#406012

Le Sceptre et le Poignard au 9ème degré

Auteur:

B∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Deus Meumquejus
Rite Ecossais Ancien et Accepte
Ordo Ab Chao
Au Nom et Sous la Juridiction du Suprême Conseil de France
Liberté – Egalité – Fraternité

Lors de son initiation au 9ème degré de « Maître Elu des neuf » du REAA, le Très Souverain Maître présente au Maître Secret la légende de ce grade dans une loge que l’on nomme Chapitre.

Le rituel nous indique que le Chapitre est tendu de noir avec des flammes rouges. Sur l’autel une bible et un poignard y sont placés, huit étoiles blanches sont disposées en octogone autour de l’autel plus une plus en avant vers l’Orient. Le Très Souverain Maître a sur son plateau l’étoile allumée et sur un cousin rouge un sceptre et un poignard. Sur le plateau de l’Inspecteur se trouve un poignard, a proximité est également placé le tableau du grade.

Le Très Souverain Maître ainsi que le l’Inspecteur se servent respectivement du sceptre et du poignard en guise de maillet pour rythmer la tenue.

Le tablier du grade est blanc tacheté de sang avec sur la bavette un bras brandissant un poignard. Le bijou du grade est un poignard à poignée d’or et à lame d’argent.

Le rouge prédomine, cette couleur de feu et de sang symbolise le pouvoir, la puissance « noble » à l’identique de la couleur des capes des Empereurs ou des Cardinaux ou du Pape de l’église romaine.

Sceptre ou main de justice à l’image des souverains comme celle de Louis IX plus connu sous le nom de Saint Louis qui rend la justice sous le chêne ou le tableau en pied de Louis XIV qui s’appuie sur son sceptre nous reviennent en mémoire, la crosse épiscopale sur laquelle figure deux têtes de serpents représentant la prudence et la sagesse.

Le « bâton » ainsi détenu, semble figurer l’axe du monde reliant les hommes et le divin ou tout simplement le pouvoir de commandement.

Les romains avaient les augures qui traçaient dans le ciel puis sur terre le périmètre sacré à l’intérieur duquel ils établissaient la relation au divin à Jupiter.

Nous avons le prolongement du sceptre chez les militaires avec le « Bâton de Maréchal » qui représente le pouvoir de commandement sur les troupes.

Le poignard, plus petit que le braquemart, a été une arme complémentaire de l’épée. Il était très utilisé pour parer les coups ou porter une botte « le coup de Jarnac ».

Entre les mains d’un individu illuminé, passionné, le poignard, la dague a souvent été utilisé pour d’assouvir une vengeance contre ceux qui détenaient le pouvoir – César/ Brutus, Henri IV/Ravaillac.

La relation sceptre/poignard ne m’a pas été évidente dans l’écoute du récit  présentée lors de mon initiation au 9ème degré de Maître Elu des neuf du REAA. Pas d’assassinat d’un roi, pas de perte d’un sceptre. Mais seulement tragédie dans la transgression de l’ordre donné par Salomon.

Si les tâches précédentes dans le cursus de la Loge de Perfection demandaient compétences et mérite suivre l’étranger qui a informé Salomon pour arrêter un des meurtriers demande une action de courage empreinte de haute valeur morale et de zèle.

A tous les Frères présents qui se portent volontaires pour suivre l’étranger, le destin va imposer un choix donc quelque part une inégalité.

Les neufs Maître élus tirés au sort suivent l’inconnu vers la caverne ou se cache l’un des meurtriers d’Hiram.

Johaben premier des Elus se détache des autres Maîtres comme si il voulait agir seul, il suit le chien qui par son instinct animal va plus vite.

Arrivée devant la caverne ou se réfugie le meurtrier, il y pénètre et à la lueur d’une bougie, il le voit allongé un poignard a ses pieds.

Malgré l’ordre de le capturer, de le ramener afin qu’il soit jugé et condamné il lui porte deux coups le premier à la tête, le second au cœur et lui tranche la tête.

Les conséquences de son zèle, de sa pulsion/passion mais aussi de sa colère dominée par son inconscient soulignent le fait que d’être volontaire ne suffit pas car il fait sienne la vengeance-justice même si a une certaine époque le terme de vengeance pouvait être compris comme la punition juste.

Salomon a seul pouvoir de justice et d’autant plus sur les meurtriers d’Hiram.

Il semble à la lumière du geste que Johaben à fait dans la caverne qu’il ne soit pas apte à exercer la mission qui lui a été confiée. La décapitation du meurtrier rappelle le signe pénal de l’Apprenti rendant ainsi épars ce qui avait était rassemblé.

La force sans la justice est tyrannique.

Le pardon obtenu par ce Frère trop zélé, montre qu’un roi sait pardonner mais qu’il est également très utile d’avoir des amis qui intercèdent en votre faveur.

Voici résumé en quelques lignes la légende du 9ème.

Je vais maintenant tenter de vous expliquer mon ressenti dans ce que je pourrai également nommer « La maîtrise des passions au 9ème degré de Maître élu des neufs ».

Mes Frères, je vous rappelle que nous avons été reçus comme Maître Secret sous la couronne de laurier et d’olivier symbole des victoires emportées sur nous-mêmes dans la poursuite du Devoir.

Nous avons fait des efforts et obtenues quelques réussites. Le succès sur les ténèbres et les passions nous avaient semblées vaincues mais ne l’étaient pas.

Cette sensation de victoire n’était qu’une illusion.

En un instant, en un moment d’aveuglement j’ai oublié ma demande « de me garder en Vérité, en Equité et en justice » ainsi que mon serment d’allégeance et d’alliance comme Maître Secret.

Chaque situation peut être occasion de chute ou de croissance.

Ma destinée ne dépend pas toujours des événements ni des conditionnements mais de ma façon d’être par apport à ceux ci. Je ne considère plus l’échec comme un drame mais parfois comme un événement positif non négligeable qui me permet de me remettre dans une attitude d’humilité face à la vie.

Ma disposition intérieure est tout.

Nous pouvons soit être éclairés sur le sens de l’épreuve, sur l’intelligence de l’événement soit nous pouvons ouvrir la porte à nos états d’âme et là encore nous avons la possibilité de dominer ou d’être dominé, de nous laissé envahir ou non.

Mes Frères lorsque nous sommes sous l’emprise d’une passion nous n’agissons pas en conscience mais cela agit en nous et malgré nous.

La conscience est alors « enténébrée » par la passion.

Pour y remédier je tente de prendre de la hauteur et de distinguer entre ce que je suis et ce qui est en moi, mes états intérieurs et mes péchés c’est ce que j’appelle la « désidentification ».

Ce n’est pas une séparation entre le bon et le méchant mais entre ce que je suis et ce que j’ai fait.

C’est ce que je ressens tout au long de ce cursus dans cette Loge de Perfection car je suis Johaben.

– Secrétaire Intime j’échappe à la sentence de mort prononcée par Hyram de Tyr qui m’a surpris à écouter derrière la porte alors qu’il était en discussion avec mon roi. Ma seule préoccupation était la protection de mon roi et non pas l’indiscrétion. Salomon a intercédé en ma faveur et Hyram de Tyr avait pardonné -. Il s’agit de condamner l’acte et non la personne.

Même condamnée cette personne doit être reconnue et respectée au-delà de l’acte. Cette « désidentification » vient contredire toute légitimité de la peine de mort.

A mon sens la condamnation d’Ali AGCA pour l’attentat contre le pape n’est pas contradictoire avec la démarche de pardon de Jean Paul II. L’acte a été sanctionné, la personne pardonnée.

Le zèle, la curiosité et même l’ambition peuvent être des moteurs pour nos actions à condition d’être contrôlés et utilisés intelligemment.

Avec cette invitation à la recherche sans limite de la vérité je suis persuadé que le REAA nous invite à être des passants qui ne doivent pas être arrêtés, être statufiés dans un état transitoire. Nous sommes sur la voie de l’éveil de la conscience et nous devons affronter notre inconscient afin de nous libérer des forces de l’égo pour nous unifier avec notre partie divine.

Si Johaben avait été habité par cette paix, cette sérénité il n’aurait pas, dans la caverne, agi de la sorte. Il a fonctionné sous l’impulsion de son égo sans en être conscient.

Le REAA nous invite à quitter le rapport passionné à nous-mêmes ou aux choses il nous fait prendre de la distance, à poser à chaque étape un regard nouveau.

Malgré cette pulsion de colère qu’il a su rapidement maîtriser, à la différence de Johaben, Salomon en restant conscient devient capable d’une juste gestion loin de tout esprit de domination. Démontrant ainsi que ce ne sont pas ses pulsions qui sont le moteur de sa vie ou qui ont autorité sur les éléments mais bien son Moi conscient qui a autorité sur ces éléments faisant sienne bien avant la pensée de Blaise Pascal sur les religions quand il écrit « La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique ».

Salomon démontre ainsi sa dignité royale et son amour du prochain… La sentence vis à vis de Johaben fait partie de l’ordre divin qui se manifeste à travers lui. Salomon nous indique le chemin de sortie de l’ombre pour aller vers la lumière car l’approche de la vie spirituelle est ce chemin de transformation.

Il est dans la pensée de Saint Augustin qui disait « Hais le péché mais aime le pécheur ». En accordant son pardon, Salomon montre également que l’amour et la compassion sont au-dessus de la justice.

Il faut certes qu’il y ait des règles, des lois et Salomon n’en conteste nulle part la nécessité, mais selon lui, l’application de la justice doit se faire avec miséricorde, en tenant compte de chaque personne, de son histoire, du contexte mais aussi de l’intention.

Dans la cérémonie de notre initiation comme Maître Secret, le Trois Fois Puissant Maître qui représente le roi Salomon nous a clos les lèvres avec la main de justice et ce n’est peut être pas un hasard si cette main de justice est composée d’un pouce, d’un index et du majeur qui se trouve être en fait la représentation du roi, de la raison et de la charité.

Pour conclure je suis persuadé que le REAA ne nous demande pas de nous hisser dans une ascension prométhéenne, du devenir parfait.

Il nous invite à accepter notre incapacité et à nous faire prendre conscience que l’existence humaine est précieuse.

Chacun d’où qu’il vienne est appelé à chercher la vérité, à se connaître dans sa profondeur.

Le sceptre ou le poignard tenu par la main, prolongement du bras qui a comme symbole l’activité et la force, ne sera en fait que l’expression à un moment précis du conscient ou de l’inconscient de celui qui les détient.

Le REAA accompagné de la devise « Ordo ab Chao » nous propose, de transformer nos failles et blessures, d’accepter notre humus de notre condition humaine, de connaître la réalité de nos passions et nous invite à la reconnaissance de nos faiblesses, lesquelles étant nommées et reconnues peuvent devenir des fenêtres pour notre amélioration à travers la réflexion.

Voici mes Frères comment j’ai compris cette légende ainsi que la relation qu’il me semble exister au niveau du Sceptre et du poignard au 9ème degré du REAA.

Grand Maître Architecte et vous tous mes Frères GMA j’ai dit.

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