9°
#406012
Justice et Vengeance
F∴ K∴
A la gloire du
Grand Architecte de l’Univers
Ordo ab chao, deus meumque jus
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil pour la France
et des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
du 33èmeet dernier degré du REAA.
Ordo ab chao, deus meumque jus
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil pour la France
et des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
du 33èmeet dernier degré du REAA.
L’étudiant en droit fougueux que je fus, l’épris de justice et de liberté passionné que je suis encore, le Yahoben déboussolé de l’élection au 9 ne pouvait échapper au sujet de travail confié par le Très Puissant Maître « Justice et Vengeance ».
Pour traiter celui-ci, j’aurai pu appliquer la bonne vielle recette de planches des loges symboliques : un tiers de biblio, un tiers de rituel et un tiers de perso. J’ai pourtant choisi « enconscience » de vous proposer une approche 100% personnelle non pas que mes illustres prédécesseurs, par leurs écrits, n’eussent pu éclairer avantageusement ce travail mais parce que l’expérience de l’élection au 9 m’a encore plus bouleversé que l’initiation ou l’élévation. Pour la première fois en effet les différentes pièces du puzzle me sont apparues comme se mettant en place, même si cela s’est fait dans la douleur de la remise en cause.
Du 1 au 8, les franchissements de différentes étapes de ma vie maçonnique s’étaient faits à travers des cérémonies mêlant tour à tour les menaces, les conseils, la bienveillance, les sentences et les voyages initiatiques dévoilant des symboles un à un. L’élection permettant d’accéder au 9ème degré, à travers un jeu de rôle dans lequel l’impétrant est acteur, introduit pour la première fois le dilemme et le libre arbitre, les contradictions et la conscience. Tard dans la nuit, je me suis demandé ce qu’il serait advenu si dans la grotte, j’avais refusé de tenir ma promesse faite au Maître des Cérémonies et d’obéir à l’injonction de l’Expert comme j’ai été réellement tenté de le faire tant il m’apparaissait impossible que l’on me demande d’accomplir un meurtre, ne fusse qu’en simulation.
Le Devoir
Le parcours dans les hauts grades commence au 4ème sous le signe du devoir (Le devoir parce qu’il est le devoir 4ème p34 p36 p38 La voie du Devoir p40 p43)
Mais ce parcours commence aussi par un changement de plan.Nous allons tâcher de voir comment cette modification trouve une correspondance dans l’interprétation de la notion de Devoir.
Du 1 au 3, le devoir est intimement lié à la notion d’ordre. L’ordre est l’essence même des loges maçonniques symboliques. Le travail du maçon se faisant à ces degrés sur un plan uniquement horizontal (équerre), l’ordre constitue la dimension verticale manquante. L’ordre symbolisé par le V :. M :. (et le rituel) est vecteur de la connexion du maître au GADLU.
Ainsi, à ces 3 niveaux, le devoir du maçon est d’obéir à l’ordre, au V :.M :., aux rituels, à l’Expert, au Maître des Cérémonies, au 1er surveillant, au second surveillant…
Le maçon, y compris le Maitre est donc sous les ordres, il est même en permanence « à l’ordre ».
Au 4ème degré, la nature du devoir change. Passant de l’équerre au compas et à la verticalité, le maitre secret passe pour la première fois dans une démarche de relation directe avec le GADLU. Au 5ème, il accède même au cœur de l’Architecte. Le maître parfait finit par comprendre que ce cœur est le symbole du verbe incarné, sorte d’esprit pulsionnel.
Grâce à cette nouvelle relation verticale, son devoir d’obéissance envers ceux qui jusqu’ici l’ont aidé à lever les voiles des symboles pour à aller vers la lumière, son devoir de transmission de la tradition aux apprentis, se transforme alors en un devoir personnel de perfectionnement. Le Devoir doit alors se comprendre comme le choix délibéré par le maître Secret d’accepter de chercher à s’élever en s’imposant des devoirs sans chercher de récompense mais parce qu’ils constituent le Devoir des loges de perfectionnement. Alors, le devoir devient peu à peu « les Devoirs ». (Intéressant de constater que chez les Compagnons du Tour de France, il existe 2 confréries distinctes: les compagnons du devoir et les compagnons des devoirs).
D’abord au 4ème degré, Le Maître Secret accepte le Devoir de rechercher la parole perdue, le Devoir de garder le Secret, le Devoir de Fidélité, le Devoir de Deuil enfin de Devoir de mémoire (sépulture).
Au 5ème, le Devoir de mémoire se transforme en un devoir de pèlerinage, puis viennent s’ajouter de nouveaux devoirs : le Devoir de Vie, le Devoir d’Intelligence, le Devoir d’Amour, le Devoir d’Espérance, le Devoir de poursuivre l’œuvre, le Devoir de retrouver les meurtriers d’Hiram, le Devoir de liberté (la mort n’a plus d’emprise sur le Maître parfait) et enfin le Devoir d’obéir à sa conscience, c’est-à-dire à mettre en harmonie, le corps, l’âme et l’esprit.
Ces Devoirs nouveaux s’égrènent au fil des réceptions.
Mais au 9ème degré se joue un psychodrame au sein de la loge.
Pour tester la capacité du Maître parfait à remplir ce nouveau Devoir apparu au 5ème, (le Devoir d’obéir à sa conscience), le rite de l’élection va véritablement organiser de façon très théâtral, un simulacre de lutte entre l’inconscient et le conscient pour qu’enfin se réalise la prophétie, se poursuive l’Œuvre.
Le Triomphe de la loi sur l’injustice
Apparemment, la justice est indissociable du 9ème degré. Sans doute parce que ce degré se déroule en présence de Salomon, symbole à lui seul de la justice. En effet, nul n’ignore ce qu’est le jugement de Salomon.
Mais de tout temps, les rois ont rendu la justice et si le Devoir de justice apparaît dès le 4ème Degré où le Maitre Secret s’engage à toujours « promouvoir la justice ».(p-32), il devient au 9, le Devoir de rendre Justice ( p2 « premier devoir = trouver les meurtriers d’Hiram et les vaincre »). Serait-ce alors plutôt un devoir de police qui incombe au Maître Elu ?
Car Salomon n’a pas délégué son devoir de justice aux 9 Maîtres Elus, mais bien son pouvoir de police. « Qui es-tu pour t’arroger le droit de juger ? » demande t-il à Yahoben à son retour.
Le devoir de Yahoben est bien de trouver les assassins (9ème p15) pas de les juger, et encore moins de les châtier.
Que veut dire alors le Triomphe de la loi sur l’injustice ? L’injustice est-elle l’absence de justice rendue ou les conséquences d’un acte contraire à la loi, le préjudice créé ou subi. La question mérite d’être posée car de fait, il est de nombreuses injustices légales. Dans ce cas comment la loi peut elle triompher de l’injustice. La loi peut protéger de l’injustice en créant une liste d’interdits. Elle peut aussi réparer l’injustice en permettant au juge de rendre la justice. Mais le juge ne peut réparer une injustice légale sauf créer une nouvelle injustice pour en réparer une autre.
Admettons alors que l’injustice découle toujours d’un acte illégal, peut importe devant quelle loi que celle-ci soit divine, morale ou objective. Il est alors indispensable de juger cet acte répréhensible. Mais une fois condamné, une peine pour le coupable est-elle nécessaire ? Le châtiment participe t-il de la victoire de la loi sur l’injustice ?
La nécessité de la peine ne peut se justifier que par 2 raisons. L’une sociale, le besoin de prévenir de la récidive, l’autre judiciaire, la nécessité de réparer le préjudice.
Le châtiment est une peine très particulière puisqu’elle est corporelle et donc n’a aucune vertu pour la réparation du préjudice. En quoi, la condamnation à mort d’un assassin d’enfant pourrait réparer le préjudice et apaiser ses parents. Plusieurs études récentes ont démontré qu’il n’y avait aucune paix retrouvée par des victimes lorsque l’agresseur était abattu par la police ou que celui-ci mourrait avant le procès (même en cas de suicide).
A l’inverse, on a vu des victimes très frustrée de voir que le châtiment du coupable fusse t-il suprême ne leur permettait pas de passer à autre chose.
C’est la raison pour laquelle de tout temps, on a vu des accusés, jugés coupables mais condamnés à des peines symboliques, voire dispensés de peine.
Qu’il s’agisse de « légitime violence » comme une bavure policière, de « légitime défense », « d’excuse de provocation », « d’aliénation ou altération du jugement », les cas de coupabledispensés de peine ne manquent pas. Par contre, on voit poindre une remise en cause de la loi actuelle qui veut qu’un irresponsable (aliéné mental) ne soit pas jugé. Les victimes peuvent accepter un jugement sans peine mais pas l’absence de jugement. La loi doit triompher de l’injustice.
La Vengeance
Il n’y a donc aucune place pour la vengeance dans la Justice. S’arroger le droit de juger et de châtier, tuer et devenir soi-même un assassin, la vengeance ne peut servir la justice. Et ce même si cette vengeance ou esprit de vengeance émane d’un juge ou d’un justicier et non de la victime. La loi du talion « œil pour œil, dent pour dent » n’apaise jamais la victime. Pire, elle la prive d’un procès juste puisque la vengeance est le fruit vénéneux de la haine et relève des passions et non de la raison.Toutes les sociétés matures ont renoncé à l’application de cette loi car seule la vengeance peut justifier le châtiment corporel et il n’y a que les sociétés jeunes ou brutales pour conserver par exemple la peine de mort ou infliger des peines corporelles.
Pour rendre la justice il faut être sans haine. La vengeance est donc antimonique de la justice. Il ne peut y avoir de justice s’il y a vengeance.
D’un point de vue maçonnique, rappelons que le mal n’est évidemment ni un but ni un moyen pour le Maçon et que celui-ci depuis l’initiation a toujours eu comme Devoir de vaincre ses passion. Comment pourrait-il justifier la vengeance.
Le triomphe de la loi sur l’injustice est donc possible non pas s’il y a châtiment mais s’il y a jugement,.
Le jugement en conscience, le voilà le Triomphe de l’esprit sur la matière
La capacité de jugement, de discernement et de tempérance devient le corollaire du Devoir de se libérer de l’ignorance et de la violence exprimé dans le rituel du 9 (p16).
Yahoben fait l’expérience des conséquences de son incapacité à repousser les mauvais guides de l’inconscient. Il écouted’abord ses passions et notamment la volonté viscérale de venger le meurtre d’Hiram quoi qu’il advienne. Il suit ensuite aveuglément l’étranger qui le guide vers l’assassin et qui représente cet inconscient qu’il ne le connaît pas. Il prête attention au chien, symbole de la sauvagerie à peine domestiqué qui lui montre l’entrée de la cachette. Il obéit à la voix intérieure (de l’Expert) qui lui dicte sa conduite indigne dans la grotte. Il se satisfait de ses faiblesses, de sa volonté de plaire à son roi, de sa fierté d’avoir réussi là où les autres ont échoué. Enfin, il cherche à se retrancher derrière l’obéissance etle zèle pour justifier sa conduite coupable.
Yahoben se montre incapable d’élever son niveau de conscience, il reste dans les ténèbres et la noirceur de son inconscient. Car la conscience, c’est la lumière, le Verbe incarné, la conscience est ce qui nous différencie de l’animal comme dirait Buffon, mais c’est aussi ce qui nous différentie des profanes. C’est ce lien qui nous unit au GADLU et nous permetde nous élever quand tout nous incite à la facilité et à la bassesse. C’est cette part de divinité qui nous a été donnée et que nous avons le devoir d’entretenir et de développer. En n’écoutant pas sa conscience, Yahoben est redevenu l’être ignorant et violent qu’il croyait avoir cesser d’être.
Mais il ne suffit pas d’avoir un niveau de conscience élevé. Encore faut-il mettre en harmonie le corps, l’âme et l’esprit, c’est-à-dire être capable de discernement, mais aussi de courage et suivre sa conscience dans les moments difficiles. Cette conscience ne doit pas restée pas virtuelle et doit traduire dans les choix de la vie. Alors seulement le Maître Elu des 9 pourra proclamer le triomphe de l’esprit sur la matière.
Le psychodrame du 9ème degré se joue en 2 temps sous la forme de la répétition du même scénario mais avec 2 issues. La première, nous venons de la commenter assez longuement. Elle est caractérisée par le mauvais choix de Yahoben et pourrait s’intitulé « Vengeance et Châtiment ». La seconde version pourrait être titrée « Jugement, Pardon et Amour ».
En effet, lorsque les 9 Maîtres Elus reviennent devant le Salomon, l’histoire semble bégayer. Il y a de nouveau un assassin devant son juge. Qui plus est il paraît devant le juge suprême, celui qui a droit de vie et de mort sur ces sujets? Salomon juge Yahoben car la justice est nécessaire, mais il le juge en conscience, sans suivre la colère légitime provoquée par la frustration de ne pouvoir juger lui-même l’assassin d’Hiram et la désobéissance de son sujet en qui il avait mis toute sa confiance. Il vainc ses passions, suit sa conscience et pardonne. Il met en harmonie, sa conscience et ses actes.Non seulement il dispense l’ignorant de la peine, mais il lui pardonne. Mieux, il l’aime. Il accomplit son Devoir d’amour. Comme le Christ pardonne aux hommes sur la croix, Salomon pardonne au maçon dans l’erreur et par amour le remet dans le droit chemin (comme dans la parabole du bon pasteur).
Je me permets ici de poser la question un peu osée suivante. Existe il un analogie entre le sacrifice d’Hiram et le sacrifice du Christ. Dans les 2 cas, leur mort n’est pas vaine puisqu’elle scelle une nouvelle alliance entre les hommes et Dieu. Dans les 2 cas leur mort les rend sacrés, Dans les 2 cas, Hiram et Jésus ont décidé de mourir pour assurer le salut des hommes. Dans les deux cas, ce salut passe par la mise en harmonie de notre esprit, de notre cœur et de nos actes…..mais je m’égare et me dois de revenir à notre propos initial.
Ainsi s’achève la leçon de Salomon aux Maçons. Ainsi se termine le psychodrame du 9 avec le même mécanisme du rebondissement ultime déjà éprouvé avec l’élection au sublime grade de Maître. Ainsi triomphe l’esprit sur la matière.
En conclusion, je dirai que le psychodrame du 9ème doit être lu à deux niveaux. Un premier niveau philosophique qui est celui du thème de la Justice et de la Vengeance. Ce niveau est celui du monde profane mais n’est qu’un moyen d’accéder au second. Le second niveau qui est le but ultime du degré est le thème beaucoup plus maçonnique de la lutte entre le conscient et l’inconscient et du devoir sacré du Maître Elu des 9 de toujours chercher à élever au plus haut point possible sonniveau de conscience en toute situation. Cette élévation est rendue possible et symbolise tout à la fois l’axe vertical de cette nouvelle relation directe et personnelle à Dieu des loges de Perfectionnement. L’accomplissement de ce Devoir de suivre sa conscience n’est possible que par la liberté individuelle de penser rendu au Maître Elu des 9 et l’usage qu’il saura en faire pour mérité le titre de « Free Mason », c’est à dire de franc-maçon.
Très Puissant Maître, j’ai dit.