le succès escompté. Cette nouvelle initiation est capitale par le choix délibéré du franc-maçon d’emprunter la route inconnue de la sagesse, de construire une force intermédiaire tournée vers un monde tout autre, qui l’appelle non plus à partager des idées sur une vie illusoire, mais à détruire la prison de l’existence ordinaire pour entrer en communion avec une intelligence supérieure. Or ce qui distingue l’Homme des autres créations terrestres, c’est cet appel à se dépasser sans cesse, comme aspiré par un rayon qui remonte à sa Source. Lorsque notre Etre a pénétré dans notre temple corporel, il a demandé à retrouver la Lumière. En dehors de cette Lumière, tout n’est que fumées, faux-semblants, tromperies. Ce que l’initié cherche c’est la Lumière parce qu’il est matière et que, dans cette matière, vit la Lumière. Si, dans son existence, il n’exprime que la matière, ses manifestations sont amputées du principe lumineux et sa vie ténébreuse, non porteuse de la lumière vivifiante, s’organise autour de phénomènes mécaniques et inférieurs. Les grades des Maîtres Elus apportent aux francs-maçons le temps de l’action de transcendance par l’accomplissement de missions de haute valeur morale l’inclinant à plus de spiritualité. Il ne s’agit plus de voir ce qui tue l’Etre en nous, il ne s’agit plus de comprendre les obstacles à l’Eveil, mais de châtier ce qui nous tue et de tuer un mental incapable d’accomplir l’ultime transcendance en s’anéantissant lui-même, en abolissant l’homme ordinaire. La vérité n’est probablement pas dans une pensée juste, mais dans une action, et c’est donc une action qui fera de l’Intendant des Bâtiments un Elu, d’un gestionnaire un quêteur, d’un franc-maçon un initié.
5) Mon impression personnelle
La difficulté entre
l’éveil d’une idée et son incarnation
réside essentiellement dans les différences de
niveaux. La pensée appartenant au monde de l’égo
est limitée. Nous avons découvert l’existence
d’un Maître, d’une vie profonde indissociable mais
écrasée par l’égo qui, en tant que
fragment de l’univers, mène des actions propres à
le laisser croître au détriment de la conscience
absolue. Tels que nous sommes, nous ne pouvons accéder
à l’Etre intérieur. La
pensée devient un jeu qui éloigne de la
vérité, l’émotion nous isole et le
corps manque de sensibilité.
Pourtant, c’est en réunissant sous notre regard tous les
éléments de notre personnalité que,
sans que nous nous y attendions, surgit un étranger.
Le seul guide possible est un étranger à nous-mêmes, une conscience active, un regard intérieur nouveau qui cherche de manière objective sans vouloir, ou sans pouvoir, influencer notre impact sur le monde.
Cet étranger à notre vie mécanique habituelle inquiète l’égo par sa vision claire et pure, par son intransigeance et par sa capacité à transcender. En choisissant dans le corps des architectes, neuf maîtres pour sacrifier l’égo offenseur, le rituel du neuvième degré attire notre attention sur la position relative du chercheur.
Dans la solitude du désert intérieur où il chemine, chacun a besoin que tous les fragments de sa personnalité adhèrent à son projet de se libérer pour rejoindre une oasis d’harmonie transformant complètement la vie intérieure ainsi que la perception de tout le milieu extérieur.
Conclusion
Pour avancer sur le chemin de l’initiation, pour féconder l’homme ordinaire par la semence céleste, la mobilisation de la conscience vigilante, après les périodes d’entraînement à travers les divers degrés, doit devenir maintenant plus volontariste, et l’effort de recherche pour circonscrire les obstacles plus intransigeant.
Sa lumière intérieure, reflet d’une vérité plus grande, ne peut voir la lumière car dans la lumière, la lumière n’a pas de vie consciente, elle est simplement éternelle et amour naturel.
J ai dit !