A041-5
C∴ G∴
La Corde
T F P et vous tous mes FF et S S M S
Lorsque courant novembre, notre T F P m’a a demandé de présenter une planche au grade de Maître Secret pour le courant de l’année maçonnique, j’ai dit Oui mais je n’avais aucun sujet en tête.
Lorsqu’au début de nos travaux, ce samedi 16 février notre T F P m’a rappelé qu’il fallait que je lui donne rapidement le titre de ma planche, prévue pour avril, j’ai bien renouvelé mon engagement mais je n’avais encore, à ce moment là, aucune idée d’un sujet à traiter.
Et pourtant à la fin de nos travaux, une idée force s’est mise à trotter dans ma tête. Ce samedi matin, je m’étais bien préparée et même bien mise en condition pour assumer mes devoirs de Gand Expert pour l’élévation au grade de MT F P ST F P de notre ST F P Claudine. Mais l’après-midi je me suis retrouvée Maître des Cérémonies, au pied levé » pour cette même initiation et donc à une fonction à laquelle je ne m’étais nullement préparée, pour remplacer la ST F P titulaire de ce poste, absente ce jour là empêchée par ailleurs pour des raisons familiales.
Les émotions ressenties ont été tellement fortes qu’une fois rentrée chez moi, après une bonne nuit de sommeil , je me suis replongée dans mes impressions d’initiation.
Permettez moi, mes SS et FF de vous en relire un extrait :
Je cite : « Mais beaucoup de symboles trouveront, du moins je l’espère, leur interprétation plus tard. Car de Zorro, (explication donnée par ma marraine en maç alors que je découvrais la lettre Z sur un tablier de dignitaire lors d’une réception dans ma loge) à ZIZA, le mot sacré Resplendeur, il n’y a peut être que la longueur d’une corde ou de ce licol que l’on m’avait mis autour du cou pour me faire faire passivement ces 4 voyages, index et majeur scellés sur ma bouche par le sceau du secret. » fin de citation.
Et c’est ainsi que 10 ans après, à trois jours près , c’était moi qui tenait la corde et ma ST F P Claudine qui « passivement peut-être ou tous sens éveillés» me suivait pas à pas.
ALORS CORDE OU
LICOL, LICOL OU CORDE, SURVOL OU SENS PROFOND…
TEL SERA LE TITRE DE MA PLANCHE DE CE SOIR.
que je dédie à notre S Claudine notre nouveau M S et Maître de mon RAt en loge bleue.
LA CORDE : C’est un assemblage de fils issus de matières flexibles tordues ensemble Je ne m’arrêterai pas sur la matière qui la compose qui varie avec sa destination et les traditions : boyau, paille de riz, coton, lin, alfa, jute, sisal, chanvre, métal, nylon ou toutes autres matières d’aujourd’hui de plus en plus solides, ni à son emploi profane, encore moins à ses fonctions multiples et les nombreuses expressions de l’imagerie populaire.
Nous avons tous sur la « Corde » médité, chacun selon ses lectures, ses réflexions, sa sensibilité.
La corde relève de façon générale de la symbolique de l’ascension comme l’arbre, l’échelle, le fil d’araignée. La corde représente le moyen, aussi bien que le désir, de l’ascension et nouée, elle symbolise toute forme de lien de possède des vertus secrètes ou magiques.
Faut-il ce soir détailler son histoire allégorique et mythique. La corde n’est pas n’importe quel lien et son symbolisme universel remonte à la nuit des temps.
Faut-il évoquer la tradition védique où la corde de l’arc symbolise la force, la puissance, la tradition nordique que les sorciers utilisait pour « nouer » les vents sur lesquels ils avaient le pouvoir ?
Faut-il évoquer celle de l’Egypte ancienne où la corde symbolisait le passage à autre plan de conscience, ou vers l’au-delà,
Ou fait-il évoquer celle des japonais, utilisée comme symbole protecteur, car elle était placée dans les endroits sacrés pour barrer l’accès aux influences mauvaises, la corde d’argent qui relie encore l’esprit de l’homme à l’essence universelle etc
Peu importe… Toutes ces références aux traditions et civilisations anciennes qu’il me semble inutile de rappeler ce soir, nous permettent aujourd’hui de dire que la corde est un symbole positif protecteur de liaison et d’union, alors que dans le monde profane, elle est souvent un symbole négatif de violence ou de mort si le nœud vital, centre qui gouverne tous les mouvements respiratoires est rompu.
Mais le symbole est un point de départ. Chacun ensuite a sa propre liberté pour se l’approprier, le développer, le faire grandir. Daniel BERESNIAK nous dit « l’originalité de la F M consiste à ranger des symboles universels de manière particulière propre à stimuler l’esprit. L’intérêt de découvrir des paysages nouveaux grâce aux Hauts Grades, réside dans le fait que chaque découverte éclaire et aussi remet en cause la découverte précédente. »
Car derrière le symbole, il y a une vérité à découvrir. Cela représente un travail personnel que rien ne peut remplacer.
La corde peut être donc un fil conducteur (le fil d’Ariane) peut nouer représentant par là un attachement, un lien moral « les noeuds de l’amitié » peut lier « le lien de l’amitié » ou enchaîner le prisonnier »et peut tuer aussi « par pendaison » par exemple.
Et cette ambivalence que l’on retrouve dans toutes les civilisations des noeuds et des cordes (liens) ne se retrouve pas en F.°. M.°. car nous sommes tout à la fois, celui qui lie et celui qui est lié, acteur agissant et victime.
Alors quelle est cette liaison et que veut-elle dire pour nous Maîtres Secrets ??.
Décrivons tout d’bord tous ces moments forts et rapides vécus avec la corde au moment des voyages.
– Moment de rébellion tout d’abord avec une première question immédiate, irrévérencieuse mais vitale qui s’impose : « Pourquoi m’enfermer, me ligoter dans ce nouveau degré alors qu’il me semblait que jusqu’alors la F M prônait la Liberté ?
– Moment de crainte ensuite avec une autre question « Ais-je par mes actions mérité la corde pour me faire battre ? »
Moment fugitifs et de malaise, d’entrave à la liberté, à ma liberté qui me rappelle fugitivement l’humiliation des bourgeois de Calais ;
Et enfin moment angoissant et inéluctable d’une condamnation à mort qui me rappelle que c’est par le licol que l’on amène les bêtes à l’abattoir.
Qu’elle est donc à nouveau cette mort que l’on veut m’imposer et vais-je l’accepter, sans en connaître le sens profond, bien que j’ai juré de ma propre et libre liberté d’obéir aux lois de mon Obédience.
Alors soumission et, servitude ? ou obéissance, écoute et ouverture c’est à dire libération…???
Faut-il vous rappeler, mes SS et mes FF l’étymologie de ce mot qui vient du mot latin « chorda » lui même emprunté au grec « Chordé » qui signifie intestin grêle. Boyau servant à l’origine à fabriquer des instruments de musique à corde d’où l’on tirait de sons agréables, mélodieux, évoquant l’harmonie, l’accord parfait, l’harmonie de l’univers et de l’homme…
Mais revenons à notre futur M S qui dépouillé de ses premiers décors, c’est à dire de ses premiers acquis, se présente à la porte du Saints des Saints, avec cette fois les yeux ceints du bandeau transparent, qui lui rappelle que ce qu’il croit savoir n’est rien auprès de ce qu’il lui reste à apprendre.
Moment décisif de cette Cérémonie, moment fort où le Maître maçon, en toute humilité, accepte de tendre le cou, pour se laisser « enchaîner à la corde » et se laisser guider par elle tout comme il l’avait fait en se laissant guider par la main du Gand expert lors de son initiation.
Les deux doigts apposés sur ses lèvres, le futur M S entreprend 4 voyages initiatiques qui l’amèneront vers plus de Lumière, car la lumière perçue n’est que fragmentaire, vue à travers son bandeau transparent. Et cette alternance de clarté et d’obscurité est indispensable pour rendre la vue plus sensible aux formes…
Voyages initiatiques qui l’amèneront vers plus de sagesse, vers plus de liberté, vers la Liberté… mais « encordé » au moyen d’un nœud coulant.
Mais alors! dérision que tout cela pour qui veut survoler cette cérémonie et apparente contradiction à priori que d’associer la corde aux voyages : Le voyage évoquant plutôt l’évasion et la liberté, la corde plutôt le privation de liberté.
Car si d’un côté de la corde, il y a le « nœud coulant » passé au cou du néophyte, certes volontairement pas serré, il y a quand même de l’autre côté, le M des C qui va le guider dans ses 4 voyages symboliques.
Est-ce déjà une mise en garde ce nœud coulant ? Ils pourraient peut-être représenter tous nos conflits intérieurs qui ne demandent qu’à éclater au grand jour, alors que l’on croyait les avoir dépassés. Et le nœud coulant pourrait être là pour les contraindre, les empêcher de sortir. De même que celui qui veut avancer trop vite s’étranglera, le M S, « enchaîné à la corde » comprendra le sens profond des sentences lorsqu’il les entendra plus tard.
– « Malheur à ceux qui aspirent à ce dont ils sont indignes »– « Malheur à ceux qui assument une charge qu’ils ne peuvent pas porter »
– « Malheur à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui ensuite les négligent »
On pourrait aussi associer ce nœud coulant à un passage, à un accès à un état supérieur, à une porte étroite. Comme l’animal pris au collet meurt étranglé s’il se débat, le nœud coulant nous rappelle qu’aucun écart n’est possible, et qu’il ne faut pas de précipitation en tout. Il ne s’agit pas de courir, de brûler les étapes mais de continuer notre cheminement lentement mais progressivement.
Mais que le néophyte ralentisse sa marche et même s’arrête, la corde se tend, le noeud se resserre ce qui semblerait vouloir dire que le ralentissement excessif de l’allure du travail est néfaste au cheminement initiatique, et que celui ou celle qui ne veut pas progresser n’a pas sa place ni en Loge, ni en franc-maçonnerie..
Devant quand même cet aspect plus que déplaisant, le néophyte, corde au cou, doit se rappeler que les serments prêtés l’engagent à jamais et que ce qui est lié ne doit jamais être délié.
La corde n’est t- elle pas aussi le lien qui sert à lier le futur M S aux autres M S de la loge de Perfection, tel le cordon ombilical relie le foetus au placenta, préfiguration de l’alliance qu’on lui demande par la suite de contracter et donc symbole de fraternité ?
Courbé donc sous le poids du travail qui lui reste à accomplir, le Futur M S commence alors à voyager symboliquement. Et c’est ainsi que débute pour lui un travail très intense de concentration et de lucidité, et sous « une apparente passivité ».
Quand on se sert de la corde pour grimper, l’ascension est droite et régulière. Par contre, l’élévation au 4 ème degré se fait par une ascension lâche et sinueuse.
Mais si la corde n’est pas tendue et si le chemin parcouru est sinueux, c’est qu’une certaine liberté est laissée à l’initié. Elle permet au M.°. S.°. de s’écarter du chemin, de faire ses propres investigations, ses propres choix. « Vous déciderez vous même de vos opinions et de vos actions », lui dit le T F P car sa marche le conduit à présent du plan matériel au plan spirituel, elle lui ouvre la voie de nouvelles connaissances. Elle annonce sur d’autres plans l’étude d’autres mystères..
Mais si lâche soit la corde, elle est là cependant. Et si l’on veux poursuivre son voyage, force nous est de suivre le M des C qui nous ramène en toute humilité aux limites de l’individu. Elle montre la nécessité d’un guide qui n’a que pour seul rôle « transmettre » ou « éveiller » sur la voie initiatique, à la recherche de la Vérité.. Et ce guide qu’est notre Ordre initiatique a été symbolisé ce soir là par le M des C
Thésée avait prouvé qu’il était un être surhumain, presqu’un dieu en ramenant du fond de la mer une bague que Minos avait lancée. Il l’avait encore prouvé en tuant le Minotaure, monstre mi- homme, mi-taureau, à l’aide de ses poings. Mais c’est après cette victoire que s’était posé le vrai problème : comment revenir sur ses pas ? Comment revenir parmi les hommes ? comment sortir de ce labyrinthe construit par Minos, cet enchevêtrement inextricable de sables et de couloirs. Et c’est là qu’humblement, Thésée malgré sa force surhumaine avait reconnu qu’il lui fallait un fil conducteur, ce fil qu’Ariane lui a tendu pour qu’il retrouve son chemin.
Et cette corde est donc bien en fait un fil conducteur qui indique un sentier étroit certes, mais le sentier qui seul peut nous amener à la Lumière. Si le maçon, orgueilleux de son savoir, refuse cette aide, il n’a pas sa place parmi nous car il ne connaîtra ainsi jamais le chemin qui accède à la Connaissance.
La voie choisie est contraignante certes, mais quand on la poursuit calmement et avec détermination, on ne sent plus la corde, car elle est aussi instrument de mouvance, de mobilité, d’avancée. Elle montre la nécessité d’une volonté continue. Elle impose une discipline stricte. Mais elle figure aussi une longue route, paisible, sans obstacles si on ne les crée pas soi même.
Au sortir du cabinet de réflexion, marcher les yeux bandés, la main dans la main du Grand expert, confié à sa prudence, le profane va faire trois voyages symboliques. A demi-voilé, et deux doigts sur la bouche , solidement « encordé » pour lui conserver la vie tel l’alpiniste qui ne peut s’aventurer seul, le futur M S est « tiré en avant » par le Maître des Cérémonies.
Car seul le chemin vers l’avant reste ouvert pour faire cette fois 4 voyages symboliques. Voyager n’est pas pour le maçon un fugitif besoin d’évasion mais quelque chose de plus puissant qu’un simple changement momentané de vacances. Ces voyages l’invitent encore une fois à une descente profonde en soi même. Aucune révélation n’est à attendre. On peut simplement être mis en condition.
Mais une des conditions des voyages initiatiques est qu’ils soient entrepris sans retours sur le passé. Il faut être capable de repartir à zéro, d’accepter intimement un nouveau cheminement, d’admettre que ce qui a été appris jusque là en maçonnerie n’est rien auprès de ce qui reste à apprendre.
On peut penser que le fil d’Ariane qui s’inscrit dans le contexte du labyrinthe est le gage d’un retour possible vers la lumière après un séjour périlleux dans les profondeurs du labyrinthe tel que Thésée l’avait affronté.
Mais le Maître Secret a un combat semblable à livrer. Lui aussi doit aller jusqu’au bout de sa mort pour pouvoir renaître à une autre vie, pour accéder à plus de Lumière. Tel est son devoir, inflexible comme la fatalité, impératif comme la destinée. La corde ne l’enchaîne pas, elle l’accompagne sur le chemin sinueux aux multiples détours de la Sagesse . Elle est un compagnon secret, solide qui permettre d’éviter une errance sans fin et de sortir victorieux des épreuves auxquelles l’auront soumis les 3 mauvais compagnons..
Il n’est pas facile de réaliser qu’après avoir acquis la plénitude de ses droits maçonniques en étant élevé à la maîtrise, on est maître que de nom et qu’il faut retourner en apprentissage.
En fait, cet apprentissage consiste à comprendre l’autre et se faire comprendre de l’autre C’est l’écoute réciproque qui s’acquiert par un profond silence symbolisé par les deux doigts scellés sur la bouche, qui nous amènera tout doucement là où l’Amour est la Loi du plus fort…
Alors solidement accroché à sa corde, le Maître Secret pourra s’élever des profondeurs pour devenir le médiateur entre ciel et terre.
Le rituel du 4ème recommande de découvrir l’idée sous le symbole et de ne l’accepter que si on la juge vraie. Alors puisse cette corde qui lie extérieurement les FF et SS devenir un maillon d’amour profond et véritable qui nous « enchaîne » solidement l’un à l’autre.
et pour qu’un jour la corde puisse tomber vraiment de notre cou, il faudra qu’elle tombe d’elle même lorsque nous aurons tous atteint l’harmonie intérieure.
T RM et vous tous mes FF et SS M S j’ai dit :