#406012

De la caverne à la lumière, de la vengeance au pardon

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Lorsque notre TFPGM m’a proposé ce sujet, je me suis bien vite rendu comptequ’il s’agissait d’un sujet très riche, sur lequel on aurait pu faire 3 ou 4 plancheset qu’il allait me conduire dans de multiples directions.


Pour ne pas fatiguer l’attention de mes F, j’ai donc essayé de privilégier laconcision, quitte à laisser dans l’ombre certains aspects sur lesquels vous saurezm’éclairer, j’en suis sûr.



Si la dualité caverne lumière semble évidente, l’opposition vengeance pardon ne
l’est pas vraiment ; il me semble qu’il y manque un moyen terme dont on sepourrait se contenter le plus souvent, et qui serait la justice.


La caverne est déjà un symbole ambivalent: c’est d’un coté la matriceprotectrice, le cocon, le refuge des premiers hommes contre le froid et lesanimaux sauvages.



D’un autre coté c’est aussi la tanière des prédateurs comme l’ours, animal à la
symbolique puissante, omnivore, plantigrade, tellement semblable à l’homme,en plus fort, en plus puissant, tel qu’il aimerait être.


La caverne, par extension, devient alors le repaire des monstres de notreinconscient, cette part de nous même que nous avons du mal à regarder en face,nos peurs, nos pulsions, nos angoisses refoulées.


Comme tout un chacun, mes premières réflexions m’ont évidemment conduitensuite vers le mythe de la caverne de Platon, familier à beaucoup depuis laclasse de terminale.



Dans cette allégorie, la caverne est le monde sensible dans lequel nous évoluons,
le symbole de toutes les dictatures, visibles comme invisibles.


Nous sommes enchaînés dans cette caverne, esclaves de nous-mêmes et de notreéducation.


La lumière est au dehors, mais il faut du courage pour la rejoindre, supporter lasouffrance et la peur pour affronter la vérité.


Nous devrons parcourir le sentier, qui est celui de la philosophie, pour espérerentrevoir cette lumière.


Dans ce mythe, on peut déceler certaines résonnances et même des résonnancescertaines avec notre parcours maçonnique.


Nous sommes confrontés à la caverne avant même notre initiation.


Pour le profane qui veut se faire recevoir Franc Maçon, elle prend la forme ducabinet de réflexion, lieu de solitude, d’obscurité et d’introspection (VITRIOL).



Pour mourir symboliquement et renaître à une nouvelle vie, il faut donc avoir le
courage de regarder en soi même et d’affronter sa part d’ombre, ce qui n’est pastoujours facile…



Comme disait Alphonse Allais « Quand je veux rentrer en moi même, je suis
obligé d’enfiler des bottes d’égoutier ! ».


Et oui, nous ne sommes pas de purs esprits ; nous avons des désirs inassouvis,des fantasmes inavouables, sans même parler de notre inconscient.


La lumière qui est ensuite donné au profane apparaît comme une renaissance,mais aussi une forme de purification de ces passions qu’il va ensuite s’efforcerde maîtriser dans sa vie maçonnique. (On peut toujours rêver).


Beaucoup plus tard, une bonne douzaine d’années dans mon cas, nousretrouvons la caverne dans le rituel d’initiation au 9ème grade : « Grand Elu desneuf », où le lien va être fait avec la vengeance.



C’est dans une caverne que JOHABEN va trouver et assassiner le meurtrier
d’HIRAM ABHIRAM, lequel en tombant sous les coups de poignard s’écrieparadoxalement NEKAM ! (Vengeance!).


C’est une histoire assez déplaisante où l’on trouve un délateur anonyme, unassassin endormi, un justicier plutôt lâche, et à laquelle l’obscurité convient toutà fait.


JOHABEN en tuant le mauvais compagnon ne se comporte guère mieux quelui ; dans la caverne, c’est sa part d’ombre qui a pris le dessus, les pulsionsqu’un maître maçon aurait du savoir maîtriser.


Dans la légende de ce grade, la seule lumière est celle d’une lampe qui éclairantABHIRAM permet à son meurtrier de le frapper, et de se voir en train de lefrapper.


Le meurtre se produit d’ailleurs après que JOHABEN ait bu l’eau d’une source,sorte de purification préventive d’un acte peu gratifiant.


Nous sommes ici dans le domaine de la vengeance instinctive et brutale,incontestable régression pour un initié; c’est une forme de faillite de l’initiationmaçonnique qui est mise sous nos yeux.



Cela voudrait-il dire qu’un Maître maçon de haut grade est encore sujet aux
passions, aux vices, aux partis pris, tout comme le profane dont nous parlionsplus haut, et qu’il n’aurait toujours pas abandonné ses métaux ? Je ne peux pas le croire, mais peut être suis-je naïf…


La suite s’écrit au 10ème grade, et que retrouve-t-on au premier voyage ? : Lebon vieux mythe de la caverne de Platon, comme allégorie de l’ignorance del’assassin ABHIRAM !



L’élu des quinze STOLKIN capture et ramène le dernier mauvais compagnon
afin qu’il soit châtié par le roi SALOMON.


Son sort n’est d’ailleurs guère plus enviable que celui d’ABHIRAM, mais sur leplan des principes, nous sommes passés de la vengeance individuelle à la justiceadministrée par le prince ou la société, ce qui semble un progrès de civilisation.


La vengeance est l’apanage des sociétés antiques ; dans les choéphoresd’Eschyle le choeur s’écrit :


Ç Qu’à une injure réponde une autre injureLa loi suprême en fait l’obligation


Qu’à un meurtre réponde un autre meurtreL’antique coutume le prescrit. »


Exercée sans limite la vengeance conduit donc à une série de représailles sans fin.


La loi du talion prescrite dans la bible apparaît presque comme un progrès, unesorte de réglementation de la vengeance afin d’en éviter les excès :oeil pour oeil,dent pour dent.


Vous connaissez tous la célèbre phrase de Gandhi: »
oeil pour oeil, dent pour dent … Et le Monde finira aveugle et édenté … »


Progressivement les sociétés évoluées ont ensuite construit l’échafaudage dudroit et de la justice déléguée à l’état.


Le passage de la vengeance à la justice nous apparaît donc comme unincontestable progrès de civilisation, indispensable à la vie sociale.


Mais comment passer de la vengeance au pardon ? Nous sommes là dans unetoute autre problématique.


Certes, dans la légende du 9ème grade, SALOMON pardonne à JOHABENd’avoir enfreint ses ordres, mais il s’agit là d’une bien petite faute.


Comment pardonner le meurtre d’un proche, le crime de masse, le génocide ?Car ni l’état ni aucune institution ne peuvent pardonner, seule la victime le peut.



Cette notion de pardon a été largement développée par la religion chrétienne; le
dieu de la bible m’a toujours paru jaloux et vindicatif et c’est le Christ dansl’évangile qui introduit cette prière «pardonnez nous nos offenses comme nouspardonnons à ceux qui nous ont offensés. »


Mais combien même parmi ceux qui la récitent sont capables de pardonner ?


Un sondage de l’hebdomadaire « la Vie » posait la question « pour vous le faitde pardonner le mal qui a été fait est-il possible ? ». 72% des français répondentqu’il est possible de pardonner.


Mais lorsqu’on demande s’il est possible de pardonner les crimes suivants :assassinat d’un enfant, génocide, ce sont 90% des français qui répondent quec’est impossible.



Je suis opposé à la peine de mort, mais comment me comporterais je, si moi ou
l’un de mes proches était victime d’une agression sauvage ?


Nous sommes toujours prêts à pardonner si ce n’est pas trop grave et si ça arriveà quelqu’un d’autre; dans le cas contraire, le vengeance et la justice individuellereviennent vite au premier plan.


Je citerai
Jacques DERRIDA :


Le pur pardon est sans limite, sans norme, sans modération ni finalité ; il estexceptionnel et extraordinaire, à l’image de l’impossible.


Le pardon pardonne seulement l’impardonnable.


Le pardon fait donc appel à ce qu’il y a de plus noble dans notre humanité ; maispour pardonner vraiment ne faudrait-il pas être plus qu’humain, une sorte desaint?
Et en quoi la voie maçonnique nous amène-t-elle sur le chemin du pardon?


Pardonner à quelqu’un qui se reprend c’est déjà pardonner à quelqu’un d’autreque le fautif, à une personne supposée capable d’actes meilleurs.


C’est donc reconnaître l’humanité de l’offenseur et sa perfectibilité.


C’est pourquoi le pardon est favorisé par la connaissance de nos propresfaiblesses et manquements, ce qui est tout le but de notre travail d’introspection.



Il ne s’agit pas non plus de gommer la faute en choisissant la résignation, signe
flagrant du manque d’estime de soi.


« Entre la lâcheté et la violence, je choisis la violence » disait Gandhi, encorelui.


Cette démarche consistant à renoncer au sentiment de vengeance si naturel et sihumain, est complexe et fait appel à l’introspection, la connaissance parfaite desoi-même et aussi à la reconnaissance de l’humanité de l’autre et à ce titre mesemble s’inscrire tout à fait dans la progression maçonnique.


Ces rituels du 9ème et du 1 0ème degré me paraissent donc être des aiguillons pournous empêcher de nous endormir sur les lauriers du 4ème degré.


Ils nous mettent dans une situation inconfortable, où nous sommes bien obligésde nous interroger sur notre cheminement.


Et nous constatons avec amertume que nous sommes bien loin de notre idéal deperfection qui, comme l’horizon sur la mer, semble s’éloigner un peu plus au furet à mesure de notre progression.


Mais nous devons surmonter ces mises à l’épreuve, et les inévitablesimperfections que nous percevons dans la construction de notre temple intérieur.



Elles ne doivent pas nous décourager ni nous servir de prétexte pour renoncer à
la construction du temple de l’humanité.


Car nous savons déjà depuis longtemps que cette voie est difficile, qu’ellecomporte sa part d’erreurs et de renoncements, mais que le but n’est rien, seulcompte le chemin accompli.



J’ai dit

TFPGM et VTMF


JM A

L’orateur développe d’abord le symbolisme ambivalent de la caverne, lieud’introspection, refuge, et aussi antre de nos désirs refoulés et de nos passions.


Dans le rituel du 9ème degré, la caverne est le lieu d’une vengeance bestiale quinous renvoie à notre part d’ombre.


Le rituel du 1 0ème grade montre ensuite le passage de la vengeance individuelle àla justice, privilège du prince ou de la société.


Mais comment passer de la vengeance au pardon, qui comme le dit Derrida«pardonne seulement l’impardonnable ».


C’est un défi presque impossible qui nous met face à nos imperfections.Mais cela ne doit pas nous empêcher de continuer sur la voie…

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