Exode, lévite et maître-secret

Auteur:

P∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Exode = 5 lettres, Lévite = 6 lettres, Maître-Secret = 12 lettres (3*4)
Somme = 23, soit 5.

Si je divise cette somme 5 par les 3 mots du titre de ma planche, j’obtiens le Nombre d’Or. Tiens, un hasard, me direz-vous! Peut être, mais Einstein a dit « le hasard est le chemin qu’emprunte Dieu lorsqu’il voyage incognito ». Dieu revient dans mon travail, tout d’abord à travers l’exode.

Le livre de l’Exode est le deuxième livre du Pentateuque (appelé aussi Torah qui veut dire en hébreu « la voie qui mène à Dieu » ou loi de Moïse en grec). Il raconte l’exode hors d’Egypte des Hébreux sous la conduite de Moïse, le don des 10 Commandements et les pérégrinations de ce peuple dans le désert de Sinaï en direction de la Terre promise. Il se divise en 3 parties :

  • l’esclavage du peuple en Egypte
  • son départ d’Egypte sous la direction de Moïse
  • sa consécration au service de Dieu dans sa vie religieuse et politique.

3 catégories de personnes composent ce peuple (tryptique de la composition psychique de l’homme) :

les soldats : l’apôtre nous enseigne que nous sommes des combattants sur la terre aux prises avec des ennemis redoutables, mais le pire de tous et le plus dangereux n’est il pas au dedans de nous ?
les serviteurs : dès que nous avons reçus la vie de Dieu, nous avons tous un service à remplir, jeune ou plus âgé auprès de son créateur : ce sont les Lévites.
les sacrificateurs : hommes privilégiés, puisqu’ils entraient aussi prêts qu’il était possible de l’Eternel, dans le Tabernacle, le sanctuaire de Dieu. Leur chef, une fois l’an, en un jour solennel, entrait dans la présence de Dieu.

Notre sacrifice : l’apôtre Pierre dit « nous sommes devenus des pierres vivantes tirées de la carrière du monde, une sainte sacrificature, pour offrir donc un sacrifice spirituel : le culte ».

Les Lévites et les Sacrificateurs sont liés ensemble, provenant d’un même père : ce sont les fils de Lévi.

Mais qui est Lévi ?

Référencé dans la Bible, Lévi est le troisième fils de Jacob et de Léa. Nous pouvons lire dans la Genèse que Jacob dit être consterné en parlant de Lévi qui, dans un jour de paix, a agi abominablement et s’est montré d’une grande cruauté, car l’histoire des Lévites commence ainsi. Le peuple juif conduit par Moïse avait été aux soins de la grâce divine depuis la sortie d’Egypte jusqu’au Sinaï. Ce peuple avait ensuite reçu la loi et s’était engagé à l’accomplir. Or, il viole son premier commandement, quand Moïse est encore sur la montagne pour y recevoir les ordonnances écrites et tout le détail de l’organisation du culte terrestre. Au moment de rentrer au camp, Moïse voit le désordre idolâtre et le veau d’or ; il brise les tables de la loi, se tient à la porte du camp et s’écrie « à moi quiconque est pour l’éternel », seuls les fils de Lévi se rassemblent alors autour de lui. S’ensuit un massacre de plus de 3 000 hommes. Moïse, écœuré, prend alors une tente et la dresse pour lui hors du camp. Il l’appelle la « tente d’assignation ».Il y met à l’abri le tabernacle. Les lévites qui étaient au service du grand prêtre Aaron, le frère de Moïse, et de toute l’assemblée, seront désormais dévolus au service de la tente d’assignation. De combattant, ils deviennent serviteurs et mettent leur glaive au service de Dieu.

Les lévites étaient recrutés dès l’âge d’un mois, les autres israélites ne l’étaient qu’à 20 ans. Il faut le plus souvent des années de formation jusqu’au début de service effectif. A 25 ans, les jeunes lévites entraient en service à la tente d’assignation. Ils n’étaient pas encore mûrs pour porter le tabernacle, mais pouvaient commencer à y travailler. Cet « apprentissage » était nécessaire pour les rendre aptes. A 30 ans, un jeune frère (c’est le mot exact employé dans la Bible) commencera à être utile dans l’assemblée et dans le service dans une mesure limitée, réunion de prières, d’étude, visites aux malades. Petit à petit, gagnant en expérience et en maturité, il pourra être pleinement employé pour le bien des siens. A 50 ans, il se retire du service effectif mais il ne devient pas inutile ; il passe en quelque sorte sur un plan supérieur pour s’employer avec ses frères à la tente d’assignation, pour garder ce qui doit être gardé. Il faut alors une pleine maturité et une grande force spirituelle. Cette limite d’âge nous rappelle que le service ne dure pas toujours, il n’est que pour un temps et s’arrête par la maladie, la mort.

Le mot « Lévi » veut dire « attaché, adjoint ». Les lévites étaient adjoints aux sacrificateurs pour tout le service de la tente d’assignation. Il devait prendre une position d’humilité, de petitesse et d’infériorité à l’égard de cette famille sacerdotale. Seuls les sacrificateurs pouvaient s’approcher de l’autel et entrer dans le lieu saint au dedans du voile. Entièrement donnés à Aaron, les lévites consacraient tout leur temps au tabernacle. Lors du partage du pays, ils n’eurent pas d’héritage, car l’Eternel lui même était leur part. Pour qu’il soit pourvu à leurs besoins matériels, les Israélites devaient leur donner la dîme des récoltes.

L’entrée du tabernacle étant toujours laissée du côté du Levant, soit l’orient, les fondements en étaient solidement posés. Les lévites, ayant fini leur service dressaient leurs tentes autour du parvis, tandis que les tentes des 12 tribus formaient comme une garde tout autour. Ce devait être un spectacle d’une admirable grandeur au milieu de ce désert, de ces lieux inhospitaliers que la vue de plus de 600 000 hommes au-dessus de l’âge de20 ans, outre les femmes, les enfants et les Lévites ; en tout plus de 2 millions d’âmes. Il y avait toujours de la lumière et une bonne odeur de nourriture dans le lieu Saint. L’eau pure pour se nettoyer était toujours dans la cuve. Les lévites y veillaient. Les objets du sanctuaire : l’arche, la table des pains de proposition, le chandelier à sept branches, l’autel d’or ainsi que l’autel d’airain entouraient le tabernacle. Sans les lévites portant le tabernacle, le peuple n’aurait pu poursuivre sa route. Rien ne devait être oublié ou endommagé. Entre ces 2 étapes, la responsabilité incombait donc aux lévites de maintenir le tabernacle et prêt pour la halte suivante. « Porter » le tabernacle à travers le désert, c’était maintenir intact la tradition écrite et orale de l’enseignement à la personne et à l’assemblée.

Le lévite nous montre que dans le monde se côtoie le meilleur et le pire de l’homme et qu’en un seul homme peut cohabiter le blanc et le noir. Le maçon, en taillant sa pierre brute, en passant de l’équerre au compas aspire comme le lévite à passer de l’homme sanguinaire et vengeur au serveur de l’humanité. Il parvient alors au grade de maître secret et commence à percevoir les nombreuses qualités que devraient posséder les lévites pour exercer leur service, qualités qu’il doit s’efforcer d’acquérir. La tente d’assignation est pour le lévite ce que le sanctuaire est pour le maître secret. Tous 2 s’isolent pour fuir le chaos et chercher la lumière.

Si le lévite doit faire preuve de courage chaque jour pour démonter, transporter et remonter l’arche d’alliance, le maître en devenant maître secret se donne le courage de tenter une expérience nouvelle et d’y travailler chaque jour sans relâche. Comme le lévite qui accepte de passer de soldat fier et avide de pouvoir, à un serviteur modeste, le maître secret doit faire preuve aussi d’humilité en acceptant de passer du degré le plus haut de sa loge bleue au degré le plus bas des hauts grades. C’est le thème du premier voyage lors de la réception du Maître Secret : soumission aux lois de la nature, humilité devant les secrets de la vie.

Comme le lévite qui monte et démonte chaque jour le tabernacle, il faudra beaucoup de persévérance au maître secret pour traverser ce désert, faire, défaire et refaire chaque jour, car si les lévites n’avaient pas été là pour rassembler autour de leur temple tout le peuple israélite, combien auraient suivi Moïse dans ce long périple plein d’embuches, comme combien de maîtres continueraient de suivre leur chemin initiatique si les hauts-grades n’existaient pas. Comme le lévite qui ne reçut pas de terres en héritage lors de son arrivée en Israël, le maître secret est plus que jamais détaché des métaux.

Apprentissage et obéissance sont les 2 piliers fondamentaux de la vie du lévite, de même pour le maître secret, l’obéissance lui sera à nouveau sollicitée lors de son serment, obéissance à la loge et à l’ordre tout entier, obéissance au respect de ses engagements déjà pris dans les 3 grades précédents. Non pas une obéissance bornée, stupide et sans discernements mais une obéissance au devoir librement acceptée par sa conscience, une obligation de soi envers soi.

Dans cet engagement de lévite comme dans celui de maître secret, il y a tout ensemble, mais surtout, activité intense et poids des responsabilités. C’est le thème du quatrième voyage de réception au grade de maître secret : aimer la justice et la servir, avoir le sens du devoir et des responsabilités. Nul ne saurait avoir à cœur l’intérêt du travail sans ressentir le fardeau qui s’y rattache. Mais personne ne doit se charger seul de la totalité et de nous rappeler l’une de nos sentences « malheur à qui assume une charge qu’il ne peut porter ». Ils étaient très nombreux en comparaison du volume et du poids à transporter ; 8 580 avaient plus de trente, et moins de 50 ans. Personne n’était surchargé, chacun accomplissait sa tâche et sans doute pouvaient ils se relayer fréquemment dans le transport. Il en va de même pour le Maître Secret, si le poids de la tâche semble trop lourd, rien ne l’empêche de se faire aider par un autre maître secret qui se fera un devoir de l’assister.

Lorsque le camp partait, les sacrificateurs démontaient le voile et en couvraient l’arche. Les lévites ne devaient pas la voir. Ceux qui plus tard ont voulu la toucher ou y regarder de plus près, sont morts. Le jour de l’expiation (10ème jour du septième mois), le grand prêtre prononçait le tétragramme ou mots sacrés et les lévites faisaient du tapage pour empêcher que le nom ne soit entendu. Comme pour les lévites, le M S a les lèvres closes par le sceau de Salomon, sceau du secret ou main de justice, rappel à notre discrétion que nous a déjà appris la pratique du silence de l’apprenti. Il nous permet de passer de l’action à la méditation, de la méditation à la contemplation et de la contemplation, pourquoi pas à la lévitation !

Dans le tabernacle brillait la lumière du chandelier, montrant que la purification des lévites devait avoir lieu. Ce chandelier présent sur le plateau de notre 3 fois puissant maître laisse la lumière éclairer les raisons de notre cœur ainsi que toutes les raisons de nos actes. La purification était la préparation morale indispensable au service, elle est la préparation indispensable à nos tenues. Elle consistait en l’aspersion d’eau, au rasage qui correspondait au jugement de soi-même toujours à renouveler et au lavage des vêtements. Cette coutume ne nous est plus adaptée, notre purification passe maintenant par une écoute attentive de notre rituel et l’appropriation des nombreux symboles.

Lors de l’arrivée à Jérusalem, le service des lévites devenait différent de celui du désert. Ils n’avaient plus à porter le tabernacle. Le temple de Salomon n’est pas encore construit, même s’il est déjà établi roi sans pouvoir régner encore seul. C’est le temps du repos. Israël est maintenant réuni, paisible autour d’un centre. Les lévites ont des fonctions correspondantes à remplir…

Le temps du repos est marqué par la vigilance ! Veiller au service, veiller aux portes, veiller au trésor. 38 000 lévites assuraient cette tâche. Ils devaient d’abord veiller sur le parvis. Le parvis sépare le sanctuaire du brouhaha de la vie journalière. Veillons, maître secrets, à ne pas laisser les occupations quotidiennes envahir ce qui doit être réservé à la méditation. Tenir le mal à l’écart de sorte que rien ne vienne souiller les choses saintes. Pas de faveur accordée aux uns aux dépens des autres, l’équilibre devant être maintenu. Au grade de maître secret, la clef confiée au corps des gardes soumis à l’autorité d’Adonhiram ouvre le saint des saints. Cette clé symbolise la fidélité, l’innocence et la discrétion. Ce lieu contient, outre la dépouille du maître, les lois secrètes révélées à Moïse. La dépouille du maître est donc associée à l’arche d’alliance construite pour protéger les tables de la loi. Le maître secret devient le fidèle gardien du saint des saints, il accède ainsi à une fonction sacerdotale. Il a étudié les outils, il sait s’en servir et sait tracer des plans. L’initiation sacerdotale le fait passer de la maîtrise de l’outil à la maîtrise du verbe. L’œil au milieu du tablier nous rappelle que nous devons veiller continuellement à la conduite de l’ouvrage. Il est l’image parfaite de notre vigilance.

Certains lévites étaient aussi portiers, forts et vaillants. Cette charge était des plus importantes. Veiller à l’entrée des portes de la maison de Dieu demande un discernement qui n’est pas le fait de tous. Discernement quant aux personnes qui désirent s’approcher du saint des saints, mais surtout discernement aussi et vigilance quant à l’enseignement qui est apporté aux doctrines qui se répandent, aux habitudes qui pourraient s’infiltrer : rôle que remplit maintenant un de nos frères inspecteurs, mais qui est la tâche d’un bon couvreur de loge bleue que l’on a trop tendance à négliger.

L’arche et le tabernacle ont disparu, le temple de Salomon a été détruit. Le service des lévites s’est éteint. Tout cela n’était que l’ombre des biens à venir, non l’image même des choses. Les lévites nous ont enseigné des dons pour que s’accomplisse le service, la notion de devoirs…

Le rite du passage au quatrième degré apporte, avec les sentences des 4 voyages, un aperçu panoramique de tous les devoirs que j’ai réellement à mettre en pratique au fur et à mesure de ma progression. Ces sentences sont bien rudes pour les humains que nous sommes ! Le terme « malheur à ceux… » sonne comme une condamnation face à l’inconnu qui m’attend. Suis-je capable d’assumer ces nouvelles charges, ces nouveaux devoirs, alors que seules les conséquences de mes actions seront jugeables. Je me rapproche là d’une sorte de tribunal divin où les applications de justice sont célestes.

Malheur à ceux qui aspirent à ce dont ils sont indignes : cette allégorie trace mes ordres de mission pour dominer et conduire mon action. Malheur à ceux qui assument une charge qu’ils ne peuvent pas porter : ne pas risquer de devenir un mauvais compagnon donc un mauvais maître, c’est travailler sans relâche pour se corriger au quotidien, c’est se priver soi-même pour le bien commun. Malheur à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui, ensuite, les négligent : préserver l’ordre universel, maintenir la tradition, travailler pour toujours maintenir cet équilibre entre Sagesse, Force et Beauté.

Dans ma progression du R E A A, je deviens un Lévite, homme consacré au service du Grand Architecte de l’Univers. A l’instar des Lévites anciens qui officiaient dans le Temple et les parvis mais non dans le Saint des Saints, où seul le Grand Prêtre était admis, je ne puis pénétrer dans le Saint des Saints que figure symboliquement l’Orient de notre Temple. A ce stade, je ne puis franchir la balustrade qui me sépare de la sépulture du Maître assassiné. Un jour, peut-être, la clé d’ivoire, symbole de foi confiante et active me permettra d’ouvrir cette barrière symbolique. Mais avec ce sésame, je suis le gardien du Saint des Saints, gardien de la Parole perdue non accessible.

Ma mission du Lévite-maçon est d’être en quelque sorte un prêtre moderne dans l’universel. S’avançant dans la voie de spiritualité, il me faut concevoir que le temps est venu de m’élever au-dessus du matériel pour aborder le spirituel, d’abandonner l’horizontalité pour privilégier la verticalité et la relation directe avec le GADLU, principe créateur de l’Univers, afin d’en saisir la Vérité et d’en apporter la lumière aux cherchants.

Chacun de mes actes de Maître-Secret/Lévite découle de la notion du devoir au sens du « devoir être », du « devoir faire » et du « devoir dire », car je suis par le signe du silence, le gardien de la parole cachée qui se trouve au tréfonds de mon inconscient.

J’ai taillé ma pierre brute, j’ai contemplé l’étoile flamboyante, je suis passé de l’équerre au compas, j’ai vu le tombeau du respectable maître Hiram, j’ai essayé de rassembler ce qui était épars. Comme les lévites et le peuple d’Israël ont cherché la terre promise, je continue à chercher la lumière… Maîtres secrets, comme les lévites, vous tous ici rassemblés, aidez moi à retrouver la parole perdue, symbole de la vérité.

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