Êtes-vous préparé à assumer ce devoir ?

Auteur:

D∴ P∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Et Malheur à qui assume une charge qu’il ne peut porter !

Lors de mes voyages pour mon admission en « Loge de Perfection », j’ai été mis en situation de contrat pour accomplir un certain nombre de tâches qui m’engageront ainsi à me consacrer mon devoir de M S.

Je suis passé de l’équerre au compas, de la droite aux courbes, du matériel au spirituel. J’ai commencé à pénétrer dans les sphères éthériques.

Pour m’aider, vous m’avez dépouillé presque brutalement de mes décors de maître pour m’annoncer que ce que j’avais appris jusqu’à ce jour en maçonnerie n’était rien par rapport à ce qui me restait à apprendre et que dans cette loge secrète j’allais me retrouver dans une situation comparable celle de l’apprenti dans une loge du 1er degré avec un bandeau semi transparent sur les yeux ne me permettant pas bien voir ni de bien comprendre et vous m’avez clos les lèvres par le sceau du secret en me mettant en situation « d’écouter la voix qui vous dit ».

C’est ainsi que lors du 1er voyage, vous m’avez exhorté user de mon libre arbitre, m’écarter de l’ignorance, du fanatisme et de l’ambition afin de se consacrer au devoir envers moi-même.

Vous m’avez tiré de la servitude de l’erreur, vous m’avez indiqué le chemin pour m’écarter des idoles humaines et ne pas agir aveuglément sous leur impulsion.

Je ne prendrai point les mots pour mes idées, et je m’efforcerai toujours de découvrir l’idée sous le symbole. Je n’accepterai aucune idée que je ne comprendrai et ne jugerai vraie. Ainsi je deviendrai mon propre Prométhée (celui qui donna le feu sacré à la race humaine), en quelque sorte mon propre Guide.

Au 2ème voyage, vous m’avez incité à écouter et respecter l’opinion d’autrui, prendre conscience que la vérité absolue est inaccessible l’esprit humain, il s’agit-là de mon devoir envers autrui.

De n’accorder à qui que ce soit une confiance aveugle, mais d’écouter tous les hommes avec attention et déférence.

Avoir la ferme résolution de les comprendre, de respecter toutes les opinions, de les déclarer justes si elles ressortent comme telles de l’examen approfondi auquel je me livrerai.

De ne pas profaner le nom « Vérité » en le donnant aux conceptions humaines. La Vérité absolue réside dans le nuage de l’in cognoscible, sur un sommet inaccessible ; l’esprit humain s’en approche sans cesse, mais je ne l’atteindrai jamais.

Au 3ème voyage, vous m’avez mis en face de ma petitesse face à l’univers, j’ai ainsi le devoir de chercher à mieux me connaître pour moduler mon action ; car c’est ainsi que s’élargira ma connaissance sur toute chose dont moi-même afin de prétendre connaître l’univers et les Dieux. Devise du Temple de Delphes « Connais-toi-même, et tu connaîtras l’Univers et les Dieux ».

« Quelque admiration que t’inspire le spectacle de l’Univers, depuis l’Immensité peuplée d’astres sans nombre jusqu’à la petitesse également infinie, habitée par des formes innombrables de la vie, de me souvenir que je ne les admire qu’à cause de la disproportion entre ma puissance propre et celle que la conception, par l’esprit humain, de la Loi unique et multiple qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail ».

Enfin au 4ème voyage, le rituel commande de promouvoir la justice, la révérer, marcher dans ses voies, la servir de tout mon cœur et de toute mon âme. Il s’agit ici d’intégrer en moi-même et d’appliquer au jour le jour ce devoir de justice.

Ainsi ces voyages m’ont instruit, m’ont formé et préparé à assumer en tant que Maître Secret mon Devoir, thème fort évoqué à ce grade.

Ces voyages ou j’ai entendu à plusieurs reprise dans une atmosphère dense et dans le silence le plus total« écoutez la voix qui vous dit » sont ancrés dans ma mémoire. « Vos travaux peuvent ne pas être récompensés, car celui qui sème ne récolte pas toujours. Êtes-vous préparé à accomplir le DEVOIR, sans songer à la récompense, et satisfait de l’approbation de votre conscience ? »

Au cours de ces voyages j’ai réellement pris conscience du chemin initiatique sur lequel je me trouvais consistant à mieux travailler encore pour la recherche de la Vérité et de la Parole Perdue.

Le voile noir symbole des ténèbres avec l’équerre pour masquer ma parole qui fut enlevé à la fin du 4ème et dernier voyage me permet de m’ouvrir encore plus et de recevoir à nouveau la lumière.

Cette corde qui a été mise autour de mon cou symbolisant mon manque de Liberté veut également exprimer que le travail est nécessaire pour briser ces chaines parce que la Liberté n’est jamais acquise, elle est gagnée par le travail et par l’opiniâtreté à respecter ces devoirs de maçons.

A la suite de ces voyages, quelques uns de mes frères secrets ont prononcé avec une intonation qui semblait venir du plus profond d’eux même, d’un ton soutenu et serein :

Quatre sentences qui demeurent à jamais les guides de mon chemin.

– Malheur à ceux qui aspirent à ce dont ils sont indignes !
– Malheur à ceux qui assument une charge qu’ils ne peuvent pas porter !
– Malheur à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui, ensuite, les négligent !
– Vous entendez Mes frères, « la maçonnerie est une devoir ! »

Le Devoir est pour nous aussi inéluctable que la fatalité, aussi exigeant que la nécessité, aussi impératif que la destinée.

– Sachez que les meilleurs de la Maçonnerie sont ceux qui le mieux travaillent, et le mieux s’entendent avec les hommes.

« Il n’est point besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ».

Même si ces injonctions semblent métaphoriques, elles nous renvoient tout droit à notre engagement Maçonnique. Engagement que nous avons pris dès le jour de notre initiation et qui depuis ne nous pas quitté et nous guide chaque jour qui passe. Bien sûr, au fur et à mesure de notre parcours, nous avons taillé notre pierre et progressé sur le chemin de la lumière, mais notre quête reste la même, nos engagements aussi. Au grade de Maître Secret, l’engagement se précise, je dirai même, qu’il change de dimension en s’alourdissant.

L’engagement prend dès lors une valeur morale, et l’on en vient alors parler de Devoir. Dans les sentences énoncées, le terme de devoir revient deux fois. Ce que l’on constate dans ces sentences, c’est leur caractère impératif. Il n’est pas question de discuter, le couperet est tombé comme une sentence, dans le sens de jugement.

Ce double sens est intéressant car derrière lui transparaît le sens profond des ces phrases, il s’agit autant de maximes que de jugements ! Face à ces jugements, il n’est pas question de faire appel, la sentence est inéluctable. L’engagement que nous avons pris ne permet pas d’autre choix !

Nous sommes presque dans la même position que lors de notre initiation au 1er degré du REAA, ou face aux glaives dressés, l’apprenti ressent le poids de l’engagement qu’il prend à ce moment là.

Il ne connaît pas l’ampleur de cet engagement, il le prend car il y est guidé et conduit et parce qu’il a confiance en ses F F. De la même façon, la menace est réelle : Malheur à celui…Malheur à qui…

Que peut-t-il donc nous arriver ?

La construction et l’ordre des sentences m’interpellent. Pourquoi donc commencer par des menaces pour ensuite poser le principe de l’engagement et du devoir puis le but à atteindre ?

Une bonne préparation est nécessaire pour parvenir à assumer :

­ Les charges que nous acceptons dans notre engagement maçonnique.
– Le Devoir qui nous est imposé au quotidien.
– La force du DEVOIR avec tout le travail qu’il impose au sein de la cité avec les hommes qui nous entourent.
­ L’ampleur du Devoir pour toute l’humanité.

Par le travail, j’entend le travail maçonnique tel qui est pratiqué dans notre obédience et notre rite avec notre rituel, mais aussi le travail maçonnique que l’on peut d’une certaine manière exporter hors de nos murs, dans la cité, par notre attitude irréprochable d’écoute et de tolérance.

Ma grand-mère paternelle me disait lorsque j’étais enfant « Daniel gardes toi bien d’avoir les yeux plus gros que le ventre ». Elle ajoutait avec sa sévérité bienveillante de femme de cœur « Ne remets pas à demain ce que tu peux faire le jour même »… Ces paroles sont certes moins prestigieuses que celles des grands philosophes mais elles représentent déjà les premiers fondements d’un certain sens du devoir, du respect d’un certain code de conduite, et du travail bien fait en temps et en heure.

Ma grand-mère était probablement maçonne dans l’âme.

Mais que voulait-elle me dire ou me faire comprendre par ses phrases répétées :

– Si tu ne peux pas faire ce que l’on te demande, n’en prend pas la responsabilité.
– À l’inverse, si tu te sens capable de réaliser la tâche ou de prendre la responsabilité, travailles d’arrache pied et ne remets pas au lendemain ce que tu peux réaliser le jour même. Ta vie n’en sera que mieux remplie.

Encore une fois, la portée symbolique est très forte, même si elle peut se heurter aux réalités. L’engagement qui est pris l’est d’abord avec moi-même. Mais les conséquences d’une défaillance peuvent aussi avoir des conséquences incalculables et néfastes. Dans cette situation, la volonté de bien faire peut se heurter à l’ampleur de la tache. On peut ainsi se retrouver écrasé sous la charge sans l’avoir vraiment voulu, en ayant sous-estimé l’ampleur et la difficulté.

On peut donc bien involontairement être face à une charge qui nous dépasse sans que nous l’ayons vraiment choisi. Dans ce cas, quel inconfort, tant face à soit même que face aux autres.

C’est par la volonté, le courage et le travail que je pourrai me hisser au niveau de la tâche à accomplir pour réaliser et respecter les engagements pris. Grâce au devoir, et au respect de mes engagements, je suis devenu l’homme que je suis.

Le courage, la volonté de faire le bien et le bien faire, le respect de mes engagements m’ont aidé et m’aideront à prendre les bonnes décisions mais pas toujours pourtant…

Ma soif de savoir, d’apprendre, de comprendre, de prendre du recul ou de la hauteur par rapport à toutes les choses que je rencontrais m’ont énormément aidé dans mon chemin initiatique de plus de 20 ans.

Voila, T F P M et vous tous mes F M S quelques-unes de mes réflexions sur le devoir et les chemins qui préparent à l’assumer.

Mais quoi sert-il d’être maçon seulement pour soi-même ?

Le vrai pouvoir de la Franc-maçonnerie est de diffuser ses idées et d’œuvrer pour la fraternité, de tolérance et d’amélioration de l’humanité. Pour cela, elle ne doit compter que sur le travail incessant des frères dans l’accomplissement de cette tâche.

La clé d’ivoire que je porte à l’extrémité de ce sautoir, c’est par elle que je dois me découvrir ou plutôt m’ouvrir la connaissance, de me connaître au plus profond de moi-même pour le travail en secret. Elle me permet de ne pas faillir à mes devoirs et au respect de mon serment. Elle va me permettre de pénétrer au-delà des lieux communs qui nous viennent à l’esprit sur le thème de l’ouverture et de pénétrer les racines de la conscience.

Chaque homme doit se découvrir lui-même, prendre conscience de ses idées, de ses capacités pour en faire l’examen critique et voir si sa pensée est en adéquation avec son action et réciproquement.

Les quatre sentences, sont les gardiennes, sont les guides de ma vie maçonnique et d’homme. Elles me permettront de diriger mes efforts pour mettre en valeur toutes les possibilités morales et matérielles. Les responsabilités, le travail bien fait et le devoir seront honorés grâce à mon implication personnelle et à mes actions.

Mon devoir est désormais, me semble-t-il de trouver ma voie intérieure pour travailler avec les hommes et trouver ma place dans le Saint des Saints qui est en moi.

« La première qualité du chemin spirituel est le courage » disait Gandhi.

Ce courage exige sacrifices, devoirs, il transcende, il élève l’homme et le conduit vers la vérité.

« La vérité est la lumière placée à la portée de tout homme qui veut bien regarder… »
« Le devoir conduit surement » !

Notre devoir est en nous et il nous appartient de le découvrir. Ne renonçons jamais à cette recherche. Nous sommes libres, la mort n’a plus d’emprise sur nous.

Non, très clairement, mes frères, je ne me sens pas encore suffisamment préparé à assumer ce devoir.

J’ai dit.

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