#406012

La vengeance met un bandeau sur les yeux du juste

Auteur:

J∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

J’ai un peu de mal avec cette phrase alors je vais essayer d’y voir un peu plus clair ! Si j’en crois le Dictionnaire de L’Académie française de 1762 La Justice est la vertu morale, qui fait que l’on rend à chacun ce qui lui appartient. La Justice y est reprise comme la Reine des vertus.

Et, qu’est-ce qu’être juste ? D’après le même, c’est respecter des valeurs qui peuvent être morales ou sociales. De plus, il y est précisé qu’être juste c’est faire ce qui est raisonnable, c’est-à-dire ce qui est mesuré, réfléchi, choisi par la raison.

Quant à la vengeance, pour le dictionnaire de l’Académie française de 1798, c’est l’action par laquelle on se venge, ou par laquelle on punit celui qui nous a causé un tort. A cette époque il était dit que la vengeance devait être réservée à Dieu. « Il faut laisser la vengeance à Dieu ». Dieu ne dit-il pas dans l’Écriture : « La vengeance est à moi ».

Les yeux bandés furent initialement un attribut de la déesse grecque hellénistique Tyché (le destin) et se retrouvent chez son équivalent, la déesse romaine Fortune (la chance). Le bandeau ne fut attribué à la Justice latine que secondairement : les premières pièces de monnaie romaines montraient Justitia tenant le glaive dans une main et la balance dans l’autre, mais avec les yeux non couverts.

L’image de la Justice a changé avec le temps, actuellement, elle est souvent représentée les yeux bandés ; ce bandeau, qui lui couvre les yeux, serait maintenant devenu un symbole d’impartialité. Il indiquerait que la justice est (ou devrait être) rendue objectivement, sans crainte ni faveur, indépendamment de l’identité, de la puissance ou de la faiblesse des accusés : la justice comme l’impartialité serait donc aveugle.

Mais ici il est demandé si la vengeance met un bandeau sur les yeux du juste, cette phrase sous-entend que le bandeau ne serait pas ce symbole d’impartialité cité plus haut, mais plutôt le symbole de l’aveuglement de celui qui pourrait désirer se venger, désir provoqué sans doute, par la douleur d’avoir perdu ce qui est cher à son cœur ; aveuglement et colère qui, si l’on n’y prend garde pourraient conduire aux pires excès et par suite nous placer au même niveau que celui qui nous a causé un préjudice.

Quelle serait cette justice qui rend le sang pour le sang, œil pour œil, dent pour dent, parce que depuis la nuit des temps, c’est cette loi du Talion qui fut prédominante ? Non évidemment, de nos jours, ce genre de justice n’est plus humainement concevable ; elle ne me semble pas acceptable parce que de par sa propre violence, elle justifierait la violence d’autrui et la rendrait ainsi crédible. Pour punir le crime, la justice n’aurait-elle pas trouvé d’autres moyens que de recourir elle-même au crime.

La justice consiste-t-elle à éliminer par un moyen ou un autre, le coupable ? La victime s’en trouverait-elle satisfaite ? Mes Frères pourriez-vous trouver la sérénité dans cette conception de ce qui semble juste ? Non, je ne peux pas y croire. On ne peut parler de justice sans au moins évoquer la clémence qui à mon sens doit lui être associée et tempérer ainsi, ses rigueurs a ceux qui y sont soumis. Deux phrases me viennent à l’esprit, je cite :

Cervantès qui dit : les vengeances châtient mais n’éliminent pas les fautes. Et Martin Luther King qui dit : La race humaine doit sortir des conflits en rejetant la vengeance, l’agression et l’esprit de revanche. Le moyen d’en sortir est l’amour.

La justice doit l’emporter sur la vengeance, même si, ici, dans ce contexte, on ne sait pas de quelle justice il s’est agi. Est-elle à la seule appréciation d’un Roi ? Les accusés ont-ils été réellement défendus ? La vengeance est-elle excusable par réaction qui peut paraître légitime à cause du caractère exceptionnel du crime. Le sang doit-il forcément punir le crime de sang ? Ce sang versé par celui qui est reconnu coupable couvre-t-il sa dette ? Aucune vengeance ne me semble juste, utiliser la vengeance, ce n’est pas juger, mais c’est plutôt répondre à une souffrance par une autre souffrance, la vengeance ne rassure que celui à qui le tort est causé.

La vengeance n’est pas acceptable parce qu’il vaut mieux chercher le bien commun et dans le cas d’un préjudice, seule une procédure respectant toutes les parties est envisageable, c’est dans un procès que se confrontent les intérêts et les interprétations de chacune des parties et que la vérité jaillit de cette opposition des points de vue. Pour qu’un procès soit équitable il faut, qu’il laisse à chacun une égale possibilité de se défendre, une procédure juste se doit de suivre une ligne rigoureuse. On n’accuse pas à tort ni arbitrairement, des preuves sont exigées, mais également des témoignages, des enquêtes menées, des expertises demandées, des débats avec des confrontations tenus. Une accusation ou une défense ne sont valides que si elles respectent les règles de la procédure judiciaire prévue par la loi. Pour être juste, il faut pouvoir renoncer aux passions et agir avec lucidité et modération selon les lois en vigueur.

Mais nous sommes en Maçonnerie et au REAA et il me semble qu’ici, parler de vengeance est due au fait que notre Maître Architecte Hiram, fut assassiné par trois mauvais Compagnons. Mais l’architecte Hiram n’est-il pas revenu à la vie en la personne du nouveau Maître Maçon qui vient d’être créé au 3ème degrés puisque le Vénérable Maître a relevé le cadavre par les cinq points parfaits de la maîtrise alors, pourquoi venger une mort qui logiquement, n’existerait plus ? D’autre part, le roi Salomon avec les mots substitués n’a-t-il pas réunit les maîtres pour continuer la construction du Temple ?

Mais, une question me vient, Salomon était-il un homme juste ? Si l’on se tient au passage de l’Ancien Testament où Salomon doit départager deux femmes qui se disputent un enfant, on peut dire que la proposition de Salomon, qui consistait à couper le bébé en deux relevait, en apparence du moins, d’un strict principe de justice puisque chacune des deux femmes déclarait être la mère de l’enfant vivant. En l’absence de preuve, il ne lui restait qu’à couper l’enfant en deux : chacune ayant une part égale dans un souci de justice égalitaire. Mais comme le dit le proverbe latin : « summus jus summa injuria » (le droit le plus extrême conduit à l’injustice la plus élevée), il faut être mesuré dans une décision de justice. Salomon s’il est un « homme juste », se doit aussi d’être lucide et sage c’est pourquoi par sa proposition de justice semblant parfaitement neutre : un morceau égal de l’enfant à chacune des mères, lui permet de découvrir la véritable mère, à tout le moins, celle qui tient le plus à l’enfant ; la sagesse de Salomon lui permet de rendre une justice qui peut déjouer les ruses ou perfidies de certains paraissant réclamer justice.

Certes, Il faudra rechercher et retrouver les trois mauvais Compagnons pour pouvoir les juger et les punir mais, il faudra le faire justement et sans esprit de vengeance. Toutefois, je pense, qu’après avoir pleuré l’Architecte, et comme personne n’est irremplaçable, il faut songer à lui trouver un ou des successeurs pour reprendre les travaux interrompus, il faudra continuer son œuvre et, achever la construction du Temple. Mais j’y pense et s’il s’agissait maintenant non plus de construire un Temple de pierres qui peut s’écrouler ou être détruit à tout moment mais plutôt d’ériger un temple spirituel, et d’aider chaque Maçon à bâtir son propre Temple intérieur ?

Comme la Maçonnerie est une continuelle recherche du Maçon de s’améliorer lui-même, il faut peut-être savoir dépasser le désir de vengeance et le remplacer par une soif de justice. Il faut pouvoir, être juste avec tous les hommes, idéalement, sans tenir compte de nos intérêts et de nos passions. Céder au désir de vengeance, ce serait pour l’homme un recul vers la barbarie et non pas une élévation par une avancée de la moralité de la société.

L’homme est le plus évolué des êtres vivants et défini comme « un animal doué de raison » et c’est pour qu’il puisse s’entendre avec ses semblables sur ce qui est nécessaire et juste que la nature l’aurait pourvu du langage ; je pense que l’homme juste est celui qui applique scrupuleusement la loi, et ce qui est moral. Toutefois, l’homme juste peut être « trop juste » et dès lors par zèle produire l’injustice, je crois qu’une bonne dose de bon sens est ici indispensable d’autant plus que la vie, avec le temps, m’a montré que les méchants sont souvent punis non pas par la vengeance humaine mais par les circonstances, on pourrait appeler cela la vengeance divine bien que ce concept de divin, ne s’accorde pas très bien avec ma vision agnostique du monde mais je n’ai pas encore trouvé d’autre réponse reflétant mieux ma conception de ce monde.

Je pense que l’homme juste est celui qui refuse de céder à l’égoïsme de la vengeance et il est suffisamment lucide pour obéir à la loi mais à laquelle il faut pouvoir y associer la clémence ; aucune vengeance ne saurait être juste à mon sens. Seul ce qui est juste peut mettre un terme à un conflit ; la vengeance ne répare rien, elle est la plus mauvaise réponse à l’émotion légitime du préjudicié.

Vous devez être abonné pour accéder à ce contenu


S'abonner

Retour à l'accueil