#406012

Le Sceau du Secret

Auteur:

A∴ S∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS


Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil pour la France
desSouverains Grands Inspecteurs Généraux du 33 ème et dernier degré du RiteEcossais Ancien et Accepté .


ORDO AB CHAO


DEUS MEUMQUE JUS


Trois fois Puissant Maitre et vous tous mes Frères Maitres Secrets.

Lors de la préparation de ce travail, il m’est apparu nécessaire de le partager en deux grandes parties. La première consacrée au secret général de la Franc-maçonnerie des Loges symboliques et la deuxième partie à celui du 4 ème degré, afin de mieux comprendre pourquoi les secrets qui leur correspondent sont de nature totalement différente et commentle sceau du secret du 4 ème degré change le sens du secret.

Au premier degré, nous connaissons tous cette phrase qui termine la lecture de la planche tracée des derniers travaux par le Frère secrétaire : « Tous les Frères se retirent sous le sceau du secret ». Cette phrase aurait pu être exprimée différemment, par exemple : « Tous les Frères se retirent en gardant le secret », mais le mot sceau à été employé sciemment dans le but bien précis d’insister sur le fait que tout ce qui a été dit, vu et entendu en Loge est scellé par le secret et donc inviolable. Il est du devoir de chaque Maçon de garder pour lui ce secret et de ne pas le dévoiler dans le monde profane où d’ailleurs il serait totalement incompris. Seul l’initié peut comprendre car ce secret est le ciment qui uni tous les Francs-maçons.

C’est pour que le nouvel initié prenne conscience de l’importance du secret et de son inviolabilité qu’il prête serment sur l’honneur par deux fois lors de son initiation. D’abord en s’engageant à garder le silence sur toutes les épreuves qu’il va subir et ensuite en jurant de ne jamais révéler aucun des mystères de la Franc-maçonnerie. Associé au serment, le silence imposé à l’apprenti appartient au secret. A l’instar de l’initiation Pythagoricienne dont la Franc-maçonnerie revendique en partie l’héritage, l’apprenti doit savoir se taire et écouter, en un mot garder le Silence. Ce silence qui permet d’écouter n’est pas imposé uniquement à l’intérieur de la Loge mais aussi à l’extérieur. Chacun à un devoir de silence et de discrétion concernant la qualité maçonnique des Frères et le dévoilement des travaux qui se déroulent en Loge. Alors le silence ne concerne plus uniquement l’apprenti mais tous les Frères sans distinction de grade. En cela il devient secret.

Cependant le secret maçonnique est plus subtil et n’est pas uniquement associé à ce qui se voit se lit ou s’entend. Il ne réside pas uniquement dans les écrits mais aussi dansla perception que chacun de nous découvre lors de sa propre initiation. Il est en fait essentiellement d’ordre personnel.

On trouve les raisons et les causes qui justifient le secret maçonnique dans trois domaines différents.

Le premier, celui qui concerne la fin des travaux et qui est lié « ausceau du secret » du premier degré, est plus une discrétion qu’un secret. Le travail qui se fait en Loge à l’aide du rituel correspondant à chacun des degrés n’a rien de vraiment secret car tout est à la disposition du commun des mortel dans n’importe qu’elle librairie spécialisée. Seule une grande discrétion est nécessaire. Dévoiler nos travaux aux profanes serait méconnu et dangereusement incompris.

Le deuxième domaine qui justifie l’application du secret est inhérent à l’histoire et à l’inconscient collectif enraciné dans différents pays. Il est le résultat de nombreuses persécutions auxquelles ont fait face les Maçons autant dans le domaine religieux que politique ou sociétal. Cette idée que la Franc-maçonnerie est en marge de la religion ou de la société encore présente dans l’inconscient collectif des profanes et particulièrement en France, justifie l’observance du secret et de la discrétion à l’appartenance.

Le troisième domaine est le plus important et le plus légitime. C’est celui qui est lié directement à l’initiation et que le Franc-maçon ne découvre qu’après quelques années de pratique. Il est très subtil et totalement personnel. Ce secret est inviolable car il est à l’intérieur de chacun de nous et ne peut être compris que de nous. Il fait partie de l’expérience initiatique qui permet de passer du monde profane au monde spirituel. Cette nouvelle naissance, (et non renaissance comme on entend parfois et qui ne me semble pas appropriée), crée une introspection au plus profond de chacun de nous qui déclenche un procédé de perfectionnement que seul celui qui l’a vécu peut comprendre. Lors de l’initiation la Franc-maçonnerie ne délivre pas un secret mais la présence d’un secret et sa réalité. A chacun de nous de le rechercher et de le trouver.

Ce secret est dans la partie divine qui appartient à chacun, elle est la Lumière Divine qui est en nous et que le travail maçonnique nous aide à découvrir et à approcher. Un paragraphe des mémoires de Giacomo Casanova illustre bien cette pensée : « Le secret de la Franc-maçonnerie est inviolable par sa propre nature puisque le Maçon qui le connait ne le connait que pour l’avoir deviné. Il ne l’a appris de personne, il l’a découvert à force d’aller en Loge, d’observer, de raisonner et de déduire. Il se garde bien de faire part de sa découverte à qui que ce soit, fusse à son meilleur ami Maçon, puisque si celui-ci n’a pas eu le talent de le pénétrer, iln’aura pas non plus celui d’en tirer parti en l’apprenant oralement. Ce secret sera donc toujours un secret ». En bref ce Secret ne peut s’exprimer, il ne peut que se ressentir.

Cette intimité du Secret nous amène tout simplement à celui du 4 ème degré qui porte bien son nom, celui de Maitre Secret. Au 3ème degré le Maitre est relevé, mais au 4ème il est élevé, il entre de ce fait dans une nouvelle dimension que lui seul pourra apprécier. En cela, les Secrets qui vont lui être révélés ne correspondent en aucune mesure à ceux des trois premiers degrés, ils sont de tout autre nature.

Ce degré envoie un message qu’on pourrait définir d’un seul mot, celui de  « l’Illumination ».C’est la première fois que la Franc-maçonnerie et particulièrement le Rite Ecossais Ancien et Accepté exprime son message clairement : « La réalité de la Grande Lumière émanant du Principe qu’est le Grand Architecte de l’Univers ». Dés l’ouverture des travaux la Lumière est annoncée. Après que le T.F.P.M. se soit enquit de l’heure, le Frère Inspecteur lui répond : «  l’éclat du jour à chassé les ténèbres et la Grande Lumière commence à paraitre ».

Revenons à la réception au 4ème degré du Maître Maçon. A ce stadetout est nouveau et le Trois Fois Puissant Maître annonce au néophyte que tout ce qu’il a déjà appris n’est rien à coté de ce qu’il reste à apprendre. «Vous allez être dans cette Loge Secrète comme un apprenti dans une Loge du 1er degré ». Le ton est donné : on lui explique qu’il se retrouve comme au premier degré mais que l’observance de la discrétion et du secret est encore plus stricte dans ce nouveau degré. Pour preuve on lui clos symboliquement les lèvres avec le sceau du secret. On s’aperçoit qu’on entre cette fois dans une nouvelle dimension du secret. Il ne s’agit plus de garder pour soi ce qu’on a vu, lu ou entendu mais de devenir le gardien du secret, le gardien du Saint des Saints, le Lévite gardien du Temple en comprenant bien que ce Temple est la Lumière qui vient de paraitre et qui est en nous. Le secret est donc en nous et ne peut s’expliquer. Il n’est plus une simple discrétion maçonnique mais tout autre chose. Il nous appartient intérieurement et ne peut s’exprimer par la parole car la parole n’exprime que le réel et non le ressenti. C’est par le Silence propice à la méditation, au ressourcement de l’âme, à la paix intérieure et à l’écoute que le ressenti pourra être interprété. C’est tout cela que symbolise l’application du sceau sur la bouche du récipiendaire au 4ème degré.

Dans toutes les civilisations et plus particulièrement les civilisations orientales, on retrouve l’utilisation du sceau en de nombreux domaines et de multiples occasions. Il est signe de pouvoir et d’autorité. Le plus souvent il cachette un document et devient de ce fait symbole de secret. Dans le Christianisme ancien et plus spécialement dans l’Apocalypse de St. Jean on trouve de nombreux passage se rapportant au sceau. Il dit : « Dieu scelle ses instructions », ou encore « Le père a marqué le fils du sceau » qui signifie qu’il envoie son fils en son nom pour donner la vie éternelle. Ce lien qui existe entre le sceau et le secret est encore exprimé quand Dieu ordonne à Daniel de sceller ses visions c’est-à-dire de les garder secrètes. Il est intéressant de se rapprocher du symbolisme développé par Philon qui dit : « Le sceau c’est l’idée, le modèle qui informe le monde sensible. Le sceau primordial est le monde idéal, la parole divine ». Il est donc totalement naturel que l’usage du sceau se retrouve dans le symbolisme maçonnique.

Le sceau du secret du 4ème degré composé de deux parties, un manche noir et une main blanche représentée essentiellement par 3 doigts montre une fois de plus la dualité. Ces trois doigts qui expriment la trinité rappellent ce 3 qui se transforme en Un, Dieu, Le Grand Architecte de l’Univers .Tout comme le maillet noir posé sur le plateau du T.F.P.M., le manche noir du sceau du secret représente la matière inerte, le pouvoir temporel, tandis que le blanc de la main représente la matière vivante, l’autorité spirituelle.

Cette main en ivoire, matière organique, symbolise l’intériorité du secret toutcomme la clef d’ivoire qui est une clef intérieur, personnelleque chacun utilisera comme il le ressent pour accéder au Saint des Saints. Par sa position sur le plateau du T.F.P.M. , c’est-à-dire la partie la plus haute des 3 niveaux, les 3 tablettes placées devant le Saint des Saints, cette main symbolise parfaitement la divinité.

Lors de la réception au 4ème degré, le Maître des cérémonies a qui le T.F.P.M. a confié le sceau du secret, le saisi de la main droite et l’applique sur les lèvres du récipiendaire pour lui clore la bouche afin qu’il sache que cette main divine scelle définitivement en lui tout ce qui va lui être révélé par la suite. Cette application du sceau symbolise la transmission divine vers l’homme, du Saint des Saints vers la Jérusalem terrestre. Alors ce secret fait appel au sacré, c’est-à-dire ce qui est ancré au plus profond de nous et qui ne peut être exprimé mais simplement ressenti. Le Maitre secret conclu ainsi une alliance avec la Grand Architecte de l’Univers afin de rechercher la vérité et la parole perdue. Le T.F.P.M. le lui dit à la fin de la réception : « Contractez une alliance sincère avec nous et prenez l’obligation de garder fidèlement les secrets de ce grade et d’en remplir les devoirs ».

Désormais comment le Maçon pourrait il dévoiler le secret qu’il découvre tant le phénomène est surprenant et puissant ? Il est soudain ébloui par la lumière lorsque le Saint des Saints lui apparait et il comprend alors tout ce qu’il possède en lui de possibilité. Cependant on lui dit qu’il lui reste une tâche importante à accomplir, celle de réfléchir la Lumière qu’il reçoit sur ses Frère et sur le Monde. C’est cela que signifie le couronnement du Laurier et de l’Olivier. Il se présente alors tel un saint auréolé de la Lumière qui émane de Dieu et qui est présente en lui. Son entrée dans le Saint des Saints attesté par la clef d’ivoire et par l’application du sceau du secret lui fait découvrir la puissance de la Grande Lumière, celle que les Hébreux appellent la « Shekinah » qui est la présence réelle de la divinité, ou les musulmans la « Sakinah » qui signifie : grande paix. Je le répète, comment serait-il donc possible de dévoiler tout cela ?

La puissance du Principe est donc clairement exprimée et il est impossible de ne pas la ressentir ou de ne pas comprendre que la seul chose qui compte désormais c’est de se savoir guidé par la Lumière. La charge est lourde car le rituel dit : « C’est la Lumière que vous portez ». On découvre alors que le Maître à quitté le plan horizontal et qu’il se trouve maintenant sur la verticale de la Croix, sur le chemin de l’élévation vers la Lumière. Pour parcourir ce chemin des conseil et des interdits sont précisés au cours des quatre voyages car être porteur de laLumière est une grande responsabilité qui nécessite la soumission au Devoir. Ce devoir n’est plus une valeur morale, il revêt désormais un aspect métaphysique. Il doit être présent continuellement et devenir l’obsession du Maître Secret. Pour ma part j’ai été un peu troublé par cette phrase du Trois Fois Puissant Maître lors de ma réception : « Reconnaissez vous que le Devoir est la Grande Loi de la Franc maçonnerie, inflexible comme la fatalité, exigeant comme la nécessité, impératif comme le Destin ». Jusqu’à présent le Maître ne faisait que concevoir les choses par l’étude des symboles mais à présent il connait «  la Loi unique qui régit toutes choses » dit le Rituel, il a compris la Loi et peut ainsi accéder à la Connaissance. C’est là le Secret qu’on lui révèle, ce secret qui est imposé au néophyte lors de sa réception par le « Signe du Silence ». On retrouve cette image du signe du silence dans un passage de JOB ch. X que j’ai aimé et que je vous lis :

« Celui qui conteste avec le Tout Puissant lui apprendra t- il quelque chose ?»

Alors Job répondit à l’Eternel :

Voici, je suis un homme vil, que te répondrai-je ? Je mettrai la main sur ma bouche ».

Ainsi se doit d’être le Franc-maçon, humble et silencieux. Dans les trois premiers degrés il a appris à maitriser les symboles désormais il doit maitriser le Verbe.

En conclusion, le sceau du Secret ne se limite pas à protéger ou à enfermer un secret qui est nécessaire et protecteur et qui justifierait de ne pas révéler ou dévoiler le contenu des cérémonies en Loge ou l’appartenance d’un Frère, mais il est essentiellement intérieur et d’ordre spirituel. Il scelle un trésor précieux qui se vit et qui se ressent.

J’ai dit, T.F.P.M.

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