Dans la caverne de Ben Accar, Moi ABIBALC,
J∴ I∴
Le regard tourné vers la paroi du fond, le remord, l’angoisse, l’anxiété m’étreignent, aveuglé par l’ignorance, je commence à prendre conscience que mon amour-propre, mon ambition,mon ego surdimensionné, ma soif de pouvoir m’ont plongé dans les ténèbres.
Hier j’ai senti cette tension interne extrême, cette subtile frontière entre le supportable et l’insoutenable sur laquelle vient se percher l’esprit dans mes heures les plus incertaines. Cette effrayante plongée dans le vide durant plusieurs heures d’auto agression mentale. J’ai senti mon monde se vider, cette pulsion de mort qui déchire l’âme comme un vulgaire papyrus, comme si soudain l’existence paraissait aussi absurde que cet ensemble de règles ordonnées, paramétrées …
Hier j’ai ressenti ce moment où j’étais prêt à tout détruire de ce que j’avais construit, pour jouir de l’enivrante sensation de liberté la même que celle qui m’habitait le soir où j’ai fui, quitté mes maîtres, mes compagnons, mes apprentis, avec rien d’autre sur moi que cette euphorie qui m’enveloppait lorsque je sentais que j’appartenais à nouveau pleinement à la nature,je me suis défait une fois encore de tout lien social.
Hier j’ai revu en rêve certains compagnons que j’ai laissé sur le bord de mon chemin et qui recroisant un beau matin ma route me demandent alors « pourquoi ? » Et je ne peux que ressentir la culpabilité de celui qui un soir n’aura pas supporté davantage cette oppression d’une nécessaire concession d’indépendance, pour prétendre, à une appartenance d’un groupe. Il n’y a pas de réponse, je ne peux pas expliquer ce pas de travers qui m’a défait d’une image patiemment et longuement aménagée…
Depuis cet acte odieux, vivre ,est un attentat constant contre moi-même, quand on est assoiffé de liberté, alors on emploie toutes ses pensées à désamorcer la bombe qui menace de fragmenter et endommager à tout jamais cette architecture interne, cet édifice mental qui ne se fonde que sur lui-même. J’emploie mon esprit à constamment me protéger de cette ruine qui menace l’empire de mes pensées, à construire inlassablement des annexes à ma vision du monde comme faire des ajouts de règles pour rendre viable les lois qui régissent mon monde; je me justifie inlassablement, conscient que si je ne le faisais pas je perdrais pied et en quelques heures je me retrouverais aussi nu que l’homme qui a déjà la corde autour du cou et répertoriant chaque infime trace d’espoir qui pourrait retenir l’acte final.
Hier si je n’avais pas eu le soutien de mes deux compagnonspour mes pensées naufragées, je crois que j’aurais encore agi avec la probabilité qu’une erreur fatale en aurait découlée. Je me serais bien évidemment rattrapé, je me rattrape toujours, mais trop tard, quand l’irréparable aurait été commis sans retour possible …
Qui s’inquiète pour moi ? Qui s’inquiète pour moi ? Mes semblables, mes compagnons d’infortune, mon chien qui me reste fidèle qui me suit comme la trahison suit le traître. Non personne ne s’inquiète pour moi.
Mais ce matin je vais bien, je sais qu’il me faut toujours passer par cet abîme de néant pour trouver la petite, l’infime graine de sens, nichée dans l’infinitude de l’espace et du temps. Je sens que la fin est proche.
Le sens de l’existence est comme une lueur qui demeure toujours à deux doigts de ma conscience, alternativement présent et absent. La plupart du temps il oscille entre les deux mais parfois le dépit, la fatigue et l’accumulation exercent une pression décisive vers le désespoir.
Le tout c’est de savoir trouver la petite lumière qui rétablira une fragile et minuscule flamme dans toute cette situation, je crois que c’est là la chose la plus angoissante qui soit : ce moment où les doigts tâtonnent dans le noir puis désespèrent peu à peu de trouver la lumière salvatrice, où tous les monstres tapis à l’ombre de mes pensées viennent soudain m’encercler et de leurs mains unies pressermon coeur jusqu’à le faire rompre. Je sens que la fin est proche.
Hier j’ai eu l’esprit d’effacer ces mots assassins qui me liaient les mains dans le dos et posaient ma tête sur un couperet, des mots qui niaient trop ce que je suis et souhaite continuer d’être pour que je les laisse triompher de moi comme un mauvais diable qui me raillerait avec cette petite rengaine assassine « tu vois l’enfer est bien sur terre, il n’y a au mieux que le purgatoire comme issue ». Trop facile comme raisonnement, ça ressemble à un syllogisme : tu as du mal à vivre, c’est sans doute que tu es voué à dépérir.
C’est une surveillance constante qu’il me faut exercer sur moi-même pour ne pas me laisser aller à la facilité de faire de ma vie un de ces drames antiques oùje m’invente un rôle, des répliques et une fin ,là où tout n’est que contingence (possibilité qu’une chose arrive ou n’arrive pas ) il est tellement plus simple de dire « je suis ceci et ça me condamne et prédestiné invariablement à cela » pourtant d’un jour sur l’autre je suis inconstants, multiples, changeants …
Je ne suis pas de ces personnages qui font des tirades à n’en plus finir sur le drame de leurs existences gravées par avance sur les tablettes de l’Olympe; de ces personnages qui semblables à des fragiles embarcations posées sur la mer,décident que leur destinée est là où elles se laisseraient porter par le courant, j’en déduirez alors que le rocher sur lequel la barque s’est fracassé portait le nom de fatalité, pourtant voiles, rames, gouvernail sont des instruments à portée de leur volonté pour faire le choix d’un horizon plutôt qu’un autre …Je ne l’ai pas fait…
Je crois qu’il faut simplement retirer de chaque tempête assez d’expérience pour affronter plus sereinement la suivante.
Ces cris que je lance comme des appels au secours ne sont pas un calcul savant, ces départs que je ressent intimement, sont le besoin que j’ai de voir l’autre me rattraper sur la jetée et me retenir de gagner un autre continent avec une part déchirée de moi-même, ce besoin de s’entendre dire et redire ce qu’on représente au regard de l’autre. Au final j’en retire toujours un attachement plus profond pour les autres, pour ceux qui ont cette patience de supporter mes errances, mes lubies, mes mots ingrats, mes actes répréhensibles, mes adieux.
Mais à cet instant présent les autres crient vengeance, confondu je n’ai plus besoin de grâce, au plus profond des entrailles de la terre, toi/moi JOABEN à la lueur d’une lampe tu m’as aidé à me libérer de mes liens et rendu libre comme tout maçon doit l’être, tu as rompu l’armure qui protégeait les parties les plus sombres, les plus enfouies de mon être, tu m’as libéré, c’est une mort libératrice.
Désormais je m’efforcerai d’être pareil à la source, pur, abondant, jaillissant et vivant……..Vivat …Vivat…Semper Vivat.
TS et vous tous mes FF Elus, j’ai dit…