La Maxime du Taciturne

Auteur:

J∴ L∴ W∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
La Connaissance Parfaite - Orient

A la Gloire du Grand Architecte de L’univers
Deus Meumque Jus
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo Ab Chao
Au nom et sous les auspices du
Suprême Conseil de France
Liberté Egalité Fraternité

« Il n’est point nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ». Cette maxime est attribuée à Guillaume de Nassau, prince d’Orange, dit Guillaume le Taciturne. Guillaume de Nassau fut appelé Taciturne parce qu’il sut taire sa parole et ses émotions, lorsqu’il fut mis au courant d’un projet de répression sanglante ourdi par les catholiques Espagnols contre les protestants des Pays-Bas en l’an de grâce 1559. Il mena dès lors un combat contre les princes, contre les siens. Ce combat pouvait sembler sans espoir, ce qui ne l’empêcha pas de l’entreprendre.

Guillaume le Taciturne s’est mis de fait du côté des oppressés en prônant un devoir de désobéissance. Il est honoré du titre de père de la patrie, l’hymne national des Pays Bas est chanté en son honneur et les équipes nationales de ce même pays portent la couleur orange. Il fut assassiné en 1584 par un fanatique, on peut dire qu’il s’est sacrifié pour la cause. La Maxime reflète donc bien le combat de sa vie. Un combat sans espoir dans lequel il a persévéré malgré les premiers échecs.

Au sens profane on peut dire que la maxime va à l’encontre des modes de fonctionnement actuels.

La boîte de Pandore

La 1ère partie : il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre. Dans notre monde moderne il nous faut pour entreprendre une conduite de projet avec des objectifs mesurables par des indicateurs de moyens ou mieux de résultat. Il vaut mieux avoir un but et une méthode pour entreprendre. Ceci dit espérer (croire à ce que l’on fait) peut être utile pour entreprendre mais en tout cas cela ne semble pas suffisant.

La 2ème partie de la maxime : il n’est pas nécessaire de réussir pour persévérer. Certes mais c’est quand même mieux et motivant de réussir même si cela se passe par étapes progressives. Cela dit des exemples célèbres, je pense en particulier à Nelson Mandela nous montrent que ténacité et persévérance malgré l’adversité et le peu de chances de réussite sont admirables et peuvent être couronnés de succès.

Venons-en à la signification de cette maxime au plan Maçonnique. Pour cela j’utiliserai le rituel car comme le dit le T R P G M Alain Pozarnik : « le rite est notre maître et ses paroles sont le rituel ». Lors de l’initiation au 4ème degré le récipiendaire effectue 4 voyages.

Qu’apprend-il lors de ces voyages ? Lors du 1er il est appelé à se soumettre à sa conscience et à sa raison et donc à chercher par lui-même.

« Vous n’accepterez aucune idée que vous ne compreniez… »
« Vous ne vous forgerez point d’idoles humaines… »

Mais il est aussi engagé à aller plus loin.

« Vous vous efforcerez toujours de découvrir l’idée sous le symbole ». CAD que si sa pensée doit rester libre et logique elle doit aussi s’ouvrir à l’intuition du symbole. Je dois vous avouer mes FF que lors de cette cérémonie d’initiation, les propos du T F P M lors de ce 1er voyage ont eu en moi une résonnance particulière.

Le 2ème voyage lui définit la quête du futur M S, on pourrait dire son objectif qui est la recherche de la Vérité et de la parole perdue mais « cette Vérité reste cependant inaccessible à l’esprit humain… »

On pourrait ici parler de quête utopique.

Le 3ème voyage ouvre le champ des investigations du M S, celui de l’unité régie par la loi Universelle.

« Il n’y a de réellement admirable que la Loi Universelle ». Nous devons privilégier la voie spirituelle pour chercher à connaître notre devoir.

Enfin le 4ème voyage décrit justement le devoir à accomplir pour devenir un homme juste par sa vision et ses actes. « Ce que la F M vous demande c’est d’aimer la justice ».

C’est ce devoir qui est désormais la voie tracée et ce n’est qu’après avoir confirmé au 1er Inspecteur sa volonté d’accomplir son devoir quelles qu’en soient les conséquences que le V M récipiendaire pourra contracter l’alliance avec ses FF, porter serment de « rester fidèle à tous les devoirs » et recevoir l’investiture de M S. Mais avant de porter ce serment il aura reçu, pour bien lui préciser l’ampleur de la tâche, l’avertissement de se souvenir de la Maxime du Taciturne.

« Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ». « Ni de réussir pour persévérer ».

La Maxime prend alors tout son sens.

Le devoir est impérieux même si la réussite n’est pas au bout et même si elle semble impossible. Car nous recherchons la Vérité et la parole perdue. Et nous savons que cette Vérité est inaccessible à l’esprit humain et que nous ne l’atteindrons jamais. L’entreprise est sans fin et la réussite complète illusoire.

Que peut-on alors espérer sinon de progresser sans réellement croire que cette progression puisse aboutir à trouver la Vérité ou à être proche d’un état de perfection ?

La Maxime pourrait se décliner ainsi : « Seul le but compte et seul l’effort compte ».

Je suis resté longtemps sur cette analyse qui est cependant trop simple pour être un tant soit peu aboutie.

Le T F P M nous dit « vous commencez à pénétrer dans les hautes régions de la connaissance spirituelle » et moi j’avais toujours l’impression de voler au ras.

Cette recherche de la Vérité est-elle celle d’une connaissance originelle auprès de l’arbre du même nom, d’un âge primordial heureux ou l’homme vivait au milieu des Dieux et comprenait son langage (le logos) ou l’univers ? Une sorte d’état primitif d’innocence, un Ordre originel que l’homme aurait connu (c’est à dire au sens littéral qu’il serait né avec), voire une alliance avec Dieu comme celle que des hommes ont tenté de revivre de manière répétée (je pense à Abraham, Moïse, jésus ou encore Mahomet…) ?

Me concernant je n’arrive pas à penser objectivement pouvoir me rapprocher d’une hypothétique perfection originelle, encore moins retrouver un paradis perdu, ceci me semble peu envisageable car il faudrait pour cela que l’homme soit un être pur et donc qu’il ait été créé.

Alors je suis revenu en maçonnerie me rapprocher du rite. Mais j’y ai d’abord retrouvé les mêmes interrogations.

Qu’entendons-nous par parole perdue ?

Avec la mort d’Hiram nous avons perdu les véritables mots, clefs de la construction du Temple.

Ce sont bien des mots de connaissance, des mots de passe avec ce qui nous dépasse, que nous appelons communément le divin.

Je suis de nouveau redescendu en Loge, lieu de confiance et d’amour, où je me sens bien et protégé. J’ai appris et pratiqué le « Connais-toi toi-même » ce qui signifie bien sentir son intérieur en restant lèvres closes. Et ceci sans jamais oublier nos mauvais compagnons.

« Connais-toi toi-même » c’est aussi apprendre à se servir des clefs pour ouvrir les portes de nos chakras et commencer à ressentir une connaissance profonde au-delà des contingences matérielles.

C’est chercher à rapprocher ce qui est épars : le conscient et l’inconscient.

Peut-être même jusqu’à retrouver un inconscient collectif construit au long des siècles, des croyances, des traditions; voire même se rapprocher d’un inconscient primordial lié à la vie. Notre devoir sans fin et sans issue consisterait alors à reconstituer ce qui a été perdu dans les profondeurs de notre inconscient.

Autrement dit « connais-toi toi-même et tu connaitras l’univers et les dieux » c’est rechercher le sens de l’existence et du destin de l’humanité. C’est peut-être cela que la mort d’Hiram a fait disparaitre en chacun de nous.

Si nous résumons la démarche qui nous est proposée lors de ces 4 voyages nous devons soumettre notre pensée à la raison et aux limites de sa validité, nous libérer de ce qui est imposé par des tutelles extérieures et nous libérer de nos chaines intérieures, pour approcher une conscience épurée, proche de l’originelle, qui nous dicte notre devoir. Mais même à ce stade de réflexion je n’oublie jamais que si nous travaillons au perfectionnement individuel, nous participons également au perfectionnement de l’humanité.

Donc j’essaie modestement de me connaitre, de me maitriser, de mettre en action mes forces et mes faiblesses, en vue de ma réalisation et de la réalisation commune. C’est-à-dire chercher à mettre en harmonie l’homme intérieur et l’homme social. Et comme les compagnons il me parait important d’aller confronter dans la société la réalité de nos progrès.

Pour moi chercher la plus haute spiritualité ne sera rien, ou de peu d’utilité, si cette recherche ne se traduit pas par un infléchissement de ma vie, une autre manière d’être et de faire mon devoir.

En guise de conclusion

La morale maçonnique est une morale optimiste parce qu’elle demande de travailler au perfectionnement de l’individu et de la société.

C’est un pari humaniste

Nous avons confiance (nous avons foi) en nous, en l’homme, en l’avenir de l’humanité. Pour cela nous voyons en l’être humain notre alter ego, notre compagnon de route. Le T R P G M Georges Komar a dit « vivre la vie comme si elle en avait un n’est-ce pas déjà lui donner un sens ? »

Oui le plus important pour moi n’est pas de savoir le pourquoi de l’aventure humaine mais de la vivre, de ressentir, d’être habité.

Je citerai les propos de notre F François-Michel lors de sa précédente planche qui me conviennent parfaitement : « je suis, je deviens, je fais » et j’ajouterai je sais que cela va dans le bon sens, que c’est en harmonie avec mon ordre intérieur…c’est cela mon devoir, agir en harmonie avec ma conscience. Et comme le devoir émane de ma conscience il s’impose à moi, sans besoin de le connaitre. Je peux entreprendre et persévérer parce que j’ai foi en mon, en notre engagement même si l’espoir d’une réussite complète est utopique.

Nous avons toute une vie pour approcher la sagesse car nous savons bien que nous ne la recevrons pas en une nuit comme Salomon.

Nous devons entreprendre sans espoir de réussite totale mais avec un espoir réaliste de perfectionnement et pour cela il nous faut persévérer dans l’accomplissement de tous nos devoirs. C’est cela le sens de notre serment.

Ainsi peut être pouvons-nous espérer un jour un peu resplendir et transmettre une partie de notre connaissance éclairée que nous avons reçue de la tradition et de l’expérience de nos ainés.

La maxime pourrait être alors : « il n’est pas nécessaire de savoir le pourquoi pour entreprendre ou de devenir parfait pour persévérer » mais la véritable maxime est quand même plus belle.

T F P M et vous mes FF MM SS

J’ai dit.


Note :
Pandore ouvrit la boite et laissa s’échapper tous les maux de l’humanité. Elle voulut la refermer mais un seul de ces maux n’eut pas le temps de s’échapper et resta contenu dans la boite.

Il s’agit de ελπίς que l’on peut traduire par attente ou (par extension) par espoir (voire espérance).

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