#406012

La Caverne

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“Joaben marche par des détours et des pays perdus sous la conduite de l’inconnu. Le chien de l’inconnu le conduit vers la caverne. Joaben y pénétra par une descente fort raide, taillée dans le roc de 9 degrés. Il vit Abibaal qui se plongeait un poignard dans le coeur. Joaben prit le poignard du traître et sortit victorieux. Grâce à l’eau de la source jaillissante, il se remit de ses sens agités”. Voila ce que nous dit le Mythe.

Quelques mots me viennent à l’esprit pour évoquer la caverne : silence, refuge, cœur, centre, régénération. Et aussi effroi, enfermement ténèbres. Ces mots traduisent bien toute l’ambivalence de la caverne, à l’image de la dualité qui dirige tout être humain. Tout est en elle, comme tout est en l’homme : le bon et le mauvais, la naissance et la mort, l’ombre et la lumière, l’illusion et la réalité.

Espace négatif d’enfermement et d’illusion, mais aussi espace initiatique de libération, la caverne s’apparente au creuset des alchimistes pour atteindre le « solve et coagula », processus de transformation de l’Etre. A la différence de la chambre de réflexion et de la chambre de préparation, lieux de méditation, la caverne est un lieu d’action pour résoudre nos contradictions.

Pour parvenir dans cette caverne, nous devons traverser un désert, un labyrinthe, en faisant 8 tours lents plus un 9ème tour précipité. Cette épreuve reflète le dédale nécessaire pour aboutir au centre de nous même, pour stimuler notre Conscience.Mais nous serons guidées par l’inconnu, gardeur (et non gardien) de troupeaux.Pourquoi un inconnu ? Parce qu’il incarne la providence, l’intuition. Il est l’instrument indispensable de la conscience universelle. Il est le catalyseur de l’éclaircissement de notre conscience. La présence de l’inconnu ouvrira la porte à des vérités qui seront saisies directement, non par une compréhension intellectuelle, mais par une intuition spirituelle, grâce à un état d’écoute et de réceptivité absolues, dans le silence. Nous pourrons entendre alors les messages des profondeurs de l’univers et des profondeurs de nous mêmes.

A droite de l’entrée de la caverne, se trouve une source. Cette eau jaillissante, véritable « eau de Vie » nous fera retrouver Force et Harmonie.

Comment pénétrer dans cette matrice ? Neuf marches escarpées y conduisent. Après avoir gravi l’escalier à vis de 3, 5 et 7 marches, il est obligatoire de descendre 9 marches escarpées pour une rencontre avec ses paradoxes.Cette descente, à l’instar de notre marche à l’envers, n’est pas une régression, mais une prise de distance, pour devenir lucide, un déséquilibre nécessaire à un nouvel équilibre plus fort.

A l’intérieur, une lampe est posée sur un rocher. Elle nous apporte la lumière providentielle dans les démarches dictées par notre conscience.

La caverne plongée dans les ténèbres est noire et silencieuse.

Le silence est porteur de semence.

Le noir est la couleur de la délivrance. Il représente la terminaison d’un cycle qui précède la régénération, la force tamisée du noir, en faisant le deuil de ses ombres illusoires. C’est le lieu idéal de préparation. Toute maturité exige avant tout l’obscurité des profondeurs. Le grain de blé exige d’être enfoui sous terre, avant de s’épanouir en épi. Les 4 éléments sont présents dans la caverne : le feu de la lampe, l’eau de la source, la terre de la caverne et l’air. Ils conjuguent leurs principes pour permettre à l’œuvre transmutatoire de s’effectuer.

Joabendans la caverne, se trouvera face à face avec Abibaal. A sa vue, ce dernier se plonge un poignard dans le coeur (le sang du coupable va permettre d’éteindre la vengeance ; le crime sera puni). La confrontation avec Abibaal n’est autre qu’une confrontation avec nous-mêmes.Abibaal n’est qu’une des nombreuses facettes de notre personnalité multiple. En plongeant un poignard dans notre cœur, le Minotaure, facteur de division sera débusqué.

Qu’allons nous faire dans la caverne ? Entreprendre un voyage immobile, un voyage spirituel essentiel qui consiste à revenir à l’origine de nous-mêmes, à l’expérience de l’Etre. Dans la caverne, nous n’avons que deux choix : Vaincre nos passions ou Mourir.En nous efforçant de concilier, à tout moment, nos facteurs de division, tout au long de notre chemin initiatique, nous parviendrons de cavernes en cavernes,au cœur véritable de notre Pierre Brute, à l’Essence véritable de notre Etre. Car, il ne sera pas possible de faire disparaître totalement, les mauvais compagnons qui nous habiteront toujours, de les tuer. Ils font partie intégrante de nous même. Notre tâche est de les appréhender, les apprivoiser et les dépasser. Il est donc nécessaire d’en prendre justement conscience, de les “terrasser” (étymologiquement de les mettre à terre), pour concilier nos contraires, pour faire cohabiter nos paradoxes, par un comportement éclairé, en allant au-delà de nous même, en nous “transcendant”, pour une unification de la conscience humaine et de la conscience universelle.

Il n’y a pas le bien ou le mal, mais le bien et le mal. La descente dans la caverne va nous conduire à un état de présence, puis d’éveil en écoutant notre lucidité et notre intuition. Il nous appartient de quitter le raisonnement pour faire place à la résonance.

Le mot clé du 1er Ordre est Vengeance. La mission qui nous est confiée est de venger le crime. Comment comprendre le mot « venger » ?Venger veut dire rendre justice à son être, inverser le processuscomme nous le montre la marche à l’envers effectuée, prendre conscience du noir (ténèbres) du rouge (sang d’Abibaal),(les couleurs dominantes de la salle du Conseil ne sont-elles pasle rouge et le noir ?) pour trouver non pas l’illusion de la lumière, mais la vraie lumière qui existe en nous et que nous refusons inconsciemment de voir. Le passage dans la caverne va nous permettre de dépasser ce que l’on croit être, ce que l’on aimerait être, pour trouver enfin qui on est. Nietzsche ne disait –il pas «  Deviens ce que tu es »

La caverne représente un chemin descendant jalonné d’images sombres étouffantes, lourdes de toutes les peurs et de tous les tourments. Mais c’est aussi un chemin ascendant peuplé d’images lumineuses portant allégresse et éveil. Elle est le symbole d’un combat incessant entre l’élan spirituel vers la lumière et l’inertie matérielle qui fait régresser dans les obscurités de l’âme. De la connaissance lunaire (réfléchie, cyclique) on arrive à la connaissance solaire (jaillissante, irradiante).

Le passage obligé dans la caverne nous donne une vision éclairante qui vient de l’œil du cœur, qui fait de notre parole parlée une parole parlante pour une ouverture féconde de notre conscience.

Descentes et ascensions incessantes constituent les 2 phases complémentaires de toute démarche, la lutte éternelle entre licite et transgression. Nous n’aurons jamais fini de faire le tour de notre caverne, d’en toucher le fonds. Nous aurons toujours besoin de repasser par ce centre, mais, comme dans une spirale, à chaque tour, nous nous en éloignerons de moins en moins, conscientes de nos acquis et de nos progrès.

Ne vivons pas uniquement d’émotions, de pensées et de jugements ; mais plutôt de sentiments, de visions de et perceptions. Que notre raisonnement soit juste, que notre résonance aille au delà des apparences. Si nous arrachons nos facultés à leurs multiples enfermements, nous pourrons, quelque jour, rassembler dans la lumière,ce qui de nous était épars. Etre sage c’est se « re-cueillir » pour se fixer au lieu d’où tout jaillit. C’est cela la sagesse, c’est cela l’Union. C’est cela notre Liberté de Conscience.

J’ai dit 

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