Comment ne pas douter lorsque tout semble remis en cause, nos certitudes sont mises à mal ?

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
SCDF
Loge:
L’Arche Ecossaise - Orient de Poissy

A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS


Rite Ecossais Ancien et Accepté


ORDO AB CHAO


Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France


Liberté – Egalité – Fraternité


T F P M et vous tous mes F F M S




« Enfin je suis Maître », c’est ce que je me suis dit au soir de mon exaltation. J’étais très content. Mais j’ai vite déchanté en me rendant compte que je ne maîtrise pas grand-chose. J’ai vite compris que je suis déclaré Maître par la seule transmission rituelle symbolique. Ce degré n’est en fait qu’un point de départ vers une nouvelle recherche qui doit- peut être- conduire, un jour, à la réalisation de l’état de Maître, à la véritable Maîtrise.



Le Compagnon se substitue au Maître assassiné, cela souligne déjà l’idée fondamentale que la maîtrise réelle n’est pas effective. Et si le Maître n’est en possession que d’une parole substituée cela souligne encore une fois qu’en réalité il n’est qu’un Maître substitué, un Maître en devenir. Je sui donc un Maître virtuel, mon but est désormais de continuer la construction interrompue du Temple alors que le mot des Maîtres a disparu, les plans sont perdus et la transmission de la Connaissance est coupée. Je suis, non seulement dans la remise en cause, l’incertitude et le doute, mais bien dans la déroute.



Il est vrai que cette situation n’est pas nouvelle. Le doute et la remise en cause m’accompagnent déjà depuis avant mon initiation. Toute la maçonnerie ensuite se passe dans l’incertitude, la remise en cause et le doute. Nous le savons tous : la maçonnerie est plutôt une source de questionnements qu’un manuel de réponses. Mais le doute peut être pour nous le moyen d’arriver à une certaine certitude.



Dans cet état je suis admis au 4ème degré avec l’espoir de trouver une solution à ma situation. Hélas ! En tant que Maître Secret je suis encore plus perplexe, car je n’y trouve qu’une remise en cause fondamentale qui réside dans ce que me dit le Rituel et qui me plonge à nouveau dans l’incertitude et le doute. Je citerai quelques constats parmi d’autres en sachant bien que le Rituel du 4ème degré et même tous les Rituels des degrés précédents nous voilent l’essentiel, à tel point qu’un frère dont j’ai oublié le nom qualifie le Rituel de « livre des égarés » !



Premier constat :


Ce que me dit le Rituel dès mon arrivée est que mon instruction n’est pas complète…et que je dois accomplir un nouvel apprentissage. Et puis : « De même que vous ne voyez pas bien, vous ne comprenez pas bien ». Effectivement je ne vois pas bien car j’ai le voile sur mes yeux ; et je ne comprends pas bien car « La Grande Lumière commence à paraître » ; elle n’apparaît pas encore dans tous ses éclats.


Ce voile qui n’est plus mon bandeau opaque d’Apprenti, témoigne du début de ma progression dans la Voie de la Connaissance, et me rappelle que je n’ai pas encore réalisé toutes mes potentialités et que je dois m’efforcer de passer vers un niveau de conscience supérieur. Je suis donc pour l’instant dans un monde de « reflet » ou de « réflexion », et le Rituel me le précise bien quand il me dit que je suis dans la resplendeur et non pas dans la splendeur ; la première étant la réflexion de la seconde (Lune / Soleil ; parcelle de lumière/Grande Lumière).


Dans le dictionnaire Le Robert : Resplendir veut dire « briller d’un éclat vif », mais Splendeur veut dire « Grand éclat de lumière, Gloire ». Atteindre la Splendeur serait il la réalisation de ma « Gloire », de mes « succès futurs » et de mon « ultime victoire » dont me parle le Rituel ? A noter que réflexion indique une action physique mais aussi l’action de réfléchir intellectuellement. L’équerre d’argent sur le front signifie entre autre l’incitation à l’écoute de ma conscience, de mon intuition et à explorer d’autres dimensions spirituelles. Cet état de reflet et de réflexion dans lequel je suis, remet donc tout en question. Il est évident que le 4ème degré rappelle au Maître Secret que la Lumière est loin d’être acquise et que le chemin du perfectionnement est long.



Deuxième constat :


Revenons encore en arrière. Aux deux premiers degrés nous allumons les trois lumières qui sont Sagesse, Force et Beauté. Mais déjà au troisième degré nous en supprimons deux pour ne laisser que la Sagesse. Cela veut dire que je dois comprendre que ce que j’ai cru commencer à construire ou plutôt à « établir en force » au 1er et au 2ème (en Force il établira), s’écroule. Et même cette Sagesse finit par disparaître au 4ème ; car ce que j’établis en Sagesse, Force et Beauté reste quand même une construction matérielle et je découvre grâce à la Grande Lumière qui commence à paraître une autre construction qui commence elle aussi à paraître et qui est une construction immatérielle, spirituelle. Le Rituel ne me dit- il pas que je passe de l’Equerre au Compas ? Et aussi : « vous commencez maintenant à pénétrer dans les hautes régions de la Connaissance spirituelle » ? C’est cette Connaissance spirituelle là qui va me procurer- peut être un jour- l’état d’amour, de paix et de joie.



Troisième constat :


Alors que je sais combien les mots de passe et les mots sacrés que j’ai connus et appris par cœur depuis le 1er degré sont importants, voici le Rituel du 4ème qui vient de me dire: «Vous ne prendrez pas les mots pour des idées et vous vous efforcerez toujours de découvrir l’idée sous le symbole». Cela veut dire pour moi que tous ces mots sont à remettre en question. Me voilà à nouveau dans l’incertitude et le doute.


Il est vrai que ces mots sont des mots substitués, et pour cause, car je n’ai pas encore à ce stade trouvé l’IDÉE derrière les mots ou sous les symboles. Ou plutôt je ne suis pas encore capable de faire cette découverte essentielle. Je sais déjà que le Cabinet de réflexion en me révélant la formule V.I.T.R.I.O.L. m’avait incité à la sonder pour y trouver justement l’IDÉE derrière l’abréviation. Car comment pourrai-je aborder le symbolisme si je ne dépasse ni les apparences ni les formes ?



D’ailleurs, n’oublions pas qu’avec le mot, ou les mots, il peut y avoir un danger et on s’en prémuni par la manière de les épeler pour ne pas les prononcer entièrement. Il y là une indication sur le mot derrière lequel il y a la vraie IDEE et qu’il est interdit de le prononcer. L’exemple de Schibboleth est toujours dans nos esprits. Il n’est pas là par hasard, c’était déjà un signe. Et bien que le Rituel nous dit que les mots sacrés IOD, ADONAÏ, IVAH « sont trois des noms qui désignaient Dieu dans la Bible »,il est clair qu’aucun des noms qui se prononcent dans ce degré ne peut désigner l’Eternel, car nommer c’est créer ; or l’homme ne peut pas créer le divin. D’ailleurs, les noms divins qui sont nombreux ne peuvent pas correspondre à une réalité objective. Ils ne sont qu’une expression subjective de notre imagination ou notre conception sur le Créateur. Le Rituel est clair cette fois-ci, il nous dit : « Ne profanez pas le mot Vérité (avec un grand V) en l’accordant aux conceptions humaines ».


Mais le M.S. a-t-il besoin de nommer ou de parler ? Au contraire, il doit clore sa bouche afin d’élargir sa vision. Mais cette vision ne doit pas se faire à travers son œil physique, mais bien à travers son œil spirituel.



Quatrième constat :


Je suis M.S. et mon but principal est la recherche de la Vérité et de la Parole Perdue ; et voici le Rituel qui me dit : « La Vérité absolue est inaccessible à l’esprit humain ; il s’en approche sans cesse, mais ne l’atteint jamais ». Il est vrai qu’il ajoute : « la Vérité est une lumière que l’homme perçoit plus ou moins confusément. Ellepeut pourtant se révéler dans tout son éclat à celui qui veut ouvrir les yeux et regarder ». J’ai donc une première porte d’espérance.


Pour contempler la Vérité ou s’en approcher, l’âme doit s’élever au dessus des phénomènes perçus par les sens. Ai-je à ce stade la capacité de cette élévation ? Je suis pour l’instant face au Saint des Saint mais je ne suis pas encore dedans. Tout cela ne fait que confirmer l’état d’incertitude dans lequel je me trouve. Mais heureusement que le Rituel m’ouvre une deuxième porte d’espérance en me disant: « La route du Devoir mène sûrement à la Vérité » (grand V). Mais il me dit aussi : « L’idéal de la Franc-maçonnerie est l’accomplissement du Devoir porté jusqu’au sacrifice ». Mais comment accomplir un Devoir si difficile à connaître ? Et comment parviendrai-je à cette connaissance? La réponse du Rituel est la suivante : « par le concours que vos aînés vous donneront ici comme dans les trois premiers degrés ». N’ai-je pas contracté une alliance avec eux ? Je trouve là une 3ème porte d’espérance.



Cinquième et dernier constat :


Je pense, avec Irène Mainguy, que « l’intégration des nouvelles données du 4ème degré se fait parfois difficilement car il y a continuité et rupture. Continuité sur le fond, car il s’agit d’approfondir les arcanes de la maîtrise et rupture sur la forme car la méthode de travail est différente ».


En effet, le Maître Secret ne peut pas poursuivre son cheminement sans maîtriser les trois mauvais compagnons, ses trois mauvais Compagnons. Or, le 4ème degré ne nous en parle pas ! Que sont-ils devenus ? Où et comment les retrouver ? Que faire d’eux…? Je me retourne encore une fois vers le Rituel qui me donne toujours pas mal d’indications mais qui me voile beaucoup. Il me dit: « Vous avez encore bien des degrés à gravir avant d’approcher de la Vraie Lumière et de découvrir la Parole connue des anciens initiés ». La réponse à toutes mes interrogations serait donc dans les degrés à venir quand mon instruction sera complète ? 4ème porte d’espérance. 



Alors, en attendant, il ne tient aujourd’hui qu’à moi-même de persévérer sur le chemin du Devoir, rester fidèle et me conformer à « la Loi Universelle qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail », pour mériter la Grâce que seul le G.A.D.L.U. peut me donner ; c’est celle d’espérer qu’un jour, à un degré ou à un autre, il effacera toutes mes incertitudes par l’illumination de mon Saint des Saints. Le Rituel me le dit : « Vous avez la Clef et, quelque jour, il vous sera permis d’ouvrir et de passer… ». Ce jour là je serai véritablement glorifié en passant de la resplandeur à la Splendeur. Pour l’instant, la seule certitude que je m’accorde c’est que je suis certain que je n’ai pas atteint la certitude totale et aussi celle que je suis incapable d’accéder à la Vérité (grand V). Mais, je cite le Rituel : « il n’est point de difficulté que l’énergie, la persévérance et l’intention droite ne puissent surmonter ». Encore de l’espérance!



Dans l’introduction du Rituel du 4ème degré il est écrit que « l’enseignement dans les Loges de Perfection (…) fait référence à l’Ancien Testament, mais conduit vers la Loi Nouvelle ». Je pense qu’à travers l’enseignement de ce degré j’ai appris l’essentiel des vertus cardinales et je ressens à travers toutes ces portes d’espérance poindre les vertus théologales de la Loi Nouvelle, en particulier l’espérance et la foi, car l’Espérance ne peut aller sans la Foi selon Alain. Espérance et foi qui m’aideront peut être – si je les intègre – à atteindre la sérénité d’une certaine certitude. Je suis convaincu que l’espérance et la foi peuvent transcender pas mal d’incertitudes et les vaincre. En tout cas, j’ai la ferme volonté de persévérer dans les « voies qui nous sont tracées », en me soumettant à la volonté du G.A.D.L.U., prêt à accomplir de nouveaux sacrifices pour que la Grande Lumière, la Splendeur envahisse mon cœur. Et puisque le Rituel me dit que cette Lumière peut se révéler dans tout son éclat à celui qui veut ouvrir les yeux et regarder, j’ai décidé d’ouvrir mes yeux et de regarder, surtout mon œil du cœur en espérant que l’œil de mon tablier, celui du G.A.D.L.U. vienne à sa rencontre.



J’ai dit

N M

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