Le leurre de la Justice humaine
P∴ G∴
A La Gloire
Du Grand Architecte De L’Univers
Ordo ab Chao – Deus meumque Jus
Suprême Conseil pour la France
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du
33ème et dernier degré du
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Qu’est ce que la Justice ?
A cette question les réponses ne manquent pas et chacun sur ce sujet a son opinion. Pourtant s’agissant de la justice, et par conséquent de la façon dont nous estimons que doivent se régler nos rapports à autrui, il serait malvenu de rester sur son « quant à soi » et ses idées pour lesquelles on se garde de s’efforcer de trouver une ouverture d’esprit pensant pourtant qu’en la matière la chose est entendue.
La justice désigne à la fois le pouvoir judiciaire c’est-à-dire la fonction permettant d’appliquer les lois mais également la valeur qu’on attache aux jugements rendus et aux lois au nom desquelles ces jugements sont rendus. En ce sens on parlera de lois justes et injustes, de la justice ou de l’injustice de la décision du juge. Cette ambiguïté de la notion de Justice explique sans doute l’ambivalence dont elle semble affectée. Contrairement aux autres valeurs comme la vérité ou la liberté, elle est tout autant réclamée que décriée.
A défaut parfois de pouvoir dire ce qui est juste on peut plus aisément parler d’injustice, ne serait ce que parce qu’elle est ressentie par chacun. L’injustice nous émeut plus et fait plus vibrer nos fibres sentimentales qu’une décision qui nous parait juste.L’injustice, chacun d’entre nous l’a un jour ressentie.
Sans doute même dans notre enfance alors même que s’éveillait notre conscience morale et qui depuis nous a donné cette faculté de porter sur ce que nous pouvons aujourd’hui vivre, des jugements de valeurs.Enfant, adulte n’avons-nous pas souvent prononcée cette sentence : « ce n’est pas juste ! » ou alors « quelle injustice ! ».
Nous sommes même souvent scandalisés par une injustice qui ne touche pas directement nos intérêts. Pourtant, si nous prenions un temps de réflexion, nous nous apercevrions que la sincérité et la générosité ne suffisent pas à elles seules à garantir le bien fondé de notre jugement. D’abord parce que nous sommes confrontés à des points de vue différents du nôtre et ensuite parce que notre sentiment dépend des circonstances et des moyens par lesquels notre sensibilité est touchée.
Alors, qu’attendons de la justice et pourquoi peut- elle nous apparaitre comme un leurre ?
Lors de notre parcours initiatique, nous avons été interpellé par l’acte de vengeance commis par Johaben, élu des neufs.Outrepassant les prérogatives confiées par le roi Salomon, emporté par son zèle et sa passion, il s’est borné à punir le coupable, devenant à son tour un criminel ; Par la loi du Talion, forme primitive du droit existant encore malheureusement aujourd’hui, le coupable est puni à proportion du crime qu’il a commis. La leçon évidente que nous avons pu retirer de cette parabole c’est que la vengeance n’est pas la justice, et que la morale était l’apanage du Roi et pour nous aujourd’hui une autorité émanant du peuple souverain. Dans notre société, la vengeance personnelle, associée à une passion obsessionnelle, au ressentiment, à la rancune et la haine est, dans la société actuelle, hors la loi. La justice est exercée de manière institutionnelle au nom du peuple dans l’intérêt du justiciable et telle que pratiquée dans notre société elle apparait comme une valeur absolue.
En effet, sur le plan moral, la justice représente la loi, l’ordre, l’équilibre, c’est la sagesse qui s’accomplit pour le bien d’autrui, elle a pour finalité de rééquilibrer les choses et d’accorder une juste réparation.
Les juges ont le privilège de disposer, avec les lois préétablies, de guides fiables pour traiter du droit de chacun. Le droit lui même n’est qu’un outil au service du juste. Il doit permettre aux juges désignés de remplir leur office et à la loi d’être appliquée.
C’est souvent vrai dans les cas qui justifient une simple application de la loi. Mais pour un cas simple, combien de cas difficiles, voire redoutables auxquels les codes ne sont que d’un maigre secours. La loi fixe les questions que le juge doit se poser, mais la réponse lui revient, souvent dans le doute, l’incertitude, le déchirement parfois ; ne dit on pas d’ailleurs que le juge tranche avec ce que cela comporte d’approximation.
On est certes bien loin de la représentation d’un juge sûr de lui, prompt à dénoncer les contentieux avec l’assurance du mathématicien en quête de la solution juste du problème. Le juste s’élabore pas à pas, au gré des affaires et selon des formes qui peuvent changer en référence à des normes qui n’éliminent pas le risque de la décision. Le juge dans sa difficile mission de dire le droit et le juste peut se tromper. Il faut aussi reconnaitre qu’aujourd’hui les juges ont perdu une grande partie de leur aura et de leur crédibilité dans une opinion publique sous influence troublée et parfois désorientée par les médias. Ceux ci n’hésitent pas à dénoncer certaines corruptions, abus, passes droit, voire l’attitude ou même l’incompétence de certains juges. Des évènements récents et l’écho qui en été fait suffit à ce que j’en fasse simplement l’évocation pour que chacun les revive avec ses propres sentiments. En tout état de cause ceux-ci nous démontrent à souhait que la justice est faillible et pourtant les juges à qui on a confié le pouvoir d’appliquer et aussi d’interpréter la loi, doivent entre autres, avant de décider, écouter, douter, discerner dans leur conscience ce qui est juste, vrai et prendre en considération chaque situation car la loi, si dans l’absolu doit être la même pour tous, ne saurait être une « règle de plomb » intangible. L’application de la loi doit être ajustée en fonction de cas particulier. Si la justice a parfois les yeux bandés, c’est assurément pour ne pas se laisser influencer par les passions mais le bandeau doit parfois être ôté pour mieux voir, en manifestant bienveillance et indulgence à l’égard de qui le mérite, tout en respectant la préséance du droit dans la recherche de la vérité ou du moins ce qui s’y rapproche. Les transgressions, on l’a vu, dans le cadre du Secrétaire intime peuvent être tolérées pourvu qu’elles aient une saine finalité.
Appliquer le droit avec une rigueur aveugle c’est commettre une injustice extrême. Pas de Justice sans équité, pas d’équité sans charité. Le juge doit savoir équilibrer sa décision ; rappelons nous simplement de celle prise par le roi Salomon de couper en deux le corps d’un enfant, obtenant ainsi par ce sacrifice, réponse à la vérité recherchée. Nul ne peut rester insensible à ce qui reste à tout jamais « un jugement à la Salomon ». « L’homme de bien est droit et juste, mais non raide et inflexible, il sait se coucher mais pas se plier » nous rappelle Confucius.
L’image de la balance, emblème de la justice, induit l’idée d’égalité qui invariablement devrait entrainer un traitement des affaires sans qu’aucune variation ne puisse intervenir entre une personne et une autre au gré des humeurs, des circonstances, des intérêts et des affinités ! « Ne pas faire de différence » telle est la maxime de la justice égalitaire ; telle est l’idée de la justice qui conduit à crier à l’injustice en réaction à la variation des sentences qui sont rendues par les tribunaux.
Le monde évolue et les règles préétablies, aussi drastiques puissent elles être, se doivent d’évoluer avec les mentalités. Les erreurs judiciaires reconnues comme telles ne peuvent que pousser le législateur à s’investir dans une réflexion qui évoluera à conserver à la justice son rôle de régulateur d’ordre social, de justesse, et de sagesse pouvant guider l’individu à progresser dans sa capacité à juger les choses de la vie.
Sur un plan plus général nous ne pouvons malheureusement que constater que bien souvent la loi des hommes s’applique avec la plus parfaite iniquité. Il est vrai que la plupart des sociétés se réclament d’appliquer une justice,mais il faut, avec réalisme reconnaitre que les conceptions et les notions de justice sont bien souvent divergentes. Si les différents peuples recherchent l’application d’une justice juste, les moyens mis en œuvre par certains sont bien fréquemment opposés les uns par rapport aux autres. Nous savons, du fait de l’ouverture du monde par les médias, que chaque communauté, nation et peuple a sa propre conception de ce qui est considéré comme bon et mauvais et nous ne pouvons que constater que le bien et le mal ne sont qu’une conception relative des réalités car il y a autant de conceptions que de peuples et communauté ; toutes les sociétés se réclamant d’appliquer une justice à partir d’un consensus, d’une culture qui lui est propre.
Il faut cependant être réaliste car les conceptions et les actions de justice sont bien divergentes. A titre d’exemple, pourquoi tolère-t-on la lapidation d’une femme adultère alors que dans d’autres pays cet acte n’est même plus considéré comme un délit ; pourquoi condamne t’on celui qui critique un pouvoir à la prison alors qu’ailleurs un confit d’intérêts incisif, voire dilatoire est monnaie courante et en aucun cas sanctionné ? De tels exemples, sûrement même plus pertinents, vous viennent à l’esprit et ils ne peuvent que nous conforter dans l’idée qu’une justice qui nous parait juste relève de l’utopie car les fondements qui servent à son application sont bien trop différents.
S’il est vrai qu’à une certaine époque de l’histoire de l’humanité, les meurtres et massacres étaient considérés comme des actes normaux et acceptés, il n’en est plus de même aujourd’hui, du moins pourrait on légitimement le penser ; cependant les mobiles restent peu différents par rapport à hier parce que l’homme s’arrange toujours pour minimiser ses convoitises face à des intérêts illégitimes en les présentant comme la référence du Bien. Cela n’échappe à personne aujourd’hui et comble d’hypocrisie ces actions sont masquées sous le couvert d’actes soi-disant humanitaires, avec pour finalité d’aider un peuple à échapper au despotisme.
Peut- on dans ces conditions imaginer que la justice appliquée soit conforme aux intérêts des peuples en question ou plutôt à ceux qui édictent les lois, et peut-on légitimement croire que tant que l’homme s’obstinera à rechercher à conserver et protéger ses privilèges acquis grâce aux malheurs et à la misère des autres, il pourra apporter à ses concitoyens une justice humainement juste ? La réponse est tristement évidente.
L’oppression, la répression des pensées, la dictature de l’argent, la propagande de faits mensongers ne favorisent pas l’instauration d’une justice digne de ce nom. Comment est-il possible d’établir une véritable justice si nous faisons souffrir d’autres hommes parce qu’ils sont sans défense, et qu’on leur gèle tout espoir d’épanouissement sous couvert d’un soi-disant esprit mondialiste, au sens humain du terme et d’un autre coté prôner l’amour, la paix, la fraternité entre les êtres en sachant que nous ne pensons pas un mot de ce que nous avançons, aussi nobles, pensons-nous, puissent être nos intentions ?
Il est vrai que la justice telle qu’elle est perçue par l’homme est loin d’être absolue et dénuée d’erreur d’appréciation.
Et la justice divine à laquelle nous faisons allusion sans nous en rendre compte lorsque nous laissons échapper par exemple « quelle injustice ». Ne faisons nous pas alors inconsciemment référence à la justice divine que nous aimerions voir appliquée.
J’aimerais, à ce titre, vous faire partager un texte de Louis Sintas, qui, à mon sens, résume avec beaucoup de pertinence la distinction profonde existant entre la justice humaine et la justice divine :
Même
si sa justice nous condamne ;
Au nom de la justice
Que de haines, que de jalousies,
Que de séparations meurtrières.
Pauvre justice des hommes !
Elle ne peut trancher que ce qu’elle voit.
Elle est donc aveugle sur l’essentiel.
Et pourtant, il nous faut bien
Cette justice des hommes.
Mais il est
possible à chacun
De la dépasser.
Il est possible à chacun
D’opter pour la justice de Dieu.
La justice de Dieu n’est pas
Ce qu’en ont dit les hommes.
Elle est ce qu’en dit Dieu.
Or l’évangile nous dit
Que Dieu ne connait pas
D’autre justice
Que la miséricorde et le pardon.
Miséricorde
et pardon sont œuvres divines,
Donc surhumaines.
Faisons comme Jésus sur la croix.
Il n’a pas dit à ses bourreaux :
« Je vous pardonne »
Il a dit « Père, pardonne-leur
».
Car Dieu seul
Peut accomplir une œuvre divine.
Si ce texte parle surtout de la bonté divine, Dieu, par sa justice, sait récompenser les hommes mais aussi châtier les impies. Sa justice est une mise en application de la rigueur et de la miséricorde en fonction des situations, des individus et des circonstances. Et si nous nous plaisons à nous répéter parfois qu’il n’y a pas de justice sur terre, c’est uniquement parce que dans notre fort intérieur, nous souhaiterions voir les foudres divines s’abattre d’une façon ou d’une autre sur celui que nous jugeons coupable d’un quelconque crime ! A la réflexion ne nous leurrons pas nous même ?
Le but de la Justice humaine comme on pu le comprendre, a pour finalité première de, préserver l’ordre social, de gérer les relations entre les hommes, mais tant que l’homme s’obstinera à rechercher, entre autre, comment conserver et préserver ses privilèges acquis de manière « injuste » la justice ne restera qu’une vaste utopie.
Tout comme peut être parfois notre intention à vouloir évoluer alors qu’inconsciemment, on reste malgré tout bloqué par certaines certitudes ancrées dans notre subconscient, par des acquis et préjugés non évolutifs qui n’ont parfois d’autres fondements que des dogmes remontant à l’enfance. Combien de fois n’ai-je pas été surpris par mes réactions premières que j’ai pu corriger par une prise de conscience m’apportant une réflexion autre et un désir de faire le bien et surtout de me surpasser en sachant faire le sacrifice de tout ce à quoi l’on croit et notamment sa propre importance.
Nous ne marchons plus à reculons et le voile qui recouvrait nos yeux a disparu pour laisser place à une autre vision du monde, à une ouverture de notre esprit vers un monde plus authentique, plus proche des valeurs divines ci-dessus évoquées, sachant qu’étant ni juge ni Dieu, être juste c’est aussi admettre qu’il existe des limites aux choses et aux êtres et il nous est indispensable pour que nous puissions progresser en ce sens d’être profondément tolérant en respectant l’autre avec sa différence et en sachant donner de la générosité à l’égard des pensées qui ne sont pas nécessairement les nôtres. Depuis que j’ai quitté les ténèbres, j’essaie, en cheminant sur la voie initiatique de maitriser mes passions afin de mieux pouvoir soumettre mes actes au jugement de la raison. Je dois reconnaitre, avec beaucoup d’humilité que ce n’est pas un travail aisé, et que je dois me faire régulièrement violence mais, malgré tout, je garde présente en moi cette sentence rappelée au 4ème degré « que la justice nous guide dans l’application de notre devoir ! ».
Il est vrai que je répudie l’idée de vengeance, faiblesse coupable animée de passion généralement destructrice, pour m’en remettre à la justice sachant pertinemment que les lois de la société ne sont pas toujours justes et qu’elles resteront toujours perfectibles, mais la justice étant au service de la dignité humaine, a pour idéal le respect véritable d’une telle dignité. A ce titre, elle suppose, à sa source, l’amour de l’homme, la compréhension, la charité.
Nous maçons, qui avons pour but, en voyageant, de répandre la Lumière et de rassembler ce qui est épars devons tenter par notre attitude et nos actions de transmettre cette grande loi de fraternité et d’Amour non seulement à nos proches mais à quiconque sera à l’écoute de ce message.
L’espoir que tous les hommes s’aimeront un jour en Frères est certes une belle utopie à l’instar de la justice humaine.
Quoiqu’il en soit, si nous voulons que les choses changent, nous devons commencer par nous changer nous-mêmes.
J’ai dit, T F P M