Asclepius
M∴ G∴
Ordo ab chao – Deus meumque jus
Au nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs
Généraux du 33ème et dernier degré du Rite Ecossais ancien et accepte pour la France
A Hermès Trismégiste (le Très Grand) sont attribués 17 traités écrits entre le 2ème et 3ème siècle et rassemblés sous le titre de CORPUS HERMETICUM et qui comprennent le POIMANDRES (ou PIMANDRE), l’ASCLEPIUS (ou discours parfait) et les fragments de STOBEE.
A la Renaissance les textes anciens étaient étudiés dans le but de construire un nouvel avenir. Ainsi les textes hermétiques ont été découverts par l’Occident au XVème siècle et traduits par Marcile FICIN.
Au cours des âges et depuis la plus haute antiquité, le savoir initiatique est transmis secrètement de Maître à Maître. Cette transmission est intellectuelle par l’apprentissage et spirituelle par l’initiation.
I – ASCLEPIUS est le livre sacré d’Hermès Trismégiste dédié à Asclépius.
C’est le discours d’Hermès à son disciple Asclépius. Sont présents Hammon et son fils Tat. Ce traité ou dialogue porte le nom d’Asclépius ; c’est un entretien religieux dans un lieu saint, un sanctuaire, rempli de la ferveur de 4 hommes et de la présence de Dieu.
En introduction, Hermes apprend à Asclépius que c’est Dieu qui l’a guidé vers lui pour le faire prendre part à un entretien divin. « Un entretien si religieux sur un si grand sujet ne doit pas être profané par l’immixtion et la présence d’un nombreux auditoire. C’est donc impie que de divulguer à la masse un enseignement tout rempli de l’entière majesté divine ».
On est en présence d’une gnose, d’un enseignement réservé à des initiés (ésotérique) : en voici quelques extraits :
- L’Unité du Tout
Hermès rappelle à Asclépius « que Tout est Un et que l’Un est Tout, puisque toutes choses ont existé dans le Créateur avant qu’il ne les ait créées. Ce n’est pas sans raison qu’on l’a appelé Tout, Lui dont toutes choses sont les membres ».
L’Unité du Tout : Tout descend du ciel sur la terre, dans l’eau et dans les airs ; du feu, seulement ce qui tend d’en bas vers le haut.
- La position intermédiaire de l’homme
De quel mélange privilégié est faite la nature de l’homme ? « Il est uni aux dieux par ce qu’il a de divin et qui l’apparente au dieux ; la partie de son être qui le fait terrestre, il la méprise en lui-même ; tous les autres vivants auxquels il se sait lier en vertu du plan céleste, il se les attache par le nœud de l’amour ; il élève ses regards vers le ciel. Telle est donc sa position dans ce rôle privilégié d’intermédiaire qu’il aime les êtres qui lui sont inférieurs, qu’il est aimé de ceux qui le dominent ».
- La supériorité de l’homme (doué d’intellect)
« Il y a deux sortes d’aliments, ceux de l’âme et ceux du corps. L’âme est nourrie par le mouvement toujours entretenu du ciel. Les corps doivent leur croissance à l’eau et à la terre, aliments du monde inférieur. Le souffle qui remplit l’univers se répand dans tous les êtres animés et leur donne vie ».
« Mais de tous les êtres qui ont vie, c’est l’homme seul que l’intellect équipe, élève, exalte en sorte qu’il puisse atteindre à la connaissance du plan divin. Mais cet intellect n’est pas de même qualité en tous les hommes ».
- La dualité de l’homme
« L’homme est double : une des partie, simple, formée à la ressemblance de Dieu, l’autre, quadruple, matérielle, terrestre ». (Les quatre éléments ; le corps qui sert d’enveloppe à la partie divine).
- Double fonction de l’homme
« Prendre soin des choses terrestres et les gouverner ». « Adorer Dieu ».
- Double nature de l’homme
« Par une partie faite d’éléments supérieurs, d’âme, d’intellect, d’esprit et de raison, il est divin. Par une partie matérielle composée de feu, de terre, d’eau et d’air, il est mortel et demeure attaché à la terre ».
- Les Causes premières : Dieu, la matière, le souffle.
« Au commencement, il y eut Dieu et Hylé (la matière pour les grecs). Le souffle était avec la matière ».
« La matière est capable d’engendrer. Or, s’il est dans la nature de la matière d’être capable d’enfanter, il en résulte que cette même matière est tout aussi capable d’enfanter le mal. Cependant, le Dieu suprême a pris d’avance ses précautions contre le mal quand il a daigné gratifier les âmes humaines d’intellect, de science et d’entendement ; C’est par ces facultés grâce auxquelles nous nous élevons au dessus de tous les autres êtres vivants et par elles seules que nous pouvons échapper aux pièges, aux ruses, aux corruptions du mal ».
« Quand au souffle, c’est lui qui procure et qui entretient la vie dans tous les êtres du monde lequel obéit comme un organe, c’est-à dire un instrument à la volonté du Dieu suprême ».
« Ainsi la matière nourrit le corps, le souffle les âmes. Mais l’intellect, ce don céleste dont l’humanité a seule l’heureuse jouissance, est la lumière de l’âme humaine comme le soleil l’est du monde ».
- Unité du Tout
« Dieu n’a pas de nom ou plutôt il les a tous puisqu’il est à la fois Un et Tout en sorte qu’il faut ou désigner toue choses par son nom ou lui donner les noms de toutes choses ».
« Sa volonté est tout entière bonté. Et cette bonté aussi qui existe en tous les êtres est naturellement issue de la divinité de Dieu ».
- La révélation hermétique. L’Apocalypse.
Cette révélation se situe en Egypte, cœur du monde :
« Ignores-tu donc, Asclépius que l’Egypte est la copie du ciel ou, pour mieux dire, le lieu où se transfèrent et se projettent ici-bas toutes les opérations que gouvernent et mettent en œuvre les forces célestes ? Bien plus, sil faut dire tout le vrai, notre terre est le temple du monde entier ».
L’Egypte, ce centre de l’univers, symbolique est cœur de la création, foyer de la révélation. Cette terre, centre réceptif, entretient avec le ciel des relations favorisant le même type d’échanges que ceux décrits plus tard dans la Table d’Emeraude.
« Tout est ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, tous ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, pour faire les miracles d’une seule chose ».
- Le vouloir divin : le Bien suprême
« Tel est Dieu : et le monde est son image, œuvre d’un Dieu bon. Oui bon, Asclépius, et je vais te le montrer. De même que Dieu dispense et distribue à tous les individus et genres qui sont dans le monde, ses bienfaits c’est-à-dire l’intellect, l’âme et la vie, ainsi le monde fournit et donne en partage toutes les choses que les mortels tiennent pour bonnes, comme par exemple, la formation, la croissance et la maturation des fruits sur la terre et autres biens semblables ».
- L’homme créateur des dieux
« Revenons à l’homme et à la raison, don divin d’après lequel l’homme a reçu le nom d’animal raisonnable ».Mais ce qui est merveilleux,« ce qui commande l’admiration, c’est que l’homme a été rendu capable de découvrir la nature la matière dont sont constitués les dieux, et de la reproduire ».
II – Quels enseignements le M S peut-il tirer de ce dialogue ?
Ce dialogue permet d’envisager les rapports entre le monde, l’homme et le divin. Dès les premiers instants de notre vie maçonnique dans le cabinet de réflexion, les symboles alchimiques et hermétiques sont présents : les quatre éléments, la descente dans l’ombre avec la formule V.I.T.R.I.O.L., le coq, le sel-esprit, le soufre-âme, et le mercure-corps, les exhortations à harmoniser notre être à l’image du Cosmos, l’idée que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.
Le Temple Universel à édifier se fera avec ces matériaux. Si l’A doit tailler sa pierre brute, il doit aussi être en quête d’une compréhension gnostique du monde et œuvrer à un perfectionnement intérieur assimilable à la quête de la Pierre philosophale.
La recherche de la Pierre entreprise, c’est celle de la Parole perdue, secret perdu par la mort d’Hiram.
Essayons de réfléchir sur quelques points fondamentaux de l’hermétisme et sur les trois notions présentes dans notre Rite : la notion du Centre, la similitude et le principe d’immanence.
- La notion d’Unité, Totalité : Tout est Un et l’Un est Tout.
Le Cosmos formant un Tout : le Un et le multiple.
La notion de Centre pour nous F M s’inspire de cette notion. C’est peut-être le thème principal autour duquel s’articule toute notre recherche. La quête du Centre est la voie de l’ésotérisme que le REAA précise progressivement dans les degrés.
Cet ésotérisme nous invite à réintégrer notre être dans sa dimension originelle qui est celle de l’Unité : « Tu es en tout, composé de tous les pouvoirs » dit un texte du corpus hermeticum, ou « le royaume des cieux est en vous » dit également un texte évangélique.
C’est une démarche qui conduit de la multiplicité à l’unité. La quête du centre est la voie à suivre et cette notion est présentifiée par le fil à plomb, véritable axe du monde.
Au 1°, la circumambulation s’effectue vers la périphérie (sinistrorsum) puis vers le centre (dextrorsum). La purification se fait au centre de la loge sous le fil à plomb.
Au 2°, l’Etoile flamboyante oriente la démarche du candidat.
Au 3°, la Cérémonie d’élévation place le candidat au centre sous le fil plomb, le plaçant à l’endroit où la re-sacralisation de l’espace et du temps va pouvoir s’opérer.
Lors de notre réception au 4°, réécoutons la voix qui nous dit au troisième voyage : « Quelque admiration que t’inspire le spectacle de l’univers, seule est réellement admirable la Loi unique et multiple qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail ».
Le Temple de Salomon comprend le Parvis (la terre), le Saint des Saints (le ciel) et le Saint, la partie intermédiaire qui accueille le M S dans son voyage de la Terre au Ciel c’est-à-dire vers le haut. Le Saint des Saints est une intuition du Centre, inséparable de celle de l’Unité Totalité.
- Le principe de similitude ou analogie entre le microcosme qui représente l’homme et le macrocosme qui représente l’Univers.
Ce principe nous est rapporté dans la Table d’Emeraude : « Tout est ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, tous ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, pour faire les miracles d’une seule chose »ainsi que dans la genèse « Dieu créa l’homme à son image ».
Notre rite nous invite à ce miracle.
Le principe d’immanence
Dans notre Rite, l’initiation a pour but de faire émerger le Centre inconscient autrement dit l’immanence. Ce sera l’éveil d’une dimension préexistante.
Ce qui est transcendant peut-être immanent au monde et en l’homme sans subir de modification. C’est la raison d’être de la recherche du Centre. Par l’imagination créatrice, nous pouvons quitter le monde de l’apparence pour aller vers l’intériorité et y rechercher l’étincelle divine dans notre cœur. Réaliser la pierre philosophale en soi, transformer le plomb en or, c’est s’élever au plus haut degré.
La recherche de la pierre, c’et la recherche de la parole perdue.
III Conclusion
Le M S a le devoir de réalisation spirituelle avec la clé, symbole de transcendance. Cette réalisation se fera à travers la vision alchimiste des trois mondes : le monde archétype ou divin, cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part, le macrocosme ou monde matériel avec ses trois principes : soufre, sel et mercure, et le microcosme dont les trois principes sont : corps, esprit, âme.
La voie de notre Rite permet de faire de l’homme image de Dieu, seule créature à être esprit, âme et corps, un acteur de la création, une réincarnation d’Hermes. Et cela par la voie de l’ascèse et du travail individuel. L’invocation : « A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers » implique la présence du Créateur dans Sa Création. Travailler à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers c’est travailler dans le domaine de l’immanence.
Soyons des Hermes, des intermédiaires capables de mettre la terre en état de recevoir le ciel en collaborant à l’exécution des plans du Grand Architecte de l’Univers.
J’ai dit.
Bibliographie :– HERMES TRIMEGISTE CORPUS HERMETICUM TOME II Traités XIII et XVIII – ASCLEPIUS Texte et traduction « Les belles lettres ».
– La Voie hermétique. Françoise Bonardel Dervy.