De l’Occident à L’orient Où le droit à l’erreur ?
Non communiqué
A la Gloire du Grand
architecte de l’Univers R E A A
Ordo Ab Chao .
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France.
Liberté – Egalité – Fraternité
De l’Occident à L’orient
Où le droit à l’erreur ?
Ordo Ab Chao .
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France.
Liberté – Egalité – Fraternité
De l’Occident à L’orient
Où le droit à l’erreur ?
Lorsque notre « Trois fois puissants Maître » m’a donné à traiter comme sujet de planches : De l’Occident à Lorient, j’avoue avoir été, comme pratiquement à chaque fois d’ailleurs, quelque peu désorienté, en effet, cela me rappelai spontanément un précédent travail : « De l’équerre au compas » j’y retrouvai, même si la symbolique avait changé : Les notions de passage, de matérialité et de spiritualité sur lesquels j’avais planché.
Aussi après réflexion, je me suis dit qu’il serait peut-être intéressant cette fois-ci d’essayer de trouver une approche différente pour traiter ce nouveau sujet.
Ainsi, au lieu de partir d’un premier symbole, et d’étudier le parcours à réaliser pour arriver au second, j’ai décidé d’étudier plutôt la complémentarité de ces deux éléments, et l’équilibre qui en résulte. Mais aussi quelle était la meilleure façon de cheminer de l’un à l’autre, ainsi que les difficultés que pourrait représenter ce parcours.
Comme toujours, même s’il n’y a pas forcément lieu de s’appesantir sur les termes, il est quand même utile d’en donné un minimum de définition, aussi ai-je repris, et ce n’est pas sans arrière-pensées, celle que l’on nous transmet en tant qu’apprenti lors de notre initiation, à savoir :
L’Orient marque la direction d’où provient la lumière et l’Occident la région sur laquelle elle s’arrête
L’Occident figure donc le monde visible qui tombe sous les sens et d’une manière générale tout ce qui est concret
Lorient au contraire représentent le monde intelligible qui ne se révèle qu’à l’esprit, en d’autres termes, tout ce qui est abstrait.
Et puisse que : « La lumière, est la première chose que nous avons demandée lors de notre entrée dans le temple » nous définissons ainsi très clairement à l’apprenti
–Son point de départ : l’Occident
–Son point d’arrivée : l’Orient
–La direction qu’il doit suivre : Celle d’où provient la Lumière
Arrivé à ce point de notre réflexion, il pourrait sembler utile de définir aussi ce qu’est : « La lumière » cela me semble pourtant quelque peu prématuré et je préfère pour l’instant continué ma réflexion sur les complémentarités de L’Orient et de l’Occident
Dans notre rituel d’ouverture au premier degré, lorsque le Vénérables dit :
Mes frères nous ne sommes plus dans le monde profane, nous avons laissé nos métaux à la porte du temple, élevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la lumière
Par ces paroles, le vénérable crée ainsi un monde « Sacré » et il oriente la loge dans le temps et dans l’espace
Cette orientation se fait de l’Orient à l’Occident, et on voit bien que ces derniers représentent deux pôles complémentaires et indispensables, le Temple, c’est-à-dire l’univers, s’étend de l’Orient à l’Occident, c’est-à-dire que le chantier est tenu sous la lumière du soleil.
Cette complémentarité nous la retrouvons sans cesse :
–Tout d’abord historiquement dans notre héritage, qui est duel, d’une part celui de la Raison qui correspond à la maçonnerie Opérative, et celui de la maçonnerie Spéculative qui nous amène à lutter contre le fanatisme, les préjugés, l’ignorance et toutes les dérives qui nous amènent à être de mauvais compagnons
–Dans le binôme formé par le Vénérable et le frère Couvreur, gardien du temple. Souvent lui-même ancien Vénérable, passant ainsi de L’Orient à l’Occident des fonctions les plus élevés aux plus humbles, matérialisant une fois de plus la continuité de leur complémentarité. On ne confie normalement ce poste qu’à un frère aguerri, il peut d’ailleurs prendre spontanément la parole sans avoir à la demander
–Si les idées, les directives, l’inspiration naissent à L’Orient. L’Occident les met en oeuvre et organise le travail. C’est ce que manifestent précisément les fonctions des surveillants dans leur rôle d’instructeurs de contrôleurs et distributeurs de salaires
Il nous faut donc comprendre et accepter cette complémentarité, on ne peut pas se contenter d’estimer que d’un côté il y a l’ombre et de l’autre la lumière, ce serait une vision simpliste et manichéenne des choses. Nous avons tous notre part d’ombre il ne faut pas la renier, elle fait partie de nous-mêmes. Nous sommes tous des pavés mosaïques et sans notre part d’ombre nous ne serions pas humains, ce que l’on pourrait traduire par :
On nous admire pour nos qualités, on nous aime pour nos défauts
Nous ne pouvons donc pas séparer ces deux pôles, si nous voulions utiliser seulement la Raison, nous ne ferions que Ratiociner, si nous n’accordons d’importance qu’à l’Intuition en ce cas on est dans le Rêve… ! Il nous faut marcher sur nos deux pieds ce que nous rappelle à Lorient la Lune et le Soleil.
Si comme nous venons de le voir, l’Occident et l’Orient sont parfaitement complémentaires, pourquoi apparaît donc cette notion de cheminement de l’un vers l’autre ?
Si l’on se tourne vers l’Orient c’est « Parce que l’on recherche la lumière »
Or celle-ci nous est beaucoup moins naturelle que les valeurs de l’Occident davantage lié à notre matérialité, et notre part d’animalité. C’est un peu la différence entre l’inné et l’acquis. Les valeurs de l’Orient demandent un véritable travail sur soi. C’est une démarche personnelle. Ce sont donc des valeurs qui ne s’acquièrent que progressivement.
On peut donc s’interroger sur l’état d’esprit qui doit être le nôtre pour entreprendre cette démarche.
Tout d’abord celle-ci doit s’établir sur des bases claires, comme on l’a vue, l’Occident est aussi une Valeur Positive puisque c’est lui qui met en oeuvre et organise le travail. Il ne faut donc pas se tourner vers l’Orient par rejet des valeurs matérialistes considérées comme futiles et éphémères au prétexte que seule la spiritualité a de l’intérêt, car en ce cas on ne se tourne pas vers l’Orient on ne fait que se détourner de l’Occident
Donc après avoir en quelque sorte appris à maîtriser les valeurs de l’Occident nous nous tournons vers la Lumière, certes, mais définir cette dernière est beaucoup plus complexe.
Si, comme notre Frère « Robert Florent » nous apprend si bien à le faire, nous recherchons l’étymologie du mot, nous sommes quelque peu dans une impasse, car si l’on revient au latin, il y avait deux types de lumières :
Une lumière extérieure qu’on appelait Lumen et qui a donné Luminaire en français
Une lumière intérieure celle de l’esprit que l’on appelait Lux et qui a donné Lucidité
Hélas en français il n’y a qu’un seul et unique mot pour ces deux types de lumière … !
Et si l’on se tourne vers le rituel, on s’aperçoit qu’il y a des Grandes et des Petites lumières .. !
Si les petites lumières sont : Sagesse, Force, Beauté
Dans ce cas, à quoi pourraient bien correspondre les grandes lumières ? Que pourrait-il y avoir de plus grand que la Sagesse la Force et la Beauté … ?
Pour ma part il me semble qu’en ce cas, lorsque l’on parle de Grande Lumière, on fait référence aux : « Valeurs de Dépassement » la grande lumière étant d’ordre initiatique, elle va placer l’homme face à son destin, sa vie, sa mort, et sa capacité à se dépasser, se transcender.
Ainsi le Franc-Maçon en cheminement de l’Occident à L’Orient, en passant des petites aux grandes lumières, arrive à : La Lumière, dans sa quête de spiritualité.
Passer de l’Occident à l’Orient s’est donc apprendre à cheminer vers la Lumière
Mais puisque comme on l’a vu cette dernière est difficile à définir, au cours de notre démarche, ne courons-nous pas le risque de : Nous tromper de lumière, n’existe-t-il pas ce que l’on pourrait appeler de Fausses Lumières ou de la Lumière Noire ?
Or nous savons tous, pour avoir appris la légende d’Hiram, que l’excès de lumière débouche sur le fanatisme, et que trop souvent en voulant transmettre la lumière nous ne faisons qu’allumer des bûchers
Je prendrai pour illustrer mon propos trois exemples, dans la vie profane, dans les écritures, et dans notre légende.
–Dans la vie profane, si l’on prend l’idéologie du communisme, je suis bien certain que nombre de ceux qui y ont adhéré, voulaient sincèrement concourir au : « Bonheur de l’Humanité » Hélas, avant de s’effondrer combien d’horreur a généré cette pensée ?
–Dans la genèse, en voulant construire la Tour de Babel, les fils de Noése sont laissés aveugler par leur orgueil, et à se vouloir l’égal de Dieu ils ne sont arrivés qu’a la confusion
–Dans notre légende, le Roi Salomon lui-même, ne s’est-il pas égaré sur la fin de sa vie, et l’infidélité de Salomon a gardé l’alliance avec Dieu entraîna la colère divine
En tant que maître secret, que nous dit notre rituel ?
Comme pour l’apprenti, notre démarche est clairement définie, nous devons en effet :
« Chercher la vérité et la parole perdue » Or Lumière et Vérité sont identiques, et le rituel l’exprime très clairement : « La vérité est la lumière placée à la portée de tout homme qui veut ouvrir ses yeux et regarder la grande route du devoir qui y conduit sûrement »
Notre démarche vers l’Orient, doit donc se poursuivre et passe en la circonstance par la notion de Devoir
Cependant le rituel nous incite à être vigilant et à ne pas nous tromper de Lumière, lorsqu’il nous dit : « Vous ne vous forgerez point d’idoles humaines pour agir aveuglément sous leur impulsion mais vous déciderez par vous-même de vos opinions et de vos actions »
Puisque le rituel nous met en garde, il faut en tenir compte, et c’est donc bien un des dangers de notre démarche que celui de se tromper d’Orient, cela met en exergue ce que j’ai appelé le : « Droit à l’erreur » c’est d’ailleurs le sous-titre que j’avais donné à cette planche .. !
On peut se demander néanmoins si dans notre démarche, ce : « Droit à l’erreur » est légitime ?
Pour ma part je pense que oui, même s’il vaut mieux éviter d’en développer la culture, en effet :
–La Vérité est par définition inaccessible, et nous pouvons seulement tendre vers elle. L’erreur fait donc partie intégrante du chemin et nous ne pouvons la méconnaître. Il nous faut au contraire l’accepter et la prendre en compte. Comme nous l’avons dit précédemment nous sommes tous des pavés mosaïques, c’est d’ailleurs ce qui donne sa « valeur relative à la notion de vérité »
–Notre tradition maçonnique : Ce n’est pas comme certains voudraient parfois nous le faire croire une simple gesticulation rituellique, mais au contraire une méthode qui nous amène par degrés successifs à la formation et au développement de notre Humanité. Et si nous y allons par degrés successifs c’est biens que l’on reconnaît que cette démarche est difficile et peut-être entachée d’erreurs.
Vérités et Erreurs sont donc bien les deux faces d’une même pièce qu’il nous faut apprendre à identifier ( Janus )
Cependant même si comme nous venons de le voir, l’erreur peut être légitime, ce n’est pas une finalité en soi, il nous faudra donc apprendre à la reconnaître et à s’en détourner. Et pour ce faire je pense que nous pouvons nous appuyer sur trois éléments : Nos Frères, Le Rituel, et notre Vigilance
–Nos frères : Je dirais, ils sont là pour ça … Et j’en ai fait moi-même l’expérience .. ! Il ne faut pas oublier en effet que notre démarche même si elle est personnelle, doit se faire dans un cadre collectif, et que nos maîtres ne sont pas là pour nous donner des leçons, car ce serait tomber dans le dogmatisme que nous refusons. Se doivent néanmoins de nous montrer l’exemple.
–Le rituel : Ce dernier ne se contente pas de nous indiquer la direction à suivre, il sert véritablement de cadres à notre démarche, et au fur et à mesure de celle-ci nous met en garde sur les dangers de celle-ci.
Ainsi le néophyte s’entend-il dire : « L’ascension que vous avez tentée dans ces conditions devrait être fatalement suivie d’une chute qui aurait pu être mortelle sans le secours des mains fraternelles qui vous ont soutenues au moment le plus critique » Ce qui confirme l’importance du soutien de nos frères, Le Compagnon découvre le pas de côté, et le retour à l’orthodoxie. Le Maître : Les Mauvais Compagnons. Le Maître Secret : Les fausses idoles…
–Notre vigilance : J’allais dire : Aide-toi, le ciel t’aidera, en effet si l’on peut compter sur le soutien de nos frères nous nous devons néanmoins d’être toujours vigilant et accepter de remettre en cause nos certitudes de l’instant.
À ce propos si vous me permettez une petite disgression personnelle, il y a quelques années lorsque je réfléchissais sur le thème de : La parole perdue ….
Je ne souviens parfaitement qu’à l’époque je me disais que si Hiram l’avait emporté dans sa tombe, bien malin serait celui qui la retrouverait *. Et puis au fur et à mesure du temps je me suis dit que si Me Hiram la connaissait, il n’en était probablement pas l’inventeur, et que s’il l’avait découverte, on pouvait probablement la redécouvrir à notre tour…Certitudes d’hier, espoir d’aujourd’hui
Pour revenir à nos chers Latins, en plus de nous permettre de retrouver l’étymologie de nos mots, je me souviens que ces derniers disaient :
« Errare Humanum est … Perseveraré diabolicum »
Se tromper est humain …. Persévérer et diabolique
Certes … !Donc toujours dans l’analyse de notre cheminement, la question est :
En cas d’erreur que devons-nous faire ?
Sûrement pas persévérer … !! J’y verrais plutôt pour ma part, deux impératifs dans la démarche :
–Le retour sur soi, ses valeurs, sa démarche
–Repartir de l’Occident
Le retour sur soi :
Partant du principe (un peu rude) que toute déception procède d’une erreur de jugement… Il n’y a pas lieu en ce cas d’essayer de rejeter la faute sur autrui.
Je me souviens à ce propos, qu’un frère ayant beaucoup donné à la maçonnerie, était venu faire une planche dans ma loge mère, et il avait dit à cette occasion : « La loge a toujours raison » et rajoutée : « Même si ce n’est pas toujours facile à accepter »
Comme toute vérité, celle-ci comporte vraisemblablement sa part de relativité, cependant il est exact que lorsqu’une loge travaille normalement elle génère une sorte de sagesse collective, certains parlent même d’Egregor … Capable de ramener un frère en dissonance à revenir en harmonie avec les autres
Ceci dit je pense que si un frère à un moment quelconque de son parcours ne se sent plus vraiment en harmonie avec les valeurs que prône la franc-maçonnerie au degré qui est le sien, il doit commencer par s’interroger sur lui-même.
Quelles sont les raisons qui l’amènent à un tel ressentit ? et à quoi sont-elles dues ? N’est-il pas dans sa démarche victime de certains métaux tels que préjugés, orgueil ou ignorance… N’a-t-il pas à un moment donné cru ou voulu croire que le message qu’il avait reçu était bien tel qu’il pensait l’avoir compris. Mais aussi a contrario ne caricature-t-il pas ce qui lui est transmis en le transformant en dogme ?(En le prenant pour un dogme)
On le voit les raisons d’un désaccord ou d’un blocage peuvent être nombreuses, mais nous ramènent vraisemblablement dans la plupart des cas à un « conflit de valeurs »
Il faut en quelque sorte essayer d’objectiver le problème, voir où se situe exactement le conflit, et à partir de là est-il ou non possible de le résoudre ?Car je pense qu’effectivement il peut arriver un moment où un Frère puisse estimer que notre démarche ne lui correspond plus.( Plus étant le « trot tard » de Pas )
Repartir de l’Occident :
En dehors de ce cas quelque peu extrême, si au contraire un Frère dans cette situation désire plutôt essayer de surmonter le conflit, le fait de repartir de l’Occident me semble judicieux.
En effet, en tant que néophyte, lorsque nous avons pénétré dans le temple c’est par l’Occident que nous sommes rentrés. Il est peut-être bon de se remémorer alors pourquoi nous avons entrepris cette démarche, et qu’est-ce que nous étions venus chercher ?
Si nous sommes venus pour essayer d’acquérir une plus grande ouverture d’esprit, sommes-nous bien toujours dans cette démarche ?
Si nous sommes venus pour travailler sur nous-mêmes et essayer d’augmenter notre part d’humanité sommes-nous bien toujours dans cette démarche ou nous avons-nous atteints nos limites ?
En tant qu’apprenti lorsque nous étions sur la colonne du nord, avons-nous vraiment cherché à rectifier notre pierre, ou avons-nous quelque peu échoués à maîtriser le vieil homme qui sommeille en nous ?
Reprendre par la pensée la démarche qui fut la nôtre est donc probablement la meilleure technique pour nous rééquilibrer dans notre parcours vers l’Orient.
En conclusion :
Comme le disait Érasme : l’homme ne naît pas homme, il le devient.
Il n’y a donc pas de prédétermination pour l’homme mais un choix donc une liberté, liberté qui lui faudra acquérir au prix d’un travail incessant sur lui-même. Et comme rien n’est jamais acquis qu’il repassera régulièrement de l’Occident à Lorient …
J’ai dit.
B F
* Principe de Lavoisier qui veut que : Si rien ne se perd …… Rien ne se retrouve forcément