De l’Equerre au compas : une nouvelle vision symbolique au 4ème degré
J∴ P∴ D∴
A la Gloire du Grand
Architecte de l’Univers
Ordo ab Chao – Deus Meumque Jus
Au nom et sous la juridiction du
Suprême Conseil Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux pour la France
du 33° et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo ab Chao – Deus Meumque Jus
Au nom et sous la juridiction du
Suprême Conseil Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux pour la France
du 33° et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté
Le 4ème degré propose une évolution profonde de la vision symbolique appréhendée dans les trois premiers degrés.
Le modèle du maitre est mort : il représentait l’homme juste, fidèle à son devoir jusqu’à la mort. Le MS est reçu avec un voile sur les yeux et une équerre sur le front, une corde au cou, signe qu’il est encore lié à la matérialité.
Le compas, instrument de la mesure, a disparu, signe qu’il l’a intégré. Plus de pavé mosaïque, non plus.
Pour le MS, il ne s’agit plus d’être architecte mais Roi, Prêtre et Prophète ce que symbolise le TFPM détenteur des trois pouvoirs :
« Garant du maintien de l’Ordre cosmique, pontife entre le ciel et la terre et personnification archétypale de la quête du Centre. »
Ce que représente aussi le TPSGC :
« Reflet principiel qui réunit en lui les triples fonctions d’inspirateur de l’Ordre, de conservateur de la tradition initiatique et de gardien de l’unité, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Ordre. » comme nous le rappelle un très Illustre Frère.
Passant du chantier au sanctuaire, les lèvres closes par le sceau du secret, la quête intérieure de la Vérité et de la Parole Perdue du MS l’amènera à la découverte de son Etre.
Elle le conduira de sa condition d’homme matériel à celui d’homme véritable, habité par la vérité c’est-à-dire déconditionné de la tyrannie de l’égo et pour lequel l’action est guidée par le devoir et non par le désir.
Agir sans désir pour passer du monde de la multiplicité à l’Unité : tel est le destin du MS.
Voilà pourquoi, la loge de perfection propose une vision unitaire du monde où tableau de loge et tableau de l’Ordre sont des manifestations de l’Unité à des niveaux différents. Leur dualité n’est qu’apparente pour le MS dont les yeux sont encore voilés.
Dans le théâtre classique règne la règle des trois unités : unité d’action, de lieu et de temps.
Unité d’action parce que devant le Saint des Saints, le MS est un lévite, gardien du Saints des Saints dont une desactions est la contemplation du spectacle de la nature.
Exposé à la perfection de l’Unité, c’est en apprenant à rester fidèle c’est-à-dire en ayant le principe pour mesure, et en le faisant vivre ainsi en lui, qu’il dépassera le dualisme idolâtre.
Il s’agit d’une recherche d’harmonie qui met en œuvre un travail de dépouillement et permet l’émergence de l’Amour.
Ora et Labora sont inséparables et complémentaires et conduisent à la prise de conscience qu’immanence et transcendance sont deux aspects du divin. Rassembler ce qui est épars conduira l’initié à devenir un passeur entre ciel et terre où la vision de l’Unité ensemence le Tout, ce que symbolise l’Ouroboros : Un le Tout.
Unité de lieu parce que cette réalisation spirituelle se manifeste dans le seul lieu possible: l’Ame, notre monde intermédiaire où se réalise la rencontre entre l’initié (le sujet contemplant) et la grande Lumière qui commence à paraître (le sujet de la contemplation).
Les yeux décillés progressivement, le MS vivra le centre de son Ame comme le centre du Monde.
Ne s’agit-il pas de se débarrasser de sa tunique de peaux pour revêtir les habits de Lumière de l’homme primordial ?
Unité de temps car la recherche du centre, siège de l’immuabilité, entraîne le dépassement de la mort, donc la libération des chaines de la durée pour accéder au Temps.
L’initié doit effectuer la conjonction entre corpos, âme et esprit, il ne privilégie aucun de ses états, car le contraire serait idolâtre. De même qu’il ne s’agira pas de tuer l’ego mais d’en maîtriser les manifestations démesurées, comme il n’est pas question d’abolir les ténèbres pour faire vivre la Lumière. Ordo et Chao sont indissociables. L’un et l’autre sont des manifestations de l’Unité du Monde : l’Unus Mundus hermétique.
Ce changement de vision ne peut s’envisager sans bouleversement, ni anéantissement de la vision précédente.
Par le coup de maillet porté à son front, le maître a perdu la capacité de voir avec ses deux yeux mais le front brisé lui donne accès à l’intelligence intuitive du cœur.
La Vérité appartient au domaine du mystère. Elle ne peut être appréhendée par l’intelligence rationnelle ou raison raisonnante. Seule l’intelligence intuitive permet de la saisir.
Il va donc falloir dés-apprendre pour accéder à la Connaissance.
« On n’entre pas dans la Vérité sans être passé à travers son propre anéantissement, sans avoir séjourné longtemps dans un état d’extrême humilité » Simone Weil.
Dans l’espace consacré qu’est le Temple intérieur, médiateur entre l’intérieur de la Terre ( interiora terrae de V.I.T.R.I.O.L ) et le Ciel, le regard ne peut s’exercer que s’il a accepté le sacrifice de ce qu’il était.
Ce lieu où la grande lumière commence à paraître est le lieu de la splendeur Ziza qui, seule traverse la balustrade qui empêche le MS d’accéder au Saint des Saints.
La Clé, symbole de l’Alchimie, lui permettra de franchir la balustrade. Symbole de l’œuvre au noir, elle rappelle le dépouillement nécessaire à la réalisation spirituelle.
« Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais doucement, avec grande industrie »
Seul, le dépouillement des métaux lourds permettra à l’image subtile du Temple archétypique d’émerger. Seule la destruction des idoles ouvre l’accès à ce nouveau monde.
Avec patience, par des opérations de dé-construction – re-construction, il s’agira de faire migrer sa vision de l’image du Temple de Salomon à son icône, son reflet archétypique que constitue le Temple Intérieur.
Et ainsi découvrir l’Idée sous le symbole.
Il s’agit d’une démarche qui transporte du monde tangible à l’intangible.
Comme les outils ont disparu lors du 5ème voyage du compagnon parce que l’initié les a intégrés, le temple extérieur, puis intérieur, doivent disparaître pour que l’initié soit lui-même le Temple.
C’est par sa propre sacralisation, c’est-à-dire son sacrifice, que l’initié peut y parvenir.
Auparavant spectateur de son propre drame, il devient simultanément acteur et spectateur.
L’acte de contempler le libère de l’avoir pour le projeter dans l’Etre. L’œil sur le tablier le lui rappelle.
Mais cet accès à l’Etre n’est rendu possible que par la mort du maitre à son état antérieur, sa renaissance signera l’accession du MS à la dimension sacerdotale.
La mort d’Hiram ouvre la voie à une nouvelle conscience qui est une ouverture à la renaissance de l’Esprit. Ce phénomène va concerner tout autant le corps, l’âme que l’esprit. En fait, le 4ème degré nous fait revivre ce que nous avons vécu au 3ème dans une autre dimension dénuée de la haine.
Le temple intérieur va devenir le seul lieu de rencontre avec soi-même mais aussi avec l’Autre.
Pour y accéder pas d’autre recette que de ne pas en avoir, la construction mentale du Temple conduirait immédiatement à son idolâtrie. La seule voie est la vacuité qui autorise la descente en soi de l’intangible, le lâcher prise qui ouvre la voie de l’émotion.
Abandonnons nos références, nos points de repères qui nous lient au monde profane.
Laissons nous porter par la poésie des rituels sans leur donner plus d’importance que cela, ce sont des véhicules.
Mettons nous en capacité de recevoir la Lumière en nous libérant de notre matérialité, en libérant en nous les forces du coeur qui nous relient à l’Ineffable.
Plus nous serons des êtres religieux (au sens de religare :relier), plus nous agirons dans le monde par notre aura.
« Que rentrés dans le monde, on reconnaisse à leur sagesse, les vrais enfants de la Lumière ».
En accédant à l’Etre, nous devenons collaborateurs du principe en notre vie.
Dans ce lieu de passage entre le chantier et le sanctuaire où se déroule ora etlabora, la vision symbolique du 4ème degré réconcilie action et contemplation : aussi fort sera notre engagement dans le sanctuaire, aussi forte sera notre énergie déployée sur le chantier.
Par la contemplation de la Loi unique et multiple, le MS distingue l’Ordre dans le Chaos, ainsi il restaure le Saint Empire en devenant le Saint Empire lui-même.
J’ai dit.