Le Rôle du Maître Elu des Neufs
J∴ P∴ A∴
Deus meumque jus
Toute une partie de la symbolique et de la philosophie du REAA à partir du 3ème degré semble être construite sur les leçons de fin tragique d’Hiram et de ses conséquences.
Tout d’abord, la disparition d’Hiram, qui est le seul à avoir une vision d’ensemble de l’ensemble de la construction du temple et qui, de ce fait, est détenteur d’une connaissance unique, entraîne instantanément l’arrêt des travaux ce qui a pour conséquence une totale désorganisation. Dès qu’il est informé, Salomon qui est un Roi sage prend instantanément la bonne décision: il faut tout arrêter et tout suspendre tant qu’on n’aura pas découvert la vérité sur cette disparition. Mais alors, quel désordre ! Tous ces Maîtres, tous ces Compagnons et Apprentis mis à pied, et en plus, la paye suspendue!
Voilà que le frère Stolkin découvre la tombe d’Hiram qui est donc bien mort et, alors qu’il s’entretien avec de nombreux Maîtres la nouvelle arrive apportée par l’Etranger : il sait où se trouve Aviram, l’un des assassin ! Et tous ces Maîtres se laissent aller, ils ne se maitrisent plus et laissent libre cours à leur premier réflexe, ils ne réfléchissent plus, ils veulent courir à l’assassin ! Et pourtant, ce ne sont pas de simples Apprentis, ni même des Compagnons, ce sont des Maîtres, ceux qui sont chargés de tracer des plans, de guider et de diriger les travaux, ils forment l’élite ! Heureusement le Roi est sage, il remet de l’ordre dans cette chienlit, décide que neuf suffiront pour ramener le criminel et que les autres reprendront les travaux. Mais même pour Salomon, les Maîtres ne sont pas des sujets ordinaire : il confie au sort le soin de les désigner, montrant bien par là que tous les Maîtres sont égaux entre eux.
Et les 9 Elus, élus par le sort, se mettent en route …
Tous se sont engagés à accomplir une tâche sacrée, qui exige du courage et de la détermination ainsi qu’une parfaite maîtrise de soi : ils devront vaincre leurs passions et ainsi, même si le criminel était un de leur proche, ils ont promis que la Justice serait rendue quoi qu’il puisse leur en coûter. Mais est-ce bien certain ? Auront-ils la force d’âme nécessaire ? Le Très Puissant maître est là pour exprimer les doutes qu’à dû avoir Salomon : « Mes frères, nous serons bientôt informés de la qualité de nos frères [… ] Ils sont armés de poignards ! Le criminel sera entre leurs mains ! Comment doivent-ils se comporter ? Je demande à chacun de vous de réfléchir à cette terrible question … ». Ici, clairement, se révèle un des piliers de la maçonnerie : non, le destin n’est pas fixé à l’avance, oui « la vie de l’homme est une étincelle, un instant dans les ténèbres de la vie éternelle », oui chacun, de par sa volonté, sa force morale, peut faire tout basculer dans un sens ou dans un autre, il suffit pour cela qu’il ne soit pas résigné, qu’il donne la priorité à l’esprit sur la matière, qu’en un mot il soit vraiment Franc-maçon.
Le 9 arrivent à la caverne où se trouve Aviram et c’est le Maître de cérémonie qui interprète le rôle du destin : l’un des 9, qui sera l’Elu des 9, … en n’obéissant plus qu’à ses propres pulsions, figurées par les ordres du Maître de Cérémonie. va se distinguer.
Pour celui-ci, qui pourrait être n’importe lequel des 9, n’importe lequel des Maîtres, n’importe lequel d’entre nous, c’est l’instinct de vengeance qui prend le pas sur la raison, sur le devoir. NEQAM ! Vengeance ! La vengeance, cette façon de se laisser aller à son instinct et de rendre une justice personnelle et, en quelque sorte, de bafouer les valeurs qui conduisent à la réalisation d’une « œuvre commune en compagnie de nos pareils » et qui sont des valeurs fondamentales de la Franc-maçonnerie. Vengeance
Mais ce que le Très Puissant Maître craignait se réalise aussi par ce geste fatal ; en agissant ainsi l’Elu a aliéné sa volonté, il n’est plus un homme libre et, le Très Puissant maître l’avait pressenti : « nos têtes ploient sous le joug de l’ignorance et de la violence. Les travaux des Francs-maçons n’ont qu’un seul but : la libération ». L’ignorance, symbolisée par l’obscurité dont la disparition est la préoccupation inlassable des Franc-maçons toujours à la recherche de la lumière, puisque leurs travaux s’ouvrent à midi en loge symbolique, puisqu’elle symbolise l’heure du Maître Secret, celle « où l’éclat du jour a chassé les ténèbres et où la grande lumière commence à paraître ». Ignorance de l’assassin, croyant la force physique et la violence capables d’acquérir la connaissance de secrets auxquels seuls le travail et la persévérance donnent accès, assassin dont la vie s’achèvera au fond d’une caverne privée de lumière ; cette caverne, au lieu d’être, comme le sombre cabinet de réflexion du maçon, le point de départ d’une nouvelle vie est alors, pour lui, l’aboutissement de existence emplie d’ignorance.
Hélas les ravages du mal ne sont pas limités à un assassin et à celui qui assume sa vengeance personnelle. Lorsque le Très Puissant maître apprend comment s’est passée la mission des 9, il entre dans une grande mais sage colère : « Qui vous a donné le droit de juger et de châtier ? Mes frères, cet homme a osé penser que le crime peut servir la vérité » et sa première réaction est aussi un réflexe, une décision spontanée de chef : « votre désobéissance va vous couter la vie. Frère Stolkin, emparez-vous de cet homme » Et voici que Stolkin, lui aussi, se met à sombrer dans les ténèbres, il ordonne et menace : « A genoux, NEQAM ! NEQAM ! ». Voici bien la preuve que la perte du contrôle de soi, la subite plongée dans l’obscurité peut atteindre même ceux qui ont la charge de diriger et que le mal rôde prêt à surgir à chaque instant. Mais, heureusement, la sérénité l’emporte, la sagesse collective prend le pas sur les comportements individuels erratiques et le Très Puissant Maître, sur l’intercession de tous les Frères, reprend ses esprits et retrouve le chemin de la sagesse : « Insensé, à quoi pensez-vous ? … », pour, finalement, accorder son pardon à Yeoben.
Alors, pour nous aider à surmonter les difficultés, pour aider chacun d’entre nous à « vaincre ses passions », à « fuir le vice et pratiquer la vertu », à «mériter le laurier emblème de la victoire que le maître Secret emporte sur lui-même à la suite de ses efforts dans la poursuite du Devoir », à ne point « forger des idoles humaines pour agir aveuglément sous leur impulsion, mais à décider par soi-même de ses opinions et de ses actions », à ne pas « prendre les mots pour des idées », à « découvrir toujours l’idée sous le symbole », à « n’accepter aucune idée qu’on ne comprenne ou ne juge vraie », il faut avoir un modèle auquel on essaiera de ressembler. Ce modèle existe, c’est Emerek, ou Emeth,
Alors, bien sûr, être Emerek, c’est-à-dire« être l’Homme Vrai en toutes circonstances » est peut-être un but inaccessible, mais, tous, nous savons que nous pouvons nous en approcher à chaque fois que l’esprit domine l’instinct.
J’ai dit Trois Fois Puissant Maître, Très Illustres Frères et vous tous mes Frères Maîtres Secrets.